La « petite guerre » en Amérique du Nord durant la Guerre de Sept Ans (1756-1763)

Il n’est pas aisé de tracer la limite dans les évolutions de l’art de la guerre moderne occidental : certes la coopération entre Européens et acteurs locaux non-européens est désormais bien établie, et n’est d’ailleurs qu’une variation dans une constante historique[i], dans le sens de coopération avec des peuples/acteurs externes à sa propre conception de la guerre, de ses buts et des moyens de la mener à bien.

Durant la guerre de Sept Ans, deux camps s’affrontent dans le cadre d’alliances d’intérêts qui, développement du colonialisme oblige depuis désormais deux siècles et demi, dépassent désormais territorialement le seul cadre de l’Europe occidentale : les mers et les océans, nouvelles artères du commerce européen qui amènent dans le « cœur » européen du capitalisme moderne les denrées exotiques et les capitaux bruts tirés des territoires colonisés, sont devenus à la fois enjeux de pouvoir, et voies de communications par lesquelles de nouveaux flux se font et se développent. Ces flux doivent être protégés et s’accroissent dans les Caraïbes, en l’Asie du Sud-Est et bientôt jusqu’au Bengale ou au Canada. A ce titre, l’Angleterre, tire dans ce contexte de rivalité tous azimuts entre puissances coloniales, un avantage stratégique essentiel voire déterminant dans le conflit : sapant les communications et la logistique de la France sur le théâtre d’opérations américain, elle étouffera les ressources logistiques de la Nouvelle-France, ce qui mènera entre autres à la défaite finale du Royaume de France, qui y perdra la majeure partie de son premier empire colonial[ii].

Pourtant, malgré une amère défaite, des avancées tactiques limitées ont eu lieu durant les combats terrestres entre Britanniques et Français, dans ce qui constitue aujourd’hui le Nord-Est des États Unis d’Amérique et la province canadienne du Québec, soit approximativement la Nouvelle-Angleterre ainsi que la vallée du fleuve Saint-Laurent, les cotes d’Acadie, l’Iroquoisie et une partie de la chaine montagneuse des Appalaches. En effets, des acteurs locaux, à savoir des guerriers Amérindiens de toute la région, avec lesquels Français comme Anglais commercent et combattent dans le cadre d’alliances de circonstances, vont s’allier aux uns et aux autres, dans l’espoir d’en retirer un bénéfice, le plus souvent conserver voire gagner des territoires aux dépends de leurs ennemis. Rappelons que l’on désigne d’ailleurs une partie de ce conflit aux États-Unis sous le nom de « French and Indian War », littéralement « Guerre contre les Français et les Indiens », ce qui n’est pas anodin dans la mesure où transparaît ainsi une autre vision du conflit de la part de l’historiographie anglophone sur ce conflit et ses acteurs.

L’Amérique du Nord au XVIIIe siècle (Pinpin, Wikimedia Commons)

On peut également noter que loin d’être nouvelle sur le continent, la coopération de soldats européens avec des groupes locaux remonte au moins à 1520, lorsque les Espagnols surent user de la rivalité entre Mexicas et Tlaxcaltèques, s’alliant aux derniers pour combattre les premiers. Or, si l’art de la guerre européen est encore marqué par l’idéal de « guerre en dentelles » – lointain  héritier des traditions chevaleresques de l’art de la guerre encore pratiquées par une classe régnante nobiliaire et proche d’une période de déclin avec les bouleversements et les innovations techniques et stratégiques des guerres napoléoniennes -, ces territoires vont connaître des batailles parfois peu orthodoxes, au-delà des spécificités du conflit, des acteurs et des territoires concernés.

Nous pouvons donc nous demander quel fut l’importance stratégique des actions de petite guerre dans le camp français durant le conflit, et plus largement dans le cadre de la rivalité de pouvoir coloniale franco-britannique au milieu du XVIIIe siècle.

L’Amérique du Nord dans le conflit : richesses, lutte de pouvoirs et représentations


Un riche territoire aux caractéristiques particulières dans la représentation du monde de l’Europe occidentale moderne

Après les tous premiers temps de la colonisation de l’Amérique du Sud au tournant du XVIe siècle par l’Espagne et le Portugal, l’Amérique du Nord est à son tour progressivement abordée par les explorateurs européens, puis bientôt par les colons : en 1534, Jacques Cartier, navigateur français, prend connaissance d’une partie du futur Québec par les eaux du golfe du fleuve Saint Laurent, axe central des futures conquêtes françaises sur le continent en sa qualité de voie de communication majeure, aussi bien pour l’exploration que le commerce ou la guerre. D’autres voyages suivront en 1535-1536 et 1541-1542, mais l’on pense encore à l’époque atteindre les Indes et leurs épices, source de grands profits en Europe pour les marchands qui la rapportent d’Asie du Sud-Est notamment, ou des comptoirs du sous-continent indien, qui seront là encore objets de rivalités et de conflits de la part des principales puissances navales et coloniales occidentales. Cartier lui même, dans la droite ligne de la pensée de ses contemporains, pense encore avoir abordé en Asie et tout naturellement découvrir des ressources asiatiques, comme le maïs, cultivé par certains Iroquois et qui se verra donc surnommé … « blé d’Inde ».

Rien de tel avec le voyage du Mayflower, navire britannique embarquant des protestants puritains partis depuis le port anglais de Plymouth et qui aborde la Nouvelle-Angleterre en 1620 : les représentations européennes évoluent et depuis quelques temps, les cours royales européennes forment des projets de colonisation, depuis le célèbre et mystérieux échec de la colonie de Roanoke en 1584, jusqu’à la fondation de Jameston (Virginie) en 1606-1607. On considère cette implantation comme l’inauguration de la colonisation britannique sur le continent, suivie de peu par le développement de l’esclavage des Noirs africains, dont la force de travail est nécessaire à la mise en valeur et à l’exploitation de territoires et de ressources immenses, dans des espaces encore très peu occupés par les Européens, qui ne peuvent user des groupes locaux dans ce but pour des raisons pratiques.

1590, la colonie de Roanoke est déserte. L’expédition de ravitaillement de John White ne découvrit pour seul indice que le mot « Croatoan ». Le sort des colons demeure entier (A popular History of The United States, 1876, Sciencemag.org).

Finalement, les représentations européennes finissent par aboutir à la conclusion que ce continent n’est pas les « Indes Orientales » ni même l’Asie, et c’est à travers cette vision d’un « nouveau monde », qu’on appellera désormais « Amérique »[iii], que les puissances coloniales européennes vont tenter, avec des moyens, des objectifs et des fortunes diverses, de faire prospérer leur puissance en exploitant les terres nouvelles, riches tant de ressources que porteuses de représentations nouvelles du monde, dans la lignée des grandes explorations et des découvertes en particulier maritimes du siècle précédent. La France forme pour sa part des projets coloniaux d’abord au Nord de la Nouvelle-Angleterre, à partir de la vallée du fleuve Saint-Laurent, puis plus tard dans la région des Grands Lacs et au delà : on fonde Tadoussac en 1600, puis Québec (1608), Trois-Rivières (1634), et enfin Montréal (1642). Géographiquement, la configuration géographique de l’Amérique du Nord, où de nombreux fleuves navigables s’enfoncent profondément dans les terres (Hudson, Potomac, Saint-Laurent, Mississippi ; pour n’en citer que quelques-uns), tandis que les côtes très découpées de la Nouvelle-Angleterre sont favorables au mouillage, jouent en la faveur des moyens maritimes des colons européens qui peuvent s’y déployer, ce qui sera d’une importance essentielle pour la majorité de leurs activités pour les deux siècles à venir.

Ces territoires recèlent en effet bien des richesses que les puissances monarchiques se mettent rapidement à exploiter pour leur compte : fourrures et peaux précieuses, bois surabondant, minerais comme on le faisait déjà en Amérique du Sud depuis longtemps[iv], mais aussi richesses halieutiques, que les pécheurs basques ou bretons venaient déjà exploiter dans le cadre de campagnes de pêche au large de Terre Neuve depuis des décennies, par exemple les bancs de morues. Comme nous l’avons déjà vu, le réseau fluvial facilite grandement les transports maritimes de toutes natures, car les fleuves en question malgré des dangers évidents, sont de loin la manière la plus rapide et la plus sure de traverser de grandes étendues, et de relier des points d’intérêts situés en priorité le long des fleuves et de l’océan, ainsi que les sites exploitables, zones de chasse ou fortins qu’il faut ravitailler avant le rude hiver continental, ou décharger des richesses acquises à la belle saison.

Les progrès récents de la cartographie et des moyens de navigation des puissances européennes vont grandement faciliter la colonisation initiale des territoires concernés, et développer un imaginaire stimulant les intérêts mercantiles des compagnies commerciales, comme auparavant les « cités d’or » mythiques pour les conquistadors espagnols. Autant de représentations qui vont venir bouleverser des sociétés autochtones poursuivant leurs intérêts propres durant toutes la période, à travers des relations tantôt fraternelles, tantôt meurtrières avec les colons européens.

Des acteurs locaux et des sociétés complexes à la poursuite de leurs intérêts propres dans le cadre d’alliances changeantes

Au XVIIe siècle, la France et ses colons se trouvent déjà dans des conflits avec des acteurs locaux amérindiens, certains lui étant au contraire alliés, en Amérique du Nord : Samuel de Champlain (dates), qui fonde Québec en 1608, s’engage aussitôt dans une alliance commerciale et militaire avec des Amérindiens Algonquins, adversaires des Iroquois dans la région. La Confédération iroquoise (1142-1779), est une entité tribale confédérale, qui regroupe cinq nations amérindiennes (Senecas, Onondaga, Cayugas, Oneida et Mohawks), occupant le territoire de ce qu’on peut désigner comme l’Iroquoisie ; dans une large zone située au Sud-Est du lac Ontario.

Dès les années 1640, les Iroquois sont déjà en état de conflit ouvert avec les colons français de la Nouvelle-France, qui ont bien du mal à maintenir leurs projets dans la région, tant la faiblesse démographique reste alors une constante, au vu de la faiblesse du lien maritime avec la métropole, ce qui d’ailleurs reste très paradoxal, la France étant à cette période encore le géant démographique d’Europe, ce qu’elle est d’ailleurs depuis plusieurs siècles[v]. De plus leurs alliés Hurons sont massacrés par les Iroquois, de même qu’une partie des colons du Québec, en témoigne le massacre de Lachine (05 août 1689) par exemple, qui marquera durablement la mémoire du Québec sur cette période historique de la conquête française. Les Hollandais, installés en Nouvelle-Néerlande depuis le Delaware jusqu’au cours moyen du Fleuve Hudson au Nord de Manhattan, harcèlent également les Français pour entraver les débouchés commerciaux des trappeurs récoltant les fourrures précieuses des animaux sauvages nord-américain, qui est la richesse principale alors exploitée par les colons européens, du moins celle qui leur est alors la plus accessible hormis le bois et le poisson.

Si les Européens voient leurs représentations de la région et de ses habitants évoluer durant cette période, les Amérindiens ne sont pas en reste : armes à feu, représentations du monde et coutumes se confrontent alors déjà depuis des décennies, avec des modalités et des issues diverses. Le cas du Canada français de l’époque est intéressant à observer, car il est relativement méconnu et bouscule nombre de lieux communs et de représentations communément associés à ces sociétés en Europe. Ainsi, les relations avec certains groupes autochtones de la région, particulièrement les Algonquins ou les Hurons, sont dans leur majorité fructueux, voire fraternels dans certains cas, allant jusqu’à des alliances commerciales et militaires importantes, qui seront une constante aux XVIIe et au XVIIIe siècles. Il n’est pas rare que des Européens rapportent des relations diplomatiques et des échanges parfois très cordiaux entre eux et divers groupes locaux, qu’ils s’agisse de propositions commerciales ou autres. Il faut rappeler ici encore que l’exact inverse se vérifie avec les Iroquois, opposés aux Français et à leurs alliés Amérindiens, bien qu’ils entretiennent pour leur part une alliance avec les Britanniques installés sur les cotes de la Nouvelle Angleterre, à l’Est et au Sud-Est de l’Iroquoisie.

Carte du territoire iroquois entre les XVIIe et XVIIIe siècles (Steven Schoenherr, Department of History, University of San Diego, Pinterest)

Plus généralement, des rapports complexes se nouent entre ces divers acteurs, certaines tribus cherchant notamment à jouer les intermédiaires dans le commerce lucratif de fourrures et le contrôle de certains axes fluviaux, qui comme nous l’avons vu font office de voies commerciales privilégiées, ou à obtenir plus de terres que certains de leurs ennemis, afin de prospérer et de pouvoir y chasser, pêcher ou cultiver la terre, et assurer ainsi leur subsistance face aux longs hivers continentaux de cette partie du continent. En effet, bien loin là encore d’un cliché tenace, les Iroquois, pour ne citer qu’eux, cultivaient outre le mais et le tournesol, différentes variétés de courges et de haricots, pratiquant une agriculture avancée aussi bien que la cueillette hors des terrains qu’ils cultivent en commun.

En ce qui concerne l’art de la guerre, malgré des pratiques qui semblent aux contemporains européens, cruelles voire barbares, les Amérindiens ont des conflits qui sont moins meurtriers que les acteurs européens. En effet, en ce milieu de XVIIIe siècle, les monarques européens ont à leur disposition des armées nombreuses, dont les armes à feu même si parfois encore peu efficaces sont meurtrières (on meurt plutôt d’une blessure mal soignée, du froid, de faim et de maladies que d’un tir direct en campagne militaire), et dont l’objectif est avant tout de contraindre l’adversaire à négocier des termes de paix dans la position la moins avantageuse pour lui, en minant si possible son commerce en parallèle.

Rien de tout ceci dans de nombreuses sociétés autochtones non européennes en contact avec les colonisateurs dès les siècles précédents, de l’Asie à l’Amérique, le plus souvent infiniment moins peuplées[vi], qui ont par conséquent une approche très différente de ce que doit être un conflit, comment il se déroule et surtout ce que doivent être ses objectifs. Ainsi, elles ont une approche de l’art de la guerre majoritairement moins meurtrière que celle de l’Europe occidentale de l’an 1750, car outre le fait de se battre plutôt à l’arme blanche, on ne cherche pas à anéantir un ennemi sur le champ de bataille, mais plutôt à faire des prisonniers ou des esclaves, qui serviront soit de force de travail, soit de levier diplomatique par exemple ; dans des sociétés qui sont, dans le cas des Amérindiens, bien moins nombreuses que les royaumes chrétiens d’Europe occidentale. Les Iroquois ne comptent ainsi guère plus de quelques dizaines de milliers d’âmes, quand les Treize Colonies en comptent déjà quasiment un million, pour ne pas citer la métropole elle-même …

Un espace conflictuel d’expression de la rivalité coloniale franco-britannique au XVIIIe siècle, à travers des représentations, des stratégies et des objectifs différents

L’aspect fondamental du conflit reste la rivalité de puissance coloniale franco-britannique, bien qu’elles soit superposée à des rivalités dynastiques plus générales, non seulement entre France et Angleterre depuis plusieurs siècles[vii], mais globalement entre les maisons régnantes d’Europe dans une lutte d’influence continentale. Celle-ci survivra paradoxalement aux règnes de certaines d’entre elles à travers les nationalismes du XIXe siècle, s’appuyant notamment sur les futurs immenses empires coloniaux et leurs ressources pour asseoir leur puissance militaire. Pour ce qui concerne les territoires colonisés en Amérique du Nord durant les décennies 1740-1750, le conflit repose tant sur ces rivalités de puissance dynastiques, que sur des éléments plus triviaux de débouchés commerciaux et de recherche de nouveaux territoires exploitables : l’on cherche à empêcher l’ennemi de faire commerce, tout en protégeant ses propres navires, cherchant à maximiser ses profits tout en limitant les pertes. La marine et plus largement la navigation jouent alors un rôle central dans le fonctionnement du commerce européen, ce qui aura son importance de façon plus concrète en matière de combat naval et de logistique.

Le traité d’Utrecht de 1713 est l’acte majeur des relations diplomatiques balbutiantes de l’époque entre puissances européennes, car il comporte pour l’Amérique du Nord des éléments importants qui vont influer sur l’éclatement, le déroulement et la résolution du confit à venir : essor de la puissance maritime de la Grande-Bretagne, établissement d’un protectorat sur les Iroquois, cession de l’Acadie à la couronne britannique par le royaume de France, confirmation de Terre-Neuve et de la baie d’Hudson comme territoires britanniques. Si la France sort alors de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) dans une position relativement stable, et reste la première puissance démographique et militaire du continent, le cours des décennies séparant les traités de la guerre de Sept Ans, va ici précisément favoriser la stratégie britannique.

On peut déjà noter ici que la France et la Grande Bretagne ont des représentations bien différentes de ces territoires coloniaux, de leur place parmi leurs intérêts respectifs, et donc in fine des différentes stratégies de conquête et de conflictualité qui seront déployés dans cet espace au cours du XVIIIe siècle , et plus directement durant la Guerre de Sept Ans. Les formes de lutte armée qui s’apparentent à de la guérilla, trouvent ici une expression qu’il est intéressant de considérer comme objet d’études, afin d’en retracer autant que possible l’importance et l’impact réel, aussi bien dans le cadre précis des guerres interétatiques de la fin de l’ère moderne, que dans les évolutions plus contemporaines de ces dernières. On notera en effet que c’est notamment l’acteur le plus faible militairement sur le papier dans cet espace précis, la France, qui utilise une forme de lutte qui sort du cadre très codifié des combats de ligne du XVIIe siècle, tout en l’appliquant à des hommes qui ne sont pas majoritairement des soldats de métier, mais des troupes que l’on qualifierait aujourd’hui d’« irrégulières », plus habitués à la chasse qu’à la bataille rangée, qu’il s’agisse d’ailleurs d’alliés Amérindiens ou bien de colons français du Canada.

Sur cette représentation de la bataille de la Monongahela, nous pouvons distinguer au premier plan des combattants amérindiens mais aussi des coureurs des bois, (1906, page 234 de « Le Michigan en tant que province, territoire et état, le vingt-sixième membre de l’Union fédérale » Flickr, Internet Archive Book Images)

L’objectif territorial affiché est dans le cadre du conflit la possession de la vallée fertile du fleuve Ohio, séparant les zones d’influence et de contrôle française et britannique : c’est d’ailleurs dans ces territoires convoités que les premières escarmouches ont lieu entre Français et Anglais dès 1755, avant même la déclaration de guerre officielle du printemps 1756, dans des territoires qui sont encore théoriquement Amérindiens. En effet, ce qu’on nomme aussi « Guerre de la Conquête » débute quelques temps avant le conflit de la Guerre de Sept Ans, qui n’est localement qu’un état de guerre ouverte opposé à une situation de guerre non-officielle jusque là.

En définitive, l’état d’esprit des belligérants à propos de l’Amérique du Nord est bien différent dans les deux camps : il s’agit pour les Français d’une préoccupation mineure, étant donné que les « îles à sucre » des Antilles, leurs sont bien plus lucratives que « quelques arpents de neige »[viii] ; tandis que les Britanniques voient, avec la victoire possible, l’occasion de régler la question de la rivalité de puissance avec leur ennemi français dans cet espace définitivement, mais encore la possibilité de renforcer leur présence effective dans la région, en obtenant des territoires nécessaires à l’expansion  économique et démographiques de ses colonies.

En effet, le royaume de France considère le Canada comme une colonie d’ordre secondaire, car les plantations de canne à sucre, de vanille ou d’épices des « îles à sucre » des Antilles, exploitées grâce à l’esclavage et qui feront la fortune des villes portuaires françaises de l’Atlantique, comme Nantes ou Bordeaux, lui sont bien plus profitables économiquement. Il est vrai que la faiblesse démographique des colonies françaises face aux Treize Colonies britanniques de la région, ainsi que l’occupation encore importante de territoires par des groupes Amérindiens, limite encore les avancées des entreprises colonialistes pour un temps, tandis que le travail d’esclaves à grande échelle est inenvisageable dans ces colonies, qui sont avant tout des colonies de peuplement.

Aussi peut-il sembler cohérent que le camp français ait adopté des tactiques jouant sur ses points forts locaux, plutôt qu’une manière de combattre absolument conforme aux usages européens de l’époque, qui eut sans doute rapidement mené à la défaite au vu du rapport de force numérique terrestre mais aussi naval en sa défaveur.

Les luttes de pouvoir royales, territoriales, commerciales et en définitive de puissance, importent donc sur de nouveaux espaces leurs propres représentations de ce qu’est la guerre ou la diplomatie, allant jusqu’à former des alliances parfois poussées avec des acteurs locaux qui sont tour à tour partenaires, amis ou ennemis, égaux ou bien jugés comme « sauvages » et rejetés hors de l’humanité. Or, c’est bien en s’alliant avec des Amérindiens et en rapprochant leurs tactiques d’un art de la guerre non européen, sinon extra européen, que les colons Français du Canada vont bouleverser un rapport de force militaire qui leur est défavorable en Amérique du Nord lors du conflit. Des victoires comme la bataille de Fort Carillon auraient sans doute été bien différentes sans cela, et c’est ce que nous allons tenter d’étudier dans un second temps, en traitant plus spécifiquement des questions militaires après avoir exposé des considérations préalables plus générales.

Un aspect secondaire d’un conflit européen majeur


Les prémices de la Guerre de Sept Ans : la « petite guerre » comme innovation militaire discrète et en marge du XVIIIe siècle

Tout d’abord, il faut bien garder à l’esprit que le conflit ne s’est pas uniquement déroulé dans le cadre d’embuscades ou de raids de la part des Franco-Amérindiens : de nombreuses batailles restent conformes aux règles du combat de l’époque, que ce soit dans le déploiement, la composition des troupes ou la manœuvre, bien que ces engagements soient d’une échelle incomparable avec les immenses batailles menées en parallèle sur le sol européen[ix]. De même, la victoire française de Fort Carillon le 8 juillet 1758, est avant tout un siège, certes mal engagé de la part d’une armée britannique supérieure en nombre à ses adversaires, faisant preuve d’une relative imprudence par la faute de son commandant, et absolument pas ce qu’on se figure d’une lutte armée de guérilla, par exemple le harcèlement d’une colonne ennemie au travers d’un terrain difficile par des troupes plus légères.

C’est d’ailleurs précisément ce qui arriva quelques années plus tôt lors de la bataille de la Monongahela, le 9 juillet 1755 : une colonne britannique se fait alors sévèrement étriller par une force réduite franco-amérindienne qui attaqua la colonne sur ses flancs en barrant également sa progression vers l’avant. Cette bataille résume bien la problématique précédente : les réguliers britanniques en uniforme rouge sang, négligeant la reconnaissance des lieux, combattirent à l’européenne, c’est à dire en rangs et par salves, contre un adversaire dissimulé le harcelant sur ses flancs en terrain particulièrement accidenté et dense, pour ainsi dire impossible à manœuvrer selon les procédures habituelles du combat à l’européenne.  De plus, leur avancée était bloquée au débouché d’une zone boisée et accidentée par une ligne de réguliers français, tandis qu’une retraite pouvait difficilement s’improviser dans ces conditions. Notons d’ailleurs sur l’illustration ci-dessous que des miliciens combattent à couvert d’une souche d’arbre en bas à gauche, tactique bien plus efficace que les rangs serrés dans un environnement forestier dense, où la lumière peut manquer et où tout combattant isolé ou en petit groupe peut facilement se dissimuler et varier les couvertures, surtout s’il a l’habitude de le faire à la chasse par exemple, donc en toute discrétion.

La bataille de la Monongahela. La colonne britannique est attaquée de toute part. (IMAGE /inconnu, https://www.historicalfirearms.info)

Aussi l’efficacité de l’usage de tactique de « petite guerre » est-il certain dans ces engagements limités, et choque par ailleurs l’adversaire, qui en réponse se place sur le terrain du droit de la guerre en vigueur, refusant parfois d’accorder le statut de prisonniers à des ennemis jugés déloyaux se battant comme des « sauvages », et pas comme des soldats faisant partie d’une armée régulière. Bien souvent, cela les conduit ainsi à la mort puisqu’ils ne bénéficient pas des droits habituellement accordés en pareille circonstances, notamment le fait que l’on épargne leur vie s’ils ne résistent pas.

Par un énième paradoxe, on avait déjà vu ces tactiques employées quelques années auparavant sur les champs de batailles européens par quelques généraux précurseurs, en témoignent les récits de la bataille de Fontenoy (1745), ou Maurice de Saxe, commandant de l’armée française, fait disposer des régiments « en tirailleurs » (ici, dispersés et non en rangs), dans un bois bordant son flanc gauche, face à l’armée austro–hollando-britannique. Si l’effet n’est pas particulièrement marquant (la colonne ennemie manque d’ailleurs d’emporter le dispositif savamment établi de redoutes et de ligne de bataille effectué par le maréchal de Saxe), le fait même que des chefs militaires aguerris à l’apogée de leur carrière expérimentent et théorisent déjà ces tactiques nous interpelle. Cela nous permet aussi d’en établir une généalogie relative, car il est certain que ces tactiques n’ont pas émergé du néant durant le conflit dont il est question ici.

Enfin cela nous amène à nous poser des questions : les chefs militaires français d’Amérique du Nord ont-ils lu et étudié Maurice de Saxe, ou bien improvisent-ils leur stratégie avec les moyens dont ils disposent, adoptant naturellement une posture que l’on qualifierait de nos jours « du faible au fort », en dérogeant aux usages en vigueur dans l’art de la guerre européen ? La question est volontairement quasi anachronique : le livre de réflexion stratégique et tactique de Maurice de Saxe sur l’art de la guerre de son temps, intitulé « Mes Rêveries », n’est publié à titre posthume qu’en 1757. Il est donc peu probable qu’il ait inspiré la chose. Cela n’en démontre pas moins que, tant en théorie qu’en pratique, les idées relatives à la petite guerre et aux tactiques qui en découlent sont alors actuelles, malgré la continuation de la guerre selon des standards bien différents. Elles s’imposeront par la suite en parallèle de nombreux conflits, lors des guerres napoléoniennes notamment, depuis l’Espagne où les partisans espagnols accrochent parfois durement les colonnes françaises et fixent de nombreux soldats dans la péninsule, à la Russie où les Cosaques entrent autant dans l’histoire que dans la légende en harcelant continuellement la Grande Armée et ses lignes logistiques dans un cadre peu conventionnel, considérant l’art de la guerre européen de cette période.

Des victoires limitées inexploitables menant à une défaite de plus en plus inéluctable

De même les victoires françaises s’enchaînent au début du conflit : bataille du fort Oswego (aout 1756), bataille du fort William Henry (aout 1757), puis bataille de Fort Carillon (juillet 1758). Mais ces victoires ont pour point commun de n’être jamais décisives, au vu du contexte général : à Fort Oswego ce ne sont que quelques milliers d’hommes qui s’affrontent, et la victoire n’est donc pas décisive ; à Fort William Henry la victoire française certes importante, ne gêne les opérations britanniques au Sud de Montréal que durant une courte saison, c’est donc une victoire tactique très relative ; enfin la grande victoire de la bataille de Fort Carillon, de la part d’une troupe française se battant à un contre cinq, n’empêche pas la place forte d’être abandonnée dès l’année suivante, par manque de ressources humaines et matérielles pour le garnisonner et l’entretenir en vue de combats futurs dans la région contre les troupes ennemies. On retrouve là le problème central du camp français, qui n’est pas en mesure d’exploiter ses succès initiaux, alors qu’il ne peut raisonnablement espérer rivaliser sur la durée avec les Britanniques compte tenu des conditions objectives du combat, aussi bien sur mer que dans les théâtres d’opérations terrestres.

L’assaut des Tuniques Rouges sur les versants du Fort Carillon fut brisé par un feu d’enfer particulièrement létal (John Henry Walker, 1877, Wikimedia Commons, patrimoine-culturel.gouv.qc.ca).

Aussi l’on constate qu’obtenir des succès tactiques dans ce cadre n’est utile qu’à très court terme, mais faute de stratégie plus adaptée, le cours de la guerre va rapidement tourner au désavantage des Franco-Amérindiens. En effet, ces derniers ne peuvent compter sur un secours conséquent de la métropole, qui ne parvient pas à se dégager de l’emprise de la Royal Navy, tout en n’obtenant pas de succès dans ses batailles européennes, qui eussent le cas échéant sans doute permis de négocier une paix plus avantageuse en ce qui concerne ses colonies de la Nouvelle-France.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, les facteurs tactiques et stratégiques terrestres ne sont pas le seul facteur menant à la défaite française, loin s’en faut : au-delà du peu d’intérêt et de moyens accordés au théâtre canadien dans la guerre de la part du roi Louis XV, ce sont aussi les cinglants échecs de la marine royale française, qui amènent la logistique à ne pas pouvoir soutenir ses colonies par des renforts et des fournitures suffisantes, ne serait que pour lui permettre d’épuiser les Anglais par une guerre d’attrition, qu’elle n’a en définitive pas les moyens de mener.

La fin de la guerre est cruelle pour les Français : la ville portuaire de Louisbourg, porte d’entrée de l’Acadie et du Golfe du Saint-Laurent, capitule devant une force anglaise au cœur de l’été fin juillet 1758. Le fort Duquesne est saboté à peine un mois plus tard par le commandant Le Marchand De Lignery, devant un assaut anglais combiné à un abandon diplomatique et militaire des tribus indiennes de la vallée de l’Ohio, ralliées aux Britanniques par un traité. Fort Niagara tombe à peine un an plus tard au mois de juillet 1759, contre une armée largement supérieure en nombre, enfermée dans un siège dont elle ne peut espérer aucune issue favorable. Enfin une armée anglaise commandée par James Wolfe, met finalement le siège devant devant la ville de Québec, dès juin 1759. Négligeant les tactiques victorieuses mais limitées de la guérilla franco-indienne, le marquis de Montcalm qui commande les troupes françaises, choisit de livrer une bataille régulière devant les murs de la ville, dans ce que l’on appellera la bataille des plaines d’Abraham, le 13 septembre.

Environ 4500 Britanniques affrontent 2000 soldats français ainsi que 1500 francs-tireurs : le rapport de force n’est donc pas extrêmement déséquilibré. Mais Joseph de Montcalm n’a pas choisi le terrain, et c’est le commandant britannique, James Wolfe, qui ayant trouvé le terrain qui lui convenait, relativement plat et dégagé, s’assure que le combat ait lieu à cet endroit. Deux petites lignes de bataille se font face, et Montcalm a disposé ses troupes légères aux flancs. La charge française initiale est désordonnée, et après un bref échange de tirs à l’avantage des Britanniques, le repli l’est tout autant, alors que les tuniques rouges avancent. Néanmoins les troupes légères continuent le combat au Nord, et leur retraite est moins désastreuse que celle des soldats de ligne. Les miliciens et leurs alliés Amérindiens couvrent essentiellement la retraite pendant une heure, mais Bougainville, arrivé avec du renfort, décide de se replier. Les Français concèdent leur défaite.

La bataille des Plaines d’Abrahams (1797, Wikimedia Commons, Bibliothèque du Ministère de la défense nationale du Canada)

Québec tombe le 18 septembre 1759. Les dernières années de guerre voient les Français quasiment impuissants contre les forces britanniques, ne pouvant empêcher la défaite malgré le dernier coup d’éclat de la bataille de Sainte Foy, victoire limitée des Français revenant devant Québec depuis Montréal début mai 1760, et surtout un ultime baroud d’honneur lors de la bataille de Signal Hill en 1762 à Terre Neuve, en réalité ultime escarmouche limitée sans grandes conséquences. En novembre la même année, des préliminaires diplomatiques sont signés en vue d’une paix prochaine entre les Britanniques et les Français dans le cadre de la guerre de sept ans, à Paris.

Le 10 février 1763, le Traité de Paris est signé. C’est la fin de la Nouvelle-France.

Conclusion

 Pour le royaume français, la défaite dans les théâtres coloniaux du Canada et des comptoirs indiens achève le désastre militaire : battu militairement sur chaque front, enlisé et incapable d’emporter la décision en Europe, reléguée sur terre face à de lourdes défaites navales, il n’a pas les ressources diplomatiques pour éviter des conditions de paix défavorables à ses intérêts coloniaux. Le premier empire colonial français disparaît quasiment dans sa totalité, même si la France conserve la plupart de ses îles à sucre des Antilles, au prix du sacrifice des territoires américains de la Nouvelle-France et des comptoirs de l’Inde. La Grande-Bretagne s’affirme comme la puissance océanique dominante dorénavant, même si la suprématie au XIXe siècle en Europe lui sera disputée par le Premier Empire napoléonien (1802-1815), qui ne parviendra jamais à menacer cette suprématie, en témoigne l’échec retentissant de la flotte française à Trafalgar en particulier.

 C’est aussi une évolution des rapports entre des représentations du monde qui trouvent, que ce soit par le commerce ou la guerre, par la coopération ou l’affrontement, une manière d’évoluer. Dans notre cas, les Français trouvent des avantages stratégiques et tactiques dans leur façon de manœuvrer sur le théâtre nord-américain, malgré la défaite finale, tandis que l’art de la guérilla va laisser une marque, un siècle avant les premières grandes défaites purement coloniales de certaines puissances en Afrique ou ailleurs, justement face à des acteurs locaux non européens et de culture stratégique extra-européenne (Afrique du Sud, Maroc, voire bien plus tard Indochine).

 Les tribus locales ne sont d’ailleurs pas en reste et une véritable confédération, « la conspiration de Pontiac », du nom d’un chef éminent de la tribu des Outaouais, regroupe entre 1763 et 1766, des tribus venues des Grands Lacs, de la vallée de l’Ohio et du Pays des Illinois, contre l’Empire britannique. C’est une véritable insurrection visant le départ des colons et des troupes britanniques, dans un contexte de relations dégradées entre Européens et Amérindiens après déjà des années de conflits. S’achevant sur un semblant de statu quo, les colons restant présents en Amérique mais ne parvenant pas à repousser les frontières de leurs territoires vers l’Ouest et le Mississippi, cet échec relatif de la part de la couronne britannique va pourtant avoir de lourdes conséquences.

En effet, ne pouvant satisfaire les souhaits des colons voulant s’installer plus à l’Ouest dans les terres fertiles de l’Ohio – sous la pression démographique des territoires colonisés- , dans ce qui est perçu comme une reculade de la part d’un pouvoir lointain, oppresseur et incapable de vaincre les tribus amérindiennes hostiles, la colère devient rapidement une révolte ouverte contre ce qui est de plus en plus vécu comme une occupation armée quasiment étrangère à des colonies ayant développé une culture et des représentations différentes de la métropole britannique.  La naissance d’une mentalité « américaine » pragmatique, influencée par le puritanisme et les mentalités des marchands et des pionniers, de représentations et d’un esprit non plus britanniques mais américains, vont amener une rupture politique bientôt irréversible.

Une révolution éclate donc dans les colonies américaines au cours des années 1770 puis 1780, conflit durant lequel les colons insurgés des Treize Colonies recevront le soutien militaire et financier décisif d’un royaume de France revanchard contre leur souverain britannique, durant la Guerre d’Indépendance Américaine (1775-1783). La bataille de la baie de Chesapeake (1781), et la participation du marquis de La Fayette au conflit comme général à l’age de seulement 19 ans, sont restés deux éléments parmi d’autres de la mémoire collective américaine et française autour de ce conflit. Là encore, des tribus amérindiennes rejoindront l’un et l’autre camp, dans la poursuite de leurs intérêts propres, principalement diverses branches des tribus iroquoises.

Sources

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • Lucien BELY, Les relations internationales en Europe au XVIIe – XVIIIe siècle, Paris, PUF,  « Thémis », 731 p.
  • Jean BERENGER et Jean MEYER, La France dans le monde au XVIIIe siècle, Paris, SEDES,  « Regards sur l’Histoire », 380p.
  • André ZYSBERG, La monarchie des Lumières : 1715-1786, Paris, Éditions du Seuil,  Coll.« Points Histoire », 552 p.
  • Gilles HAVARD et Cécile VIDAL, Histoire de l’Amérique française, Paris, Flammarion, 2006 (édition revue).
  • Geoffrey PARKER (trad. Jean JOBA), La révolution militaire : la guerre et l’essor de l’Occident 1500-1800, Gallimard, Folio Histoire, 1993.

Sur la Guerre de Sept Ans en Amérique du Nord

  • Laurent VEYSSIERE et Bertrand FONCK, La Guerre de Sept Ans en Nouvelle-France, Québec, Septentrion (Canada) et PUPS (France), 360 p.
  • Réal FORTIN, 1760, les derniers jours de la Nouvelle-France, Septentrion, Québec, 2010, 293 p.

Sur la marine française

  • Rémi MONAQUE, Une histoire de la marine de guerre française, Paris, éditions Perrin, , 526 p.
  • Olivier CHALINE, La mer et la France : quand les Bourbons voulaient dominer les océans, Paris, Flammarion,  « Au fil de l’histoire », 560 p.

Articles

  • Gérard SAINT-MARTIN, Québec 1759-1760 ! Les Plaines d’Abraham : L’adieu à la Nouvelle-France ?, Édition Économica, 2007.
  • D. Peter MACLEOD, Les Iroquois et la Guerre de Sept Ans, VLB Éditeur, 2000.

Filmographie

  • « Robe Noire » (1991), Australie/Canada, réalisé par Bruce Beresford.  (En 1634, un groupe de Jésuites français de Québec, tente d’établir des relations avec des groupes Algonquins, et de les convertir au christianisme. Le père Laforgue chargé d’établir le contact avec des Hurons, sera tour à tour missionnaire, otage de tribus hostiles et pont entre deux mondes, sujets aux mêmes passions et sentiments humains, de la haine à l’amour).
  • « Le Dernier des Mohicans » (1992), Etats-Unis, réalisé par Michael Mann. (En 1757 en Nouvelle-Angleterre alors en pleine guerre franco-britannique, un colon frontalier nommé Nat Hawkeye Cutler, sauve un jeune officier anglais, Heyward, et deux sœurs, Cora et Alice, d’une embuscade. Lui et sa famille adoptive mohicane, alliés des Anglais, acceptent de les escorter

Notes

[i]Qu’on songe seulement à l’Empire romain et ses nombreuses troupes auxiliaires par exemple, manière commode d’intégrer des troupes spécialisées dans les armées de la République puis de l’Empire.

[ii]A noter que la Royal Navy inflige deux cinglantes défaites coups sur coups cette année là à la marine française : la première lors de la bataille de Lagos (19 août), dans laquelle la flotte de Toulon est battue ; et la bataille de Quiberon (20 novembre), où la flotte de Brest subi le même sort. Cela aura une importance majeure sur le rapport de force franco-britannique dans l’océan Atlantique, et par extension sur les cotes et fleuves d’Amérique du Nord, et en définitive sur le rapport de force global durant le conflit.

[iii]Le continent est ainsi nommé d’après Amerigo Vespucci (1454-1512), navigateur, marchand, explorateur et cartographe florentin puis castillan, qui publie deux livrets évoquant le terme au tournant du XVIe siècle. D’autres personnes aux fonctions similaires agissent de même dans la décennie 1500 puis 1510, achevant d’ancrer le terme dans les représentations collectives et les cartes pour plusieurs siècles. En 1532 le travail de certains cartographes et les conventions des décennies précédentes achèvent de nommer ce nouveau continent « Amérique ».

[iv]Ainsi les mines du Potosi, très connues, où les colons espagnols exploitent des dizaines de milliers d’Amérindiens du Pérou pour en exploiter l’argent. La mine était tellement productive que l’équilibre monétaire de ce métal précieux reposait alors en grande partie sur cette dernière, et que les pièces d’argent en étant issue servirent plus tardivement au commerce intra-Pacifique, notamment avec les marchands chinois via les Philippines aux alentours de l’an 1600.

[v]La puissance militaire ayant longtemps été fondée notamment sur la puissance démographique, capable de fournir de nombreux soldats et de remplacer ses pertes, la France fait figure de géant à de nombreuses reprises dans son histoire et de façon constante à l’époque moderne : on compte déjà environ 12 millions d’habitants en Gaule romaine au IVe siècle, avant un lent déclin de cinq siècles, 17 millions vers 1320 et même 20 millions en 1345, ce qui est énorme considérant que le territoire pris en compte ne concerne que la moitié de la France actuelle, et surtout que l’Europe entière n’abrite alors que 75 millions d’habitants : . En 1457, on retrouve 17 millions d’habitants, malgré les épidémies catastrophiques de peste du XIVe siècle et la Guerre de Cent Ans, puis 20 millions à nouveau vers 1600, stagnant de 20 à 21 millions durant un siècle : malgré les guerres des rois de France en Italie et ailleurs, un quart des habitants du continent restent des Français. Jusqu’en 1795, la France reste ainsi le pays le plus peuplé d’Europe, Russie incluse, avec près de 28 millions d’habitants, encore une fois en dépit des guerres, des épidémies ou des famines. Bien que s’agissant d’estimations, il est très clair que la France est le pays le plus peuplé durant une large partie du Bas Moyen Age, de la Renaissance et de toute une partie de l’époque moderne, avant l’explosion démographique européenne concomitante de la Révolution Industrielle, où plusieurs pays rattrapent et dépassent la croissance démographique française, en particulier la Grande Bretagne et l’Allemagne.

[vi]La question ne concerne pas cependant les sociétés indiennes et chinoises de l’époque, qui sont, outre des géants démographiques, des compétiteurs économiques reléguant alors la France en troisième place si on les compare au niveau mondial pour leur production et leur commerce.

[vii]En effet, la guerre de Cent Ans (1337-1453) n’est qu’un épisode parmi d’autres de la longue rivalité franco britannique remontant au moins au XIe siècle. Citons la rivalité ayant existé entre Richard Cœur de Lion, souverain anglais (1189-1199) et le roi de France Philippe Auguste (1180-1223) à la fin du XIIe siècle durant les Croisades, à propos de territoires mais surtout de questions de vassalité, les rois d’Angleterre étant pendant plusieurs siècles à la fois ducs (de Normandie, d’Anjou, du Maine … territoires français), donc en théorie vassaux du roi de France, mais aussi égaux de ce dernier par leur pouvoir royal, voire prétendants à la couronne de France à certaines périodes selon les généalogies imbriquées des puissantes familles concernées.

[viii]La formule, caricaturale, est attribuée à Voltaire et serait contemporaine du conflit, mais il faut noter que l’opinion est parfois répandue par méconnaissance dans certains milieux métropolitains de l’époque, par préjugés. En effet le potentiel économique à long terme des immenses ressources du continent n’est pas pris en compte dans cette représentation des choses, qui ne considère que l’intérêt effectif à court terme des finances du royaume.

[ix]A titre de comparaison, la bataille de Rossbach du 05 novembre 1757 (Saxe-Anhalt), opposant une coalition franco-austro-impériale à la Prusse, voit pas moins de 60.000 hommes s’affronter. A Krefeld (juin 1758) ce sont 50.000 Français qui affrontent 32.000 coalisés anglo-allemands ; à Kunersdorf (août 1759), 50.000 soldats prussiens sont défaits par 60.000 coalisés austro-russes. Les échelles sont la plupart du temps bien moindre en Amérique du Nord, sans compter que les soldats ne sont que rarement la majorité de l’effectif engagés, aux cotés de milices de colons et d’alliés Amérindiens.

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