La guerre des Gaules et Jules César : de la réalité aux mythes

L’Histoire est marquée par de célèbres personnages énigmatiques ayant fait couler beaucoup d’encre de leur vivant jusqu’à nos jours. Certains hommes sont devenus au fil des siècles des mythes voire des légendes. Nous pouvons discerner deux raisons à ce fait. Tout d’abord, la vie très riche d’un personnage historique, qui parvient à mélanger faits politiques, intellectuels et militaires. Mais si une telle vie nous parvient après des centaines d’années sous la forme d’un mythe, c’est bel et bien à cause d’une construction historiographique autour de ce personnage. Chaque époque écrit son histoire en utilisant un passé des plus glorieux. Par exemple, tous les peuples de l’Antiquité et du Moyen Âge s’imaginaient descendre d’un personnage énigmatique de la guerre de Troie. La construction historiographique de chaque Etat, de chaque nation au fil des siècles a créé des légendes, tantôt fondées, tantôt fantasmées. C’est ce que l’historien britannique Eric Hobsbawm a appelé les « traditions inventées »[1]. Se sont souvent des réponses à des temps de crise, à des situations nouvelles. Ces traditions permettent de gagner une certaine légitimé en renvoyant à un passé parfois exagéré. Observons alors un personnage énigmatique de l’Antiquité, dont le nom résonne encore dans le monde entier : Jules César.

Afin d’étudier la création d’une légende dans l’histoire, nous allons nous intéresser à sa fabrication depuis une guerre sans laquelle César n’aurait pas été César : la guerre des Gaules, opposant les armées romaines aux multiples tribus peuplant la Gaule entre 58 et 51 av. J.-C. « L’histoire est écrite par les vainqueurs »[2]. Cette célèbre maxime illustre parfaitement les connaissances que nous avons sur la guerre des Gaules. Une unique source contemporaine écrite sur ce conflit existe : le Bellum Gallicum de Jules César. Les œuvres politiques, littéraires et militaires ont marqué la vie de ce dernier.

Né en juillet 101/100 av. J.-C. et assassiné le 15 mars 44 av. J.-C. à Rome, il est issu d’une des plus importantes familles aristocratiques romaines. Il entame  une carrière politique dès son mariage en -84 avec Cornelia – fille du trois fois consul Cinna. Il poursuit son cursus honorum rapidement, devenant en -68 questeur en Espagne, édile en -65, ou encore propréteur en Bétique en -61. Afin d’accroître son influence dans Rome, il conclut en -60 une séparation tripartite du pouvoir avec Pompée et Crassus : c’est le premier triumvirat. Ce pacte secret vise à affaiblir le pouvoir du Sénat et promouvoir César au consulat. C’est chose faite en 59 av. J.-C. : César est pour la première fois consul. Mais cette carrière est compromise, car Rome est le théâtre d’une guerre civile larvée depuis des décennies.

En effet, depuis que les réformes des frères Gracques (Tiberius Gracchus et Caius Gracchus ont essayé de réformer le système social, politique et agraire dans la seconde moitié du IIe av. J.-C.), deux classes politiques s’affrontent dans Rome : les optimates – partisans d’un Sénat fort et dominé par l’aristocratie – et les populares – des réformateurs beaucoup plus proches du peuple. Mais l’opposition n’est pas uniquement verbale ou politique, elle se fait aussi par les armes. A ce titre, une première guerre civile opposant les partisans de Lucius Sylla (optimates) à ceux de Caius Marius (populares) éclate entre 88 et 87 av. J.-C.. Sylla l’emporte sur son ancien chef militaire[3] et devient dictateur pour une année puis consul avant de se retirer de la vie politique.

Entre les années 60 et 44 av. J.-C. la République ne parvient pas à se redresser, en raison notamment des oppositions politiques au sein de Rome. César cherche donc à s’en éloigner afin de développer sa puissance au-delà des querelles romaines. L’occasion se présente en décembre 59 av. J.-C. lorsqu’il reçoit du Sénat un grand commandement proconsulaire de cinq ans en Gaules cisalpine, transalpine et Illyrie avec quatre légions. Après avoir mené de nombreuses campagnes en Gaule, César parvient à ses fins. Grâce au marché d’esclaves fait avec les prisonniers de ses conquêtes, il est devenu l’un des hommes les plus riches de Rome. Mais l’argent n’est pas sa seule force. Il possède également un réseau de partisans et surtout une très importante armée d’une fidélité implacable à son égard. Le Sénat voyant se profiler devant lui un homme aux pouvoirs immenses décide de licencier son armée. Mais César refuse et force le destin en passant le Rubicon avec ses troupes le 11 janvier 49 av. J.-C. afin de marcher sur Rome. Une guerre civile éclate ainsi entre César et Pompée, autre figure romaine forte. Ce dernier est tué en Egypte en 48 av. J.-C. mais son armée et ses alliés continuent la lutte. César n’en demeure pas moins le maître des champ-de-batailles que se soit en Grèce, en Espagne, en Italie ou en Afrique du Nord. Ayant battu coup sur coup ses ennemis, il devient maître de Rome : en novembre 49 av. J.-C. il est nommé dictateur pour six mois, puis consul en décembre pour l’année 48. En -47 il est à nouveau nommé dictateur, mais cette fois pour un an, avant de redevenir consul en 46. Finalement, de retour à Rome, il est nommé dictateur pour dix ans. Cependant, une conspiration s’organise contre lui et les conjurés l’assassinent à la sortie du Sénat le 15 mars 44 av. J.-C[4].

La vie de César peut être divisée en trois parties : son ascension avec le cursus honorum et des conspirations politiques de 84 à 59 av J.-C. ; puis le développement de sa puissance militaire, politique et financière grâce aux Gaules de 58 à 51 av. J.-C. ; enfin le temps de la guerre civile et de la prise du pouvoir à Rome entre 49 et 44 av. J.-C. Il a contribué à transmettre ses exploits militaires ou politiques par l’écrit. Ont ainsi été publiés les Commentaires sur la guerre des Gaules, les Commentaires sur la Guerre civile, La guerre en Espagne, La guerre en Afrique et La guerre d’Alexandrie. Tous ces ouvrages étaient de véritables vecteurs de propagande auprès de la société romaine pour Jules César. Mais ces écrits dépassent le cadre romain et s’inscrivent même dans la postérité. Or, en apportant une vision subjective de l’histoire, les écrits de César ont eu des répercussions. Nous allons donc étudier la guerre des Gaules, Jules César et sa postérité afin d’observer comment un événement militaire lié à un personnage de cette stature a pu basculer de la réalité aux mythes au fil des siècles.

Nous observerons donc dans un premier temps la guerre des Gaules entre 58 et 51 av. J.-C., puis dans un second temps notre attention se portera sur la manière dont César a forgé son mythe. Enfin, nous analyserons l’histoire des représentations de César et la Gaule depuis l’Antiquité jusqu’à notre époque.


La guerre des Gaules

 A – Romains et Gaulois avant César

Avec Jules César, Rome réussit à repousser ses frontières, en intégrant de nouveaux territoires au-delà des Alpes. Cette vaste aire géo-culturelle, qui arbitre alors de nombreux peuples celtes, se révèle particulièrement difficile à conquérir pour les Romains. Au IVe siècle av. J.-C., Brennus, un chef gaulois, pille Rome. Et, au IIIe siècle av. J.-C., Hannibal passe par la Gaule et les Alpes pour venir l’attaquer. Au IIe siècle av. J.-C., les Cimbres, les Teutons et les Helvètes anéantissent des armées romaines : en -107, les Helvètes de Divico l’emportent aussi et en -105 à Orange ce sont 80 000 légionnaires qui tombent. La Gaule menace donc inévitablement et constamment la sécurité de Rome. À partir de 105 av. J.-C. le consul Caius Marius  change la donne en battant les Teutons en -102 lors de la bataille d’Aix-en-Provence[5]. La présence du consul en Gaule Transalpine modifie en profondeur les relations entre Rome et la Gaule. En effet, il profite de son séjour pour renforcer des positions comme Narbo Martius (Narbonne, 11) ou Arelate (Arles, 13). Il développe cette région par la construction d’un canal – Fosses Mariennes  -reliant Arles au port de Fos. Mais, au début du Ier siècle av. J.-C., la domination romaine de la Gaule se limite à la façade méditerranéenne. La guerre sociale (91-88 av. J.-C.) ainsi que la confrontation politique et militaire entre Sylla et Marius ne permettent pas la continuation de l’œuvre de ce dernier.

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Tête d’homme, dite « Marius ». Marbre, Ier s. av. J.-C., Rome, Musée Chiaramonti (M.-L. Nguyen).

La Gaule demeure, au début du Ier siècle av. J.-C., une importante zone géographique occupée par une centaines de peuples celtes avec une démographie estimée entre 6 et 10 millions d’habitants,  une importante richesse agricole régionale et une maîtrise certaine de la métallurgie du fer.

B – La guerre des Gaules

Ayant reçu un proconsulat de cinq ans pour la Gaule en décembre 59 av. J.-C., César y part en mars 58. Dès son arrivée il prouve ses prétentions militaires en défaisant les Helvètes en Bourgogne avant de remonter vers l’Alsace pour battre les Suèves d’origine germanique d’Arioviste (ndla: nous utiliserons l’appellation des régions actuelles afin de faciliter la compréhension du conflit). César installe donc ses légions sur la frontière Est de la France actuelle avant de prendre ses quartiers d’hiver. Il décide de continuer son travail vers le Nord en battant en novembre 57 av. J.-C. les tribus belges à la bataille de la Sambre avec huit légions. Notons par ailleurs que ses effectifs militaires n’ont cessé de s’accroître depuis son départ pour les Gaules avec ses quatre légions. En parallèle, la Légion XII Fulminata semble essuyer un revers à la bataille d’Octodure face aux peuples celtes du Valais (Guerre des Gaules, III, 1-6). Pour autant, l’année fut intéressante pour César puisque son lieutenant Publius Crassus a soumis l’Armorique puis prit ses assises dans la région des Andes.

En 56 av. J.-C., César décide de concentrer ses efforts vers l’Ouest, dans un monde peu connu des Romains. Son calcul est à la fois politique et militaire puisque les régions parcourues l’enrichissent et accroissent son prestige. Il commence par la région actuelle de Bretagne, plus précisément au Morbihan, en y soumettant les Vénètes. Ce fut l’épisode d’une bataille navale opposant les troupes romaines commandées par Brutus aux Vénètes, dont César dresse un récit passionnant pour l’étude d’une bataille navale durant l’Antiquité (Guerre des Gaules, III, 9-16).  En parallèle, César divise en plusieurs régions militaires les Gaules en y envoyant ses lieutenants. Cette stratégie a un double objectif. D’une part, cela permet de maintenir la puissance romaine conquérante sur les peuples nouvellement soumis. D’autre part, César, étant limité dans le temps à cause du Sénat, accélère ainsi la conquête des Gaules. A ce titre il envoie Titus Labienus chez les Trévires sur le Rhin afin de veiller sur la Belgique; Publius Crassus en Aquitaine afin d’éviter que des soutiens aquitains viennent au secours des autres tribus gauloises; Quintus Titurius Sabinus chez les Unelles, les Coriosolites et les Lexoviens (en Armorique) pour les soumettre. C’est chose faite lors de la bataille de Vernix avec trois légions et des auxiliaires celtes. En 56 av. J.-C. César est parvenu à conquérir l’Est et l’Ouest de la Gaule.

Il profite de ses réussites militaires ainsi que de la loi Licinia Pompeia (prolongeant ses pouvoirs en Gaule pour cinq ans) pour mener deux expéditions outre-Manche, en Bretagne (Guerre des Gaules, IV, 20-35; V, 1 et VIII, 8-23) entre 55 et 54 av. J.-C. Ces expéditions lui permettent également de développer ses troupes et d’asseoir réellement son autorité sur les peuples vaincus. Mais, en octobre 54, les Romains subissent la plus importante défaite de la guerre des Gaules lors de la bataille d’Aduatuca, en Belgique actuelle. La légion et les cohortes de Sabinus, soit un équivalent de 7 000 hommes, sont massacrées par les Eburons d’Ambiorix. En réalité, ce dernier a profité de la levée du camp des Romains à Lavacherie (Ardennes belges) pour les attaquer par surprise (guerre des Gaules, V, 24-37). L’année 53 av. J.-C. demeure complexe pour César qui passe le Rhin sans vraiment obtenir de résultat, hormis la soumission des Trévires, peuple de la Meuse, par Labienus (guerre des Gaules, VI, 7-8).

L’année 52 av. J.-C. est celle du tournant dans la conquête des Gaules. Titus Labienus, qui avait défait les Trévires, mène quatre légions à proximité de Lutèce (Paris, probablement sur la plaine de Grenelle) où il y bat une coalition gauloise de Parisii, Aulerques, Sénons et Carnutes commandée par l’Aulerque Camulogène. En parallèle, César prend Cenabum (Orléans) où il extermine la population qui essaye de s’échapper. Il se dirige rapidement vers Avaricum qu’il assiège. La ville passe également au le fil des épées. César change ainsi de stratégie, n’accordant aucun salut ni pitié aux populations autochtones qu’il affronte. Faut-il penser ce changement de caractère comme une réaction à la résistance gauloise qui se met en place, à l’instar des Carnutes et de Vercingétorix (guerre des Gaules, VII, 3) ? Ce dernier ne manque d’ailleurs pas de pratiquer la terre brûlée afin de fragiliser les légions romaines. César décide donc de durcir lui aussi son caractère belliqueux, afin de lutter contre cette politique autodestructrice.

Cette coalition gauloise met en échec les Romains devant Gergovie, en Auvergne. Mais cette défaite n’arrête pas César, qui ne perd que très peu d’hommes. Il décide alors d’attaquer de front Vercingétorix dans son camp retranché d’Alésia. Labienus l’y rejoint, augmentant de fait l’effectif romain : entre 10 et 12 légions assiègent une place forte occupée par 60 à 80 000 gaulois. C’est une bataille décisive qui s’annonce puisque les principaux chefs sont réunis de part et d’autre. Le siège est long et Vercingétorix se rend. Une grande partie des Gaulois est capturée ou massacrée, tandis que les rescapés s’enfuient et ne parviendront plus à se réunir à nouveau dans une coalition anti-romaine. La Gaule est, dans sa majorité, conquise par les légions romaines de César à la fin de l’année 52 av. J.-C. Mais la guerre ne se termine véritablement qu’en 51 av. J.-C. avec le siège d’Uxellodunum (guerre des Gaules, VIII, 32-44) où César reçoit la reddition gauloise qu’il accepte à une condition : tous les hommes en âge de combattre ne seront pas exécutés ou mis en esclavage comme la coutume le voudrait, mais leurs mains seront tranchées. Ils seront ensuite envoyés de part et d’autre de la Gaule. Après cette victoire, César descend vers l’Italie avec la Légion XIII, où il va débuter un nouveau conflit en traversant le Rubicon : la guerre civile.

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« Map Gallia Tribes Town » (par Feitscherg).

Forger un mythe : César

A – Le verbe : écrire

« Verba volant, scripta manent ». Cette locution latine pouvant se traduire par « les paroles s’envolent, les écrits restent » semble particulièrement bien assimilée par Jules César. Car, celui-ci entreprend lui-même l’écriture de ses entreprises, afin de s’assurer une place de choix dans la postérité. En inscrivant ses récits, il se forge un mythe.

Il rédige les Commentaires sur la guerre des Gaules (Commentarii de Bello Gallico), une compilation de huit livres relatant les événements militaires et politiques en Gaule de 58 av. J.-C. à 51 av. J.-C. Les sept premiers livres sont écrits de sa main, le huitième par un de ses lieutenants ou amis, probablement Aulus Hirtius. Sa date de diffusion reste cependant sujette à débat, ayant probablement lieu après la victoire sur Vercingétorix (en -52 à Alésia) ou de manière périodique par le biais de correspondances épistolaires.

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Couverture de Guerre des Gaules de Jules César chez Folio Classique

Jules César compose tout au long de ses campagnes ou durant ses quartiers d’hiver en rédigeant des comptes-rendus d’opérations pour le Sénat. Le récit peut présenter des épisodes plus subjectifs, car il se devait de répondre aux attentes de ce dernier, tout en assurant sa place politique à Rome.

Mais, son processus d’écriture dépasse la simple mission descriptive qui lui incombe : il veut « fournir des documents aux historiens sur des événements […] considérables[6] ». Autrement dit, César se place comme la principale source textuelle relative à la conquête des Gaules. C’est pourquoi les études sur cette région précédant le Ier siècle av. J.-C. paraissent particulièrement complexes, l’historien manquant de sources écrites. Ce dernier se retrouve face à l’obligation de se référer à un seul point de départ : les écrits de Jules César, qui justement définit, pour la première fois, le terme de « Gaule » –  le vainqueur écrit l’histoire et théorise aussi la géographie[7].

Cette volonté de s’inscrire dans la postérité littéraire et historique compromet néanmoins une nouvelle fois la véracité des événements décrits dans les Commentaires sur la guerre des Gaules. Le professeur Michel Rambaud a consacré sa thèse sur cette question fondamentale pour comprendre à la fois la guerre des Gaules et le prestige millénaire du proconsul. Publié en 1953, L’Art de la Déformation dans les commentaires de César révèle les différents procédés rhétoriques utilisés par le consul romain. A ce titre, César améliore ses traits et ses compétences, rabaisse le rôle de ses légats, valorise certains lieutenants, se montre comme un père à l’égard de ses soldats qui le servent loyalement, ou bien insiste sur la vaillance de ses adversaires afin de valoriser une victoire.

César passe également au silence certains épisodes peu flatteurs. Par exemple, il mène deux campagnes stériles en Germanie, notamment aux alentours du Rhin. Il ne les présente pas comme des campagnes, mais uniquement comme des manœuvres de reconnaissances. Le début du livre IV en est significatif : après avoir dépeint les Suèves comme un peuple terrifiant par son nombre et son côté belliqueux, il décide de se porter au-delà du Rhin après une défaite lors d’escarmouches. Finalement, il n’y rencontre personne et revient sur ses pas. Cet épisode révèle cette rhétorique césarienne utilisée pour atténuer les défaites.

Ces procédés rhétoriques font de l’importante œuvre de Jules César un texte d’une grande qualité littéraire, fécond en problématiques historiques. Toujours est-il que les Commentaires sur la guerre des Gaules ont été bien reçus, comme en témoigne Cicéron :

« Le style en est simple, pur, gracieux, et dépouillé de toute pompe de langage : c’est une beauté sans parure. En voulant fournir des matériaux aux historiens futurs, il a peut-être fait plaisir à de petits esprits, qui seront tentés de charger d’ornements frivoles ces grâces naturelles ; mais pour les gens sensés, il leur a ôté à jamais l’envie d’écrire ; car rien n’est plus agréable dans l’histoire qu’une brièveté correcte et lumineuse.[8] »

César rentre donc dans la postérité littéraire en étant d’abord reconnu par ses contemporains.

B – Le geste : combattre

Pour César, l’écrit demeure l’instrument essentiel de son mythe, qui se forge dans un second temps sur ses capacités militaires.

Celles-ci sont bel et bien réelles, comme le prouvent ses nombreuses victoires tout au long de sa carrière : la guerre des Gaules et la guerre civile ont été deux épisodes où il s’est illustré de nombreuses fois sur le champ-de-bataille. Dans son ouvrage sur la guerre des Gaules, il n’hésite pas à mettre en avant son rôle et ses qualités de stratège. Il se présente comme un chef capable de mener intelligemment ses hommes vers la victoire même dans les situations les plus critiques, mais aussi comme un combattant n’hésitant pas empoigner le glaive face à ses adversaires. Sa rhétorique – que nous avons étudié précédemment – renforce cette idée de force et de maîtrise surhumaine de l’art militaire. Observons quelques citations empruntées aux Commentaires sur la guerre des Gaules afin d’analyser sa stature mise en avant lors des combats.

« Dans cet intervalle, César, avec la légion qui l’accompagnait et les troupes qui arrivaient de la Province, éleva, depuis le lac Léman, que traverse le Rhône, jusqu’au mont Jura, qui sépare la Séquanie de l’Helvétie, un rempart de dix- neuf milles pas de longueur et de seize pieds de haut : un fossé y fut joint. Ce travail achevé, il établit des postes, fortifia des positions, pour repousser plus facilement les Helvètes, s’ils voulaient passer contre son gré.[9] »

« Cependant, la cavalerie engageait le combat de part et d’autre. Aucun des deux partis ne voulant passer le premier, César, après le succès d’une charge de cavalerie, fit rentrer ses légions dans le camp[10] »

« Les difficultés de cette guerre étaient telles que nous venons de les exposer, et cependant plusieurs motifs commandaient à César de l’entreprendre : l’arrestation injurieuse de chevaliers romains, la révolte après la soumission, la défection après les otages livrés, la coalition de tant d’états, la crainte surtout que d’autres peuples, si les premiers rebelles demeuraient impunis, se remissent à suivre leur exemple.[11] »

« César y mène les légions : il trouve le lieu parfaitement défendu par la nature et par l’art. Cependant il essaie de l’attaquer sur deux points. Les ennemis, après quelque résistance, ne purent supporter le choc de nos soldats et s’enfuirent par une autre partie de la place.[12] »

« César se hâte pour prendre part au combat. Reconnaissant son approche à la couleur de son vêtement – le manteau de général qu’il avait l’habitude de porter dans l’action – et apercevant les escadrons et les cohortes dont il s’était fait suivre – car des hauteurs que les Gaulois occupaient on voyait les pentes que descendait César -, les ennemis engagent le combat. Une clameur s’élève des deux côtés, et aussitôt y répond de la palissade et de tous les retranchements une clameur. Les nôtres, renonçant au javelot, combattent avec l’épée. Soudain les ennemis aperçoivent la cavalerie derrière eux. De nouvelles cohortes approchaient ils prirent la fuite. Nos cavaliers leur coupent la retraite. Le carnage est grand.[13] »

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Détail de la colonne Trajane: légionnaires en formation tortue pendant un siège (début IIe s. ap. J.-C.).

Nous retrouvons deux faits essentiels qui ont fait la légende et le prestige militaire de César. D’une part, l’esprit du grand stratège qui sait mener ses hommes, utiliser le terrain et faire plier l’ennemi à sa volonté. D’autre part, l’esprit et le panache du héros de guerre.

C – La politique : gagner

Après avoir gravé pour la postérité ses capacités littéraires et militaires, César a utilisé son prestige gagné surtout lors de la guerre des Gaules pour démontrer ses capacités politiques.

Dans sa biographie, Jules César, après la guerre des Gaules, use de son prestige et de sa force militaire pour prendre le pouvoir à Rome et instaurer ce qui aurait du être un pouvoir personnel illimité, autrement dit un empire. Il se place comme l’homme qui a sauvé Rome et la République. Il achève ainsi ses Commentaires sur la guerre des Gaules :

« une telle conduite ne laissât à personne le moindre doute sur les projets tramés contre César, il résolut cependant de tout souffrir, tant qu’il lui resterait quelque espoir de se soutenir par la force de son droit plutôt que par celle des armes.[14] »

César se fait l’homme de Rome, prêt à se sacrifier pour sa grandeur. Son prestige militaire allié à son prestige politique ont suffit à créer sa notoriété.


César, la Gaule et la postérité : de l’histoire des représentations comme fondation d’une légende

Les actions politiques, militaires et littéraires de Jules César ont permis de l’inscrire dans la postérité et dans l’Histoire. Dans les sociétés européennes – voire eurasiennes – le nom de César résonne encore aujourd’hui, presque inébranlable. Cependant, chaque époque a utilisé la figure de l’imperator à sa manière, faussant parfois la réalité historique à des fins politiques ou prestigieuses. Observons désormais l’évolution de la figure de Jules César de sa mort en 44 av. J.-C. au XXe siècle : du mythe à la légende.

A – Antiquité : l’héritage impérial

César a d’abord laissé une marque dans l’Antiquité, notamment par l’utilisation de son nom. Nous pouvons en effet dissocier deux temps à ce sujet : au Ier-IIe siècle ap. J.-C. et durant le tournant des IIIe et IVe siècles.

Plutarque (ca. 46-125), biographe et philosophe grec, voyage dans l’empire afin de s’instruire. Il reste plusieurs années à Rome grâce aux faveurs impériales de Trajan (98-117) et d’Hadrien (117-138). Cette vie d’étude lui permet de produire une abondante œuvre littéraire, que nous retrouvons dans le recueil Moralia ainsi que dans ses Vies parallèles. Ces dernières, comprenant entre quarante-quatre et quarante-six biographies d’hommes d’Etat ou de guerre, mettent en parallèle et comparent indirectement un homme romain à un homme hellénistique. Jules César est comparé à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), ce roi de Macédoine devenu pharaon d’Egypte et roi de Perse, jouissant d’une très grande notoriété militaire. Plutarque, en philosophe, se concentre principalement sur la psychologie de l’imperator avec une visée moraliste. Il se fonde en effet sur la vertu et l’éthique des hommes dans une sagesse littéraire qui se voudrait platonicienne. La biographie de César est parsemée de ces passages. Enfin, Plutarque casse avec ses traditionnelles sources grecques pour utiliser des sources latines pour brosser le portrait de César. Devons-nous voir dans sa biographie une répercussion de la guerre des Gaules de ce dernier ? Quoi qu’il en soit, la comparaison avec Alexandre le Grand place un peu plus César dans la légende.

Caius Suétone (ca.70-122) est peut-être l’écrivain inscrivant le mieux César dans la postérité. En effet, son œuvre principale s’intitule De vita duodecim Caesarum libri : La Vie des douze Césars. Il compose grâce à un accès aux archives impériales, aux écrits de ses prédécesseurs ainsi qu’à des témoignages oraux. Ses sources sont donc assez variées, à l’image de son œuvre, qui comportent des insuffisances liées au rythme monotone voir discontinu de chaque vie. Chacune d’elle est une sorte de somme, où chaque personnage a ses vertus et ses vices, comme tous les hommes, car, pour Suétone, un empereur, même divinisé, reste avant tout un homme. Il diminue les événements de chaque empereur pour se concentrer sur des détails singuliers qui pourraient, pour notre auteur, révéler la personnalité de l’individu derrière la figure impériale. Ses biographies montrent que même le plus grand personnage de l’Empire cache des défauts, qu’ils soient psychiques, médicaux ou physiques, offrant à cet être divinisé une nature humaine. Enfin, son ouvrage, constitué de huit livres, inclut les biographies des onze premiers empereurs, ainsi que celle du père spirituel du premier, le dictateur et général Jules César. Dans celui-ci, Suétone organise chronologiquement les trente-cinq premiers chapitres, puis consacre les trente-cinq autres à évoquer la personnalité du personnage, avant de traiter sa mort. En nommant ainsi son œuvre et en la commençant par la vie de Jules César, il place ce dernier comme le fondateur post-mortem de l’Empire romain (rappelons que celui-ci est fondé par son fils adoptif Octave Auguste en 27 av. J.-C.).

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Première de couverture de Vie des douze Césars de Suétone, chez Les Livres de Poche Classique / Hachette.

Enfin, le nom de César apparaît à nouveau au grand jour entre le IIIe et le IVe siècle. Dioclétien (284-305) a mis en place un système politique nouveau pour gouverner l’empire : la tétrarchie (du grec τετραρχία / tetrarkhía). Pour faire face aux invasions barbares sur les frontières, tout en renforçant l’administration provinciale, l’Empire romain est partagé en quatre unités territoriales. Dès sa seconde année au pouvoir, Dioclétien nomme un homme pour le seconder militairement dans la partie occidentale de l’empire : Maximien. Ce dernier est appelé César et l’empire n’est pas, dans les faits, concrètement divisé. Maximien accroît rapidement son pouvoir et se place en Auguste. Le duumvirat se développe en mars 293 lorsque Dioclétien décide de seconder les deux Augustes par deux Césars. Il y a donc une tétrarchie qui divise l’empire en deux parties (Occident et Orient), elles-mêmes réparties entre un Auguste et un César. Néanmoins, ce système se délite progressivement pour finalement redevenir un duumvirat. Celui-ci disparaît définitivement sous Constantin Ier (312-337) qui bat d’abord, lors de la bataille du pont Milvius en octobre 312, Maxence, usurpateur proclamé Auguste par le Sénat et les prétoriens, et tue, durant l’été 324, Licinius l’Auguste d’Orient. César réapparaît donc nominativement au cœur de la politique impériale entre les IIIe et IVe siècles ap. J.-C. Même s’il se place sous la terminologie « d’Auguste », il garde un rôle politique, militaire et religieux important pour l’empire en étant un imperator.

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Pièce d’argent du César pour l’Occident Constance Chlore (293-305) (/CNG).

B – Moyen Âge : un atout pour le développement du sentiment national

Les invasions barbares ont partiellement rompu avec la romanité. L’empire s’effondre en Occident, laissant place à de nouvelles sociétés : franque, wisigothique ou saxonne. Cet espace géopolitique se développe en croisant romanité et traditions « barbares ». A partir de la fin du Ve siècle, la Gaule est  occupée par des Wisigoths (sud), des Burgondes (est) et des Francs saliens (nord). Vers 486, un jeune roi franc, Clovis Ier (481-511), bat Syagrius, dernier représentant de Rome, lors de la bataille de Soissons. Syagrius fuit vers Alaric II, roi des Wisigoths, en abandonnant aux Francs son territoire. Mais le souverain wisigoth le livre tout de même à Clovis en 487. Politiquement, la romanité se termine en Occident en 486.

Si celle-ci disparaît au profit des traditions politiques « barbares », elle demeure dans la société qui perpétue son histoire gallo-romaine à travers l’agriculture structurée en villae. Par ailleurs, Rome demeure dans l’imaginaire collectif – surtout aristocratique – un élément de référence. Entre les VIe et VIIIe siècles, nous n’avons néanmoins pas de traces notoires de cet héritage romain, et particulièrement césarien.

La production littéraire prend un nouvel essor entre les VIIIe et IXe siècles, lorsque les Mérovingiens laissent place aux Carolingiens. Charlemagne (768-814) veut développer les arts et les lettres en attirant à la cour des lettrés comme Alcuin, Raban Maur ou encore Eginhard. L’éducation et le goût des études se développent ainsi dès le début du IXe siècle avec ce que nous appelons la renaissance carolingienne[15] – première période de renouveau culturel au Moyen Âge. Les sources antiques resurgissent et César réapparaît. Ce n’est pas un hasard si la plus ancienne copie des Commentaires sur la guerre des Gaules que nous possédons date de l’époque carolingienne. Elle est réalisée à Fleury-sur-Loire ou Auxerre dans le premier quart du IXe siècle, et complétée au XIe-XIIe siècle[16]. Parmi les intellectuels du IXe siècle, l’un d’eux s’inspire intégralement de la Vie des douze Césars de Suétone pour écrire la Vita Caroli : il s’agit d’Eginhard (ca. 770-840). Il n’y est cependant pas directement question de Jules César. La période du haut Moyen Âge (486-987) voit la figure de l’Imperator s’estomper petit à petit, avant de refaire surface timidement au IXe siècle.

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BnF, Recueil composite comprenant 2 manuscrits ou fragments de manuscrits différents : Pars I:C. Iulius Caesar. Commentarii de bello Gallico (1-112) / Source : Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Latin 5763, f°1.

Du XIIIe au XVe siècles, Jules César et la guerre des Gaules reviennent sur le devant de la scène intellectuelle. Ces trois siècles connaissent une importante diffusion des ouvrages de César ainsi que leur traduction en langue vernaculaire. Selon Mireille Schmitt-Chazan[17], cette tendance s’explique par le développement du sentiment national[18] dans le royaume de France. En effet, chaque traducteur et commentateur utilise deux faits que nous retrouvons dans la rhétorique césarienne des Commentaires sur la guerre des Gaules : la géographie et la description des peuples gaulois. Une traduction commentée par un clerc parisien de 1213-1214, appelé Faits des Romains, témoigne du rapport entre la géographie et le sentiment national depuis l’ouvrage de la guerre des Gaules de César :

« Le cadre spatial dans lequel se déroulent les « faits » de César, correspond à la France, une France « molt granz au tens Juilles César », pour laquelle l’auteur explique plus loin qu’elle englobait même la Savoie et la cité de Trêves […] ; à le lire la guerre des Gaules apparaît clairement comme la guerre de la France.[19] »

Cette utilisation de la géographie gauloise – en en faisant une géographique française – se retrouve également avec la mise en avant élogieuse des peuples locaux. Nous l’avons vu précédemment, César décrit de manière méliorative les adversaires qu’il bat afin d’accroître son prestige dans la victoire. Cette rhétorique a des répercussions au Moyen Âge puisque les auteurs se rattachent à cette vision, faussée. C’est pourquoi « notre clerc ne manque pas de célébrer la « vertu » des « François », le courage des gens de Nevers, de Cambrai, de Saintes ou de Beauvais, l’héroïsme des Poitevins et des Parisiens, l’acharnement des défenseurs d’« Avariz », d’ « Alise » et d’Uxellodunum.[20] »

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BnF, Département des Manuscrits, Division occidentale, Français 23082, f°95. Faits des Romains, 3e quart du XIIIe siècle, couronnement de Vercingétorix et son armée: « coment les cites de France font de vercingetorix leur duc ».

Les Faits des Romains du XIIIe siècle a connu une très importante diffusion au sein de la noblesse jusqu’au XVe siècle. Par exemple, le duc de Bourgogne Charles le Téméraire (1433-1477) qui « avait un culte pour les héros de l’Antiquité semble avoir été tout particulièrement fasciné par César ; d’après Olivier de la Marche, avant de se coucher, il se faisait lire pendant une heure ou deux  » les haultes histoires de Rome et prenoit moult grand plaisir es Faictz des Romains« [21] ». Cependant, certains passages des Faits des Romains ne plaisaient guère au duc, notamment à cause de sa politique anti-française se traduisant par une guerre contre le roi Louis XI. De fait, il demande à son copiste Jean du Chesne de composer une chronique universelle. Ce dernier décide de se consacrer à une relecture de l’histoire gauloise en relation avec César. Il traduit et commente les huit livres des Commentaires sur la guerre des Gaules, puis y ajoute deux livres : le premier sur la période antérieure à la conquête, le second sur la période des guerres civiles et de la dictature de l’Imperator. Jean du Chesne terminait ainsi son premier volume de sa chronique universelle qu’il faisait débuter avec la conquête de la Gaule. Comme le clerc parisien du XIIIe siècle cité précédemment, il se concentre également sur certains peuples honorés par César, notamment autour de la Belgique ou de Cambrai. Le développement du sentiment national est aussi lié avec celui du sentiment régional, en raison des écrits de Jules César.

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Ibid. que l’enluminure précédente. F°100v: « coment vercingerotix se rent apres la bataille ». Image A (voir en fin d’article un [commentaire] sur les représentations de la reddition de Vercingétorix).

Celui-ci a donc eu au Moyen Âge un rôle important pour le développement du sentiment national. Cela est dû notamment à sa rhétorique : flatter les traits des peuples rencontrés et définir la géographie gauloise. Les princes ou intellectuels du Moyen Âge, en cherchant l’origine des familles ducales ou royales, ont trouvé en César un prestige supplémentaire.

C – Modernité, Révolution et Empire : un César politique

Si la fin du Moyen Âge voit la figure mythique de Jules César réapparaître, elle devient une légende en connaissant son apogée au cours de l’époque moderne et révolutionnaire.

La Renaissance italienne qui se développe dès le XIVe siècle cherche à renouer avec l’Antiquité. Les humanistes du XVIe siècle développent cette recherche de l’Ancien. Les ouvrages antiques ressurgissent, comme Tacite ou César. Ce dernier est récupéré et prend un rôle politique dans certains écrits du XVIe siècle. A ce titre, nous pouvons analyser les Politiques de Juste Lipse (1547-1606) publiés en 1589. C’est un « miroir au prince », un style de littérature politique qui s’était développée surtout à la fin du Moyen Âge. Chez Juste Lipse, César à un rôle central et positif. « Contrairement aux autres « miroirs du Prince », les Politiques ne sont pas dédiés à un Prince précis mais sont offerts à tous les souverains d’Europe[22] ». En effet, Juste Lipse utilise la figure mythique et européenne de César, chef politique et chef de guerre, dans un contexte où l’Europe est à feu et à sang. César prend donc un rôle moralisateur pour la politique européenne dans cette œuvre de la fin du XVIe siècle.

Au tournant du XVIe et du XVIIe siècle, de nombreuses éditions du Bellum Gallicum sont faites (comme celle de Godefroy Jungerman en 1606). César se retrouve également dans la littérature. En 1599, l’Anglais William Shakespeare écrit une tragédie s’intitulant Julius Caesar, relatant la conspiration contre Jules César et son assassinat en mars -44. La scène connait un certain succès en Angleterre, comme dans son adaptation pour le Globe Theatre en 1623.

Mais la figure de César ne se limite plus à l’Occident. Nous la retrouvons également en Orient : le 16 janvier 1547 en Russie, Ivan IV dit le Terrible est couronné Czar de Russie. Le titre de Tsar provient directement de la terminologie de « César ». Plusieurs siècles après nous retrouvons la même appellation en Europe centrale, en Allemagne avec le terme Kaiser.

Les XVIe et XVIIe siècles mêlent donc derrière la figure de César un rôle politique et littéraire. Si la Romanité est très présente dans les arts et les lettres, César garde se maintient tout au long du Grand siècle et du XVIIIe siècle, avec de nombreuses éditions et commentaires de sa guerre des Gaules.

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« Le parfaict capitaine, autrement l’Abrégé des guerres de Gaule des Commentaires de César , avec quelques remarques sur icelles. Suivy… d’un traité particulier de la guerre ». BnF, département Philosophie, histoire, sciences de l’homme, R-6447. Cet ouvrage édité en 1636 montre également l’importance de l’héritage militaire laissé par Jules César. (Gallica).

La Romanité et César connaissent toutefois un apogée sous les époques révolutionnaires (1789-1804) et impériales (1804-1815). Cette période de profond changements politiques en France et en Europe a puisé dans cette source et cette figure impériale pour se construire. Devons-nous y voir une tentative de légitimation au travers des « traditions inventées » ?

Les Révolutionnaires ont très vite utilisé des symboles antiques, comme le bonnet phrygien. Politiquement, ils ont également emprunté à l’Antiquité le concept de Res publica : la chose publique. Les Lumières ont eu des répercussions lors de la Révolution française avec un apport intellectuel en termes de philosophie politique. A nouveau, la littérature classique a fortement été influencée par ce mouvement intellectuel. L’idée de république comme forme de gouvernement se retrouve par exemple chez Jean-Jacques Rousseau en 1750 en introduction de son Discours sur les sciences et les arts. A partir de la proclamation de la République le 22 septembre 1792, la romanité devient une référence de taille pour la République française et les Révolutionnaires. Cela se retrouve dans certaines images ou certains concepts. Par exemple, à partir de ladite proclamation de la République, la datation est changée comme l’avait fait César en 46 av. J.-C. avec le nouveau calendrier julien[23]. La République, comme César, maîtrise le temps.

A l’instar de Rome, la République comprend des citoyens, c’est-à-dire une personne jouissant, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote. Jusqu’en septembre 1792 les Révolutionnaires s’appellent des citoyens en opposition au « monsieur » qui est jugé trop aristocratique. La République est représentée par le faisceau de licteur. A Rome, ces derniers constituaient la garde des magistrats ayant l’imperium et portaient aussi un faisceau. Cet objet permettait également de punir (le faisceau permettant la flagellation) et d’exécuter (le faisceau étant surmonté d’une hache). Les Révolutionnaires et la République récupèrent ces insignes pour évoquer la Justice, revendiquer l’autorité légitime ainsi que la force collective ; autrement dit la République. C’est l’Assemblée constituante qui a décidé en 1790 de faire de ces antiques faisceaux le nouveau symbole de la France, remplaçant ainsi les trois lys. A partir de cette date Louis XVI frappe monnaie avec les faisceaux surmontés du bonnet phrygien.

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Pièce de 2 sols, 1791, Louis XVI, revers. (Gallica).

Le Français n’est plus un sujet du roi mais un citoyen. L’armée change également à cause de cette nouvelle considération juridique. Désormais, l’armée n’appartient plus au roi mais devient le bras armé de la République, donc du peuple souverain : l’armée française est une armée de citoyens-soldats. Est ainsi entièrement citoyen celui qui a combattu pour la République et a fait couler le sang pour sa défense. Les nombreuses guerres révolutionnaires contre les coalitions européennes ou les royalistes ont permis de renforcer cette théorie. L’armée devient donc à partir de la Révolution « une nation dans la nation[24] » et se fonde sur la définition de la légion romaine avec la souscription et l’idée d’une défense citoyenne de la République.

Au début du XIXe siècle le faisceau disparaît temporairement au profit d’un nouvel insigne : l’aigle impérial. Un Corse, Napoléon Bounaparte, a imité l’histoire romaine en faisant de la République un Empire. Dans un premier temps, il installe le Consulat entre 1799 et 1804 suite au coup d’Etat du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui renverse le Directoire. Napoléon établi un régime politique autoritaire, dirigé par trois consuls en théorie, mais dont les pouvoirs sont en réalité détenus par le Premier consul, Napoléon en personne, fonction qu’il s’octroi à vie en 1802, avant de proclamer le premier empire le 18 mai 1804. En parallèle, le Sénat conservateur est créé avec le sénatus-consulte ainsi que le Tribunat, deux assemblées du Consulat. Nous retrouvons d’un point de vue institutionnel une récupération sémantique des institutions romaines : consul, Sénat, tribun. Seul les noms demeurent, les fonctions étant bien différentes.

Napoléon Bonaparte n’a cessé, au cours de sa vie publique, de faire des références à César et à Rome – de manière plus générale. L’aigle impérial devient son symbole, il s’appuie sur sa grande armée et même dans sa mort, il imite les empereurs romains comme le prouve son tombeau en porphyre rouge. Le récit de sa vie semble être une copie de celle de Jules César vingt siècles plus tard. En effet, Napoléon semble diviser son vécu en trois parties : sa préparation au cursus honorum lors du début de la Révolution française en se liant avec les bonnes personnes ; sa « guerre des Gaules » en Italie (1796-1797) et en Egypte (1798-1801) où il développe son pouvoir militaire en se constituant une armée, une influence politique et un grand prestige grâce à ses victoires ; son apogée avec l’Empire entre 1804 et 1815, chose que César espérait peut-être mettre en place s’il n’avait pas été tué.

            La Révolution française et l’empire napoléonien se sont grandement inspirés de la romanité et de César lors de cette période de profond changement pour l’histoire de France. Ces influences antiques se retrouvent dans des images – les faisceaux de licteur – dans une philosophie politique – la République et l’Empire – ou bien encore le modèle de vie qu’a pu constituer la trajectoire de Jules César pour Napoléon Bonaparte. En somme, l’Imperator conserve sa nature politique près de vingt siècles plus tard.

D – Le XIXe et XXe siècle : du fantasme historique à la culture populaire

Le XIXe siècle a été qualifié par l’historien Emmanuel Fureix comme étant « le siècle des possibles »[25]. Le développement des Etats-nations – en Europe comme en France –, et la rupture avec le passé politico-religieux de l’union du trône et de l’autel, ont obligé les intellectuels à trouver des racines nouvelles pour la définition de la Nation. Au XIXe siècle un roman national nait, à l’image de l’Histoire de France écrit par Jules Michelet (1798-1874) ou l’imagerie d’Epinal.

La Nation française cherche ses origines. L’Antiquité semble apparaître comme une réponse adéquate. Mais il n’est plus question uniquement de romanité, car avec l’essor des Etats nations, le débat sur les termes de « race » et de « peuple », impliquant une unité biologique ou politique, modifie l’approche de la « protohistoire » de la France. Les romantiques rejettent à ce titre l’Antiquité romaine comme modèle unique. Alors qu’au Moyen Âge et à l’époque moderne les Gaulois s’effaçaient devant César, désormais, au XIXe siècle, ils occultent leur vainqueur. Un mythe autour de la guerre des Gaules se développe, largement utilisé par le Second empire (1852-1870) et la IIIe République (pour la période 1871-1914 notamment). Un changement de paradigme se produit : la guerre des Gaules est utilisée pour souligner l’aspect gaulois plutôt que romain.

Napoléon III (1808-1873) s’est passionné pour cette guerre, les Gaulois et César au point de s’impliquer dans la recherche scientifique sur la question. Deux travaux le prouvent : un ouvrage historique et des recherches archéologiques. En 1865 et en 1866, deux volumes voulus et signés par Napoléon III traitent de Jules César, personnage historique fascinant l’empereur français : c’est l’Histoire de Jules César. Napoléon III n’aura été que mécène et commanditaire pour cet important ouvrage historique, mais l’effort n’en demeure pas moins un véritable projet impérial qui débute en réalité à partir de 1858 avec la création de la Commission de topographie des Gaules. Cette commission administrative traduit la volonté de Napoléon III d’effectuer des recherches, de rédiger des ouvrages et des cartes sur les provinces gauloises, entre la France, la Belgique et la Suisse. C’est à partir de la Commission de topographie des Gaules que Napoléon III envisage et finance un important travail de recherche archéologique sur un site en particulier : Alésia. Cette bataille mythique dans l’esprit des contemporains concentre tous les efforts. En effet, la place accordée au siège d’Alésia dans les Commentaires sur la guerre des Gaules n’est pas des moindres[26] et la figure de Vercingétorix le gaulois demeure un mythe à élucider au XIXe siècle. Les fouilles sur le prétendu site d’Alésia vont de paires avec la volonté d’écrire l’Histoire de Jules César, car Napoléon III cherche à confronter les données archéologiques avec les écrits sur la guerre des Gaules de ce dernier. Les fouilles ont eu lieues à Alise (21, Côte-d’Or) et dès 1861 la volonté est de faire du site un musée pour exposer des cartes sur le siège ainsi que des artefacts. Cependant, le site de la bataille d’Alésia divise encore aujourd’hui les archéologues.

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Vue aérienne du Muséo-Parc d’Alésia à Alise-Sainte-Reine, site des fouilles archéologiques sous le Second empire. https://www.alesia.com/

Au XIXe siècle, particulièrement sous Napoléon III, la guerre des Gaules resurgit donc en France. Cependant, la Révolution française et l’idée de nation ont changé l’appréciation de cette guerre, où César partage son rôle avec les Gaulois.

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« Vercingétorix jette ses armes aux pieds de César » par Lionel Royer, 1899. Image B (voir en fin d’article un [commentaire] sur les représentations de la reddition de Vercingétorix).

Le XXe siècle aliène progressivement la figure de César et des Gaulois comme réponse politique à l’origine de la Nation au profit de la culture populaire. L’idée enseignée par les instituteurs de la IIIe République de « nos ancêtres les Gaulois » est de plus en plus critiquée par les historiens. César et ceux-ci demeurent pourtant dans la culture populaire.

Pendant la première moitié du XXe siècle, les prénoms romains étaient à la mode en France. Par exemple, Marius a été porté par 2 033 hommes nés en 1919. L’œuvre théâtrale de Marcel Pagnol Marius, Fanny et César (1929-1936) prouve à nouveau que ces deux personnages de l’Antiquité s’immisçaient dans la culture populaire.

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« Astérix le Gaulois », première B.D. du monde d’Astérix paru en 1961, par Goscinny et Uderzo chez Dargaud. Nous avons ici la première planche, représentant la conquête de la Gaule et la reddition de Vercingétorix. C’est une représentation populaire et comique a contrario du tableau de Lionel Royer. Nous retrouvons cependant une similitude avec ce dernier en la posture de Vercingétorix: alors qu’il est vaincu et se rend, il garde l’honneur, la force et le panache face à César. Image C (voir en fin d’article un [commentaire] sur les représentations de la reddition de Vercingétorix).

En 1959, René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin) créent le personnage d’Astérix. Aujourd’hui, ses Aventures se racontent à travers 37 bande-dessinées où le petit gaulois, accompagnéde son ami Obélix, combat les Romains, menés par César qui a envahi toute la Gaule. « Toute ? Non, un village d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur ». Astérix a marqué notre représentation contemporaine des Gaulois : nous les voyons avec des moustaches, des casques ailés, des braies, ou encore désordonnés en comparaison avec les camps romains. Le récit commence juste après la conquête qui demeure un mythe d’anciens combattants à l’image du chef du village, ayant combattu aux côtés de Vercingétorix : Abraracourcix. Les Gaulois et César sont désormais des personnages familiers grâce à la culture populaire et l’œuvre à succès qu’est Astérix, en B.D., en film, dessin-animé, en jeux vidéo ou encore en parc d’attraction.

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« Astérix: le Papyrus de César » 2015, Ferri et Conrad, éditions Albert René. Il est intéressant d’observer une citation de la « guerre des Gaules », I, 1, dans la bulle sur la question des Belges (cf. note n°7).

+++ [commentaire]Commentaire des trois illustrations relatives à la reddition de Vercingétorix à César devant Alésia en 52 av. J.-C. (images A, B, C). Nous sommes devant trois images d’époques, de techniques et de portées différentes. La première date de la fin du XIIIe siècle. Vercingétorix et les Romains sont représentés comme des chevaliers de la fin du XIIIe siècle. La technique de représentation du siège est similaire aux autres enluminures médiévales représentant un siège, avec une tour garnit d’hommes en côte de mailles d’un côté, et de l’autre une charge de cavalerie ou d’infanterie. Ici Vercingétorix se penche en signe de soumission devant ladite tour (A). Au XIXe siècle, Lionel Royer utilise la reddition de Vercingétorix pour exalter son panache et sa bravoure. En effet, le chef gaulois est montré triomphant, en hauteur sur un cheval blanc, son visage marqué par un certain orgueil, devant César, son ennemi, assis, le visage vide d’expression et entouré de sa garde et de ses lieutenants. Il faut probablement replacer cette œuvre dans un contexte d’exaltation du sentiment patriotique en France suite à la défaite de 1870, où même dans la défaite le « Français » est représenté comme valeureux et courageux (B). Enfin, avec Astérix dans la seconde moitié du XXe siècle, Vercingétorix garde cette posture de supériorité vis-à-vis de Jules César tout en le soumettant à son tour à la douleur. Avec les Aventures d’Astérix, l’Histoire est changée : nous retrouvons des Gaulois qui battent et terrorisent les Romains (C).


  • Bibliographie indicative :

CANFORA Luciano, Jules César, le dictateur démocrate, Paris, Flammarion, 2001 (pour l’œuvre traduite de l’italien, publiée à Rome par Giuseppe Laterza & Figli Spa en 1998)

GOUDINEAU Christian, César et la Gaule, Paris, Ed. Errance, 2000

LE BOHEC Yann, César, chef de guerre, Paris, Texto, 2015

LE BOHEC Yann, Histoire des guerres romaines, Paris, Tallandier, 2017

ROMAN Danièle et Yves, Histoire de la Gaule (Vie s. av. J.-C. – Ier s. ap. J.-C.). Une confrontation culturelle, Paris, Ed. Fayard, 1997

  • Articles:

Schmitt-Chazan Mireille. Les traductions de la « Guerre des Gaules » et le sentiment national au Moyen Âge. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 8ᵉ congrès, Tours, 1977. L’historiographie en Occident du Ve au XVe siècle. pp. 387-407.

Alexandre Tarrête, Jules César dans les Politiques de Juste Lipse (1589), in. Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, 2007, p.111-125.

Duval Paul-Marie. Une perspective nouvelle sur la guerre des Gaules et sur les Gaulois (premier article). In: Journal des savants, Janvier-mars 1954. pp. 19-31.

  • Sources primaires :

Jules César, Commentaires sur la guerre des Gaules

Suétone, Vie des douze Césars, « Vie de César »

Plutarque, Les Vies parallèles, « Vie de César »


[1] Eric Hobsbawm, The Invention of Tradition, Cambridge, 1983.

[2] Que nous prêtons à Robert Brasillach (in. Les frères ennemis, œuvre posthume).

[3] Il a servi sous ses ordres lors de la guerre de Jugurtha où il a joué un rôle important puisqu’il a capturé le roi numide. Voir à ce titre : https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2018/08/09/les-premieres-resistances-a-limperialisme-de-rome-lexemple-de-la-guerre-de-jugurtha/

[4] Suétone, Vie des douze Césars, Vie de César, LXXXII.

[5] Plutarque, Vie de Marius, XIX.

[6] Guerre des Gaules, VIII, 1.

[7] Par exemple, César commence son ouvrage avec une représentation générale de la Gaule, définissant ainsi l’espace qu’il conquiert, in. Guerre des Gaules, I, 1 : « Toute la Gaule est divisée en trois parties, dont l’une est habitée par les Belges, l’autre par les Aquitains, la troisième par ceux qui, dans leur langue, se nomment Celtes, et dans la nôtre, Gaulois. Ces nations diffèrent entre elles par le langage, les institutions et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine. Les Belges sont les plus braves de tous ces peuples, parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation de la province romaine, et que les marchands, allant rarement chez eux, ne leur portent point ce qui contribue à énerver le courage : d’ailleurs, voisins des Germains qui habitent au-delà du Rhin, ils sont continuellement en guerre avec eux. Par la même raison, les Helvètes surpassent aussi en valeur les autres Gaulois ; car ils engagent contre les Germains des luttes presque journalières, soit qu’ils les repoussent de leur propre territoire, soit qu’ils envahissent celui de leurs ennemis. Le pays habité, comme nous l’avons dit, par les Gaulois, commence au Rhône, et est borné par la Garonne, l’Océan et les frontières des Belges ; du côté des Séquanes et des Helvètes, il va jusqu’au Rhin; il est situé au nord. Celui des Belges commence à l’extrême frontière de la Gaule, et est borné par la partie inférieure du Rhin; il regarde le nord et l’orient. L’Aquitaine s’étend de la Garonne aux Pyrénées, et à cette partie de l’Océan qui baigne les côtes d’Espagne ; elle est entre le couchant et le nord. »

[8] Cicéron, Brutus, ou dialogue sur les orateurs illustres, LXXV.

[9] Guerre des Gaules, I, 8.

[10] Guerre des Gaules, II, 9.

[11] Guerre des Gaules, III, 10.

[12] Guerre des Gaules, V, 21.

[13] Guerre des Gaules, VII, 68.

[14] Guerre des Gaules, VIII, 55.

[15] Le terme est développé dans les années 1830 par l’historien Jean-Jacques Ampère. Il a été vivement critiqué depuis puisque l’idée de renaissance implique une période de régression. Toujours est-il que l’expression de « renaissance carolingienne » demeure pour qualifier cet élan culturel du IXe siècle.

[16] BnF, Recueil composite comprenant 2 manuscrits ou fragments de manuscrits différents : Pars I:C. Iulius Caesar. Commentarii de bello Gallico (1-112) / Source : Bibliothèque nationale de France. Département des Manuscrits. Latin 5763. Lien internet : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8426038x/f5.image

[17] Schmitt-Chazan Mireille. Les traductions de la « Guerre des Gaules » et le sentiment national au Moyen Âge. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public, 8ᵉ congrès, Tours, 1977. L’historiographie en Occident du Ve au XVe siècle. pp. 387-407.

[18] Sur cette question, voire la thèse de Colette Beaune, Naissance de la nation France, NRF, 1986.

[19] Schmitt-Chazan Mireille. Les traductions de la « Guerre des Gaules » et le sentiment national au Moyen Âge, op. cit., p.390.

[20] Ibid. p.392.

[21] Ibid., p.396.

[22] Alexandre Tarrête, Jules César dans les Politiques de Juste Lipse (1589), in. Cahiers de Recherches Médiévales et Humanistes, 2007, p.111-125.

[23] César se rend maître du Temps, Suétone, Vie de César, XL : « Tournant ensuite ses vues vers la réorganisation de l’État, César corrigea le calendrier, tellement dérangé par la faute des pontifes et par l’abus, déjà ancien, des intercalations, que les fêtes de la moisson ne tombaient plus en été, ni celles des vendanges en automne. Il régla l’année sur le cours du soleil, et la composa de trois cent soixante-cinq jours, en supprimant le mois intercalaire, et en augmentant d’un jour chaque quatrième année. Pour que ce nouvel ordre de choses pût commencer avec les calendes de janvier de l’année suivante, il ajouta deux autres mois supplémentaires, entre novembre et décembre, à celle où se fit cette réforme ; et elle fut ainsi de quinze mois, avec l’ancien mois intercalaire, qui, selon l’usage, s’était présenté cette année-là. »

[24] Alfred de Vigny, Servitude et grandeur militaires, 1835.

[25] Emmanuel Fureix, Le siècle des possibles, 1814-1914, Paris, PUF, 2014.

[26] Guerre des Gaules, VII, 68-89.

 

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