L’Histoire est marquée par de célèbres personnages énigmatiques ayant fait couler beaucoup d’encre de leur vivant jusqu’à nos jours. Certains hommes sont devenus au fil des siècles des mythes, voire des légendes. Nous pouvons discerner deux raisons à ce fait. Tout d’abord, la vie très riche d’un personnage historique, qui mélange faits politiques, intellectuels et militaires. Néanmoins, si une telle vie nous parvient après des centaines d’années sous la forme d’un mythe, c’est bel et bien à cause d’une construction historiographique autour de ce personnage. Chaque époque écrit son histoire en utilisant un passé des plus glorieux.
Par exemple, tous les peuples de l’Antiquité et du Moyen Âge s’imaginaient descendre d’un personnage énigmatique de la guerre de Troie. La construction historiographique de chaque État, de chaque nation au fil des siècles a créé des légendes, tantôt fondées, tantôt fantasmées. C’est ce que l’historien britannique Eric Hobsbawm a appelé les « traditions inventées »[1]. Ce sont souvent des réponses à des temps de crise, à des situations nouvelles. Ces traditions permettent de gagner une certaine légitimité en renvoyant à un passé parfois exagéré. Observons alors un personnage énigmatique de l’Antiquité, dont le nom résonne encore dans le monde entier : Jules César.
Afin d’étudier la création d’une légende dans l’histoire, nous allons nous intéresser à sa fabrication depuis une guerre sans laquelle César n’aurait pas été César : la guerre des Gaules, opposant les armées romaines aux multiples tribus peuplant la Gaule entre 58 et 51 av. J.-C. « L’histoire est écrite par les vainqueurs »[2]. Cette célèbre maxime illustre parfaitement les connaissances que nous avons sur la guerre des Gaules. Une unique source contemporaine écrite sur ce conflit existe : le Bellum Gallicum de Jules César. Les œuvres politiques, littéraires et militaires ont marqué la vie de ce dernier.
Né en juillet 101/100 av. J.-C. et assassiné le 15 mars 44 av. J.-C. à Rome, il est issu d’une des plus importantes familles aristocratiques romaines. Il entama une carrière politique dès son mariage en -84 avec Cornelia – fille de Cinna, qui fut consul à trois reprises. Il poursuivit son cursus honorum rapidement, devenant en -68 questeur en Espagne, édile en -65, ou encore propréteur en Bétique en -61. Afin d’accroître son influence à Rome, il conclut en -60 une séparation tripartite du pouvoir avec Pompée et Crassus : c’est le premier triumvirat[3]. Ce pacte secret visait à affaiblir le pouvoir du Sénat et à promouvoir César au consulat. Ce fut chose faite en 59 av. J.-C. : César fut pour la première fois consul. Cependant, cette carrière était compromise, car Rome était le théâtre d’une guerre civile larvée depuis des décennies.



En effet, depuis que les réformes des frères Gracques (Tiberius et Caius ont essayé de réformer le système social, politique et agraire durant la seconde moitié du IIe av. J.-C.), deux classes politiques s’affrontaient dans Rome : les optimates – partisans d’un Sénat fort et dominé par l’aristocratie – et les populares – des réformateurs beaucoup plus proches du peuple. Toutefois, l’opposition n’était pas uniquement verbale ou politique, elle se faisait aussi par les armes. À ce titre, une première guerre civile opposant les partisans de Lucius Sylla (optimates) à ceux de Caius Marius (populares) éclata entre 88 et 87 av. J.-C. Sylla l’emporta sur son ancien chef militaire[4] et devint dictateur pour une année, puis consul, avant de se retirer de la vie politique.
Entre les années 60 et 44 av. J.-C., la République ne parvint pas à se redresser, en raison notamment des oppositions politiques. César chercha donc à s’en éloigner afin de développer sa puissance au-delà des querelles romaines. L’occasion se présenta en décembre 59 av. J.-C. lorsqu’il reçut du Sénat un grand commandement proconsulaire de cinq ans en Gaules cisalpine, transalpine et en Illyrie avec quatre légions. Après avoir mené de nombreuses campagnes en Gaule, César parvint à ses fins. Grâce au marché d’esclaves fait avec les prisonniers de ses conquêtes, il était devenu l’un des hommes les plus riches de Rome. Mais l’argent n’était pas sa seule force. Il possédait également un réseau de partisans et surtout une très importante armée d’une fidélité implacable à son égard.
Le Sénat, voyant se profiler devant lui un homme aux pouvoirs immenses, décida de licencier son armée. Mais César refusa et force le destin en passant le Rubicon avec ses troupes le 11 janvier 49 av. J.-C. afin de marcher sur Rome. Une guerre civile éclata ainsi entre César et Pompée, autre figure romaine forte. Ce dernier fut tué en Égypte en 48 av. J.-C., mais son armée et ses alliés continuèrent la lutte.
César n’en demeurait pas moins le maître des champs de bataille, que ce soit en Grèce, en Espagne, en Italie ou en Afrique du Nord. Ayant battu coup sur coup ses ennemis, il devint maître de Rome : en novembre 49 av. J.-C. il fut nommé dictateur pour six mois, puis consul en décembre pour l’année 48. En -47, il fut à nouveau nommé dictateur, mais cette fois pour un an, avant de redevenir consul en 46. Finalement, de retour à Rome, il fut nommé dictateur pour dix ans. Cependant, une conspiration s’organisa contre lui et les conjurés l’assassinèrent à la sortie du Sénat le 15 mars 44 av. J.-C[5].
La vie de César peut être divisée en trois parties : son ascension politique, avec le cursus honorum et des conspirations de 84 à 59 av J.-C. ; puis, le développement de sa puissance militaire, politique et financière grâce à la conquête des Gaules de 58 à 51 av. J.-C. ; enfin, le temps de la guerre civile et de la prise du pouvoir à Rome entre 49 et 44 av. J.-C. Il a contribué à transmettre ses exploits militaires et politiques par l’écrit. Ont ainsi été publiés les Commentaires sur la guerre des Gaules, les Commentaires sur la Guerre civile, La guerre en Espagne, La guerre en Afrique et La guerre d’Alexandrie.
Tous ces ouvrages étaient de véritables vecteurs de propagande auprès de la société romaine pour Jules César. Néanmoins, ces écrits dépassent le cadre romain et s’inscrivent même dans la postérité. Or, en apportant une vision subjective de l’histoire, les écrits de César ont eu des répercussions. Nous allons donc étudier la guerre des Gaules, Jules César et sa postérité afin d’observer comment un événement militaire lié à un personnage de cette stature a pu basculer de la réalité au mythe au fil des siècles.
Nous nous intéresserons donc, dans un premier temps, à la guerre des Gaules entre 58 et 51 av. J.-C. ; puis, dans un second temps, notre attention se portera sur la manière dont César a forgé son mythe. Enfin, nous analyserons l’histoire des représentations de César et la Gaule depuis l’Antiquité jusqu’à notre époque.
La guerre des Gaules
Romains et Gaulois avant César
Avec Jules César, Rome parvint à repousser ses frontières, en intégrant de nouveaux territoires au-delà des Alpes. Cette vaste aire géoculturelle, qui abrite alors de nombreux peuples celtes, se révéla particulièrement difficile à conquérir pour les Romains. Au IVe siècle av. J.-C., Brennus, un chef gaulois, pilla Rome. Et, au IIIe siècle av. J.-C., Hannibal passa par la Gaule et les Alpes pour venir l’attaquer. Au IIe siècle av. J.-C., les Cimbres, les Teutons et les Helvètes anéantirent des armées romaines : en -107, les Helvètes de Divico l’emportèrent aussi et en -105, à Orange, ce sont 80 000 légionnaires qui succombèrent. La Gaule menaçait donc inévitablement et constamment la sécurité de Rome.
À partir de 105 av. J.-C. le consul Caius Marius changea la donne en battant les Teutons en -102 lors de la bataille d’Aix-en-Provence[6]. La présence du consul en Gaule Transalpine modifia en profondeur les relations entre Rome et la Gaule. En effet, il profita de son séjour pour renforcer des positions comme Narbo Martius (Narbonne, 11) ou Arelate (Arles, 13). Il développa cette région par la construction d’un canal – Fosses Mariennes – reliant Arles au port de Fos. Mais, au début du Iᵉʳsiècle av. J.-C., la domination romaine de la Gaule se limitait à la façade méditerranéenne. La guerre sociale (91-88 av. J.-C.), ainsi que la confrontation politique et militaire entre Sylla et Marius, ne permirent pas la continuation de l’œuvre de ce dernier.

La Gaule demeure, au début du Iᵉʳ siècle av. J.-C., une importante zone géographique occupée par une centaine de peuples celtes avec une démographie estimée entre 6 et 10 millions d’habitants, une importante richesse agricole régionale et une maîtrise certaine de la métallurgie du fer.
La guerre des Gaules
Ayant reçu un mandat comme proconsul[7] pour une durée de cinq ans en Gaule en décembre 59 av. J.-C., César partit en mars 58. Dès son arrivée, il prouva ses prétentions militaires en défaisant les Helvètes en Bourgogne, avant de remonter vers l’Alsace pour battre les Suèves d’origine germanique d’Arioviste[8]. César installa donc ses légions sur la frontière est de la France actuelle avant de prendre ses quartiers d’hiver. Il décida de continuer son travail vers le nord en battant, en novembre 57 av. J.-C., les tribus belges à la bataille de la Sambre avec huit légions.
Notons, par ailleurs, que ses effectifs militaires n’avaient cessé de s’accroître depuis son départ pour les Gaules avec ses quatre légions. En parallèle, la Légion XII Fulminata semblait essuyer un revers à la bataille d’Octodure face aux peuples celtes du Valais[9]. Pour autant, l’année fut intéressante pour César, puisque son lieutenant Publius Crassus soumit l’Armorique, puis prit ses assises dans la région des Andes.

En 56 av. J.-C., César décida de concentrer ses efforts vers l’ouest, dans un monde peu connu des Romains. Son calcul était à la fois politique et militaire, puisque les régions parcourues l’enrichissaient et accroissaient son prestige. Il commença par la région actuelle de Bretagne, plus précisément au Morbihan, en y soumettant les Vénètes. Ce fut l’épisode d’une bataille navale opposant les troupes romaines commandées par Brutus aux Vénètes, dont César a dressé un récit passionnant pour l’étude d’une bataille navale durant l’Antiquité[10]. En parallèle, César divisa en plusieurs régions militaires les Gaules en y envoyant ses lieutenants.
Cette stratégie avait un double objectif. D’une part, cela permettait de maintenir la puissance romaine conquérante sur les peuples nouvellement soumis. D’autre part, César, étant limité dans le temps à cause du Sénat, accéléra ainsi la conquête des Gaules. À ce titre, il envoya Titus Labienus chez les Trévires sur le Rhin afin de veiller sur la Belgique ; Publius Crassus en Aquitaine afin d’éviter que des soutiens aquitains ne vinssent au secours des autres tribus gauloises ; Quintus Titurius Sabinus chez les Unelles, les Coriosolites et les Lexoviens (en Armorique) pour les soumettre. Ce fut chose faite lors de la bataille de Vernix avec trois légions et des auxiliaires celtes. En 56 av. J.-C. César était parvenu à conquérir l’est et l’ouest de la Gaule.
Il profita de ses réussites militaires, ainsi que de la loi Licinia Pompeia (prolongeant ses pouvoirs en Gaule pour cinq ans[11]) pour mener deux expéditions outre-Manche, dans la région appelée alors la Bretagne[12], entre 55 et 54 av. J.-C. Ces expéditions lui permirent également de développer ses troupes et d’asseoir réellement son autorité sur les peuples vaincus.
Cependant, en octobre 54, les Romains subirent la plus importante défaite de la guerre des Gaules lors de la bataille d’Aduatuca, en Belgique actuelle. La légion et les cohortes de Sabinus, soit un équivalent de 7 000 hommes, furent massacrées par les Eburons d’Ambiorix. En réalité, ce dernier avait profité de la levée du camp des Romains à Lavacherie (Ardennes belges) pour les attaquer par surprise[13]. L’année 53 av. J.-C. demeura complexe pour César qui passa le Rhin sans vraiment obtenir de résultat, hormis la soumission des Trévires, peuple de la Meuse, par Labienus[14].

L’année 52 av. J.-C. fut celle du tournant dans la conquête des Gaules. Titus Labienus, qui avait défait les Trévires, mena quatre légions à proximité de Lutèce (Paris, probablement sur la plaine de Grenelle) où il y battit une coalition gauloise de Parisii, d’Aulerques, de Sénons et de Carnutes, commandée par l’Aulerque Camulogène. En parallèle, César prit Cenabum (Orléans) où il extermina la population qui essayait de s’échapper. Il se dirigea rapidement vers Avaricum qu’il assiégeât. La ville passa également au fil des épées. César changea ainsi de stratégie, n’accordant aucun salut ni pitié aux populations autochtones qu’il affrontait.
Faut-il penser ce changement de caractère comme une réaction à la résistance gauloise qui se mettait en place, à l’instar des Carnutes et de Vercingétorix[15] ? Ce dernier ne manqua d’ailleurs pas de pratiquer la terre brûlée[16] afin de fragiliser les légions romaines. César décida donc de durcir lui aussi son caractère belliqueux, pour lutter contre cette politique autodestructrice.
Cette coalition gauloise mit en échec les Romains devant Gergovie, en Auvergne. Mais cette défaite n’arrêta pas César, qui ne perdit que très peu d’hommes. Il décida alors d’attaquer de front Vercingétorix dans son camp retranché d’Alésia. Labienus l’y rejoignit, augmentant ainsi l’effectif romain : entre 10 et 12 légions assiégèrent une place forte occupée par 60 à 80 000 gaulois. Ce fut une bataille décisive qui s’annonça, puisque les principaux chefs furent réunis de part et d’autre. Le siège fut long et Vercingétorix se rendit. Une grande partie des Gaulois fut capturée ou massacrée, tandis que les rescapés s’enfuirent, ne parvenant plus, à l’avenir, à former une coalition anti-romaine. La Gaule a été conquise, dans sa majorité, par les légions romaines de César à la fin de l’année 52 av. J.-C.
Cependant, la guerre ne prit véritablement fin qu’en 51 av. J.-C. avec le siège d’Uxellodunum[17], où César reçut la reddition gauloise qu’il accepta à une condition : tous les hommes en âge de combattre ne seraient pas exécutés ou mis en esclavage comme la coutume le voulait, mais leurs mains seraient tranchées. Ils seraient ensuite envoyés de part et d’autre de la Gaule. Après cette victoire, César descendit vers l’Italie avec la Légion XIII, où il entama un nouveau conflit en traversant le Rubicon : la guerre civile.

Forger un mythe : César
Le verbe : écrire
« Verba volant, scripta manent ». Cette locution latine, pouvant se traduire par « les paroles s’envolent, les écrits restent », semble particulièrement bien assimilée par Jules César. Car, celui-ci entreprit lui-même l’écriture de ses entreprises, afin de s’assurer une place de choix dans la postérité et contribua ainsi à la construction d’un mythe autour de sa personne.
Il rédigea les Commentaires sur la guerre des Gaules (Commentarii de Bello Gallico), une compilation de huit livres relatant les événements militaires et politiques en Gaule de 58 av. J.-C. à 51 av. J.-C. Les sept premiers livres furent écrits de sa main, le huitième par un de ses lieutenants ou amis, probablement Aulus Hirtius. La date de diffusion reste cependant sujette à débat, ayant peut-être eu lieu après la victoire sur Vercingétorix (en -52 à Alésia) ou de manière périodique par le biais de correspondances épistolaires.
Jules César composa tout au long de ses campagnes ou durant ses quartiers d’hiver en rédigeant des comptes-rendus d’opérations pour le Sénat. Le récit peut présenter des épisodes plus subjectifs, car il se devait de répondre aux attentes de ce dernier, tout en assurant sa place politique à Rome.
Toutefois, son processus d’écriture dépasse la simple mission descriptive qui lui incombait : il voulait « fournir des documents aux historiens sur des événements […] considérables »[18]. Autrement dit, César se plaçait comme la principale source textuelle relative à la conquête des Gaules. C’est pourquoi les études sur cette région précédant le Iᵉʳ siècle av. J.-C. paraissent particulièrement complexes, l’historien manquant de sources écrites. Ce dernier se retrouve face à l’obligation de se référer à un seul point de départ : les écrits de Jules César, qui justement définissent, pour la première fois, le terme de « Gaule » – le vainqueur écrit l’histoire et théorise aussi la géographie[19].
Cette volonté de s’inscrire dans la postérité littéraire et historique compromet néanmoins une nouvelle fois la véracité des événements décrits dans les Commentaires sur la guerre des Gaules. Le professeur Michel Rambaud a consacré sa thèse sur cette question fondamentale pour comprendre à la fois la guerre des Gaules et le prestige millénaire du proconsul. Publié en 1953, L’Art de la Déformation dans les commentaires de César[20] révèle les différents procédés rhétoriques utilisés par le consul romain. À ce titre, César a amélioré ses traits et ses compétences, a rabaissé le rôle de ses légats, a valorisé certains lieutenants, s’est montré comme un père à l’égard de ses soldats qui le servaient loyalement, ou bien insistait sur la vaillance de ses adversaires afin de valoriser une victoire.
César passa également au silence certains épisodes peu flatteurs. Par exemple, il mena deux campagnes stériles en Germanie, notamment aux alentours du Rhin. Il ne les présenta pas comme des campagnes, mais uniquement comme des manœuvres de reconnaissances. Le début du livre IV est significatif : après avoir dépeint les Suèves comme un peuple terrifiant par son nombre et son côté belliqueux, il décida de se porter au-delà du Rhin après une défaite lors d’escarmouches. Finalement, il n’y rencontra personne et revint sur ses pas. Cet épisode révèle cette rhétorique césarienne utilisée pour atténuer les défaites.
Ces procédés rhétoriques font de l’importante œuvre de Jules César un texte d’une grande qualité littéraire, fécond en problématiques historiques. Toujours est-il que les Commentaires sur la guerre des Gaules ont été bien reçus, comme en témoigne Cicéron :
« Le style en est simple, pur, gracieux, et dépouillé de toute pompe de langage : c’est une beauté sans parure. En voulant fournir des matériaux aux historiens futurs, il a peut-être fait plaisir à de petits esprits, qui seront tentés de charger d’ornements frivoles ces grâces naturelles ; mais pour les gens sensés, il leur a ôté à jamais l’envie d’écrire ; car rien n’est plus agréable dans l’histoire qu’une brièveté correcte et lumineuse. »[21]
César rentre donc dans la postérité littéraire en étant d’abord reconnu par ses contemporains.
Le geste : combattre
Pour César, l’écrit demeure l’instrument essentiel de son mythe, qui se forge dans un second temps sur ses capacités militaires.
Celles-ci sont bel et bien réelles, comme le prouvent ses nombreuses victoires tout au long de sa carrière : la guerre des Gaules et la guerre civile ont été deux épisodes où il s’illustra de nombreuses fois sur le champ-de-bataille. Dans son ouvrage sur la guerre des Gaules, il n’hésite pas à mettre en avant son rôle et ses qualités de stratège.
Il se présente comme un chef capable de mener intelligemment ses hommes vers la victoire même dans les situations les plus critiques, mais aussi comme un combattant n’hésitant pas à empoigner le glaive face à ses adversaires. Sa rhétorique – que nous avons étudiée précédemment – renforce cette idée de force et de maîtrise surhumaine de l’art militaire. Observons quelques citations empruntées aux Commentaires sur la guerre des Gaules afin d’analyser sa stature mise en avant lors des combats.
« Dans cet intervalle, César, avec la légion qui l’accompagnait et les troupes qui arrivaient de la Province, éleva, depuis le lac Léman, que traverse le Rhône, jusqu’au mont Jura, qui sépare la Séquanie de l’Helvétie, un rempart de dix-neuf mille pas de longueur et de seize pieds de haut : un fossé y fut joint. Ce travail achevé, il établit des postes, fortifia des positions, pour repousser plus facilement les Helvètes, s’ils voulaient passer contre son gré. »[22]
« Cependant, la cavalerie engageait le combat de part et d’autre. Aucun des deux partis ne voulant passer le premier, César, après le succès d’une charge de cavalerie, fit rentrer ses légions dans le camp »[23]
« Les difficultés de cette guerre étaient telles que nous venons de les exposer, et cependant plusieurs motifs commandaient à César de l’entreprendre : l’arrestation injurieuse de chevaliers romains, la révolte après la soumission, la défection après les otages livrés, la coalition de tant d’états, la crainte surtout que d’autres peuples, si les premiers rebelles demeuraient impunis, se remissent à suivre leur exemple. »[24]
« César y mène les légions : il trouve le lieu parfaitement défendu par la nature et par l’art. Cependant, il essaie de l’attaquer sur deux points. Les ennemis, après quelque résistance, ne purent supporter le choc de nos soldats et s’enfuirent par une autre partie de la place. »[25]
« César se hâte pour prendre part au combat. Reconnaissant son approche à la couleur de son vêtement – le manteau de général qu’il avait l’habitude de porter dans l’action – et apercevant les escadrons et les cohortes dont il s’était fait suivre – car des hauteurs que les Gaulois occupaient on voyait les pentes que descendait César -, les ennemis engagent le combat. Uneclameur s’élève des deux côtés, et aussitôt y répond de la palissade et de tous les retranchements une clameur. Les nôtres, renonçant au javelot, combattent avec l’épée. Soudain les ennemis aperçoivent la cavalerie derrière eux. De nouvelles cohortes approchaient, ils prirent la fuite. Nos cavaliers leur coupent la retraite. Le carnage est grand. »[26]

Nous retrouvons deux faits essentiels qui ont fait la légende et le prestige militaire de César. D’une part, l’esprit du grand stratège qui sait mener ses hommes, utiliser le terrain et faire plier l’ennemi à sa volonté. D’autre part, l’esprit et le panache du héros de guerre.
La politique : gagner
Après avoir gravé pour la postérité ses capacités littéraires et militaires, César a utilisé son prestige gagné surtout lors de la guerre des Gaules pour démontrer ses capacités politiques.
Dans sa biographie, Jules César, après la guerre des Gaules, usa de son prestige et de sa force militaire pour prendre le pouvoir à Rome et instaurer ce qui aurait dû être un pouvoir personnel illimité, autrement dit un empire. Il se plaça comme l’homme qui a sauvé Rome et la République. Il achève ainsi ses Commentaires sur la guerre des Gaules :
« une telle conduite ne laissât à personne le moindre doute sur les projets tramés contre César, il résolut cependant de tout souffrir, tant qu’il lui resterait quelque espoir de se soutenir par la force de son droit plutôt que par celle des armes. »[27]
César se fait l’homme de Rome, prêt à se sacrifier pour sa grandeur. Son prestige militaire allié à son prestige politique ont suffi à créer sa notoriété.
César, la Gaule et la postérité : de l’histoire des représentations comme fondation d’une légende
Les actions politiques, militaires et littéraires de Jules César ont permis de l’inscrire dans la postérité et dans l’Histoire. Dans les sociétés européennes – voire eurasiennes –, le nom de César résonne encore aujourd’hui, presque inébranlable. Cependant, chaque époque a utilisé la figure de l’imperator à sa manière, faussant parfois la réalité historique à des fins politiques ou prestigieuses. Observons désormais l’évolution de la figure de Jules César de sa mort en 44 av. J.-C. au XXe siècle : du mythe à la légende.
Antiquité : l’héritage impérial
César a d’abord laissé une marque dans l’Antiquité, notamment par l’utilisation de son nom. En effet, nous pouvons dissocier deux temps à ce sujet : aux Ier-IIe siècles ap. J.-C. et durant le tournant des IIIe et IVe siècles.
Plutarque (ca. 46-125), biographe et philosophe grec, voyageait dans l’empire afin de s’instruire. Il resta plusieurs années à Rome grâce aux faveurs impériales de Trajan (98-117) et d’Hadrien (117-138). Cette vie d’étude lui permit de produire une abondante œuvre littéraire, que nous retrouvons dans le recueil Moralia, ainsi que dans ses Vies parallèles. Ces dernières, comprenant entre quarante-quatre et quarante-six biographies d’hommes d’État ou de guerre, mettent en parallèle et comparent indirectement un homme romain à un homme hellénistique. Jules César est comparé à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), ce roi de Macédoine devenu pharaon d’Égypte et roi de Perse, jouissant d’une très grande notoriété militaire.
Plutarque, en philosophe, se concentrait principalement sur la psychologie de l’imperator avec une visée moraliste. Il se fondait, en effet, sur la vertu et l’éthique des hommes dans une sagesse littéraire qui se voulait platonicienne. La biographie de César est parsemée de ces passages. Enfin, pour brosser le portrait de César, Plutarque se distancia de ses traditionnelles sources grecques pour utiliser des sources latines. Devons-nous voir dans sa biographie une répercussion de la guerre des Gaules de ce dernier ? Quoi qu’il en soit, la comparaison avec Alexandre le Grand place un peu plus César dans la légende.
Caius Suétone (ca.70-122) fut peut-être l’écrivain inscrivant le mieux César dans la postérité. En effet, son œuvre principale s’intitule De vita duodecim Caesarum libri : La Vie des douze Césars. Il composa grâce à un accès aux archives impériales, aux écrits de ses prédécesseurs ainsi qu’à des témoignages oraux. Ses sources furent donc assez variées, à l’image de son œuvre, qui comporte des insuffisances liées au rythme, voire discontinu, de chaque vie.
Chacune d’elle est une sorte de somme, où chaque personnage a ses vertus et ses vices, comme tous les hommes, car, pour Suétone, un empereur, même divinisé, reste avant tout un homme. Il diminue les événements de chaque empereur pour se concentrer sur des détails singuliers qui pourraient, pour notre auteur, révéler la personnalité de l’individu derrière la figure impériale. Ses biographies montrent que même le plus grand personnage de l’Empire cache des défauts, qu’ils soient psychiques, médicaux ou physiques, offrant à cet être divinisé une nature humaine.
Enfin, son ouvrage, constitué de huit livres, inclut les biographies des onze premiers empereurs, ainsi que celle du père spirituel du premier, le dictateur et général Jules César. Dans celui-ci, Suétone organise chronologiquement les trente-cinq premiers chapitres, puis consacre les trente-cinq autres à évoquer la personnalité du personnage, avant de traiter sa mort. En nommant ainsi son œuvre et en la commençant par la vie de Jules César, il place ce dernier comme le fondateur post-mortem de l’Empire romain (rappelons que celui-ci est fondé par son fils adoptif Octave Auguste en 27 av. J.-C.).

Enfin, le nom de César apparaît à nouveau au grand jour entre le IIIe et le IVe siècle. Dioclétien (284-305) avait mis en place un système politique nouveau pour gouverner l’empire : la tétrarchie (du grec τετραρχία / tetrarkhía). Pour faire face aux invasions barbares sur les frontières, tout en renforçant l’administration provinciale, l’Empire romain fut partagé en quatre unités territoriales. Dès sa seconde année au pouvoir, Dioclétien nomma un homme pour le seconder militairement dans la partie occidentale de l’empire : Maximien. Ce dernier fut appelé César et l’empire n’était pas, dans les faits, concrètement divisé.
Maximien accrût rapidement son pouvoir et fut nommé Auguste. Le duumvirat[28]se développa en mars 293 lorsque Dioclétien décida de seconder les deux Augustes par deux Césars. Il y eut donc une tétrarchie qui divisa l’empire en deux parties (Occident et Orient), elles-mêmes réparties entre un Auguste et un César. Néanmoins, ce système se délita progressivement pour finalement redevenir un duumvirat. Celui-ci disparût définitivement sous Constantin Ier (312-337) qui battit d’abord, lors de la bataille du pont Milvius en octobre 312, Maxence, usurpateur proclamé Auguste par le Sénat et les prétoriens, et tua, durant l’été 324, Licinius, l’Auguste d’Orient. César réapparut donc nominativement au cœur de la politique impériale entre les IIIe et IVe siècles ap. J.-C. Même s’il se plaçait sous la terminologie « d’Auguste », il conservât un rôle politique, militaire et religieux important pour l’empire en étant un imperator.

Moyen Âge : un atout pour le développement du sentiment national
Les invasions barbares ont partiellement rompu avec la romanité. L’empire s’effondra en Occident, laissant place à de nouvelles sociétés : franque, wisigothique ou saxonne. Cet espace géopolitique se développa en croisant romanité et traditions « barbares ». À partir de la fin du Ve siècle, la Gaule fut occupée par des Wisigoths (sud), des Burgondes (est) et des Francs saliens (nord). Vers 486, un jeune roi franc, Clovis Ier (481-511), battit Syagrius, dernier représentant de Rome, lors de la bataille de Soissons. Syagrius se réfugia chez Alaric II, roi des Wisigoths, en abandonnant aux Francs son territoire. Cependant, le souverain wisigoth le livra tout de même à Clovis en 487. Politiquement, la romanité prit fin en Occident en 486.

Si celle-ci disparût au profit des traditions politiques « barbares », elle demeura dans la société qui perpétua son histoire gallo-romaine à travers l’agriculture structurée en villae. Par ailleurs, Rome demeura dans l’imaginaire collectif – surtout aristocratique – un élément de référence. Entre les VIe et VIIIe siècles, nous n’avons néanmoins pas de traces notoires de cet héritage romain, et particulièrement césarien.
La production littéraire prit un nouvel essor entre les VIIIe et IXe siècles, lorsque les Mérovingiens laissèrent place aux Carolingiens. Charlemagne (768-814) développa les arts et les lettres en attirant à la cour des lettrés comme Alcuin, Raban Maur ou encore Eginhard. L’éducation et le goût des études se développèrent ainsi dès le début du IXe siècle avec ce que nous appelons la renaissance carolingienne[29] – première période de renouveau culturel au Moyen Âge. Les sources antiques resurgirent et César réapparut.
Ce n’est pas un hasard si la plus ancienne copie des Commentaires sur la guerre des Gaules que nous possédons date de l’époque carolingienne. Elle fut réalisée à Fleury-sur-Loire ou Auxerre durant le premier quart du IXe siècle et fut complétée aux XIe-XIIe siècles[30]. Parmi les intellectuels du IXe siècle, l’un d’eux, Eginhard (ca. 770-840) s’inspira intégralement de la Vie des douze Césars de Suétone pour écrire la Vita Caroli. Il n’y est cependant pas directement question de Jules César. La période du haut Moyen Âge (486-987) vit la figure de l’Imperator s’estomper petit à petit, avant de refaire surface timidement au IXe siècle.

Du XIIIe au XVe siècles, Jules César et la guerre des Gaules revinrent sur le devant de la scène intellectuelle. Ces trois siècles connurent une importante diffusion des ouvrages de César, traduits en langue vernaculaire. Selon Mireille Schmitt-Chazan[31], cette tendance s’explique par le développement du sentiment national[32] dans le royaume de France. En effet, chaque traducteur et commentateur utilisait deux faits que nous retrouvons dans la rhétorique césarienne des Commentaires sur la guerre des Gaules : la géographie et la description des peuples gaulois. Une traduction commentée par un clerc parisien de 1213-1214, appelé Faits des Romains, témoigne du rapport entre la géographie et le sentiment national depuis l’ouvrage de la guerre des Gaules de César :
« Le cadre spatial dans lequel se déroulent les « faits » de César, correspond à la France, une France « molt granz au tens Juilles César », pour laquelle l’auteur explique plus loin qu’elle englobait même la Savoie et la cité de Trêves […] ; à le lire la guerre des Gaules apparaît clairement comme la guerre de la France. »[33]
Cette utilisation de la géographie gauloise – en en faisant une géographique française – se retrouve également avec la mise en avant élogieuse des peuples locaux. Nous l’avons vu précédemment, César décrivait de manière méliorative les adversaires qu’il battait afin d’accroître son prestige dans la victoire. Cette rhétorique eut des répercussions au Moyen Âge, puisque les auteurs se rattachèrent à cette vision, faussée. C’est pourquoi « notre clerc ne manque pas de célébrer la « vertu » des « François », le courage des gens de Nevers, de Cambrai, de Saintes ou de Beauvais, l’héroïsme des Poitevins et des Parisiens, l’acharnement des défenseurs d’« Avariz », d’ « Alise » et d’Uxellodunum. »[34]

Les Faits des Romains du XIIIe siècle a connu une très importante diffusion au sein de la noblesse jusqu’au XVe siècle. Par exemple, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire (1433-1477) qui « avait un culte pour les héros de l’Antiquité semble avoir été tout particulièrement fasciné par César ; d’après Olivier de la Marche, avant de se coucher, il se faisait lire pendant une heure ou deux “les haultes histoires de Rome et prenoit moult grand plaisir es Faictz des Romains” »[35]. Cependant, certains passages des Faits des Romains ne plaisaient guère au duc, notamment à cause de sa politique anti-française se traduisant par une guerre contre le roi Louis XI.
De fait, il demanda à son copiste Jean du Chesne de composer une chronique universelle. Ce dernier décida de se consacrer à une relecture de l’histoire gauloise en relation avec César. Il traduisit et commenta les huit livres des Commentaires sur la guerre des Gaules, puis y ajouta deux livres : le premier sur la période antérieure à la conquête, le second sur la période des guerres civiles et de la dictature de l’Imperator. Jean du Chesne terminait ainsi son premier volume de sa chronique universelle qu’il faisait débuter avec la conquête de la Gaule. Comme le clerc parisien du XIIIe siècle cité précédemment, il se concentra également sur certains peuples honorés par César, surtout autour de la Belgique ou de Cambrai. Le développement du sentiment national est aussi lié au sentiment régional, en raison des écrits de Jules César.

Celui-ci a donc eu au Moyen Âge un rôle important pour le développement du sentiment national. Cela est dû notamment à sa rhétorique : flatter les traits des peuples rencontrés et définir la géographie gauloise. Les princes ou intellectuels du Moyen Âge, en cherchant l’origine des familles ducales ou royales, ont trouvé en César un prestige supplémentaire.
Modernité, Révolution et Empire : un César politique
Si la fin du Moyen Âge vit la figure mythique de Jules César réapparaître, elle devint une légende en connaissant son apogée au cours de l’époque moderne et révolutionnaire.
La Renaissance italienne qui se développe dès le XIVe siècle chercha à renouer avec l’Antiquité. Les humanistes du XVIe siècle développèrent cette recherche de l’Ancien. Les ouvrages antiques ressurgirent, comme Tacite ou César. Ce dernier fut récupéré et prit un rôle politique dans certains écrits du XVIe siècle. À ce titre, nous pouvons analyser les Politiques de Juste Lipse (1547-1606), publiés en 1589. C’est un « miroir au prince », un style de littérature politique qui s’était développé surtout à la fin du Moyen Âge.
Chez Juste Lipse, César joue un rôle central et positif. « Contrairement aux autres “miroirs du Prince”, les Politiques ne sont pas dédiés à un Prince précis, mais sont offerts à tous les souverains d’Europe »[36]. En effet, Juste Lipse utilisa la figure mythique et européenne de César, chef politique et chef de guerre, dans un contexte où l’Europe était à feu et à sang. César fut revêtu d’un rôle moralisateur pour la politique européenne dans cette œuvre de la fin du XVIe siècle.
Au tournant du XVIe et du XVIIe siècles, de nombreuses éditions du Bellum Gallicum sont publiées (comme celle de Godefroy Jungerman en 1606). César se retrouva également dans la littérature. En 1599, l’Anglais William Shakespeare écrit une tragédie s’intitulant Julius Caesar, relatant la conspiration contre Jules César et son assassinat en mars -44. La scène connût un certain succès en Angleterre, comme dans son adaptation pour le Globe Theatre en 1623.
Néanmoins, la figure de César ne se limitait plus à l’Occident. Nous la retrouvons aussi en Orient : le 16 janvier 1547 en Russie, Ivan IV dit le Terrible est couronné Czar de Russie. Le titre de Tsar provient directement de la terminologie de « César ». Plusieurs siècles après, nous retrouvons la même appellation en Europe centrale, en Allemagne avec le terme Kaiser.
Les XVIe et XVIIe siècles mêlent donc derrière la figure de César un rôle politique et littéraire. Si la Romanité est très présente dans les arts et les lettres, la figure de César se maintint tout au long du Grand siècle et du XVIIIe siècle, avec de nombreuses éditions et commentaires de sa guerre des Gaules.

La Romanité et César connurent toutefois leur apogée sous les époques révolutionnaires (1789-1804) et impériales (1804-1815). Cette période de profonds changements politiques en France et en Europe a puisé dans cette source et cette figure impériale pour se construire. Devons-nous y voir une tentative de légitimation au travers des « traditions inventées » ?
Les Révolutionnaires ont très vite utilisé des symboles antiques, comme le bonnet phrygien. Politiquement, ils ont également emprunté à l’Antiquité le concept de Res publica : la chose publique[37]. Les Lumières entraînèrent des répercussions lors de la Révolution française avec un apport intellectuel en termes de philosophie politique.
À nouveau, la littérature classique a été fortement influencée par ce mouvement intellectuel. L’idée de république comme forme de gouvernement se retrouve par exemple chez Jean-Jacques Rousseau en 1750 en introduction de son Discours sur les sciences et les arts. À partir de la proclamation de la République le 22 septembre 1792, la romanité devint une référence de taille pour la République française et les Révolutionnaires. Cela se retrouve dans certaines images ou certains concepts. Par exemple, à partir de ladite proclamation de la République, la datation est changée, comme l’avait fait César en 46 av. J.-C. avec le nouveau calendrier julien[38]. La République, comme César, maîtrise le temps.
À l’instar de Rome, la République comprend des citoyens, c’est-à-dire une personne jouissant, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote. Jusqu’en septembre 1792 les Révolutionnaires s’appellent des citoyens en opposition au « monsieur » qui est jugé trop aristocratique. La République est représentée par le faisceau de licteur.
À Rome, ces derniers constituaient la garde des magistrats ayant l’imperium et portaient aussi un faisceau. Cet objet permettait également de punir (le faisceau permettant la flagellation) et d’exécuter (le faisceau étant surmonté d’une hache). Les Révolutionnaires et la République récupèrent ces insignes pour évoquer la Justice, revendiquer l’autorité légitime ainsi que la force collective ; autrement dit la République. C’est l’Assemblée constituante qui a décidé en 1790 de faire de ces antiques faisceaux le nouveau symbole de la France, remplaçant ainsi les trois lys. À partir de cette date, Louis XVI frappe monnaie avec les faisceaux surmontés du bonnet phrygien.

Le Français n’était plus un sujet du roi, mais un citoyen. L’armée changea également à cause de cette nouvelle considération juridique. Désormais, l’armée n’appartenait plus au roi, mais devenait le bras armé de la République, donc du peuple souverain : l’armée française était une armée de citoyens-soldats. Était ainsi entièrement citoyen celui qui avait combattu pour la République et avait fait couler le sang pour sa défense. Les nombreuses guerres révolutionnaires contre les coalitions européennes ou les royalistes permirent de renforcer cette théorie. L’armée devint donc à partir de la Révolution « une nation dans la nation »[39], se fondant sur la définition de la légion romaine avec la souscription et l’idée d’une défense citoyenne de la République.
Au début du XIXe siècle, le faisceau disparut temporairement au profit d’un nouvel insigne : l’aigle impérial. Un Corse, Napoléon Bonaparte, imita l’histoire romaine en faisant de la République un Empire. Dans un premier temps, il installa le Consulat entre 1799 et 1804 par suite du coup d’Etat du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui renversa le Directoire. Napoléon établit un régime politique autoritaire, dirigé par trois consuls en théorie, mais dont les pouvoirs étaient en réalité détenus par le Premier consul, Napoléon en personne, fonction qu’il s’octroya à vie en 1802, avant de proclamer le premier empire le 18 mai 1804. En parallèle, le Sénat conservateur fut créé avec le sénatus-consulte ainsi que le Tribunat, deux assemblées du Consulat. Nous retrouvons d’un point de vue institutionnel une récupération sémantique des institutions romaines : consul, Sénat, tribun. Seuls les noms demeurent, les fonctions étant bien différentes.
Napoléon Bonaparte n’a cessé, au cours de sa vie publique, de faire des références à César et à Rome – de manière plus générale. L’aigle impérial devint son symbole, il s’appuya sur sa grande armée et même dans sa mort, il imita les empereurs romains, comme le prouve son tombeau en porphyre rouge. Le récit de sa vie semble être une copie de celle de Jules César vingt siècles plus tard.
En effet, Napoléon semblait diviser son vécu en trois parties : sa préparation au cursus honorum lors du début de la Révolution française en se liant avec les bonnes personnes ; sa « guerre des Gaules » en Italie (1796-1797) et en Égypte (1798-1801), où il développa son pouvoir militaire en se constituant une armée, une influence politique et un grand prestige grâce à ses victoires ; son apogée avec l’Empire entre 1804 et 1815, chose que César espérait peut-être mettre en place s’il n’avait pas été tué.


La Révolution française et l’empire napoléonien s’inspirèrent grandement de la romanité et de César lors de cette période de profond changement pour l’histoire de France. Ces influences antiques se retrouvent dans des images – les faisceaux de licteur –, dans une philosophie politique – la République et l’Empire – et dans le modèle de vie qu’a pu constituer la trajectoire de Jules César pour Napoléon Bonaparte. En somme, l’Imperator conserva sa nature politique près de vingt siècles plus tard.
Les XIXe et XXe siècles : du fantasme historique à la culture populaire
Le XIXe siècle a été qualifié par l’historien Emmanuel Fureix comme « le siècle des possibles »[40]. Le développement des États-nations – en Europe comme en France –, et la rupture avec le passé politico-religieux de l’union du trône et de l’autel, ont obligé les intellectuels à trouver des racines nouvelles pour la définition de la Nation. Au XIXe siècle, un roman national naquit, à l’image de l’Histoire de France rédigée par Jules Michelet (1798-1874) ou l’imagerie d’Épinal.
La Nation française cherchait ses origines. L’Antiquité semblait apparaître comme une réponse adéquate. Cependant, il n’était plus question uniquement de romanité, car avec l’essor des États nations, le débat sur les termes de « race » et de « peuple », impliquant une unité biologique ou politique, modifia l’approche de la « protohistoire » de la France. Les romantiques rejetèrent à ce titre l’Antiquité romaine comme modèle unique. Alors qu’au Moyen Âge et à l’époque moderne les Gaulois s’effaçaient devant César, désormais, au XIXe siècle, ils occultèrent leur vainqueur. Un mythe autour de la guerre des Gaules se développa, largement utilisé par le Second Empire (1852-1870) et la IIIe République (pour la période 1871-1914 notamment). Un changement de paradigme se produisit : la guerre des Gaules fut utilisée pour souligner l’aspect gaulois plutôt que romain.
Napoléon III (1808-1873) se passionna pour cette guerre, les Gaulois et César au point de s’impliquer dans la recherche scientifique sur la question. Deux travaux le prouvent : un ouvrage historique et des recherches archéologiques. En 1865 et en 1866, deux volumes voulus et signés par Napoléon III traitent de Jules César, personnage historique fascinant l’empereur français : c’est l’Histoire de Jules César. Napoléon III n’aura été que mécène et commanditaire pour cet important ouvrage historique, mais l’effort n’en demeurait pas moins un véritable projet impérial qui débuta en réalité à partir de 1858 avec la création de la Commission de topographie des Gaules.
Cette commission administrative traduisait la volonté de Napoléon III d’effectuer des recherches, de rédiger des ouvrages et des cartes sur les provinces gauloises, entre la France, la Belgique et la Suisse. Ce fut à partir de la Commission de topographie des Gaules que Napoléon III envisagea et finança un important travail de recherche archéologique sur un site en particulier : Alésia. Cette bataille mythique dans l’esprit des contemporains concentrait tous les efforts. En effet, la place accordée au siège d’Alésia dans les Commentaires sur la guerre des Gaules n’était pas des moindres[41] et la figure de Vercingétorix le Gaulois demeurait un mythe à élucider au XIXe siècle.
Les fouilles sur le prétendu site d’Alésia allèrent de paires avec la volonté d’écrire l’Histoire de Jules César, car Napoléon III cherchait à confronter les données archéologiques avec les écrits sur la guerre des Gaules de ce dernier. Les fouilles eurent lieu à Alise (21, Côte-d’Or) et, dès 1861, la volonté de faire du site un musée pour exposer des cartes sur le siège ainsi que des artefacts apparut. Cependant, le site de la bataille d’Alésia divise encore aujourd’hui les archéologues.

Au XIXe siècle, particulièrement sous Napoléon III, la guerre des Gaules resurgît donc en France. Cependant, la Révolution française et l’idée de nation modifièrent l’appréciation de cette guerre, où César partagea son rôle avec les Gaulois.

Le XXe siècle aliéna progressivement la figure de César et des Gaulois comme réponse politique à l’origine de la Nation au profit de la culture populaire. L’idée enseignée par les instituteurs de la IIIe République de « nos ancêtres les Gaulois » fut de plus en plus critiquée par les historiens. César et ceux-ci demeurèrent pourtant dans la culture populaire.
Durant la première moitié du XXe siècle, les prénoms romains étaient à la mode en France. Par exemple, Marius a été porté par 2 033 hommes nés en 1919. L’œuvre théâtrale de Marcel Pagnol, Marius, Fanny et César (1929-1936), prouve à nouveau que ces deux personnages de l’Antiquité s’immisçaient dans la culture populaire.
En 1959, René Goscinny (scénariste) et Albert Uderzo (dessinateur) créèrent le personnage d’Astérix. Aujourd’hui, ses Aventures se racontent à travers des dizaines de bande-dessinées où le petit Gaulois, accompagné de son ami Obélix, combat les Romains menés par César, qui a envahi toute la Gaule. « Toute ? Non, un village d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Astérix a marqué notre représentation contemporaine des Gaulois : nous les voyons avec des moustaches, des casques ailés, des braies, ou encore désordonnés en comparaison avec les camps romains. Le récit commence juste après la conquête qui demeure un mythe d’anciens combattants à l’image du chef du village, ayant combattu aux côtés de Vercingétorix : Abraracourcix. Les Gaulois et César sont désormais des personnages familiers grâce à la culture populaire et l’œuvre à succès qu’est Astérix, en B.D., en film, dessin-animé, en jeux vidéo ou encore en parc d’attraction.

Commentaire des deux illustrations relatives à la reddition de Vercingétorix à César devant Alésia en 52 av. J.-C. (images A et B).
Nous sommes devant trois images d’époques, de techniques et de portées différentes. La première date de la fin du XIIIe siècle. Vercingétorix et les Romains sont représentés comme des chevaliers de la fin du XIIIe siècle. La technique de représentation du siège est similaire aux autres enluminures médiévales représentant un siège, avec une tour garnit d’hommes en cotte de mailles d’un côté, et de l’autre une charge de cavalerie ou d’infanterie. Ici, Vercingétorix se penche en signe de soumission devant ladite tour (A). Au XIXe siècle, Lionel Royer utilisait la reddition de Vercingétorix pour exalter son panache et sa bravoure. En effet, le chef gaulois fut représenté triomphant, en hauteur sur un cheval blanc, son visage marqué par un certain orgueil, devant César, son ennemi, assis, le visage vide d’expression et entouré de sa garde et de ses lieutenants. Il faut probablement replacer cette œuvre dans un contexte d’exaltation du sentiment patriotique en France à la suite de la défaite de 1870, où même dans la défaite, le « Français » est représenté comme valeureux et courageux (B).
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Bibliographie
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[1] HOBSBAWM Eric John, The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, 320 p.
[2] Que nous prêtons à BRASILLACH Robert, Lettre à un soldat de la classe 60 ; Les frères ennemis : dialogue tragique, Paris, Pavillon noir, 1946, 107 p.
[3] Il s’agit d’une alliance politique totalement privée, non reconnue par les instances décisionnaires romaines, conclue entre César, Pompée et Crassus en 60 av. J.-C., et renouvelée en 53 av. J.-C.
[4] Il a servi sous ses ordres lors de la guerre de Jugurtha où il a joué un rôle important puisqu’il a capturé le roi numide. Voir CASTEL Pierre, « Les premières résistances à l’impérialisme de Rome : l’exemple de la guerre de Jugurtha (112-105 av. J.-C.) », dans La Revue d’Histoire Militaire, Les Lilas, La Revue d’Histoire Militaire, 2018, [en ligne] https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2018/08/09/les-premieres-resistances-a-limperialisme-de-rome-lexemple-de-la-guerre-de-jugurtha/ (dernière consultation le 11/08/2019)
[5] Suétone, Vie de César, LXXXII, Paris, Les Belles Lettres, 1981, L & 305 p., texte traduit par AILLOUD Henri
[6] Plutarque, Vie de Marius, XIX, Paris, Les Belles Lettres, 1971, 350 p., texte édité et traduit par CHAMBRY Émile et FLACELIÈRE Robert
[7] La charge de consul ne durant qu’une année, le Sénat pouvait décider d’accorder une prolongation du mandat en envoyant les anciens consuls dans les provinces.
[8] Nous utiliserons l’appellation des régions actuelles afin de faciliter la compréhension du conflit.
[9] César, Guerre des Gaules, III, 1-6, Paris, Les Belles Lettres, 1926, XXXIV & 238 p., texte édité et traduit par BALLAND André et CONSTANS Léopold-Albert
[10] Ibid., III, 9-16
[11] Voir « Loi Pompeia Licinia », dans Droitromain.univ-grenoble-alpes.fr, Grenoble, Université Pierre-Mendès-France, [en ligne] https://droitromain.univ-grenoble-alpes.fr/Francogallica/pompeia1_fran.htm (dernière consultation le 10/08/19)
[12] César, Guerre des Gaules, IV, 20-35 ; V, 1 et VIII, 8-23
[13] Ibid., V, 24-37
[14] Ibid., VI, 7-8
[15] Ibid., VII, 3
[16] Tactique militaire à tout détruire sur son passage, destinée à endommager et détruire les ressources, les infrastructures, etc. dans le but de freiner l’avancée de l’ennemi.
[17] César, Guerre des Gaules, VIII, 32-44
[18] César, Guerre des Gaules, VIII, 1
[19] Par exemple, César commence son ouvrage avec une représentation générale de la Gaule, définissant ainsi l’espace qu’il conquiert (Guerre des Gaules, I, 1) : « Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d’ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux. Pour la même raison, les Helvètes surpassent aussi en valeur les autres Gaulois ; car ils engagent contre les Germains des luttes presque journalières, soit qu’ils les repoussent de leur propre territoire, soit qu’ils envahissent celui de leurs ennemis. Le pays habité, comme nous l’avons dit, par les Gaulois, commence au Rhône, et est borné par la Garonne, l’Océan et les frontières des Belges ; du côté des Séquanes et des Helvètes, il va jusqu’au Rhin ; il est situé au nord. Celui des Belges commence à l’extrême frontière de la Gaule, et est borné par la partie inférieure du Rhin ; il regarde le nord et l’orient. L’Aquitaine s’étend de la Garonne aux Pyrénées, et à cette partie de l’Océan qui baigne les côtes d’Espagne ; elle est entre le couchant et le nord. »
[20] RAMBAUD Michel, L’art de la déformation historique dans les Commentaires de César, Paris, Les Belles Lettres, 1953, 395 p.
[21] Cicéron, Brutus, LXXV, Paris, Les Belles Lettres, 1923, XV & 264 p., texte édité et traduit par MARTHA Jules
[22] César, Guerre des Gaules, I, 8
[23] Ibid., II, 9
[24] Ibid., III, 10
[25] Ibid., V, 21
[26] Ibid., VII, 68
[27] Ibid., VIII, 55
[28] Gouvernent dirigé par deux personnes, remplacé à terme par la tétrarchie, qui est un gouvernement dirigé par quatre personnes.
[29] Le terme est développé dans les années 1830 par l’historien Jean-Jacques Ampère. Il a été vivement critiqué depuis puisque l’idée de renaissance implique une période de régression. Toujours est-il que l’expression de « renaissance carolingienne » demeure pour qualifier cet élan culturel du IXe siècle.
[30] BnF, Recueil composite comprenant 2 manuscrits ou fragments de manuscrits différents : Pars I:C. Iulius Caesar. Commentarii de bello Gallico (1-112) / Source : Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Latin 5763, [en ligne] https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426038x/f5.image
[31] SCHMITT-CHAZAN Mireille, « Les traductions de la « Guerre des Gaules » et le sentiment national au Moyen Âge », dans Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, vol. 8, Tours, Publications de la Sorbonne, 1977, pp. 3-417, pp. 387-407, [en ligne] https://www.persee.fr/doc/shmes_1261-9078_1980_act_8_1_1308 (dernière consultation le 10/08/19)
[32] Sur cette question, voir la thèse de BEAUNE Colette, Naissance de la nation France, Paris, Gallimard, 1985, 431 p.
[33] SCHMITT-CHAZAN Mireille, art. cit., p. 390
[34] Ibid., p. 392
[35] Ibid., p. 396
[36] TARRÊTE Alexandre, « Jules César dans les Politiques de Juste Lipse (1589) », dans Cahiers de recherches médiévales et humanistes, Auxerre, Centre d’études médiévales d’Orléans, 2007, 328 p., pp. 111-125, [en ligne] https://journals.openedition.org/crm/2568 (dernière consultation le 10/08/19)
[37] Sur le sujet de la Res publica, voir MOATTI Claudia, Res publica : histoire romaine de la chose publique, Paris, Fayard, 2018, 467 p.
[38] César se rend maître du temps. Voir Suétone, Vie de César, XL : « Tournant ensuite ses vues vers la réorganisation de l’État, César corrigea le calendrier, tellement dérangé par la faute des pontifes et par l’abus, déjà ancien, des intercalations, que les fêtes de la moisson ne tombaient plus en été, ni celles des vendanges en automne. Il régla l’année sur le cours du soleil, et la composa de trois cent soixante-cinq jours, en supprimant le mois intercalaire, et en augmentant d’un jour chaque quatrième année. Pour que ce nouvel ordre de choses pût commencer avec les calendes de janvier de l’année suivante, il ajouta deux autres mois supplémentaires, entre novembre et décembre, à celle où se fit cette réforme ; et elle fut ainsi de quinze mois, avec l’ancien mois intercalaire, qui, selon l’usage, s’était présenté cette année-là. »
[39] DE VIGNY Alfred, Servitude et grandeur militaires, Paris, Bibliothèque Larousse, 1835, 190 p., [en ligne] https://ia600200.us.archive.org/7/items/servitudeetgra1919vign/servitudeetgra1919vign.pdf (dernière consultation le 10/08/19)
[40] FUREIX Emmanuel, Le siècle des possibles : 1814-1914, Paris, Presses universitaires de France, 2014, 234 p.
[41] César, Guerre des Gaules, VII, 68-89

Madame, Monsieur,
Je vous présente mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année.
Je suis actuellement sans emploi, avant j’étais chargé d’affaires, chef de projet – lead engineer à l’international (Russie Bulgarie Japon Espagne…) mais j’ai toujours été de nature très curieuse et/ou chercher à m’instruire dans des domaines très divers; apprendre, connaître savoir et maîtrise ont toujours été dans ma philosophique.
Comme je vous le disais, moi qui aime l’histoire des peuples et cultures passées et/ou présentes ainsi que d’autres domaines (sciences fondamentales, physiques quantiques, biologiques, humaines…)
J’ai très apprécié lire et m’instruire sur cette période de Jules César en tant qu’imperatum et dictatura et ce qu’il en est « toujours d’actualité » encore aujourd’hui de ses influences, dans l’histoire de France, Britannique, Russe…
Je remercie ma fille Annaël, sans qui je n’aurais peut-être pas eu l’opportunité de connaître votre site et de m’y intéresser.
D’avance merci pour votre attention
Cordialement
Franck RENARD