Editorial du mois de juillet

dossier 1

 

Le 1er octobre 2017 les Catalans se rendaient aux urnes afin de se prononcer pour leur indépendance vis-à-vis de la monarchie espagnole. Si les passions se sont déchaînées suite à l’usage des matraques par les forces de l’ordre, nous pouvons relativiser d’ores et déjà sur cet usage de la force légitime en observant l’histoire de la Catalogne et, plus globalement, les guerres d’indépendances depuis l’Antiquité romaine.

En effet, le cas de la Catalogne est criant : au début du Moyen Âge cette région est rattachée à l’Empire carolingien puis au royaume capétien. Au XVIIe siècle en pleine guerre franco-espagnole (1635-1659) la région se rebelle contre la monarchie espagnole. En somme, la Catalogne fut toujours une entité en quête de sa véritable identité. Cette crise d’octobre 2017 l’entraîne donc à nouveau sur le chemin de l’indépendance, après avoir acquis progressivement une certaine autonomie.

L’indépendance, la liberté et la fin de la servitude semblent synonymes au regard des mouvements indépendantistes dans l’Histoire. En aucun cas ces mouvements ne sont nés sur les cendres de la guerre d’Indépendance américaine (1775-1783) ni n’atteignent leurs apogées en Irlande ou en ex-Yougoslavie. Bien au contraire, à la fin du XXe siècle la plupart des mouvements indépendantistes en ont fini avec l’usage de la force. La figure du guérillero se brouille aisément avec celle du terroriste, et les finalités ne sont plus forcément les mêmes. A l’image de la Catalogne – ou de la Grande-Bretagne au sujet de l’Union européenne – l’indépendance ne s’acquiert plus à la pointe de l’épée et du mousquet, mais par l’introduction d’un morceau de papier dans une urne. Cependant, il demeure des zones géographiquement limitées où l’indépendance est cherchée au son des tirs de kalachnikov, comme chez les Kurdes ou en Ukraine.

La guerre est un moyen utilisé communément par des entités humaines limitées – ayant un socle commun et une finalité identique – afin de forcer un Etat à reconnaître l’entité susdite comme autonome ou indépendante. Nous pouvons apercevoir ces mouvements dès l’Antiquité, comme pendant la guerre des Gaules (58-51 av. J.-C.) avec l’opposition à la conquête romaine ; ou avec la révolte des Zélotes au cours du Ier siècle de notre ère contre la présence romaine en Judée. Au Moyen Âge nous retrouvons à nouveau de tels mouvements d’émancipations, notamment en Ecosse, contre l’Angleterre. Au fil des siècles, en raison d’un contexte politique défavorable (les monarques ayant une plus grande autorité), les mouvements d’indépendances demeurent marginaux et sont rapidement défaits. Or, à la fin de l’époque moderne, la guerre d’Indépendance américaine jette les bases d’une nouvelle philosophie politique. Quelques décennies plus tard l’Espagne réagit vivement face à la présence de la France impériale dans ses terres ibériques. Ces deux guerres d’indépendances sont significatives pour toute la période contemporaine : le rejet d’une nation impérialiste. C’est pourquoi ce procédé a le vent en poupe au XXe siècle : on peut citer les guerres de décolonisation depuis la guerre du Rif (1920-1926) jusqu’à la guerre d’Algérie (1954-1962) concernant la France ; la guerre d’indépendance irlandaise (1919-1921) et la guerre civile en Irlande du Nord (1969-1985) pour le Royaume-Uni ; ou encore le conflit israélo-palestinien. Dans ces mouvements, les tactiques et les stratégies employées par les belligérants alternent entre conventionnalité et irrégularité.  En effet, l’éventail des moyens à disposition des groupes indépendantistes est large et varié, ce qui oblige le pouvoir en place à s’adapter pour ne pas disparaître sous la flexibilité de ces dits groupes, qui peuvent rapidement gagner en puissance. Mais la nature même des conflits fluctue aussi, et ce, en fonction du contexte : résistance à la conquête, mise en avant d’un particularisme, émancipation partielle ou totale…

L’ensemble des articles de ce mois-ci sera donc intégralement consacré aux guerres d’indépendance et l’évolution du fait militaire dans ce domaine  depuis l’Antiquité jusqu’à la période contemporaine. Comment évolue l’armement, la tactique, la pensée et la stratégie guerrière en fonction des contextes géopolitiques et civilisationnels, sont autant de problématiques qui seront soulevées et auxquelles nous tenterons de répondre. Chacun des conflits présenté dans ce dossier a été sélectionné pour sa capacité à apporter des pistes de compréhension pour ces problématiques. D’autres exemples surement plus judicieux existent, mais le fait qu’ils ne soient pas évoqué ici ne signifient pas qu’ils sont indignes d’intérêts ou trop éloignés de nos problématiques. Au contraire. Les auteurs ont simplement choisis leur sujet d’après leurs compétences et périodes de prédilection. Et 4 juillet oblige, le premier article de cette série concerne la guerre d’indépendance américaine. Nous espérons que nos plumes susciteront votre intérêt et vous apporteront savoirs et précisions.

Bonne lecture !

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