Quand l’historien privilégie la littérature : le mauvais exemple de la « bataille » de la rivière Fuji

Quand l’historien privilégie la littérature : le mauvais exemple de la « bataille » de la rivière Fuji

Au Japon, la division des grandes périodes temporelles n’est pas la même qu’en Occident. L’archipel n’entra dans sa période médiévale qu’à l’issue d’une transition avec l’Antiquité durant la seconde moitié du XIIe siècle. Cette transition fut marquée par un ensemble de conflits pour obtenir la mainmise sur le pouvoir politique et militaire. Divers acteurs y prirent part : la maison impériale, la grande maison aristocratique Fujiwara 藤原, certains grands temples bouddhiques et sanctuaires shintoïstes, et deux clans aux origines aristo-guerrières, les Minamoto 源 (ou Genji 源氏) et les Taira 平 (ou Heike 平家, ou Heishi 平氏).

Un paroxysme fut atteint entre 1180 et 1185, avec ce qui fut appelé a posteriori Jishō-Juei no ran 治承・寿永の乱, « le conflit des ères Jishō et Juei »[1], ou plus communément Genpei no sōran 源平の争乱, « le conflit de Genpei »[2]. De cette période émergea un vainqueur : Minamoto no Yoritomo 源頼朝 (1147-1199), premier véritable shōgun 将軍[3] de l’archipel, qui instaura en 1192 un bakufu 幕府, un gouvernement féodal, aussi appelé shogunat.

Portrait de Minamoto no Yoritomo
Portrait de Minamoto no Yoritomo, Fujiwara no Takanobu, 1179, Wikimedia Commons

Sur l’archipel, cette période de transition fut contée à travers trois textes épiques[4] : le Hōgen monogatari 『保元物語』[5], le Heiji monogatari 『平治物語』[6] et le Heike monogatari 『平家物語』[7]. Récités par des biwa hōshi 琵琶法師, soit des conteurs itinérants et aveugles jouant du biwa 琵琶 (un luth à quatre cordes), ces textes, et en particulier le Heike monogatari, ont participé à la popularisation de certaines grandes valeurs de la culture japonaise. Ils ont, par exemple, mis en avant la « voie de l’arc et du cheval », kyūba no michi 弓馬の道, qui peut être considérée comme l’ancêtre de la « voie du guerrier », le bushidō 武士道.

Nous pouvons également voir dans ces œuvres les premières représentations de seppuku 切腹, une forme ritualisée de suicide par l’éventrement qui s’est développée durant l’époque médiévale au sein de la seigneurie et de la haute classe guerrière. De plus, ces textes participent à la promulgation de thèmes bouddhiques tels l’impermanence de toute chose et la vanité du monde, ou encore la pratique du nenbutsu 念仏 qui consiste à imaginer et penser aux mérites des bouddha et des bodhisattvas et à prononcer (si possible à voix haute) leurs noms[8].

Deux paravents représentant la bataille d’Ichi no Tani (à droite, 1184) et celle de Yashima (à gauche, 1184)
Deux paravents représentant la bataille d’Ichi no Tani (à droite, 1184) et celle de Yashima (à gauche, 1184), artiste inconnu, XVIIe siècle, Wikimedia Commons

En outre, ces textes furent compilés environ un siècle après les faits qu’ils narrent. Dans le cas du Heike monogatari, des témoins directs étaient encore en vie lorsque l’œuvre épique fut mise à l’écrit. Ainsi, entre autres du fait du court intervalle de temps entre les faits et la composition, le Heike monogatari est considéré comme étant une source historique relativement fiable. Bien sûr, l’histoire fut quelque peu remaniée à des fins de dramatisation, mais son squelette – les conflits et batailles que le texte relate – est considéré comme relativement fidèle aux évènements qui se sont réellement produits.

De fait, le Heike monogatari fut longtemps utilisé par la grande majorité des chercheurs japonais comme source historique primaire et l’est encore de nos jours par certains historiens dans le monde entier. Nous pouvons, par exemple, citer l’Azuma kagami 『吾妻鏡』 (Le miroir de l’Est), une chronique historique du shogunat allant de 1180 à 1266, compilée entre la seconde moitié du XIIIe siècle et la première moitié du XIVe siècle. Celle-ci reprend un grand nombre des éléments du texte épique. Bien plus récemment, l’historien Stephen Turnbull a utilisé le Heike monogatari comme l’une de ses deux sources primaires principales[9] lors de la rédaction de son ouvrage The Gempei War: 1180-85[10] en 2016.

L’histoire militaire fut donc utilisée comme base de la littérature et de la culture populaire. Il s’agit d’un phénomène présent dans une très grande majorité de sociétés qui connurent l’émergence des textes épiques. Néanmoins, au Japon, nous pouvons observer que la littérature épique fut, à son tour, utilisée afin de « refaçonner » l’histoire militaire. Or, avec l’avancée de la recherche, nous savons de nos jours que certaines données, notamment le nombre de soldats participant aux batailles, furent exagérées. De même, l’authenticité des dialogues et de la plupart des épisodes romantiques inclus dans ces œuvres est, à raison, constamment remise en question.

Ainsi, nous pouvons nous demander pourquoi devrions-nous estimer les faits énoncés relatifs aux batailles comme étant certains, ou ne serait-ce que relativement fiables, comme l’ont fait avant nous de très nombreux historiens. Dans cet article, nous nous attarderons sur l’exemple de la « bataille » de la rivière Fuji 富士川 (1180) dans le but de montrer que la littérature peut entraver la transmission de l’histoire militaire.

Dans un premier temps, nous résumerons le contexte historique de cette « bataille » et montrerons en quoi elle fut décisive pour l’issue du conflit de Genpei. Puis, nous confronterons les versions de plusieurs sources dites « primaires » sur le déroulement de cette « bataille » afin d’essayer de déterminer comment et pourquoi l’une de ses versions est préférée à une autre par une grande majorité des historiens.

Le contexte historique

À partir du milieu des années 1150, durant environ 25 années, le clan d’origines guerrière et provinciale Taira s’inséra progressivement dans le milieu aristocratique et politique de la cour impériale de Heian-kyō 平安京[11]. Son chef, Taira no Kiyomori 平清盛 (1118-1181), gagna en puissance économique, guerrière, politique et sociale de manière exponentielle.

À la fin des années 1170, le clan Taira était devenu omnipotent. Ses principaux membres occupaient les grandes fonctions gouvernementale et administratives de la cour, et Kiyomori décidait même de la succession impériale[12]. Les Taira s’étaient également débarrassés de leurs ennemis politiques et avaient isolés l’empereur retiré Go-Shirakawa 後白河院 (1127-1192) avec qui Kiyomori se disputait le pouvoir auparavant. Le prince héritier, futur empereur Antoku 安徳天皇 (1178-1185), était même d’ascendance Taira[13], ce qui donnait au clan l’opportunité d’instaurer une nouvelle lignée impériale et une régence Taira comme l’avait fait la famille Fujiwara durant plus de deux siècles par le passé.

Portrait de Taira no Kiyomori
Portrait de Taira no Kiyomori, Fujiwara no Gōshin, XIVe siècle, Wikimedia Commons

Néanmoins, le clan ne faisait pas l’unanimité à la cour. Ses méthodes peu conventionnelles et ses origines provinciales déplaisaient à l’aristocratie. Ainsi, le régime Taira fut petit à petit remis en question et, en 1180, le prince Mochihito 以仁王 (1151-1180), soutenu par Minamoto no Yorimasa 源頼政 (1104-1180), promulgua un édit visant à renverser les Taira. Il appela aux armes les clans guerriers de province, notamment les diverses branches du clan Minamoto, qui étaient alors éparpillées sur l’ensemble du territoire et sans réel chef depuis le conflit de Heiji en 1159.

Cette tentative de « coup d’État » fut cependant déjouée. Le prince Mochihito fut tué et Yorimasa fut poussé au suicide lors de la bataille du pont de la rivière Uji 宇治川 le 26e jour du cinquième mois de l’année 1180. Toutefois, ce texte et la mort du prince provoquèrent la rébellion de plusieurs leaders militaires provinciaux et Kiyomori ordonna d’arrêter tous ceux qui reçurent l’édit du prince.

Minamoto no Yoritomo, techniquement à la tête de sa branche du clan, mais sans réel grand pouvoir ou soutien militaire, fut l’un de ceux qui se rebellèrent contre les Taira peu après la mort du prince. Il prit le parti d’attaquer rapidement et de manière locale les porteurs d’autorité Taira de sa province afin de contrer une potentielle arrivée de renforts militaires, se garantissant l’effet de surprise.

Après une première victoire à Yamagi 山木, il subit toutefois une lourde défaite à Ishibashi-yama 石橋山 face à un vassal de Kiyomori, Ōba Kagechika 大庭景親 (?-1180), originellement envoyé défaire le petit-fils de Yorimasa, Minamoto no Aritsuna 源有綱 (?-1186)[14]. Néanmoins, Ōba prit la décision d’attaquer Yoritomo lorsqu’il apprit la nouvelle de sa victoire à Yamagi. Yoritomo parvint à s’échapper de justesse et comprit qu’il lui faudrait du soutien militaire supplémentaire pour défaire les Taira. Il partit ainsi en campagne politique autour de Kamakura afin de rassembler une armée anti-Taira avec le soutien de seigneurs locaux. Le septième jour du dixième mois de l’année 1180, il arriva à Kamakura où il établit son quartier général[15].

Carte récapitulative de la campagne de Minamoto no Yoritomo en 1180
Carte récapitulative de la campagne de Minamoto no Yoritomo en 1180 (en noir), les étoiles représentent les affrontements. Cécile Dauvergne, La Revue d’Histoire Militaire, 2022

De son côté, Kiyomori, avec le support des hauts dignitaires de la cour impériale, décida d’envoyer des troupes dans l’est du pays afin de mettre fin à la rébellion de Yoritomo. Les troupes Taira, menées par Taira no Koremori 平維盛 (1158-1184, petit-fils de Kiyomori), partirent de la capitale le 21e jour du neuvième mois de l’année 1180[16]. Toutefois, Koremori subit le mois suivant une lourde défaite alors que ses troupes campaient sur une rive de la rivière Fuji dans la province de Suruga 駿河国. Prouvant que les Taira n’étaient pas invincibles, la nouvelle de cette défaite provoqua l’entrée en rébellion de nouveaux chefs militaires et seigneurs locaux qui se joignirent aux deux principaux leaders de l’époque : Yoritomo et son cousin Minamoto no Yoshinaka 源義仲 (ou Kisō Yoshinaka 木曽義仲, 1154-1184) qui lança sa révolte de la province de Shinano 信濃国.

Carte des provinces japonaises à l'époque Heian
Carte des provinces japonaises à l’époque Heian, Kallgan, 2006, Wikimedia Commons

Après la bataille de la rivière Fuji, Yoritomo gagna beaucoup en réputation de chef militaire. Il devint un homme à craindre et fut notamment rejoint par l’un de ses frères cadets, Yoshitsune 源義経 (1159-1189), qui devint l’un de ses principaux généraux et gagna de nombreuses victoires décisives durant le conflit[17].

En outre, cette bataille fut également la première réelle défaite des Taira : elle fut une humiliation qui les poussa à prendre de mauvaises décisions stratégiques par la suite, la rendant ainsi décisive. En effet, il s’agit de la première pierre de l’édifice que fut la défaite Taira. Elle marque également l’entrée dans la féodalité et le début du régime shogunal de l’époque Kamakura 鎌倉時代 (1185-1333). Cette bataille fut la première véritable victoire pour les rébellions anti-Taira et elle est généralement attribuée par les historiens à Minamoto no Yoritomo et son armée.

La version « shogunale »

Qu’il s’agisse d’un livre d’histoire japonaise générale ou traitant plus spécifiquement du conflit de Genpei, nous remarquons que la version de cette « bataille » communément admise et mise en avant est celle donnée par le Heike monogatari, à laquelle sont ajoutés quelques détails supplémentaires avancés par l’Azuma kagami. Soit respectivement un texte épique et une chronique.

La première version écrite du Heike monogatari fut probablement compilée entre 1220 et 1250 par un aristocrate nommé Fujiwara no Yukinaga 藤原行長 (dates inconnues, XIIe siècle) s’étant fait moine. La version la plus connue et répandue de nos jours est le Kakuichi-bon 覚一本, « le livre de Kakuichi », qui fut dictée par le biwa hōshi Akashi Kakuichi 明石覚一 (?-1371) à l’un de ses disciples peu avant sa mort. Cette version est divisée en treize rouleaux, eux-mêmes divisés en épisodes formant des unités narratives presque autonomes.

L’Azuma kagami, quant à elle, est une chronique commandée par le gouvernement shogunal en 52[18] volumes les événements des années 1180 à 1266. La première moitié de la chronique fut compilée durant la seconde moitié du XIIIe siècle et la seconde moitié au début du XVIe siècle. Ses compilateurs sont inconnus.

Le Heike monogatari, comme son titre l’indique, vient conter l’histoire des Heike, soit l’avènement puis la chute de l’orgueilleux clan Taira. Dans les épisodes onze et douze du cinquième rouleau, il est question de la « bataille » de la rivière Fuji. Elle nous indique que Taira no Koremori, suivi de son grand-oncle Taira no Tadanori 平忠度 (1144-1184) et de 30 000 hommes, aurait été envoyé dans l’est du pays afin de réprimer la rébellion de Yoritomo. Il aurait quitté la capitale impériale de Fukuhara 福原[19] le dix-huitième jour du neuvième mois de l’année 1180 et atteint la province de Suruga le seizième jour du mois suivant[20].

Ayant recruté d’hommes sur son chemin – pour un total d’environ 70 000 – ils auraient alors établi leur camp sur la rive ouest de la rivière Fuji. Selon le récit, Koremori aurait proposé de traverser le col d’Ashigara 足柄峠 afin d’affronter Yoritomo dans la région du Kantō 関東. Néanmoins, un autre commandant de l’armée Taira, Fujiwara no Tadakiyo 藤原忠清 (?-1185), souhaitant attendre des renforts, l’en aurait dissuadé. Au même moment, Yoritomo et ses troupes auraient passé ce même col et, rejoint par les Minamoto de Kai 甲斐源氏 et de Shinano 信濃源氏, un total de 200 000 hommes aurait alors établi leur camp près de la rivière Kise 黄瀬川.

Schéma représentant les déplacements des Taira (en violet) et de Minamoto no Yoritomo (en rouge) vers le lieu d’affrontement de la « bataille » de la rivière Fuji
Schéma représentant les déplacements des Taira (en violet) et de Minamoto no Yoritomo (en rouge) vers le lieu d’affrontement de la « bataille » de la rivière Fuji. Cécile Dauvergne, La Revue d’Histoire Militaire, 2025

Apprenant cette nouvelle, Tadakiyo aurait alors annoncé regretter le fait que les Taira aient précipité leur départ de la capitale, les empêchant de rassembler plus d’hommes. Les dirigeants de l’armée Taira auraient également été informés du fait que les Minamoto de Kai et de Shinano disposaient d’une bonne connaissance du terrain, leur facilitant une potentielle attaque par revers. Toutefois, les deux camps auraient convenu que le ya awase 矢合わせ – un échange de flèches rituel signalant parfois le début d’une bataille – aurait lieu le matin du 24e jour du dixième mois.

Durant la nuit précédant la bataille, de nombreux soldats Taira auraient déserté et, faisant tout de même camp dans les environs, auraient allumé des feux. Le nombre important de ces feux auraient alors effrayé les soldats Taira qui pensaient être encerclés par l’armée Minamoto. En outre, au milieu de la nuit, un grand groupe d’oiseaux aquatiques aurait pris son envol d’un coup. Prenant le vacarme du battement des ailes pour une armée les attaquant, la majorité des soldats Taira, terrifiés, auraient pris la fuite dans un désordre général.

Portrait de Taira no Koremori
Portrait de Taira no Koremori, Utagawa Yoshitora, 1866, Wikimedia Commons

Le lendemain matin, les troupes Minamoto auraient traversé la rivière Fuji et découvert le camp Taira complètement abandonné. Yoritomo aurait alors déclaré qu’il ne méritait aucun crédit, car cette victoire était celle du bodhisattva Hachiman 八幡大菩薩, le protecteur du clan Minamoto. S’inquiétant de la force de son arrière-garde, Yoritomo aurait donc décidé de ne pas poursuivre les forces Taira.

Le Heike monogatari narre alors que se serait répandu sur l’archipel une rumeur selon laquelle les Taira se seraient enfuis sans même avoir tiré une seule flèche, effrayés par une nuée d’oiseaux. Les Taira sont ensuite présentés comme étant la risée de tout le monde, l’œuvre incorporant même des poèmes utilisant des jeux de mots afin de moquer leur lâcheté.

Ainsi, le Heike monogatari décrit en détails sa propre version de la bataille, mais ne donne que peu d’informations sur les Minamoto. L’Azuma kagami peut combler cette lacune. Selon la chronique, Yoritomo aurait quitté son quartier général basé à Kamakura 鎌倉 le seizième jour du dixième mois de l’année 1180, afin d’affronter les troupes Taira menées par Koremori[21]. Il aurait passé le col d’Ashigara le dix-huitième jour du même mois et serait arrivé à Kajima 賀島, près de la rivière Kise, le vingtième jour.

Tout comme dans le Heike monogatari, les Taira auraient établi leur camp sur la rive ouest de la rivière Fuji, et les estimations numériques des soldats appartenant aux deux armées sont identiques. Seules les dates changent quelque peu. La chronique relate ainsi que, durant la nuit du vingtième jour, certains hommes de Yoritomo se seraient apprêtés à contourner le camp Taira afin de les attaquer de revers et auraient provoqué l’envol d’un grand groupe d’oiseaux aquatiques.

Ici également, les Taira se seraient imaginés subir l’attaque d’importantes troupes et Fujiwara no Tadakiyo aurait décidé de battre en retraite, le reste de l’armée Taira le suivant promptement avant l’aube. Similairement au texte épique, l’Azuma kagami nous informe que Yoritomo aurait découvert le camp Taira vide le lendemain matin, et aurait décidé de rester stabiliser et affermir sa position dans l’est du pays plutôt que de poursuivre les Taira.

Nous retrouvons dans ces deux récits de la « bataille » des éléments extrêmement similaires, qu’il s’agisse des chiffres avancés, des personnages principaux ou même de l’anecdote des oiseaux aquatiques. Une version de l’histoire mélangeant les informations avancées par ces deux textes fut, pendant des siècles, retenue comme étant la version « officielle » et ne fut, à notre connaissance, pas remise en question avant la fin du XXe siècle. Ainsi, pour cette bataille, l’histoire militaire retint une version grandement fondée sur un texte épique. Toutefois, cette version, que nous appellerons dans cet article « shogunale », peut être discutée.

En premier lieu, nous remarquons que les estimations du nombre de soldats appartenant aux deux armées furent exagérées[22]. Il s’agit ici d’un phénomène courant dans la littérature épique mondiale et les ouvrages japonais n’y ont pas échappé. De plus, les sources primaires subsistantes encore de nos jours ne s’accordent pas sur la date de cet « affrontement », le plaçant entre le dix-huitième et le 23e jour du dixième mois, mais ne donnant pas de jour précis identique[23].

Enfin, ce problème de concordance des dates en soulève un autre plus technique dans notre version « shogunale ». En effet, comme l’a théorisé Akiyama Takashi 秋山敬 (1946-2011), un spécialiste de l’histoire des Minamoto de Kai, la vitesse de déplacement d’aussi grandes troupes à l’époque était de moins de 30 kilomètres par jour[24]. Or, selon la temporalité proposée dans cette version, Yoritomo et ses troupes auraient parcouru plus de 70 kilomètres en une journée : il est impossible pour les forces du futur shōgun d’avoir pu « affronter » les Taira.

La version de la cour

Ainsi, la version « shogunale » possède de nombreux défauts et, bien que ses fondations furent considérées comme suffisamment solides pour être utilisées en tant que source primaire, nous ne pouvons plus nous y référer sans évoquer ces problèmes. En outre, de nombreux historiens se sont majoritairement basés par le passé, et pour certains encore de nos jours, sur une œuvre littéraire et une chronique rédigée environ un siècle après que les faits se soient déroulés. Pourtant, il subsiste de nos jours au moins trois nikki 日記[25], des « notes journalières », de hauts fonctionnaires de la cour impériale, contemporains au conflit et citant au moins brièvement cette « bataille ».

Dans ces notes journalières écrites en sino-japonais (kanbun 漢文), les aristocrates consignaient les faits de la vie publique. Il s’agissait de recueils de précédents destinés à leur descendance. La datation, ainsi que la précision des détails fournis dans certains nikki, en font des documents historiques fondamentaux pour la compréhension des mœurs et de l’histoire de la cour impériale antique et médiévale. De fait, ils étaient généralement rédigés quotidiennement et au moment des faits qu’ils relataient. Cependant, les auteurs des nikki mentionnés ne participèrent pas de manière militaire au conflit de Genpei, ils n’étaient pas sur les champs de batailles, ce qui a pu entraîner une certaine imprécision, voire même des erreurs, dans la narration des faits.

Des trois nikki abordant la « bataille » de la rivière Fuji, nous retiendrons en particulier celui de Fujiwara (Kujō) no Kanezane 藤原(九条)兼実 (1149-1207), intitulé Gyokuyō 『玉葉』, Les feuilles précieuses. Durant l’entièreté du conflit, Fujiwara no Kanezane était une grande figure politique de la cour impériale et il fut l’un des rares grands rivaux du clan Taira à ne pas avoir été exécuté, banni ou exclu de la scène politique de l’époque. En 1180, il occupait le poste de ministre de la Droite, udaijin 右大臣, soit l’une des plus hautes fonctions de la cour.

Ses notes journalières, tenues de 1164 à 1203, sont extrêmement précieuses pour la compréhension des rouages du système politique sous la direction de la figure omnipotente de Taira no Kiyomori. Dans son entrée du cinquième jour du onzième mois de l’année 1180, Kanezane retranscrit ce qui lui fut dit de la « bataille » de la rivière Fuji[26]. Taira no Koremori étant rentré le jour même à la capitale de Fukuhara, nous pouvons supposer qu’il s’agit d’une version directement rapportée par le commandant à ses supérieurs et donc, entre autres, à Kanezane.

Portrait de Fujiwara no Kanezane, Fujiwara no Gōshin
Portrait de Fujiwara no Kanezane, Fujiwara no Gōshin, XIVe siècle, Wikimedia Commons

Ainsi, Kanezane rappelle tout d’abord que Koremori était arrivé dans la province de Suruga le seizième jour du dixième mois dans le contexte d’une expédition punitive contre Yoritomo[27]. Puis, il énonce que, le jour suivant, deux messagers furent envoyés par les Minamoto de Kai à Koremori afin de lui proposer un combat entre les deux armées. Toutefois, Fujiwara no Tadakiyo aurait trouvé cette demande officielle arrogante et, irrité, aurait fait couper les têtes des messagers. Les troupes Taira étant envoyées officiellement réprimer des révoltes, Tadakiyo se serait senti supérieur aux rebelles qu’étaient les Minamoto de Kai et ne se serait donc pas senti obligé de respecter les obligations guerrières dues à un adversaire égal en laissant les messagers vivre.

Le lendemain, soit le dix-huitième jour, Koremori aurait installé son camp sur la rive ouest de la rivière Fuji en préparation d’un affrontement avec les troupes Minamoto de Kai le dix-neuvième jour. Néanmoins, durant la nuit, des centaines de soldats Taira auraient déserté, certains rejoignant même le camp adverse, réduisant ainsi fortement les effectifs des troupes de Koremori à environ 2 000 hommes. Ayant estimé l’armée des Minamoto de Kai à plus de 40 000 hommes, Fujiwara no Tadakiyo aurait alors entrepris de battre en retraite et les autres dirigeants des troupes Taira en auraient fait de même.

Nous notons ainsi des différences flagrantes avec la version « shogunale ». Tout d’abord, comme nous l’avons signalé précédemment, les dates et effectifs des armées diffèrent. L’estimation avancée pour les troupes des Minamoto de Kai nous semble encore quelque peu surestimée, mais celle des forces Taira est bien plus réaliste que les données de la version « shogunale ».

Ensuite, nous remarquons que les oiseaux qui auraient provoqué le départ en retraite ne sont pas mentionnés. Ils sont toutefois évoqués comme étant l’une des raisons de cette fuite par l’un des trois autres nikki : le Sankaiki 『山塊記』, Notes journalières de Nakayama Tadachika, tenu par Fujiwara no (Nakayama) Tadachika 藤原(中山)忠親 (1131-1195) de 1151 à 1194.

Le troisième journal, le Kikki 『吉記』, Notes journalières de Yoshida, tenu par Fujiwara no (Yoshida) Tsunefusa 藤原(吉田)経房 (1143-1200) de 1166 à 1192, ne les mentionne pas non plus et invoque, tout comme Kanezane, la flagrante supériorité numérique des troupes des Minamoto de Kai comme unique justification de la retraite.

Nous pouvons alors poser deux hypothèses. Soit cette anecdote d’oiseaux est issue d’une fausse rumeur parvenue aux oreilles de l’auteur du Sankaiki ; soit Koremori et ses généraux auraient délibérément caché l’intervention de ces oiseaux afin de ne pas être davantage humiliés et vus comme des lâches. Ne disposant pas davantage d’arguments réfutant ou soutenant l’une de ces deux hypothèses, nous ne pouvons pas prendre position.

Enfin, la troisième différence majeure entre les notes journalières de Kanezane et la version « shogunale » est, bien sûr, l’ennemi principal des troupes Taira. Que ce soit dans le Heike monogatari ou dans l’Azuma kagami, les Minamoto de Kai sont présentés comme faisant partie de l’armée de Minamoto no Yoritomo. Or, selon la version de Kanezane, les troupes de Yoritomo n’auraient pas influencé la « bataille », car seuls les Minamoto de Kai auraient été présents. Cette source historique extrêmement fiable et contemporaine aux faits vient donc contredire la version sur laquelle de très nombreux livres d’histoire militaire sont fondés.

Les conséquences

Que l’armée de Minamoto no Yoritomo ait été celle qui a infligé cette humiliation aux Taira ou qu’il s’agisse des Minamoto de Kai ne change rien à l’issue du conflit. Ces deux groupes étaient unis par un ennemi commun et furent alliés, et cette victoire servit les desseins de Yoritomo, qu’il y eut participé ou non. Toutefois, cette représentation littéraire de la « bataille » a participé à la construction du caractère mythique du personnage de Yoritomo, premier « grand » shōgun, ayant participé à la justification et à la fortification du shogunat de Kamakura.

Le Gyokuyō fut très probablement l’une des sources qu’utilisa le premier compilateur du Heike monogatari. Mettre en avant une victoire de Yoritomo alors qu’un témoignage aussi important ne le place pas même dans les environs de la « bataille » n’est, à notre avis, pas anodin. Durant le conflit de Genpei, Yoritomo n’a gagné quasiment aucune bataille dont il était le principal général et n’a accompli aucun exploit guerrier durant le conflit. Son général et frère cadet Yoshitsune fut celui qui mena au nom de Yoritomo les principales batailles.

Attribuer cette victoire à Yoritomo pouvait ainsi permettre de le légitimer comme réel chef militaire et non pas juste comme commandant fantôme n’ayant presque pas quitté son quartier général à Kamakura, loin des affrontements. En outre, la version « shogunale », grâce au contraste entre les personnages Taira et Yoritomo, met franchement en avant la dévotion bouddhique, l’humilité et les qualités de stratège de ce dernier.

La littérature épique valorise une dualité entre Taira et Yoritomo, un conflit simplifié, qui permet peut-être une meilleure compréhension pour le public qui écoute l’histoire lui être récitée par le musicien itinérant. Néanmoins, c’est cette version plutôt que la réalité historique qui fut la plus retenue et la plus retransmise, entraînant une fausse vision de l’histoire militaire avec cette dualité « Taira contre Minamoto ».

La « bataille » de la rivière Fuji n’est qu’un cas parmi d’autres dans le Heike monogatari. Il est très récurrent dans ce texte épique que des conflits complexes avec de nombreux partis soient simplifiés en une dualité. De nos jours, le nom le plus connu de ce conflit est Genpei no sōran, « le conflit de Genpei », soit le conflit entre Minamoto et Taira, laissant alors de côté les autres grands acteurs que furent la maison de l’empereur retiré, la famille Fujiwara ou encore certains grands temples. La culture populaire a entraîné une vision simplifiée, douteuse, voire erronée de l’histoire militaire.

De nos jours encore, dans la grande majorité des livres japonais d’histoire générale, la version « shogunale » est celle qui est privilégiée. La tendance actuelle pour les ouvrages plus spécialisés sur ce conflit ou sur l’histoire militaire japonaise est de mettre les deux versions présentées dans cet article à un niveau égal, en ne dénonçant que parfois les problèmes que pose la version « shogunale ». Il est extrêmement rare de voir les historiens prendre parti uniquement pour le témoignage de Fujiwara no Kanezane. En langues française et anglaise, il n’y a pas, à notre connaissance et à l’heure où nous écrivons ces lignes, d’ouvrages qui aient ne serait-ce que cité le témoignage de Kanezane[28].

Dans son ouvrage Histoire du Japon médiéval : le monde à l’envers[29], le grand historien du Japon Pierre-François Souyri cite directement le Heike monogatari lorsqu’il aborde le sujet de la « bataille » de la rivière Fuji, sans même s’interroger sur l’historicité de sa source. Pire encore, l’ouvrage The Gempei War: 1180-85 de l’historien spécialiste des samurai et des ninja Stephen Turnbull est presque exclusivement basé sur le Heike monogatari[30]. Il comporte ainsi de très nombreuses erreurs historiques facilement corrigeables à condition d’utiliser des sources non littéraires.

Lors de l’écriture de notre propre mémoire consacré au clan Taira en 2018[31], nous avions tenté de contacter le professeur Turnbull afin de comprendre cette décision de privilégier une source littéraire. Nous sommes cependant restés sans réponse et ne pouvons donc que proposer des hypothèses. Du fait de l’existence de traductions en langue japonaise contemporaine et en langues occidentales, le Heike monogatari est bien plus accessible que la plupart des sources historiques primaires. Choisir l’œuvre épique comme principale source serait donc une solution de facilité ou une preuve de méconnaissance des données historiques subsistantes de nos jours.

Ainsi, par le fait que certains historiens préfèrent utiliser la littérature épique médiévale comme source principale, nous pouvons observer un phénomène de remplacement de l’histoire militaire par la culture populaire. De la même manière que si un historien utilisait comme source principale un film où est réinventé et réinterprété un événement de l’histoire militaire afin d’écrire sur les faits initiaux. La culture populaire, et en particulier la littérature, a depuis toujours été un moyen de démocratiser l’histoire militaire, mais ce n’est pas pour autant qu’elle doit la remplacer.

Si vous avez aimé cet article, nous vous conseillons également :

Bibliographie :

Azuma kagami 吾妻鏡 (« Le miroir de l’Est »), vol. 1, Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2016, 210 p., compilé et traduit en japonais contemporain par GOMI Fumihiko 五味文彦 et HONGŌ Kazuto 本郷和人

Azuma kagami 吾妻鏡 (« Le miroir de l’Est »), vol. 2, Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2012, 244 p., compilé et traduit en japonais contemporain par GOMI Fumihiko 五味文彦 et HONGŌ Kazuto 本郷和人

Heike monogatari Kakuichi-bon zen 平家物語:覚一本 全 (Le dit des Heiké : version Kakuichi, complète), Tōkyō, Muzōno Shoin, 2013, 490 p., annoté par ŌTSU Yūichi 大津雄一 et HIRAFUJI Sachi 平藤幸

ATSUMI Kaworu 渥美かをる, Heike monogatari no kisoteki kenkyū 平家物語の基礎的研究 (« Recherches fondamentales sur le Dit des Heike »), Tōkyō, Sanshōdō, 1962, 427 p.

DAUVERGNE Cécile, L’évolution des pouvoirs politique et poétique du clan Taira durant la seconde moitié du XIIe siècle, mémoire pour l’obtention du Master « Langues, cultures et sociétés du monde », INALCO, 2018, 255 p.

FUJIWARA (Kujō) Kanezane 藤原(九条)兼実, Kujō kebon gyokuyō 九条家本玉葉 (« Livre des feuilles précieuses du clan de la neuvième avenue »), vol. 7, Tōkyō, Kunaichō shoryōbu, 2001, 343 p.

FUJIWARA (Kujō) Kanezane 藤原(九条)兼実, Kujō kebon gyokuyō 九条家本玉葉 (« Livre des feuilles précieuses du clan de la neuvième avenue »), vol. 8, Tōkyō, Kunaichō shoryōbu, 2002, 302 p.

FUJIWARA (Kujō) Kanezane 藤原(九条)兼実, Kujō kebon gyokuyō 九条家本玉葉 (« Livre des feuilles précieuses du clan de la neuvième avenue »), vol. 9, Tōkyō, Kunaichō shoryōbu, 2003, 348 p.

FUKUDA Toyohiko 福田豊彦 et SEKI Yukihiko 関幸彦, Genpei kassen jiten 源平合戦事典 (« Dictionnaire du conflit de Genpei »), Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2006, 350 p.

HERAIL Francine, Fonctions et fonctionnaires japonais au début du XIe siècle, 3e, 4e, et 5e parties, Paris, Publications orientalistes de France, 1997, 937 p.

HERAIL Francine (dir.), Histoire du Japon : des origines à nos jours, Paris, Hermann, 2009, 1413 p.

KAWAI Yasushi 川合康, Heike monogatari wo yomu 平家物語を読む (« Lire le Dit des Heike »), Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2009, 281 p.

KUSAKA Tsutomu 日下力 (dir.), ŌTSU Yūichi 大津雄一 (dir.), SAEKI Shin.ichi 佐伯真一 (dir.) et SAKURAI Yōko 櫻井陽子 (dir.), Heike monogatari daijiten 平家物語大事典 (« Grand dictionnaire du Dit des Heike »), Tōkyō, Tōkyō Shoseki Kabushiki Kaisha, 2010, 876 p.

PIGGOTT Joan (dir.), SMITS Ivo (dir.), VAN PUT Ineke (dir.), VIEILLARD-BARON Michel (dir.), VON VERSCHUER Charlotte (dir.), Dictionnaire des sources du Japon classique – Dictionary of sources of classical Japan, Paris, Collège de France / Institut des Hautes Études Japonaises, 2006, 576 p.

SOUYRI Pierre-François, Histoire du Japon médiéval : le monde à l’envers, Malesherbes, Perrin, 2013, 522 p.

SOUYRI Pierre-François, Nouvelle histoire du Japon, Lonrai, Perrin, 2010, 627 p.

TAKEMITSU Makoto 武光誠, Jinbutsu de wakaru omoshiro Genpei kassen 人物でわかるオモシロ源平合戦 (« Comprendre l’intéressant conflit de Genpei grâce aux personnages »), Tōkyō, Kadokawa Gakugei Shuppan, 2011, 204 p.

TURNBULL Stephen, The Gempei War: 1180-85, Oxford, Osprey publishing, 2016, 96 p.

UESUGI Kazuhiko 上杉和彦, Genpei no sōran 源平の争乱 (« Le conflit de Genpei »), Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2007, 272 p.

UESUGI Kazuhiko 上杉和彦, Taira no Kiyomori 平清盛 (« Taira no Kiyomori »), Tōkyō, Yamagawa Shuppansha, 2011, 87 p.

YAMASHITA Hiroaki 山下宏明 (dir.), Heike monogatari : kenkyū to hihyō 平家物語:研究と批評 (« Dit des Heike : études et critiques »), Tōkyō, Yūseidō Shuppan, 1996, 333 p.

YOSHIDA Kenkō 吉田兼好, Tsurezuregusa 徒然草 (« Les heures oisives »), Tōkyō, Iwanami Shoten, 2014, 438 p., annoté par NISHIO Minoru 西尾実 et YASURAOKA Kōsaku 安良岡康作


[1] Il était à l’époque courant de nommer un conflit selon l’ère durant laquelle il eut lieu, en l’occurrence les ères de Jishō (1177-1181) et de Juei (1182-1185).

[2] Le terme « Genpei » est issu de la combinaison des caractères des patronymes Taira et Minamoto, soit ceux des deux clans principaux ayant militairement et politiquement participé au conflit.

[3] Contraction du terme sei.i taishōgun 征夷大将軍, « grand général pacificateur des barbares ». Ce titre avait été utilisé à quelques reprises durant l’époque antique, mais les pouvoirs attribués à son possesseur n’étaient pas les mêmes.

[4] Un quatrième texte épique, centré autour des troubles de l’ère Jōkyū 承久の乱 (1221) et nommé Jōkyūki 『承久記』 leur est généralement associé.

[5] Le dit de Hōgen, récit épique retraçant les événements du conflit de l’ère Hōgen (1156).

[6] Le dit de Heiji, récit épique retraçant les événements du conflit de l’ère Heiji (1159).

[7] Le dit des Heike, récit épique retraçant principalement les événements du conflit de Genpei.

[8] Il s’agit généralement du nom du bouddha Amida (Amitābha).

[9] La seconde étant l’Azuma kagami.

[10] TURNBULL Stephen, The Gempei War: 1180-85, Oxford, Osprey publishing, 2016, 96 p.

[11] Ancien nom de la ville de Kyōto.

[12] Ce pouvoir de décision était la plus grande marque de puissance politique de l’époque. Au Japon, on ne se disputait pas le titre d’empereur, mais le droit de décider de la succession.

[13] Plus exactement le petit-fils de Kiyomori.

[14] Azuma kagami 吾妻鏡 (« Le miroir de l’Est »), vol. 1, Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2016, 210 p., pp. 9-10, compilé et traduit en japonais contemporain par GOMI Fumihiko 五味文彦 et HONGŌ Kazuto 本郷和人

[15] Ibid., p. 41

[16] UESUGI Kazuhiko 上杉和彦, Genpei no sōran 源平の争乱 (« Le conflit de Genpei »), Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2007, 272 p., p. 84

[17] Yoritomo se retourna néanmoins contre lui par la suite.

[18] De nos jours, le 45e volume est manquant.

[19] À la décision de Taira no Kiyomori, la cour impériale fut déplacée de Heian-kyō à Fukuhara en 1180, mais divers problèmes survinrent et la capitale redevint Heian-kyō dès la fin de cette même année.

[20] Heike monogatari Kakuichi-bon zen 平家物語 : 覚一本 全 (Le dit des Heiké : version Kakuichi, complète), Tōkyō, Muzōno Shoin, 2013, 490 p., pp. 183-189, annoté par ŌTSU Yūichi 大津雄一et HIRAFUJI Sachi 平藤幸

[21] Azuma kagami 1 Yoritomo no kyohei, op. cit., pp. 43-49

[22] TAKEMITSU Makoto 武光誠, Jinbutsu de wakaru omoshiro Genpei gassen 人物でわかるオモシロ源平合戦 (« Comprendre l’intéressant conflit de Genpei grâce aux personnages »), Tōkyō, Kadokawa Gakugei Shuppan, 2011, 204 p., pp. 110-111

[23] Nous remarquons que toutes ne donnent pas de date précise.

[24] FUKUDA Toyohiko 福田豊彦 et SEKI Yukihiko 関幸彦, Genpei kassen jiten 源平合戦事典 (« Dictionnaire du conflit de Genpei »), Tōkyō, Yoshikawa Kōbunkan, 2006, 350 p., p. 9

[25] À ne pas confondre avec les nikki littéraires, généralement écrits par des femmes en wabun 和文, japonais classique.

[26] FUJIWARA (Kujō) Kanezane 藤原(九条)兼実, Kujō kebon gyokuyô 九条家本玉葉 (« Livre des feuilles précieuses du clan de la neuvième avenue »), vol. 7, Tōkyō, Kunaichō shoryōbu, 2001, 343 p., pp. 211-212

[27] Les détails de l’ordre sont en l’occurrence consignés dans l’entrée du onzième jour du neuvième mois de la même année. Ibid., pp. 197-198

[28] En dehors de nous-même dans notre mémoire consacré au clan Taira. DAUVERGNE Cécile, L’évolution des pouvoirs politique et poétique du clan Taira durant la seconde moitié du XIIe siècle, mémoire pour l’obtention du Master « Langues, cultures et sociétés du monde », INALCO, 2018, 255 p.

[29] SOUYRI Pierre-François, Histoire du Japon médiéval : le monde à l’envers, Malesherbes, Perrin, 2013, 522 p., p. 80

[30] Qu’il estime par ailleurs de manière particulièrement fausse dans sa note introductive comme étant « the most authoritative account of the Gempei War currently available » (« le récit le plus fiable actuellement disponible sur le conflit de Genpei »), TURNBULL Stephen, op. cit., p. 2

[31] DAUVERGNE Cécile, op. cit.

2 réflexions sur “Quand l’historien privilégie la littérature : le mauvais exemple de la « bataille » de la rivière Fuji

Laisser un commentaire