Quand la guerre devient rituel(le) : la guerre chez les Aztèques

Il est bien des civilisations qui font rêver tant elles baignent dans le mystère. L’Empire aztèque est l’une d’entre-elles. On en garde l’image d’une société pyramidale, aux croyances eschatologiques, pratiquant des sacrifices et s’étant effondrée sous les coups des Conquistadors. Pour expliquer cette chute soudaine, de multiples raisons ont été avancées : supériorité des tactiques et de l’armement espagnols, relations diplomatiques entre les cités et les nouveaux venus, l’impact des maladies… Au final, les capacités militaires réelles de l’Empire aztèque sortent considérablement affaiblies de ce passage en revue. Pourtant, c’est par les armes que celui-ci s’est fondé. Imposant leur volonté aux territoires alentours, les Mexicas (autre nom des Aztèques, hérité de leur ville Mexico-Tenochtitlan) se sont vite retrouvés à la tête d’entre 6 à 20 millions de sujets (en fonction des études, tant les données sont incomplètes). Mais contrairement aux apparences, la guerre n’avait pas qu’une finalité politique chez les méso-américains. Politique et religion étant étroitement liées, la guerre alimentait aussi les croyances eschatologiques. Véritable rituel, celle-ci prend alors le nom de guerre fleurie. Étudier cette violence théâtralisée, c’est plonger dans le fonctionnement des sociétés méso-américaines. C’est à un véritable dépaysement auquel vous invite donc aujourd’hui la Revue d’Histoire Militaire.


Une société tournée vers la guerre

Malgré les maigres informations à notre disposition il est relativement aisé de définir la place de la guerre dans la société Mexica. Celle-ci est composée d’une aristocratie, de prêtres, de guerriers, de commerçants, de roturiers et d’esclaves. Chacun de ces  groupes est lui-même subdivisé en strates précises, définit par des obligations mais aussi des avantages. L’ascension sociale, bien que restreinte, n’en reste pas moins possible par un élément précis que partage les différentes entités : l’activité militaire. Le service militaire est obligatoire chez les roturiers, tandis que les nobles peuvent faire carrière dans la hiérarchie et le commandement des troupes.

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Pyramide hiérarchique de la société aztèque : en haut, le roi, le Tlatoani, est une quasi-divinité. Il est entouré et appuyé par les nobles et les prêtres dans les activités politiques, militaires et religieuses. La troisième caste est celle de l’entre-deux société : ses membres jouissent de certains privilèges comme l’accès aux écoles de la noblesse ou des avantages fiscaux. Mais ils n’en sont pas moins issus du peuple, à l’exemple des marchands, qui servaient aussi d’espions de par leurs déplacements fréquents. Enfin, les deux dernières castes sont les plus faibles et doivent s’acquitter de nombreux devoirs. L’ascension sociale est possible, mais passer du peuple à la noblesse est très difficile (Cyril Blanchard / photo du temple de Chichen Itza, El Castillo, Arian Zwegers).

 

Concernant l’élévation sociale, Il semblerait que la capture d’adversaires soit un pré-requis fondamental. Deux occasions de faire des prisonniers se présentent donc aux Mexicas : la guerre politique, visant la conquête de biens matériels ou l’extension de l’influence de la cité-état ; la guerre fleurie, conflit théâtralisé ayant pour but de pourvoir  à la survie des dieux. Mais avant d’aborder la nature même des conflits, il est judicieux de disséquer l’entrainement et la composition des armées aztèques.

  • L’entrainement : Qu’importe l’origine sociale, le rapport à la guerre commençait très tôt. Dès la naissance, déjà perçue comme une bataille menée par la mère, l’enfant voyait sa vie prédestinée. Celle-ci serait orientée vers une certaine vocation. L’activité militaire était l’une d’entre elles. Dans des écoles spécialisées, les jeunes mexicas se livraient à toutes sortes d’activités visant leur renforcement physique et intellectuel. Les jeunes issus des classes roturières fréquentaient les Telpochcalli, écoles de quartier gérées par des vétérans. Ils y recevaient un enseignement de base et apprenaient les rudiments militaires. Les enfants de la noblesse allaient, quant à eux, dans des Calmecac, écoles tenues par des professeurs d’une extrême sévérité. Ils y bénéficiaient d’apprentissages plus nombreux et approfondis que ceux des Telpochcalli, afin d’être préparés aux futurs fonctions politiques, religieuses ou militaires qui pourraient leur être confiées. En dehors de la préparation scolaire, la vie religieuse offrait aussi des occasions aux jeunes mexicas de s’apprêter aux métiers des armes.  En effet, il existait des rituels auxquels venaient assister des milliers de personnes : les sacrifices humains et les combats rituels – le tlahuahuanaliztli – entre un prisonnier légèrement armé et des combattants lourdement équipés. Par ailleurs, il arrivait que des simulacres de batailles soient organisés entre les étudiants des Calmecac et des Telpochcalli, avec des récompenses à la clé. Tout au long de leur vie, les futurs soldats aztèques sont donc confrontés à la violence. La mort même était imprégnée de l’importance de celle-ci : les morts les plus glorieuses étaient celles au combat ou par sacrifice.

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    tlahuahuanaliztli ou combat rituel de gladiateurs : au centre, la victime, équipée d’armes factices et attachée à la pierre sacrificielle – le temalacatl – doit faire face à deux guerriers jaguars, élites militaires, dôtés d’armes réelles (codex Zouche-Nuttall, XIVe siècle, folio 89).
  • La composition des armées : L’Empire aztèque pouvait aligner des effectifs conséquents pouvant dépasser les 200 000 hommes ! Ceux-ci provenaient de la cité-état même mais aussi de celles soumises ou (r)alliées qui lui fournissaient alors hommes et provisions en tribut. Le recrutement se faisait sur une base géographique, le calpulli, le quartier de résidence, permettant ainsi une cohésion renforcée par les liens du sang ou d’amitié. La structure des forces était poussée, s’adaptant aux besoins : escouades de 20 hommes, compagnies de plusieurs centaines d’individus et régiments de 8 000 combattants, cette dernière entité étant l’unité de base. Officiers et soldats se différenciaient par l’habillement : Plus celui-ci était coloré et riche, plus l’individu avait un rang élevé. De même l’expérience des combattants se reflétait dans leurs costumes. Les prouesses militaires, comme la capture de prisonniers, donnaient droit à des récompenses, notamment vestimentaires. Le port de ces dernières conférait deux avantages : d’une part il rehaussait le moral des jeunes combattants qui pouvaient ainsi apercevoir facilement les vétérans à leurs côtés,  mais d’autre part, les unités étant assez uniformisées, il était alors facile aux commandants d’apercevoir au loin lesquelles, en tenant compte de leur vétérance, étaient engagées ou non, lesquelles supportaient l’effort du combat ou pouvaient renforcer la ligne de front… En effet, toutes les troupes ne partagent pas la même valeur. L’élite de l’armée aztèque est constituée des guerriers aigles et jaguars – les cuāuhocēlōtl – et des troupes de choc, – les cuahchiqueh – chargés de rompre les lignes adverses ou de les provoquer pour qu’elles chargent et perdent ainsi leur cohésion. A l’instar des récompenses, l’appartenance à de tels corps dépendaient aussi du nombre d’ennemis capturés et des faits d’armes accomplis.
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Combattants aztèques. Notez au premier plan les fameux cuahchiqueh aux visages peints et aux tuniques jaunes. A l’arrière plan se dresse la ligne de bataille. Celle-ci contient d’ailleurs un guerrier jaguar à droite. Plus le combattant arbore d’habits colorés et d’accessoires, plus celui-ci est aguerri (Hook A., POHL J., Aztec Warrior : A.D. 1325 – 1521 Osprey Publishing)

 

L’armée aztèque était donc une machine bien rodée, pouvant aligner des effectifs conséquents. Mais son organisation ne se reflète pas que dans ses rangs. Elle transparaît aussi dans la préparation des campagnes et sur les tactiques employées au combat.


 

En campagne et sur le champ de bataille

 

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Plan de l’expansion de l’Empire aztèque entre les XVe et XVIe siècles (Kaidor, Natural Earth (public domain) and SRTM3 V2 (public domain) vectorized with NextGIS (fork of QGIS) and edited with Inkscape, Wikimedia commons). D’une simple île, l’Empire va s’étendre diplomatiquement et militaire sur une grande partie du Mexique actuel. Les cités de Texcoco et Tlacopan ne sont pas représentées, mais la première se situe sur la berge Est du lac tandis que la seconde est directement établie à l’Ouest de Tenochtitlan

Réfugiés au départ sur une île du lac Texcoco, les Mexicas vont se sédentariser et perdurer par leur maitrise militaire, vendant leurs services au plus offrant. En 1428, à la suite  d’une guerre civile, Tenochtitlan parvient à fonder et dominer une Triple-Alliance constituée avec les cités de Texcoco et Tlacopan autour du lac Texcoco : l’Empire aztèque vient de naître. C’est à la pointe des armes que son expansion politique va s’effectuer, sous l’impulsion des leaders mexicas successifs (voir carte ci-dessus).

Les distances augmentant, la logistique et le ravitaillement deviennent plus problématiques. Les forces aztèques, essentiellement à pieds, le cheval leur étant inconnu, privilégient le déplacement sur routes. Lorsque celles-ci sont trop peu nombreuses, les forces sont divisées sur plusieurs itinéraires ou se mettent en marche à des jours d’intervalles. Du fait de l’allongement des colonnes, les combattants les plus aguerris marchent en tête pour donner le temps au reste des troupes de se positionner en cas de rencontre fortuite avec l’ennemi. Concernant la logistique, chaque Calpulli pourvoit au ravitaillement de ses membres. Les états tributaires doivent aussi en fournir aux forces en mouvement, tout refus étant considéré comme une trahison, entrainant alors des actions de représailles. Enfin, le long des itinéraires en zone subjuguée, des entrepôts sont disposés afin d’assurer une logistique efficiente. De nombreux porteurs sont aussi employés pour transporter les ressources nécessaires à l’armée en marche. L’ensemble de ce processus permet donc aux forces aztèques de parcourir de longues distances et de mener ainsi des campagnes lointaines.

Concernant les effectifs, les troupes issues du peuple roturier en composaient une large partie. Forces légères, elles harcelaient l’ennemi à distance avec des frondes, des arcs ou des javelots, ou faisaient office de seconde ligne, soutenant à l’aide de lances – tepoztopilli – et remplaçant, si nécessaire,  les hommes en première ligne. Ces derniers étaient généralement des soldats aguerris, aux protections et armements plus étoffés. Leur présence au front devait servir d’exemple et de soutien moral aux combattants peu ou pas expérimentés en seconde ligne. En guise de protection, les guerriers disposaient de boucliers, de casques en bois et d’armures en coton épais à même de protéger des lames d’obsidiennes. Ces dernières garnissaient la plupart des armes, comme la terrible Macuahuitl, une épée qui en était bordée sur ses deux bords, causant des mutilations terribles. Le tranchant de l’obsidienne causait de graves blessures, aggravées par la fragilité du matériau : des éclats pouvaient se figer dans la plaie, l’empirant.

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Combattants aztèques. Celui de gauche, surement un capitaine en raison de ses accessoires voyants, est armé d’un tepoztopilli (Codex Mendoza, XVIe siècle, Bodleian Libraries, Université d’Oxford). Celui de droite, un guerrier aigle, est armé du terrible Macuahuitl (Codex Florentin, XVIe siècle, Bibliothèque Laurentienne). Les tenues et équipements arborés par les deux combattants reflètent leur statut. Quant aux bandelettes suspendues à leurs boucliers, celles-ci servaient à protéger les jambes de leur porteur.

 

Abordons désormais les tactiques. Nous pouvons discerner les affrontements en terrain ouvert et le combat urbain.

  • Dans le premier cas, les Mexicas formaient leur ligne de bataille. L’officier général, positionné en arrière sur une hauteur, commandait et transmettait ses ordres par un système de bannières, de trompettes, de tambours, mais aussi de coureurs. Les armées étant constituées essentiellement de fantassins, les tactiques consistaient surtout en une rupture ou un contournement des lignes adverses. Une bataille type commençait par un échange de quolibets et de projectiles à environ 45 mètres. Les troupes de choc, cuahchiqueh, provoquaient l’ennemi pour que celui-ci rompe ses lignes dans des assauts désordonnés. Le choc s’ensuivait généralement. Depuis leur position surélevée, les chefs dirigeaient alors leurs troupes dans le but de rompre la cohésion ennemie et provoquer leur déroute. L’encerclement des forces adverses n’est pas privilégié, ces dernières pouvant se battre jusqu’à la mort pour ne pas subir capture et sacrifice. On leur laisse alors une issue de secours, qui est en réalité un piège : sur l’itinéraire de repli offert, une embuscade géante peut lui être dressée. En effet, les actions de harcèlements et de guérilla sont monnaie courante chez les méso-américains. Dans la panique et sans cohésion, l’ennemi apeuré devient une cible facile, d’autant que l’arsenal à disposition se voulait avant tout incapacitant. Tout naturellement, la déroute signifiait le moment propice pour s’illustrer en ramenant à la cité de nombreux prisonniers, gages de récompenses.

 

  • Pour le combat urbain, l’objectif était la prise du temple adverse. Chaque cité était en effet protégée par un dieu. Mettre à bas son temple, c’est prouver la supériorité de son propre dieu sur celui de l’ennemi. Une fois la cité adverse subjuguée, elle devient tributaire. Mais pour y parvenir, les combattants doivent se frayer un chemin dans des dédales labyrinthiques. C’est ici que l’activité d’espionnage des marchands se révèle. Puisqu’ils ont pu visiter la ville en temps de paix lors de leurs voyages commerciaux, ils peuvent servir de guide jusqu’au temple. Toutefois, le défenseur de la cité n’est pas non plus laissé sans contre-mesures. Les méso-américains barricadaient les rues et creusaient des tranchées pour entraver la progression de l’assaillant. De même, l’architecture urbaine jouait en leur faveur : la présence de nombreuses terrasses surplombant les allées permet d’harceler à distance l’ennemi et de constituer autant de places fortes. Enfin, la prise d’assaut du temple était rendue ardue puisque les défenseurs pouvaient s’y retrancher aisément.
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Siège de la cité de Coixtlahuaca. Le seigneur de cette riche cité, Atonal, fut accusé d’avoir fait exécuter plus d’une centaine de marchands aztèques (véridique ou non, aujourd’hui le mystère reste entier. Il se pourrait que l’accusation ne soit qu’un prétexte pour mettre à bas un potentiel rival). Une armée de plus de 300 000 hommes de la Triple Alliance a donc marché sur la cité, située au sud de la vallée de Mexico (Hook A., POHL J., Aztec Warrior : A.D. 1325 – 1521 Osprey Publishing). Notez l’usage de l’échelle par les Aztèques pour atteindre la terrasse d’où les défenseurs lancent des projectiles.

Ce sont par les armes que les Mexicas se sont donc étendus et ont ainsi donné naissance à un Empire. Cette quête de pouvoirs et de richesse est le pendant politique de la guerre. Cependant, il n’y a pas de domination formelle sur les cités vaincues : celles-ci sont tributaires et doivent vénérer comme les Mexicas Huitzilopochtli, dieu de la guerre et du soleil. Mais en contre-partie, les cités gardent une certaine autonomie. Les Aztèques ne viennent pas les gouverner directement. Toutefois, il est intéressant de noter l’existence d’enclaves indépendantes au sein de l’Empire. Ces cités, à l’image de Tlaxcala, n’ont pas été subjuguée. En conséquence, elles ne sont en rien liées aux Mexicas qui postent des garnisons à leur proximité. Cependant, leur statut n’en laisse pas moins interrogateur. Pourquoi ne sont-elles pas tributaires ? Sont-elles invaincues ? Aujourd’hui encore, les historiens se déchirent sur les raisons de ces enclaves. Néanmoins, un aspect des relations entre Tenochtitlan et ces cités est connu : il s’agit de la guerre fleurie.


La guerre fleurie

Hormis la guerre politique, à visée hégémonique, les Mexicas menaient aussi un autre genre de conflit, beaucoup plus limité et codifié : la guerre fleurie. Celle-ci consistait en des affrontements de forces réduites, en un lieu et un jour défini entre les deux partis. On peut noter d’autres spécificités, mais au niveau tactique : la part de combattants nobles y était supérieure à celle des guerres ordinaires, les armes de jets n’étaient pas employées, les effectifs étaient équivalents et les pertes assez limitées. On décèle dans ces batailles davantage une démonstration de force et de technique plutôt qu’un moyen de domination. Pour preuve, l’état de guerre perpétuel entre Tlaxcala et Tenochtitlan n’a jamais vu la subjugation de l’une des cités au profit de l’autre. D’autant que la seconde semblait pouvoir aisément vaincre la première. Mais si le but précis de la guerre fleurie demeure incertain, quelques hypothèses ont pu être dressées. Il semblerait que les cités qui la pratiquaient y cherchaient un moyen d’entrainer leurs forces et de faire des prisonniers. Ce dernier point est le plus intéressant. En effet, les batailles de la guerre fleurie relèvent de tout un cérémonial religieux, d’un bout à l’autre. Or les prisonniers sont une denrée importante dans le cadre religieux. Hormis prouver la valeur des guerriers et du dieu vénéré, les captifs permettent aussi de « nourrir » la terre et les cieux. La guerre est donc un élément révélateur des croyances méso-américaines.

 

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Extrait du codex Mendoza, montrant l’évolution de l’apparat d’un guerrier en fonction du nombre de combattants capturé (Codex Mendoza, XVIe siècle, Bodleian Libraries, Université d’Oxford) Souvent, les captifs étaient des combattants sans expérience. Les vétérans faisaient tout leur possible pour éviter la capture, lui préférant la mort glorieuse les armes à la main.

Polythéiste, la religion aztèque s’articulait autour du culte d’un panthéon de nombreux dieux. Ceux-ci sont parés d’un rôle régulateur : ils favorisent les entreprises des hommes, mais surtout, sont garants de la survie du monde. Selon les Aztèques, 4 ou 5 (en fonction des sources) précédents mondes ont existé avant le leur. Tous ont été détruits par l’action des dieux. Pour maintenir l’équilibre et ne pas subir la destruction divine, des sacrifices humains étaient exécutés afin de satisfaire et nourrir ces derniers. Les Aztèques y voyaient aussi un moyen de d’assurer la poursuite de la course de Huitzilopochtli, dieu du soleil et de la guerre, qui était aussi leur dieu attitré. Ces croyances eschatologiques sont tellement importantes qu’elles se retrouvent énormément dans la période de la conquête espagnole de l’Empire. Les Aztèques auraient assisté à de mauvais présages plusieurs années avant l’arrivé des premiers Espagnols. Difficile de savoir si ces faits sont réels et, s’ils le sont,  apocryphes ou non. Si c’est le cas, il peut très bien s’agir d’une argumentation pour tenter d’expliquer la chute si soudaine de l’Empire. De même, la considération des Espagnols comme étant des être surnaturels est un élément tout autant sujet à caution : il peut s’agir d’un mythe visant à faire peser la défaite sur la superstition aztèque, qui les aurait rendu moins aptes à se défendre. Ce qui est certain, c’est que l’assujettissement des peuples tributaires et l’état de guerre perpétuel, résultat de la guerre fleurie entre Tenochtitlan et d’autres cités, ont pu favoriser l’entreprise espagnole.

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Scène du codex Magliabechiano représentant un sacrifice humain. En haut de la pyramide, le prêtre pratiquait une incision dans la poitrine du supplicié encore vivant, puis lui arrachait le coeur. Le sacrifice pouvait aussi prendre d’autres formes, comme la crémation ou le combat rituel (Codex Magliabechiano, XVIe siècle, Biblioteca Nazionale Centrale, Florence).

 

L’Empire aztèque connut un essor pendant 100 ans. Il ne suffit pourtant que de deux années pour que sa chute définitive soit actée. La décision des mexicas de diriger à distance, en laissant une certaine autonomie aux peuples vaincus ne permit pas à leur empire d’être un ensemble homogène et solidement centralisé.  Cibler Tenochtitlan, cité capitale, et l’empereur, revenait à décapiter l’édifice, ne lui laissant aucune chance de survie. C’est l’arrivée des étrangers espagnols en 1519 qui va permettre au ressentiment causé par l’emprise de l’Empire sur la région, d’exploser et d’ébranler la domination impériale effective.  Las de guerroyer ou subir les tributs exigés par les Mexicas, certaines peuplades ont rapidement pris le parti de l’envahisseur. Ainsi, les quelques centaines de conquistadors ont pu bénéficier de renforts conséquents dans leurs entreprises, couronnées en définitive de succès : le 13 août 1521, le siège de Tenochtitlan, mené par les forces espagnoles et de leurs alliés méso-américains, se termine. l’Empire aztèque n’est plus.

 


Bibliographie :

CHALIAND G, La conquête espagnole de l’Amérique : Miroirs d’un désastre, Fayard / Pluriel, 2018, 352 pages.

HOLEINDRE J.-V., TESTOT L., La guerre, des Origines à Nos Jours, Sciences Humaines, 2014, 272 pages.

POHL J., Aztec, Mixtec and Zapotec Armies, Osprey Publishing, Men-at-Arms serie, numéro 239, 1991, 50 pages.

POHL J., Aztec Warrior : A.D. 1325 – 1521, Osprey Publishing, Warrior Serie, numéro 32, 2001, 66 pages.

ROBINSON C. M., The Spanish Invasion of Mexico 1519-1521, Osprey Publishing, Essential Histories Serie, numéro 60, 2004, 99 pages.

SHEPPARD S., Tenochtitlan 1519-21 : Clash of Civilizations, Osprey Publishing, Campaign Serie, numéro 321, 2018, 97 pages.

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