Bataille des Cardinaux 1759, Influence de la puissance maritime dans l'Histoire (1660-1783) d'Alfred Thayer Mahan

Influence de la puissance maritime dans l’Histoire (1660-1783) d’Alfred Thayer Mahan

Cette recension est une version légèrement modifiée d’un devoir personnel de l’auteur, originellement réalisé dans le cadre du programme de master Histoire – Relations internationales de l’Université catholique de Lille.

En guise d’introduction

Le contre-amiral Alfred Thayer Mahan est souvent cité, mais peu lu. Si ses travaux sont facilement accessibles en langue anglaise, ses œuvres n’ont pas toutes été traduites en langue française. En ce qui nous concerne ici, il n’y a eu qu’une seule traduction française datant de 1899 de l’ouvrage qui a fait sa renommée : Influence de la puissance maritime dans l’histoire : 1660-1783 paru aux États-Unis en 1890. À cette date, l’auteur avait encore le grade de capitaine dans la marine des États-Unis. Cette traduction de 1899, effectuée par le capitaine français Émile Boisse, a fait l’objet d’une réédition chez la Bibliothèque des introuvables en 2001[1]. Bien que cette édition en langue française, plus récente, demeure aujourd’hui introuvable chez tous les libraires, nous avons pu nous procurer un exemplaire, nous permettant de vous faire profiter de quelques fragments de la pensée féconde de Mahan.

Nous commencerons par examiner l’épistémologie sous-jacente à l’historiographie de Mahan, qui écrit en tant qu’historien, sociologue et stratège militaire. Puis, nous comparerons Mahan à une autre grande figure de la pensée stratégique, Carl Von Clausewitz. Nous aborderons alors le contenu de l’œuvre à proprement dit en évoquant les principes causaux dégagés par l’officier, influençant le sort des peuples. Ensuite, nous traiterons de l’essor de l’Angleterre comme hégémon des mers dans sa lutte contre la France. Enfin, nous évoquerons l’intention politique de l’officier derrière l’écriture de ce livre, à savoir le public ciblé et les effets recherchés.

L’épistémologie d’Alfred Thayer Mahan

L’influence de la puissance maritime dans l’histoire est avant tout un travail d’histoire militaire, diplomatique et politique, qui a pour ambition de démontrer les effets de la puissance maritime sur le cours de l’histoire européenne et, par-extension, de l’histoire coloniale et nord-américaine. Cette œuvre majeure du capitaine de marine révèle ses qualités d’historien. L’historiographie de Mahan se démarque du traitement historique communément établi par son emphase sur l’élément maritime qui, selon l’officier, a trop souvent été négligé : « La plupart des historiens se sont montrés peu familiers avec les choses de la mer, ont négligé de les étudier ; par suite, l’influence prépondérante qu’a eue sur les grands évènements la domination des mers leur a complètement échappé »[2].

Son historiographie admet comme donnée la conflictualité inhérente aux relations humaines et sociales et c’est d’ailleurs ce sur quoi il se focalise : « [l]’histoire de la puissance maritime est en grande partie, mais non exclusivement, un récit de contestations entre divers peuples, de leurs rivalités réciproques et de leurs guerres. […] C’est pourquoi l’histoire de la puissance maritime, bien qu’embrassant dans son ensemble tout ce qui tend à faire la grandeur d’un peuple sur mer et par la mer, est avant tout une histoire militaire »[3]. L’approche historique de Mahan se focalise donc sur le fait militaire et les intrigues politiques et diplomatiques.

L’auteur est convaincu qu’il existe des principes invariants et immuables qui déterminent la grandeur ou le déclin d’une puissance maritime stratégiquement et tactiquement. C’est sa principale justification de cette œuvre consacrée à la marine à voile européenne de 1660 à 1783. Pour lui, ces principes issus de sa recherche historique ne sont pas de simples précédents à suivre, mais sont « enraciné[s] dans l’essence même des choses […] »[4] et demeurent valables en toutes circonstances, transcendant de ce fait le progrès technologique. Il l’indique explicitement :

« [l]a guerre a de ces principes ; leur existence se révèle par l’étude du passé ; les succès et les revers de ce passé les montrent toujours les mêmes aux différentes époques. Les circonstances, les armes ont beau se transformer, il faut, pour parer à ces évènements divers, pour manier ces armes différentes, tenir compte des enseignements constants de l’histoire dans la tactique sur les champs de bataille, comme dans la stratégie pour les opérations de guerre »[5]

Plus loin, il fait la remarque que la chose humaine elle-même a une immanence : « [e]nfin, il faut surtout ne pas oublier que, parmi tous les changements auxquels nous assistons, la nature de l’homme reste la même ; l’équation personnelle se retrouvera donc sûrement toujours bien que variable, en quantité et en qualité dans chaque cas particulier »[6]. C’est ce qui incite Mahan, comme cela a traditionnellement été le cas chez les historiens diplomatiques et militaires, à se focaliser sur les actes des grands décideurs politiques et militaires sur le plan stratégique et tactique :

« […] nous préférerons les actions dont les noms sont associés à ceux des officiers les plus distingués ; nous espérons ainsi montrer le degré de justesse qu’avaient acquis, à chaque époque et dans chaque marine les idées tactiques »[7]

Nous pouvons effectuer un rapprochement entre l’épistémologie de Mahan et celle de Montesquieu. Ce sont deux épistémologies naturalistes qui croient en la découverte de principes ou de lois qui conditionnent l’ordre des relations humaines et sociales : la puissance maritime et la guerre sur mer pour Mahan, la politique et la société pour Montesquieu. Elles se joignent à une ontologie essentialiste[8] qui repose sur la conviction d’une unité de l’être possédant sa propre essence. Montesquieu, dans son magnum opus, De l’esprit des lois[9], commençait son œuvre par l’observation suivante :

« J’ai d’abord examiné les hommes, et j’ai cru que, dans cette infinité diversité de lois et de mœurs, ils n’étaient pas uniquement conduits par leurs fantaisies. J’ai posé les principes, et j’ai vu les cas particuliers s’y plier comme d’eux-mêmes, les histoires de toutes les nations n’en être que les suites, et chaque loi particulière liée avec une autre loi, ou dépendre d’une autre plus générale »[10]

Au premier chapitre de son œuvre, le grand philosophe français du début du XVIIIe siècle avance que :

« Les lois dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses et, dans ce sens, tous les êtres ont leurs lois, la divinité a ses lois, le monde matériel a ses lois, les intelligences supérieures à l’homme ont leurs lois, les bêtes ont leurs lois, l’homme a ses lois »[11]

Alfred Thayer Mahan et Carl Von Clausewitz

Fermons la parenthèse de cette comparaison entre Mahan et Montesquieu et ouvrons-en une autre sur Mahan et Clausewitz, le fameux officier prussien du XVIIIe siècle, auteur du traité de stratégie et de tactique militaire De la Guerre[12]. Cette comparaison révèle des divergences et des convergences sur le traitement de la guerre et des choses militaires. Pour commencer, Clausewitz ne traite absolument pas de la guerre maritime et s’attache à considérer la guerre terrestre exclusivement. Ensuite, nous ne retrouvons pas la même épistémologie déterministe et l’ontologie associée chez Clausewitz. Les relations ne dérivent pas de « l’essence même des choses »[13].

Clausewitz doute fortement d’une théorisation de la guerre qui en dégagerait des lois et des principes au sens de Mahan et Montesquieu. Pour le stratège prussien :

« [é]tant donné la nature même du sujet, il faut se dire qu’il est strictement impossible d’exercer l’art de la guerre en ayant recours au système d’une doctrine positive, comme si on l’avait muni d’un échafaudage, d’un soutien extérieur sur lequel le chef pourrait toujours s’appuyer. Dans tous les cas où il est renvoyé à son propre talent, le chef se situerait en dehors de ce système doctrinal et se trouverait en contradiction avec lui. Si multiples que soient les manières de le concevoir, ce système entraînerait toujours la même conséquence, conséquence dont nous avons déjà parlé : le talent et le génie agissent en dehors des lois et la théorie est en contradiction avec la réalité »[14]

La théorie de la guerre de Clausewitz ne constitue pas un manuel de règles à appliquer la lettre mais au plus : « [e]lle doit éduquer l’esprit du futur chef de guerre, ou plutôt guider son auto-éducation, mais elle ne doit pas l’accompagner sur le champ de bataille »[15].

Si les ambitions théoriques des deux officiers divergent grandement, nous pouvons noter qu’ils accordent tous les deux une importance au caractère moral et au talent du commandant militaire et de sa cohorte. Clausewitz affirmait que « [l]’histoire offre la meilleure démonstration de la valeur des facteurs moraux en général et de leur influence souvent incroyable ; c’est l’aliment le plus noble et le plus pur que l’esprit du général puisse extraire de l’étude du passé »[16]. Il définit les forces morales comme étant : « […] les talents du général, la vertu martiale de l’armée, son patriotisme »[17].

Mahan, quant à lui, comme précédemment indiqué, attache un grand intérêt à l’habileté et au talent des commandants et des équipages des vaisseaux qu’il examine en détail tout au long de son récit historique en dressant des portraits élogieux des capitaines et des amiraux. Par exemple, il disait du capitaine français Suffren, commandant de l’escadre qui combattit les Anglais dans les rivages de l’Inde de 1782 à 1783 :

« [i]l devait à son propre mérite tous ces honneurs ; car ils étaient le tribu payé à l’énergie indomptable, au génie, non seulement déployés dans les combats, mais encore dépensés dans toutes les difficultés ; à cette fermeté d’âme dont il avait eu besoin pour rester à son poste, malgré tous les découragements, pour s’élever à la hauteur d’exigences sans cesse renouvelées et surtout de la mauvaise fortune. Cette fière résolution est le principal mérite de Suffren »[18]

Gravure de l’illustre Pierre-André de Suffren (1729-1788), officier de la marine royale française. Alfred Mahan fait l’éloge du commandement par Suffren de l’escadre française en Inde. C’est grâce à son talent de génie que Mahan attribue les victoires navales françaises sur la flotte anglaise en Inde, pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763).
Gravure de l’illustre Pierre-André de Suffren (1729-1788), officier de la marine royale française. Alfred Mahan fait l’éloge du commandement par Suffren de l’escadre française en Inde. C’est grâce à son talent de génie que Mahan attribue les victoires navales françaises sur la flotte anglaise en Inde, pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). F. Gérard, 1789, Bibliothèque nationale de France, Wikimedia Commons

Mahan et Clausewitz divergent et convergent sur le sens à donner à la stratégie et à la tactique. Clausewitz les conçoit selon la distinction suivante :

« […] le combat consiste en un nombre plus ou moins grand d’actes isolés, dont chacun forme un tout. Comme nous l’avons montré dans le premier chapitre du premier livre, ils sont appelés “engagements” et ils forment de nouvelles unités. Il en découle une activité tout à fait différente : organiser et conduire ces engagements et les coordonner entre eux en vue de la fin visée par la guerre. Le premier point est la tactique, le second la stratégie »[19]

Mahan considère cette définition comme trop restrictive et conçoit la stratégie navale au service des intérêts de puissance maritime d’un pays aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre : « [l]a stratégie navale a pour but de créer, de favoriser, d’accroître, aussi bien pendant la paix que pendant la guerre, la puissance maritime d’un pays »[20]. Pourtant, il ne rejette pas pour autant la distinction clausewitzienne, il place la frontière entre stratégie et tactique au contact entre deux flottes ennemies, le contact instituant le passage de la stratégie à la tactique[21].

Les deux stratèges s’accordent sur les finalités stratégiques à toute guerre, c’est-à-dire terrasser les forces de l’ennemi. Clausewitz écrit que : « […] de toutes les fins qui peuvent être poursuivies dans la guerre, la destruction de la force armée ennemie apparaît toujours comme celle qui domine tout »[22]. Mahan rejoint les propos de Clausewitz sur la nécessité de détruire les escadres de l’ennemi afin de s’assurer de la suprématie maritime en ne cessant de le répéter tout au long de son œuvre, ce qui l’amène plusieurs fois à réprouver la stratégie navale des Français comme nous le verrons plus loin.

« […] Mais si le véritable but est d’établir sa prépondérance sur la marine adverse, de manière à dominer sur mer, les vaisseaux et les escadres ennemis deviennent alors les vrais objets à attaquer dans toutes les circonstances. […] si l’on veut ruiner la puissance maritime de l’adversaire, couper ses communications avec ses établissements, tarir avec son commerce les sources de sa richesse, rendre possible la clôture de ses ports, l’objectif des attaques doit être la force militaire organisée qu’il entretient sur mer, c’est-à-dire sa marine. À ces procédés de guerre, quelles qu’aient été ses raisons pour les adopter, l’Angleterre dut la suprématie maritime […] Aux procédés contraires, la France dut le manque de prestige de sa marine »[23]

Sur la tactique en elle-même, nous retrouvons des leçons stratégiques et tactiques similaires données par Mahan et Clausewitz. À travers l’examen de deux siècles de batailles maritimes, Mahan nous donne comme conseils : ne pas diviser ses forces mais, au contraire, les assembler afin d’écraser l’ennemi par une supériorité numérique[24] ; concentrer le feu sur une même cible[25]. En outre, il insiste sur la nécessité d’une formation ordonnée au commencement de la bataille[26], sur l’avantage de l’élément de surprise lors de l’attaque[27] et enfin, sur la nécessité de poursuivre les navires ennemis en déroute : « Un ennemi battu, mis en fuite, doit être poursuivi avec ardeur »[28].

En clair, Mahan préconise la concentration des bâtiments de guerre afin de porter un coup décisif aux forces maritimes de l’ennemi, ce que les Français et les Espagnols, alliés contre l’Angleterre dans la guerre d’indépendance des États-Unis, ne firent pas :

« Ni dans les grandes combinaisons stratégiques, ni sur les champs de bataille, on ne voit trace d’un dessein sérieux d’utiliser la supériorité numérique pour écraser des fractions de la flotte ennemie, augmenter encore la disparité des armées et mettre ainsi un terme à la domination des mers en détruisant la force organisée qui en était la base »[29]

Bataille de la baie de Chesapeake du 5 septembre 1781 pendant la guerre d’indépendance américaine (1775-1783). La flotte française de l’amiral De Grasse vainquit la flotte anglaise de l’amiral Graves. Cet engagement naval a permis la défaite décisive des troupes anglaises de Lord Cornwallis à Yorktown en privant le corps expéditionnaire anglais de renforts. Inversement, elle a facilité l’arrivée de renforts français.
Bataille de la baie de Chesapeake du 5 septembre 1781 pendant la guerre d’indépendance américaine (1775-1783). La flotte française de l’amiral De Grasse vainquit la flotte anglaise de l’amiral Graves. Cet engagement naval a permis la défaite décisive des troupes anglaises de Lord Cornwallis à Yorktown en privant le corps expéditionnaire anglais de renforts. Inversement, elle a facilité l’arrivée de renforts français. V. Zveg, 1962, US Navy Naval History and Heritage Command, Wikimedia Commons

Si Mahan préconise le règlement décisif sur mer en ciblant les escadres adverses, Clausewitz prescrit de porter un coup décisif au centre de gravité de l’ennemi :

« Le premier principe est le suivant : concentrer le poids de la puissance ennemie en des centres de gravité aussi peu nombreux que possible, en un seul s’il se peut ; limiter le coup porté contre ces centres de gravité en un nombre d’opérations principales le plus restreint voire en une seule ; enfin subordonner autant que faire se peut toutes les actions secondaires. En un mot, le premier est celui-ci : agir de la façon la plus concentrée possible »[30]

La poursuite de l’adversaire reste une condition de son terrassement : « Nous le répétons à présent : tant que le général n’a pas terrassé son adversaire, tant qu’il se croit assez fort pour atteindre son objectif, il doit le poursuivre »[31]. Comme Mahan, Clausewitz valorise l’élément de surprise et notait qu’elle : « devient donc le moyen d’acquérir la supériorité […], elle sème chez l’adversaire désarroi et découragement »[32].

Toutefois, Mahan se distingue véritablement de Clausewitz sur la valeur accordée à l’attaque. Ce dernier, au contraire, avance que « la conduite défensive de la guerre est en soi plus puissante que l’offensive. Telle est la conclusion à laquelle nous voulions parvenir. Car, bien qu’elle soit parfaitement conforme à la nature des choses et qu’elle ait été confirmée des milliers de fois par l’expérience, elle va néanmoins à l’encontre de l’opinion dominante […] »[33].

Les principes déterminants la puissance maritime

Les fondements humains et sociétaux de la puissance maritime résident dans le développement du commerce maritime, car les produits et denrées sont plus facilement acheminés par route maritime que via les voies terrestres[34]. Le premier pilier sociétal de la puissance maritime est donc l’économie marchande[35]. Le deuxième pilier est la marine de guerre qui « [a] la charge de protéger le commerce […] [et] naît donc de l’existence de la marine marchande »[36]. Enfin, c’est dans le troisième et dernier pilier que sont constitués, dans les colonies et stations outre-mer qui constituent des entrepôts, des abris, des centres logistiques et d’approvisionnement aussi bien pour la marine marchande que la marine de guerre[37].

Mais Mahan concède une influence significative à la Nature sur la destinée des nations maritimes : « […] ce ne sont pas l’habileté ni la prévoyance des gouvernements qui ont déterminé l’histoire des peuples maritimes ; ce sont plutôt les conditions de position, d’étendue, de configuration, de nombre et de caractère de leur population, en un mot, les conditions que l’on appelle naturelles »[38], tout en ne dépréciant pas le facteur humain de « […] quelques individualités [qui] ont, par la sagesse ou la sottise de leur conduite, exercé une grande influence et modifié le développement de la puissance maritime »[39].

L’officier de marine américain énumère six facteurs qui conditionnent la puissance maritime : la position géographique, la conformation physique, l’étendue territoriale, le nombre d’habitants, le caractère de la population et le caractère du gouvernement[40]. Nous mentionnerons brièvement le contenu de chacun de ces facteurs.

La position géographique favorable de l’Angleterre la favorise en comparaison des autres puissances maritimes telles que les Pays-Bas et la France[41]. L’Angleterre, protégée par son insularité, peut entièrement se consacrer à se développer sur mer et demeure à l’abri des désordres de l’Europe continentale. La géographie des côtes anglaises avantage la concentration de la flotte anglaise, alors que la flotte française se trouve divisée entre les ports de Brest et de Toulon, et ne peut se réunir qu’en passant le goulot du détroit de Gibraltar. L’Angleterre dispose également d’excellents ports. L’influence maritime de l’Espagne est contestée par la place forte anglaise de Gibraltar. Le rayonnement italien sur la Méditerranée est remis en cause par l’occupation de Malte par les Anglais et de la Corse par les Français.

La confirmation physique se réfère aux traits des côtes maritimes, à la richesse du sol, au climat etc.[42]. Ainsi, plus les côtes sont accessibles de l’intérieur des terres et donnent un accès facile à la mer, plus les peuples sont susceptibles de s’adonner à la vie maritime, d’où la nécessité de fortifier également les ports et les approches littorales contre un futur ennemi, qui pourrait accéder aux richesses et aux territoires de l’intérieur par les voies maritimes. Le stratège américain lie les destinées maritimes d’un peuple à la pauvreté du sol de l’arrière-pays.

Ce fut l’un des facteurs derrière l’expansion maritime de l’Angleterre et des Pays-Bas :

« Nous ne prétendons pas que toute cette prospérité tenait seulement à la pauvreté des ressources naturelles de la Hollande. La vérité est que la condition nécessiteuse de ses bâtiments les attira vers la mer. Là, leur supériorité professionnelle et le développement de leurs flottes les mirent à même de profiter de l’expansion commerciale et de l’esprit d’exploration qui suivirent la découverte de l’Amérique et du passage par le cap de Bonne-Espérance. À ces causes vinrent s’en joindre d’autres, mais toute leur prospérité eut pour base la puissance maritime, née de leur pauvreté »[43]

Au contraire, la richesse des sols de la France octroyait à ses habitants « […] un séjour enchanteur, jouissant d’un climat délicieux et produisant plus que le nécessaire à ses habitants »[44].

Mahan entend par « étendue du territoire », la densité de la population ayant un pied marin qui habite les côtes d’un pays, « l’étendue des côtes est une source de force ou de faiblesse, suivant que la population est nombreuse ou clairsemée »[45]. Elle est un des éléments primordiaux dans la défense des approches maritimes d’un pays.

Le nombre d’habitants fait tout simplement référence aux ressources humaines consacrées à l’économie maritime et aux forces maritimes[46]. Sur ce point, Mahan insiste sur la nécessité pour les puissances maritimes de constituer des réserves de matelots et d’ouvriers, en supplément des forces navales de première ligne, afin de pouvoir lutter sur une temporalité plus longue en cas de guerre maritime[47]. Une fois de plus, il note la supériorité des préparatifs anglais sur la négligence française des réserves[48].

Le caractère national désigne le caractère moral et psychologique d’un peuple. Ici, Mahan nous livre une anthropologie des caractères des principaux peuples maritimes de l’Europe[49]. Il attribue la déliquescence de l’Empire espagnol et portugais à l’avarice et à la cupidité de ses habitants qui recherchaient avant tout l’accumulation de numéraires venant des mines d’or et d’argent de leurs colonies américaines, aux dépens du développement de l’industrie et du commerce qui est un des piliers de la puissance maritime. Les Français, quant à eux, sont dépeints comme frugaux et peu enclins à prendre des risques, « le Français dit-il épargne, économise, thésaurise »[50]. L’Anglais et le Hollandais sont dotés de

« [l]’instinct affiné du négociant, né du boutiquier si l’on veut, [qui] cherchait sans cesse de nouveaux articles d’échanges ; cette recherche, combinée avec le caractère industrieux développé par le travail de plusieurs générations, les rendit producteurs. Chez eux, ils devinrent de grands manufacturiers ; à l’étranger, ils enrichirent les pays qu’ils dirigeaient ; les produits se multiplièrent et les échanges entre les colonies et la mère patrie nécessitèrent l’augmentation de la flotte commerciale »[51]

En outre, le capitaine américain explique les disparités dans le développement des colonies par leur mode de gouvernance libérale et autonome pour les colonies anglaises ou sous tutelle de la métropole pour le cas français ; l’attachement à la colonie des colons anglais par opposition à la métropole pour les colons français[52]. Ici encore, le caractère du colon anglais est exalté car il « cherche tout d’abord et d’instinct à développer les ressources de sa nouvelle patrie, dans le sens plus large »[53].

Le caractère du gouvernement est enfin le dernier principe qui influence la puissance maritime d’une nation[54]. Par là, il entend les institutions et politiques publiques qui ont propulsé l’accroissement de la puissance maritime ou son déclin. Il désigne deux fonctions pour les institutions politiques.

« D’abord, en temps de paix : le Gouvernement, par sa politique peut favoriser le développement naturel de l’industrie et les tendances du peuple à chercher sur mer aventures et profits ; il peut encore, si ces qualités n’existent pas à l’état inné, chercher à les faire naître ; ou, au contraire par une action mal dirigée, il peut enrayer, entraver les progrès que le peuple abandonné à lui-même aurait faits. […] en temps de guerre : l’influence du Gouvernement s’exercera de la manière la plus légitime, par l’entretien d’une marine de guerre proportionnée à l’importance du commerce et des intérêts qui lui sont liés. Les institutions qui régissent cette marine importent encore plus que sa force […] »[55]

La suprématie maritime de l’Angleterre sur la France

L’inimitié de longue date entre le Lys et la Rose, et ses conséquences, sont constamment évoquées pendant ces deux siècles étudiés par Mahan. Elles s’affirment pleinement dans la lutte maritime que se livrent « [c]es deux États [qui] ont joué, avec des fortunes inégales, les rôles les plus importants dans l’histoire maritime moderne de l’Europe et de l’Amérique, autant dire du monde entier »[56].

Malgré des succès et de beaux faits d’armes sur mer, la France n’a jamais réussi à ravir à l’Angleterre la première place pour la domination des mers. L’auteur l’explique par la priorité accordée aux visées expansionnistes de la France en Europe continentale par la dynastie des Bourbons, au détriment du commerce maritime et de l’expansion outre-mer. Les Français, encore aujourd’hui, trouvent toujours de la fierté dans la politique de grandeur du Bourbon le plus célèbre et le plus puissant, celle du « Roi-Soleil ».

Ce n’est pas le cas de Mahan qui cesse de souligner les efforts dispendieux et les gains territoriaux minimes causés par la politique continentale de Louis XIV. C’était une remise en cause totale de la politique maritime et commercial de son ministre Colbert, qui avait compris que la France devait

« Organiser les producteurs et les marchands comme une puissante armée, soumise à une direction active et intelligente, de manière à assurer à la France une victoire industrielle par l’ordre et par l’unité des efforts, de manière à obtenir les meilleurs produits, en imposant aux ouvriers les procédés reconnus les plus parfaits par les hommes compétents… Organiser les matelots, mettre le commerce lointain, aussi bien que les manufactures et le commerce intérieur, aux mains de grandes Compagnies ; donner comme appui, à la puissance commerciale de la France une marine établie sur une base solide et de proportions jusque-là inconnues.[57] »[58]

Louis XIV détruisit le grand chantier de Colbert par ses visées dominatrices en Europe qui alarma les autres États européens et les incita à se liguer contre le Roi-Soleil. Durant la majeure partie de son long règne de 1661 à 1715, la France se trouva constamment en guerre et ne posséda que peu d’alliés, elle est même seule à lutter contre le reste de l’Europe pendant la guerre de la ligue d’Augsbourg (1683-697). Le commerce maritime et la colonisation ne l’intéressaient pas, ce qui expliquait le peu d’attention qu’il accorda à la marine de guerre. Il n’écouta pas la proposition du philosophe allemand Leibniz qui

« […] montrait à Louis XIV que les armes de la France tournées contre l’Égypte lui assureraient avec l’empire de la Méditerranée et la possession du commerce du Levant une victoire sur la Hollande plus grande que celle résultant de la campagne la plus heureuse. Il suppliait le roi d’assurer ainsi à l’intérieur du royaume une paix nécessaire, laissant au pouvoir maritime qui ne manquerait pas de se développer le soin d’assurer sa prépondérance en Europe »[59]

Le roi se résolut donc à choisir la voie qui « […] demandait de grands efforts, gênait l’activité naturelle des Français au lieu de la favoriser, ruinait le commerce en compromettant l’empire et même l’usage du commerce »[60]. Alors que l’expansion sur mer « […] assurait la paix sur les frontières, conduisait à l’empire des mers et, par l’impulsion donnée au trafic aussi bien qu’à toutes les industries sur lesquelles il s’appuie, rapportait à l’État tout ce qu’il avait dépensé »[61]. Malgré la toute-puissance de la France sous Louis XIV[62], elle ne pouvait demeurer isolée des circuits économiques marchands et donc de l’économie maritime nécessaire à sa prospérité[63].

Peinture de la bataille de Schöneveldt le 7 juin 1673. Opposant la flotte franco-anglaise à la flotte néerlandaise, elle est l’une des trois batailles navales (avec la seconde bataille de Schöneveldt et la bataille de Texel), de la guerre franco-anglaise contre les Pays-Bas de 1672-1674. Mahan est très critique de l’engagement français par Louis XIV de la France aux côtés de l’Angleterre dans cette guerre. Il estime que Louis XIV n’a fait que sacrifier la puissance maritime néerlandaise au profit de l’Angleterre, afin de satisfaire ses vues myopiques d’une suprématie française sur le continent européen.
Peinture de la bataille de Schöneveldt le 7 juin 1673. Opposant la flotte franco-anglaise à la flotte néerlandaise, elle est l’une des trois batailles navales (avec la seconde bataille de Schöneveldt et la bataille de Texel), de la guerre franco-anglaise contre les Pays-Bas de 1672-1674. Mahan est très critique de l’engagement français par Louis XIV de la France aux côtés de l’Angleterre dans cette guerre. Il estime que Louis XIV n’a fait que sacrifier la puissance maritime néerlandaise au profit de l’Angleterre, afin de satisfaire ses vues myopiques d’une suprématie française sur le continent européen. Willem van de Velde, 1684, Royal Museums Greenwich, Wikimedia Commons

Mahan en conclut que : « […] les peuples comme les individus déclinent, quelle que soit leur force, lorsqu’ils sont privés de l’activité et des ressources extérieures qui excitent et alimentent la vigueur elle-même. Une nation, nous ne saurions trop le répéter, ne peut indéfiniment se suffire à elle-même et la voie la plus sûre pour communiquer avec les autres peuples, pour renouveler sa propre force, est la mer »[64]. De plus, Mahan n’a cessé de critiquer la prudence stratégique et tactique de la marine française à travers son œuvre. Il ne considérait pas la marine française comme suffisamment agressive[65] en vue de détruire les escadres de l’adversaire, mais comme cantonnée à un rôle secondaire de soutien à des conquêtes territoriales. Il fallait donc économiser ses forces navales et éviter les prises de risques.

L’Angleterre, quant à elle, a choisi la voie que Louis XIV ne daignait emprunter. L’officier américain accorde ici la place d’honneur aux monarques et gouvernements successifs de l’Angleterre qui n’ont cessé d’exciter le développement du commerce anglais, d’encourager la prospérité, l’expansion coloniale, de consacrer attention et investissements dans la marine de guerre[66]. Il en résulte que :

« Le ferme maintien de sa suprématie navale, la fière résolution de la faire sentir, l’état de préparation dans lequel l’élément militaire fut sagement gardé, tout cela était dû surtout à ce trait des institutions politiques de l’Angleterre […] »[67]

L’Angleterre fut la grande gagnante des guerres étudiées par Mahan, hormis la guerre contre les treize colonies américaines et leurs alliés français et espagnols de 1778-1783. Elle le doit à sa puissance maritime, d’où elle tire des revenus pour financer la guerre de ses alliés sur le continent européen contre sa rivale de toujours, sans qu’elle ait besoin d’y consacrer des troupes importantes. Ce même pouvoir lui permet de détruire la marine de guerre de ses ennemis français et espagnol et de frapper leur commerce.

Des résultats de la guerre de la succession d’Espagne[68], l’Angleterre en retira le maximum de bénéfices : « […] il [le pouvoir maritime] donnait aux Anglais, en toute souveraineté, le grand commerce de la haute mer ; il surveillait le trafic par une marine de guerre qui n’avait et ne pouvait avoir aucune rivale, […] et cette marine s’appuyait maintenant sur de fortes positions dans toutes les parties du monde en litige »[69]. La France, quant à elle, ne put s’unifier politiquement à l’Espagne, de manière à réunir en une seule couronne le royaume de France et d’Espagne, même si des liens familiaux et dynastiques furent établis par l’accession de Bourbons au trône d’Espagne.

Le dénouement de la guerre de Sept Ans de 1756-1763[70], s’avère catastrophique pour la puissance française qui a presque perdu toutes ses colonies, au profit de l’Angleterre qui fait désormais « la loi sur mer […] »[71].

Nous pouvons en conclure que Mahan légitime la puissance maritime dont l’Angleterre en est la parfaite représentation. Sa supériorité est confirmée par l’Histoire, au détriment de la puissance terrestre ou continentale qu’il décrédibilise et minimise. Le grand juriste et philosophe allemand du XXe siècle Carl Schmitt, influencé par Mahan, interprétait la marche de l’Histoire selon le même dualisme Terre/Mer auquel il consacra un ouvrage[72]. Il écrivait : « L’histoire mondiale est l’histoire de la lutte des puissances maritimes contre les puissances continentales et des puissances continentales contre les puissances maritimes »[73].

Selon Schmitt, les Anglais ont su assurer une suprématie mondiale en transposant toute leur existence sur la mer : « En se détournant du continent et en optant pour la mer, une île relativement petite, plantée au Nord-Ouest de l’Europe devenait le centre d’un empire mondial. Elle trouva dans une existence purement maritime le moyen d’instaurer une suprématie mondiale dont on relève les manifestations sur toute la surface du globe »[74].

Qui domine les mers, domine le monde.

Plaidoyer pour une puissance maritime américaine

Au temps où Mahan travaillait à la rédaction de son livre, les États-Unis étaient encore une grande puissance en devenir à la fin du XIXe siècle. Ils étaient déjà une puissance industrielle concurrençant sérieusement la puissance industrielle de l’Empire britannique, mais demeuraient encore un nain militaire et leur commerce s’effectuait par des navires d’autres nations. Mahan déclarait : « Les États-Unis n’ont, pour le moment, aucune idée d’expansion et leurs bâtiments de commerce ont disparu. La décadence de leur marine de guerre, le peu d’intérêt qui s’y attache s’ensuivent avec une logique rigoureuse »[75]. Les marines de guerre britannique et française figuraient parmi les plus importantes au monde. Il faut attendre la présidence de Theodore Roosevelt et sa « Grande flotte blanche »[76], pour que les États-Unis deviennent une puissance maritime.

Les États-Unis sont peu évoqués dans l’ouvrage de Mahan, cela paraît historiquement logique pour un pays qui n’acquiert son indépendance qu’à la fin de la période traitée. Cependant, en rédigeant son livre, l’officier de marine américain cible ses compatriotes avant tout. Il cherche à démontrer la pertinence d’une marine commerçante, d’une flotte de guerre, des colonies et des points d’appui outre-mer qu’il estime nécessaires. Le capitaine s’évertue à susciter l’adhésion, de fonder une grande flotte maritime, dans le débat public américain. Il l’exprime clairement : « Le but pratique de nos recherches est de tirer des leçons de l’histoire certaines déductions profitables à notre pays et à notre marine »[77].

Les Américains ont, comme les Français, négligé le monde de la mer et Mahan vise à revigorer l’attraction pour la mer chez ses compatriotes, tels les Français au début de la colonisation des Amériques : « Une appréciation intelligente du rôle que joue la mer dans le bien-être public augmentait et généralisait facilement l’intérêt que l’on prenait aux choses de la marine. […] Chacun sait combien tout cela est changé maintenant. Notre puissance n’est plus concentrée sur le rivage de la mer »[78].

Mahan plaide explicitement pour une politique coloniale permettant l’implantation de bases navales et une politique d’armement naval afin de constituer une redoutable marine de guerre :

« Les États-Unis n’ont pas d’établissements coloniaux ou militaires à l’étranger. Leurs navires de combat seront donc, en temps de guerre, comme des oiseaux de terre, incapables de voler loin du rivage. Leur procurer des stations pour se réparer et faire du charbon serait le premier devoir d’un gouvernement désireux d’accroître sa puissance maritime. […] La question est, au plus haut degré, une de celles où l’influence gouvernementale doit se faire sentir, pour doter la nation d’une marine militaire capable, sinon de porter la lutte dans les parages lointains, au moins de maintenir libre les approches de ses propres côtes »[79]

En guise de conclusion : pourquoi lire Mahan aujourd’hui ?

Même si le déterminisme de Mahan relatif à ses principes conditionnant l’existence des peuples est discutable[80], la renommée de l’auteur justifie la lecture de sa principale production. Mahan continue à être régulièrement cité un siècle après sa mort pour quiconque étudie la stratégie, la géopolitique, l’histoire ou les relations internationales. La connaissance est une fin en elle-même. La rareté de cette œuvre classique en France justifie la lecture, d’autant plus qu’elle n’est pas particulièrement difficile à lire, même si le traitement historique des batailles navales peut être fastidieux pour le lecteur.

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Bibliographie

MAHAN Alfred Thayer, Influence de la puissance maritime dans l’histoire : 1660-1783, Paris, La Bibliothèque des introuvables, 2001, 457 p.

MONTESQUIEU, De l’esprit des lois. I, Paris, Gallimard, 1995, 604 p.

SCHMITT Carl, Terre et mer : un point de vue de l’histoire mondiale, Paris, Krisis, 2022, 228 p.

VON CLAUSEWITZ Carl, De la guerre, Paris, Payot & Rivages, 2014, 368 p.


[1] MAHAN Alfred Thayer, Influence de la puissance maritime dans l’histoire : 1660-1783, Paris, La Bibliothèque des introuvables, 2001, 457 p.

[2] Ibid., p. 21

[3] Ibid., p. 23

[4] Ibid., p. 28

[5] Ibid., p. 28

[6] Ibid., p. 90

[7] Ibid., p. 90

[8] Nous entendons par-là une croyance dans la possession d’attributs invariants dans la Nature et chez les êtres humains. Autrement dit, toute chose a une essence déterminant et conditionnant son développement. Même si Montesquieu et Mahan n’excluent pas le libre arbitre des sociétés humaines, ils pensent avoir découvert des principes essentiels influençant leur destinée.

[9] MONTESQUIEU, De l’esprit des lois. I, Paris, Gallimard, 1995, 604 p.

[10] Ibid., pp. 81-82

[11] Ibid., p. 87

[12] VON CLAUSEWITZ Carl, De la guerre, Paris, Payot & Rivages, 2014, 368 p.

[13] MAHAN, op. cit., p. 28

[14] Ibid., p. 134

[15] Ibid., p. 137

[16] Ibid., p. 181

[17] Ibid., p. 182

[18] Ibid., p. 389

[19] VON CLAUSEWITZ Carl, op. cit., p. 119

[20] MAHAN Alfred Thayer, op. cit., p. 90

[21] Ibid., p. 29

[22] VON CLAUSEWITZ Carl, op. cit., p. 67

[23] MAHAN Alfred Thayer, op. cit., p. 248

[24] Ibid., pp. 113-114

[25] Ibid., p. 412

[26] Ibid., pp. 406-412

[27] Ibid., pp. 352-355

[28] Ibid., p. 168

[29] Ibid., p. 445

[30] VON CLAUSEWITZ Carl, op. cit., p. 353

[31] Ibid., p. 357

[32] Ibid., p. 201

[33] Ibid., p. 263

[34] MAHAN Alfred Thayer, op. cit., p. 43

[35] Ibid., p. 44

[36] Ibid., p. 44

[37] Ibid., pp. 44-45

[38] Ibid., p. 45

[39] Ibid., p. 45

[40] Ibid., pp. 46-90

[41] Ibid., pp. 46-50

[42] Ibid., pp. 50-56

[43] Ibid., p. 52

[44] Ibid., p. 51

[45] Ibid., p. 56

[46] Ibid., pp. 57-61

[47] Ibid., pp. 58-61

[48] Ibid., pp. 58-59

[49] Ibid., pp. 61-67

[50] Ibid., p. 64

[51] Ibid., p. 63

[52] Ibid., pp. 65-66

[53] Ibid., p. 66

[54] Ibid., pp. 67-89

[55] Ibid., p. 85

[56] Ibid., p. 91

[57] Colbert cité dans ibid., pp. 76-77

[58] Ibid., pp. 76-77

[59] Ibid., p. 103

[60] Ibid., pp. 156-157

[61] Ibid., pp. 156-157

[62] La France avait atteint sous Louis XIV un âge d’or. Elle était le pays d’Europe le plus peuplé et possédait une armée de terre nombreuse et qualitative.

[63] Ibid., pp. 178-180

[64] Ibid., pp. 180

[65] Ibid., pp. 248-250

[66] Ibid., pp. 68-74

[67] Ibid., p. 73

[68] La guerre de la succession d’Espagne se déroule entre 1702-1713. Elle oppose la France, l’Espagne, le Brandebourg contre l’Angleterre, la Hollande et l’Autriche. Ces dernières ne peuvent accepter une union dynastique franco-espagnole qui remettrait en cause l’équilibre européen, le règlement de la question successorale demeure donc la seule issue. À l’issue de la guerre, les Bourbons de France n’ont d’autre choix que de renoncer à la couronne d’Espagne.

[69] Ibid., p. 198

[70] Les tensions coloniales en Amérique du Nord et en Inde entre la France et l’Angleterre sont à l’origine de cette guerre.

[71] Ibid., p. 279

[72] SCHMITT Carl, Terre et mer : un point de vue de l’histoire mondiale, Paris, Krisis, 2022, 228 p.

[73] Ibid., p. 110

[74] Ibid., p. 175

[75] MAHAN Alfred Thayer, op. cit., p. 44

[76] Theodore Roosevelt (1858-1919) assume la présidence des États-Unis au tout début du XXe siècle. C’est sous sa gouvernance que l’affirmation de la puissance maritime des États-Unis commence à devenir visible. La flotte de guerre des États-Unis, dont la coque des navires est peinte en blanc, d’où le nom de « Grande flotte blanche », effectue un tour du monde entre 1907 et 1909.

[77] Ibid., p. 86

[78] Ibid., p. 53

[79] Ibid., pp. 86-89

[80] Si nous suivons les principes de Mahan, nous pourrions penser qu’il est très difficile, voire impossible, pour l’Allemagne unifiée de devenir une puissance navale. Situé en Europe centrale, ayant une façade maritime limitée, le pays serait voué à rester une puissance continentale. Pourtant la rapide montée en puissance de la marine allemande sous le règne du Kaiser Guillaume II à la fin du XIXe siècle prouve le contraire. Cette flotte de guerre remet en cause la suprématie maritime des Britanniques et a été l’une des raisons du rapprochement entre la Grande-Bretagne et la France au début du XXe siècle. Ce qui s’est traduit par l’entente cordiale de 1904. Par ailleurs, ces principes peuvent certes fournir des éléments d’explication sur la trajectoire historique de la Chine, en tant que puissance continentale repliée sur elle-même. Toutefois, les sept voyages de Zheng He (郑和) au XVe siècle sous la dynastie Ming et la construction fulgurante d’une imposante marine de haute mer cette dernière décennie par la République populaire de Chine, prouve que la Chine peut s’extirper de cette trajectoire continentale.

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