Recension « Les affres de la guerre sous Louis XIV – Un demi-siècle d’une vallée de larmes »

Il est commun d’aborder l’Histoire militaire du règne de Louis XIV en analysant ses aspects opérationnels et purement martiaux. L’armée française, surnommée Giant of the Grand Siècle par l’historien John A. Lynn, ainsi que ses adversaires, souvent coalisés, constituent avec les campagnes militaires les principaux sujets d’étude, dès que la recherche se penche sur ce thème. Pourtant, un autre aspect est souvent délaissé ou relativement oublié dans cette équation : les conséquences de ces interactions sur l’environnement, notamment la société civile. Celle-ci participe aux combats lorsqu’elle est mise à contribution, par exemple par l’enrôlement, mais les subit plus généralement, directement, mais aussi – et surtout – indirectement. Ce n’est cependant pas uniquement la population qui se trouve impactée mais bien la la société entière à travers , l’environnement, l’urbanisme, l’économie, la production, l’organisation politique ou encore la circulation des biens et des individus.

Dans son ouvrage, Les affres de la guerre sous Louis XIV – Un demi-siècle d’une vallée de larmes, Jean-Pierre Rorive, Docteur en Philosophie et Lettres de l’Université de Liège et agrégé d’Histoire, comble amplement cette lacune. En restreignant son étude sur une région limitée, la ville de Huy, dans la principauté de Liège (actuelle Belgique), il offre un panorama complet, organisé et solidement établi des calamités que connut cette localité au cours des campagnes militaires du Roi Soleil. Le choix géographique n’est pas anodin, outre le fait que l’auteur est originaire de la région et a déjà écrit à propos – avec le prix Georges Goyau de l’Académie française en récompense -, la principauté de Liège et même plus généralement la Belgique, ont  toujours constitué le carrefour principal du Nord de l’Europe de l’Ouest et de ce fait, un véritable champ de bataille.

L’ouvrage est divisé en neuf chapitres, commençant par un angle général, à propos de la ville, sa démographie et l’environnement adjacent tout au long des campagnes militaires qui émaillèrent le règne de Louis XIV ; pour se poursuivre avec des sujets bien plus précis mais conservant cette temporalité, comme les destructions (chapitre II), les logements militaires (chapitre III), les contributions de guerre (chapitre IV), les finances (chapitre V), l’économie (chapitre VI), les ecclésiastiques (chapitre VII), le magistrat urbain (chapitre VIII) et les exactions de la troupe (chapitre IX). Tous ces chapitres offrent à la fois une description chronologique – au fil des différentes guerres et occupations successives – et une analyse précise de ces thématiques trop souvent délaissées dans l’étude de la guerre moderne. Elles sont d’ailleurs étayées par de nombreux exemples, sources et iconographie à l’appui. Le choix de l’auteur de mettre en avant la ville de Huy, à travers un demi-siècle d’affrontements, permet d’établir une continuité spatio-temporelle et, à partir de celle-ci et de comparaisons avec d’autres villes, régions et pays, suivre les évolutions et les conséquences de ces affres. Cette linéarité et ces comparaisons permettent ainsi de renforcer ou, au contraire, réfuter certaines assertions, chiffres et faits en renforts. Les épreuves que subit Huy au cours des campagnes du Roi Soleil n’en ressortent ainsi que plus clairement  détaillées, offrant un excellent exemple des calamités provoquées ou amplifiées par ces guerres, à l’échelle d’une ville et de sa campagne environnante : Huy sera prise et reprise, dévastée, subira exactions, destructions et garnisons mais aussi reconstructions. Ses environs ainsi que sa région ne furent pas davantage épargnés.

L’ouvrage est tout à fait accessible pour quiconque s’intéresse au sujet. Il n’en demande pas moins quelques connaissances générales  sur la période pour être de prime abord pleinement compréhensible. Néanmoins, même sans celles-ci, le livre se lit aisément et demeure très intéressant, du fait qu’il fournit de nombreuses informations sur la période et le contexte général de l’étude. D’ailleurs, il serait erroné  de considérer l’ouvrage comme restreint à la seule Histoire militaire. L’angle emprunté est bien plus large et sa transdisciplinarité, outre l’avantage qu’elle procure en permettant une analyse de pointe, permet aussi d’ouvrir l’ouvrage à d’autres disciplines que l’Histoire. Nous pouvons cependant regretter un défaut découlant de ce point fort : le grand nombre de noms de protagonistes, qu’ils soient témoins ou acteurs – civils, religieux, politiques ou militaires -, ou encore auteurs et spécialistes évoqués, peut mener à quelques confusions et obliger à des allers-retours, rendus compliqués par l’absence d’un index. Mais ce défaut est plus que minime, surtout à l’aune des qualités de l’étude de Jean-Pierre Rorive.

            Accessible, richement illustré, solidement sourcé, Les affres de la guerre sous Louis XIV – Un demi-siècle d’une vallée de larmes est donc un ouvrage que nous ne pouvons que recommander.

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