De la fabrique d’un lieu de mémoire militaire et républicain au XXIe siècle : le monument aux Morts pour la France en opérations extérieures

Par Christophe Jacq, professeur agrégé d’histoire-géographie.

Attendu par les familles des soldats morts en opérations extérieures, par leurs frères d’armes et par les diverses associations porteuses de la mémoire des conflits, annoncé depuis 2011 au moment où, à l’initiative du Ministre de la Défense Gérard Longuet, un groupe de travail est constitué afin de définir précisément les attentes et les contraintes qui s’y rattachent, le monument aux militaires morts en OPEX a été inauguré le 11 novembre 2019 dans le Jardin Eugénie-Djendi du Parc André Citroën dans le 15e arrondissement de Paris. Ce monument auquel le Président de la République Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande, a régulièrement assuré être très attaché[1], devrait, grâce à la couverture médiatique qui fut assurée au moment de son inauguration, aux cérémonies qui y auront désormais lieu et à son exposition permanente au public le plus divers, pleinement insérer les opérations extérieures de la France dans la politique mémorielle de la République comme le sont déjà la Première Guerre mondiale – tant la mobilisation des combattants que celle de l’arrière ; les combats de la Résistance unifiée ; l’engagement de nos alliés dans la Libération et, dans une moindre mesure, l’expérience des guerres de décolonisation. Nous verrions alors s’élaborer une nouvelle étape de la mémoire militaire et républicaine par l’hommage rendu à la quatrième génération du feu. Par-delà la volonté politique initiale, il faut maintenant que ce monument et cette mémoire trouvent un écho réel parmi le corps civique, tous ces « autres » qui ne se sentent pas d’affinités particulières avec le monde militaire ou les questions géopolitiques, et pour qui l’édification de ce monument pourrait relever du folklore des armées, confrérie vaste mais circonscrite de ceux qui ont une dilection pour les signes (étendards, médailles, uniformes), les liturgies républicaines, les vertus guerrières, les héros.

Le monument aux morts pour la France en opérations extérieures (Inconnu, Ministère des Armées, https://www.defense.gouv.fr/actualites/articles/le-monument-aux-morts-pour-la-france-en-operations-exterieures-est-inaugure )

L’érection d’un monument aux morts en 2019 ramène inévitablement à l’archétype que représente la mosaïque des stèles, des inscriptions, des symboles, de la statuaire maillant le paysage des quelques 36 000 communes françaises[2], auxquels il faut ajouter quantité d’autres monuments dont les dédicataires n’ont pas été, comme pour les précédents, les municipalités mais des unités militaires, des établissements scolaires, des associations, des entreprises, des clubs, des communautés religieuses, des familles. Si la pratique de l’érection d’un monument à la mémoire de ceux que la guerre a fauchés ne date pas de la Première Guerre mondiale[3], jamais un mouvement commémoratif d’une telle ampleur n’avait existé jusqu’alors. En effet, peu de communes sont dépourvues de monument[4] et, quand le conseil municipal n’a pas érigé de stèle, c’est le conseil de fabrique[5] ou un autre acteur privé qui s’en sont chargés. Cette floraison de monuments a été facilitée par l’adoption de la loi du 25 octobre 1919 qui « pose le principe d’une subvention aux communes, « en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la patrie »»[6]. Ce qui frappe par ailleurs, c’est la précocité de l’hommage rendu sur tout le territoire. La plupart des communes rurales sont dotées d’un monument dès 1922 ; les constructions peuvent être plus tardives dans les villes en raison d’un consensus politique moindre ou de la plus grande complexité du projet retenu. Quoiqu’il en soit, l’inauguration d’un monument communal semble souvent le point d’orgue d’un mouvement commémoratif, d’un culte même, qui l’a précédée, et non son point de départ. La loi du 25 octobre 1919 est le relais d’une volonté populaire préalable d’honorer les morts de la guerre. Elle est un facilitateur du culte, non la détermination par une autorité surplombante d’un dogme mémoriel ex nihilo. C’est, entre autres éléments, ce qui a permis à Pierre Nora et Antoine Prost d’inscrire les monuments aux morts dans la liste des « lieux de mémoire » que le célèbre ouvrage en trois tomes paru en 1984 étudie avec précision. Il faut entendre par lieux de mémoire, non – ou pas uniquement – des espaces circonscrits dans lesquels le souvenir d’événements ou de personnages historiques a été déposé et est entretenu par les générations ultérieures, mais également, et surtout, des repères soigneusement choisis dans l’amoncellement continu des faits passés, des viatiques d’un récit historique sélectionnés pour faire la pédagogie non seulement du passé mais aussi, et plus encore, du présent dans lequel s’inscrivent les participants au culte mémoriel. Les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale, souvent continués par l’ajout des morts de la campagne de 1940, de la Résistance et de la Déportation, des conflits dans les anciennes colonies, correspondent aux deux acceptions de l’expression : érigés dans des lieux dont le choix ne doit rien au hasard, monumentalisation de la mémoire par l’inscription dans le minéral, ce sont aussi des porteurs de sens, des soutiens d’un récit de la guerre, du sacrifice, de l’engagement, parfois du patriotisme. Ils sont à ce point l’archétype des lieux de mémoire qu’Antoine Prost les voit comme les instruments d’un « culte républicain, d’une religion civile » telle que Jean-Jacques Rousseau l’a définie dans le dernier chapitre du Contrat social.

Monument aux morts situé dans le cimetière de la commune de Souché, depuis rattachée à Niort dans les Deux-Sèvres (79). Celui-ci a été érigé en 1903 par la société du Souvenir français, consécutivement à la guerre de 1870 et aux conflits coloniaux.( Guy CHAILLAUD, MemorialGenWeb, https://www.memorialgenweb.fr/phototek/index.php/79/20821/Souche1 )
Inscription gravée sur le monument ( Guy CHAILLAUD, MemorialGenWeb, https://www.memorialgenweb.fr/phototek/index.php/79/20821/Souche4 )
Les différentes plaques rajoutées progressivement sur le monument, pour les victimes des Première et Seconde Guerres mondiales, ainsi que des conflits de la décolonisation (Hier.Souche, Wikiniort, http://www.wiki-niort.fr/Fichier:SOUCHE_Morts_14_18.jpg )

C’est donc à la lumière des réflexions d’Antoine Prost sur les monuments érigés dans l’immédiat après-Première Guerre mondiale et sur les conditions qui ont rendu possible leur « succès » mémoriel que nous analyserons le processus commémoratif ayant conduit le pouvoir exécutif à décider la construction d’un monument aux morts en opérations extérieures. Le questionnement sous-jacent consistera à se demander comment ce nouveau monument pourra atteindre les objectifs qui lui sont assignés et être à la hauteur des espoirs de ceux qui en ont défendu l’idée. Formulé plus simplement : à quelles conditions ce monument porteur de la mémoire des hommes et des femmes morts en opérations extérieures pourra-t-il devenir, comme ses prédécesseurs, un véritable lieu de mémoire ?

Un processus décisionnel de longue haleine

La prise de conscience de la naissance d’une quatrième génération du feu porteuse d’une mémoire singulière ne date pas des premières réflexions ayant conduit à la construction du monument OPEX. Dans les différentes unités et dans les écoles militaires, le saut sur Kolwezi au Zaïre en 1978, l’attentat du Drakkar au Liban en 1983, l’opération Daguet dans le cadre de la guerre du Golfe en 1991, l’engagement dans le conflit en ex-Yougoslavie pour ne citer que quelques exemples, font l’objet de cérémonies et d’études. Des associations d’anciens, propres à une opération comme l’association Daguet ou plus généralistes à l’instar de la Fédération Nationale des Anciens des Missions Extérieures (FNAME), perpétuent le souvenir des engagements de la France hors du territoire national[7] et entretiennent la fraternité d’armes. Mais cette mémoire restait jusqu’alors circonscrite au cercle de ceux qui se reconnaissaient un lien direct ou indirect avec les événements et les unités évoqués : anciens des OPEX et leurs familles, unités engagées dans telle ou telle opération et au sein desquelles le souvenir est transmis aux nouvelles générations, autorités politiques et populations des communes où sont situées les unités en question et qui ont vu se préparer et partir les troupes désignées pour le mandat. Cette mémoire particulière, relative à des engagements commandés par la nation à ses forces armées, ne pouvait, de la sorte, s’exhausser à la hauteur d’une mémoire véritablement nationale.

Quelques semaines après sa nomination comme Ministre de la Défense, Gérard Longuet reprend un projet tout juste amorcé par son prédécesseur Alain Juppé[8]. Par une lettre de mission du 18 avril 2011, il charge le général Bernard Thorette, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre et alors conseiller d’État, de former un groupe de travail « afin de mener une réflexion sur la réalisation d’un mémorial des « Morts pour la France » en OPEX », plus particulièrement pour « examiner tous les aspects de cette opération (parti architectural, inscription évolutive des noms, premier engagement pris en compte, calendrier de réalisation, financement, etc.) ». L’objectif mémoriel est double. Il s’agit d’abord de s’adresser aux anciens combattants des OPEX afin de leur assurer que « la Nation n’oublie pas ceux qui sont tombés ». Si, à la différence de la première génération du feu, les soldats morts au combat en OPEX sont des volontaires qui connaissaient le prix potentiel de leur engagement, la Nation n’en souhaite pas moins, à travers ses plus hauts responsables politiques, leur témoigner la reconnaissance du sacrifice consenti. Par ailleurs, la lettre indique que le mémorial doit aussi interpeller le « public » pour lui rappeler que « la paix dont il jouit n’existe que grâce aux hommes et aux femmes prêts à donner leur vie pour sa préservation ». L’autorité politique se pose ainsi comme un médiateur tutélaire qui fait se rejoindre la communauté civique dans son ensemble et cette fraction prête au sacrifice pour en assurer la pérennité et porter une partie de sa politique étrangère.

Le groupe de travail présidé par le général Thorette est donc installé, comprenant des représentants de la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, un historien (Maurice Vaïsse), un écrivain (François Sureau), le président du Souvenir français, des représentants des chefs d’état-major et le directeur de la gendarmerie nationale. Il a auditionné pendant quatre mois plusieurs associations représentatives du monde militaire et rencontré diverses autorités politiques et militaires.

Remise du rapport par le général Thorette (De gauche à droite, Marc Laffineur, le général d’armée (2S) Bernard Thorette, et Gérard Longuet lors de la remise du rapport, Ministère des Armées, https://www.defense.gouv.fr/english/actualites/articles/monument-aux-morts-en-opex)

Le rapport présentant ses conclusions a été rendu au ministre en septembre 2011, lesquelles conclusions sont synthétisées en 6 points :

« – Le monument aux morts en opérations extérieures devra donc répondre à un devoir de mémoire mais il devra tout autant illustrer la reconnaissance de la Nation envers ses soldats morts à son service. »

« – Il ne peut donc être érigé qu’à Paris, dans un lieu visible et imprégné de l’Histoire de notre pays et être aisément accessible au public. »

« – Il doit être le symbole de l’engagement et du rôle de notre pays depuis cinquante ans dans les «affaires du monde» et être digne du sacrifice des soldats. »

« – Le monument doit donc, de façon privilégiée, comporter les noms des morts en opérations extérieures. »

« – C’est pourquoi le monument peut utilement être complété par un «monument virtuel» accessible à tous sur Internet, mais également à partir d’un édifice associé se situant à  proximité. »

« – La réalisation et l’inauguration du monument doivent de ce fait trouver un relais sur les monuments aux morts de toutes les communes de France ayant eu à déplorer la perte de l’un des leurs en opérations extérieures. »

Le chantier physique du monument n’ayant débuté qu’au printemps 2019, les associations tout comme les médias ont pu s’étonner à plusieurs reprises de la lenteur du processus[9], alors même que la nécessité du monument était plusieurs fois réaffirmée par les autorités politiques successives, quelle que soit la couleur politique, et que les demandes des associations d’anciens combattants et des familles des soldats morts en OPEX étaient régulièrement portées auprès des cabinets des ministres successifs. Il faut d’abord avoir à l’esprit le calendrier électoral. Le changement de majorité politique en mai 2012, s’il n’a pas remis en cause la décision relative à la construction d’un tel monument, a nécessairement ralenti le traitement des dossiers. L’élaboration d’un cahier des charges précis quant à l’architecture du monument, l’organisation d’un concours d’architecte, le temps de maturation des projets, le choix du jury sont ensuite forcément l’affaire de plusieurs mois. Mais le facteur de ralentissement le plus important a probablement été la difficulté de choisir le lieu d’implantation du monument. Le rapport Thorette préconisait la capitale comme lieu de rassemblement et de cohésion mémorielle le plus évident pour un monument d’importance nationale. Il proposait plusieurs implantations[10] : le périmètre de l’Arc de Triomphe, l’enceinte sud de l’Hôtel National des Invalides, la place Vauban en regard du Dôme de ces mêmes Invalides. Cette dernière proposition a semblé au groupe de travail être la plus pertinente car « le site est libre de toute construction, il est très proche du lieu prestigieux de l’Hôtel National des Invalides, très visible et fréquenté et il permet l’organisation de cérémonies d’hommage de grande ampleur »[11]. Toutefois, le groupe de travail ajoutait à ces trois propositions les sites de Balard (où devait s’installer le « Balardgone », sièges des états-majors) et Vincennes, « en réserve » pour le cas où des difficultés surviendraient quant aux sites d’abord privilégiés. Or, c’est bien ce qui s’est passé. En 2013, des riverains de la place Vauban, relayés par les autorités municipales du VIIe arrondissement de Paris, ont fait part de leur désapprobation. Celle-ci ne portait pas sur le bien-fondé du monument mais sur son emplacement au regard des projets alors envisagés[12]. Le projet subit donc un coup d’arrêt, d’autant que le choix d’une place parisienne et non d’une emprise militaire ou d’un site relevant de l’État faisait inévitablement intervenir la Mairie de Paris, seule décisionnaire quant à l’autorisation de la construction, allongeant ainsi la liste des intervenants et celle des procédures. Deux ans plus tard, et alors que les associations  d’anciens  combattants  interpellaient  régulièrement  le  Ministère  de  la  Défense  afin de relancer le processus, le choix du site se porta sur le parc André Citroën, dans le XVe arrondissement, à proximité de Balard, soit l’un des sites tenus « en réserve » par le groupe de travail Thorette. Là encore, la procédure fut longue étant donné que ce site est également propriété de la Mairie de Paris et qu’un aménagement récent par un cabinet d’architecte a obligé à requérir son approbation pour y apporter des modifications. Un concours lancé en 2016 par le Secrétaire d’État aux Anciens Combattants Jean- Marc Todeschini retint le projet du sculpteur Stéphane Vigny. Le 23 mars 2017, le Président de la République François Hollande posait la première pierre du monument dans le jardin Eugénie-Djendi, ce qui n’empêcha pas de nouveaux retards dans les mois qui suivirent, pour des questions techniques à nouveau, notamment en ce qui concernait l’enveloppe budgétaire à mobiliser (le monument en lui- même ayant été classé Haut lieu de la mémoire nationale, sa construction relevait des finances du Ministère de la Défense, tandis qu’un projet de rénovation du jardin Eugénie-Djendi devait être financé par la Mairie de Paris). Lors de sa séance du 3 juillet 2018, le Conseil de Paris adopta finalement une convention de transfert de maîtrise d’ouvrage entre la Ville de Paris et l’État, ce qui a permis de débloquer définitivement le dossier, accélérant la réalisation du monument et de l’espace mémoriel qui l’entoure. Ces réflexions quant à l’emplacement du monument ne sont pas sans rappeler l’attention qu’il faut porter au choix des lieux dans lesquels furent érigés les monuments de la Grande Guerre. La place de la mairie, l’enceinte du cimetière, la cour d’une école sont chargées de possibles significations politiques ou religieuses qui renseignent sur les forces politiques locales ayant procédé à ces choix, sans pour autant que la lecture en soit évidente ou univoque, le patriotisme d’alors pouvant transcender les appartenances politiques.

La question de la source

Le monument aux « Morts pour la France » en opérations extérieures prend sa source dans une décision ministérielle de 2011, laquelle est néanmoins le relais d’une attente forte des familles endeuillées et des associations d’anciens combattants de la quatrième génération du feu, notamment l’ANOPEX. Les alternances politiques n’ont pas remis en question le principe de la construction du monument ni les objectifs qui lui sont assignés. Les Présidents de la République Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron, les Ministres de la Défense puis des Armées (Alain Juppé, Gérard Longuet, Jean-Yves Le Drian, Florence Parly) et les Ministres Délégués ou Secrétaires d’État en charge des anciens combattants ou déléguée auprès de la Ministre ont successivement porté le projet et l’ont relancé lorsque celui-ci s’enlisait dans les blocages évoqués supra. Il y a donc eu consensus parmi les décideurs politiques quant à l’opportunité de ce lieu de mémoire.

Logo de l’Association Nationale des participants aux OPérations EXtérieures (ANOPEX, https://codepensionsmilitaires.fr/uploads/cmspage/logo-anopex.png)

La source des monuments aux morts édifiés dans l’immédiat après-Première Guerre mondiale diffère de celle du monument OPEX en ce qu’il n’y a pas eu alors intervention originelle du pouvoir exécutif national. Nous l’avons dit en introduction, une volonté populaire de rendre hommage aux morts précède la vague de construction de monuments, dès avant l’armistice[13]. Le pouvoir législatif, par la loi du 25 octobre 1919, adoube un processus déjà entamé, certaines communes ayant lancé des démarches en vue d’une édification avant même que le texte soit adopté. Le pouvoir politique donne donc une forme institutionnelle à un mouvement qui relève d’abord d’un besoin de résilience, d’une nécessité pour les citoyens (d’abord ceux qui ont connu les combats, puis très vite l’ensemble de la population) de rendre un culte civique à ceux qui ne sont pas revenus du front. Une piété populaire jaillit du corps social, que la République reprend à son compte par la suite.

Dans le cas du monument aux morts en OPEX, le mouvement semble inversé. Certes, nous l’avons évoquée plus haut, une mémoire particulière, locale des opérations extérieures existe, et depuis longtemps. Mais, outre qu’elle n’est, par définition, pas aussi répandue sur le territoire national que l’était la mémoire des morts de la Première Guerre mondiale[14], elle semble être très peu sortie du cercle restreint de la communauté militaire. Il faut être militaire soi-même, ou membre d’une famille de militaire, ou autorité politique locale pour prendre conscience du sacrifice des quelques 549 morts en OPEX depuis les années 1960. Par ailleurs, la mémoire interne à la communauté militaire, élément de cohésion fondamental qui participe de la construction de la fraternité d’armes, n’est pas uniquement entretenue par l’édification de monuments. Elle passe tout autant par le goût pour l’histoire militaire, la transmission de chants, l’organisation de cérémonies où sont présentés des objets-viatiques, véritables reliques pieusement conservées de la mémoire des faits et des héros telles que les drapeaux.

L’édification d’un monument national aux « Morts pour la France » en OPEX peut sans doute difficilement prétendre être à l’origine d’un culte civique de la même ampleur que celui né dans les années 1920. De fait, ce mouvement, qui frappe par son unanimisme, semble difficile à réaliser dans la France du début du XXIe siècle. Antoine Prost relevait déjà, à la fin de son article, que les monuments de l’après-guerre étaient « abandonnés par la ferveur populaire qui les avait créés, et l’on pourrait oublier qu’il y a un demi-siècle à peine, la République française, sûre d’elle, conviait en ce lieu et en ce jour [11 Novembre] tous les citoyens pour célébrer un culte dont ils étaient à la fois les célébrants et les destinataires ». Ce genre de communion civique ne semble plus ressurgir aujourd’hui que lors d’épisodes éphémères[15]. Outre que les conditions politiques, sociales et culturelles[16] nécessaires ne sont plus les mêmes, la verticalité descendante du mouvement commémoratif lié aux OPEX tranche également avec le culte des années 1920.

La question du lieu et de la forme

Nous l’avons vu, le lieu finalement retenu est l’un des sites tenus « en réserve » par le groupe de travail pour le cas où les trois espaces privilégiés dussent être écartés. Le jardin Eugénie-Djendi du Parc André Citroën présente néanmoins des caractéristiques qui en font un site à la charge symbolique non négligeable et qui le rattachent à une certaine tradition d’emplacement des monuments des années 1920. Les arguments pour sa défense ont été présentés par le Président François Hollande lors de la pose de la première pierre le 18 avril 2017 : « Ce mémorial sera placé dans un endroit qui porte le nom du sous-lieutenant Eugénie-Malika Djendi. Cette jeune femme née en Algérie s’était engagée dans la France libre à 24 ans. Elle avait été parachutée en France occupée à 26 ans. Elle est morte en déportation pour la France à 27 ans. Voilà pourquoi, symboliquement, il était important que ce mémorial soit ici. Il est proche aussi du cimetière de Vaugirard, là où reposent les héros de la Grande Guerre et les pensionnaires des Invalides. Enfin, il se situe à proximité de Balard, là où sont regroupés tous nos états- majors, directions et services, que je salue, là d’où sont planifiées et conduites toutes nos opérations militaires ». Le projet de monument retenu a nécessité le réaménagement d’une partie du jardin. Il est constitué[17] d’une vaste esplanade en dalles de béton réalisée dans un camaïeu de gris anthracite, sur laquelle il est possible de déambuler. Au centre de l’esplanade, une sculpture de Stéphane Vigny représente six militaires des trois armées – cinq hommes et une femme – dans la posture des porteurs d’un cercueil, à l’image de ce qui se fait dans les cérémonies d’hommage. L’artiste a choisi de ne pas représenter le cercueil « car ils portent une absence. C’est elle qui unit les six porteurs ensemble. Ce vide les rend solidaires »[18]. Un mur faisant le tour de l’esplanade porte, inscrits à la feuille d’or, les noms des Morts pour la France, classés par théâtre d’opération, année de décès puis par ordre alphabétique. L’ère des OPEX n’étant pas achevée, loin s’en faut, l’une des conditions présentes au cahier des charges était de laisser la possibilité d’ajouter des noms à l’avenir.


Dans son étude, Antoine Prost a montré combien le choix du lieu et, plus encore, de la forme des monuments était porteur de sens. « Les dresser dans la cour de l’école, sur la place de la mairie, devant l’église, dans le cimetière, ou au plus passant des carrefours n’est pas un choix innocent », même si l’auteur indique ensuite qu’il est parfois difficile d’établir une délimitation claire (« la place de l’église est souvent, aussi, celle de la mairie »). La forme du monument revêt souvent une signification plus évidente. Ainsi, les monuments présentant des statues sont très minoritaires[19]. La plupart du temps, une simple stèle, avec ou sans noms, avec ou sans symboles, a été choisie par le conseil municipal, aidé par une commission ad hoc. Quand statuaire il y a, celle-ci est très variable d’un monument à l’autre : poilu réaliste ou idéalisé, triomphant ou blessé, veuves et orphelins, parents éplorés, allégories de la République, de la France (comme le coq gaulois), de la Victoire, de la douleur. Sa lecture n’est pas toujours aisée : la représentation allégorique d’une femme désigne-t-elle la République ou la Nation ? Une couronne signifie-t-elle nécessairement le triomphe, ou représente-t-elle le deuil ? La variété des inscriptions est également étendue : du simple « A nos morts » à la longue citation de vers de Victor Hugo, en passant par « La commune de … à ses enfants morts pour la France » ou « la Patrie », ou encore « Gloire à nos héros ». Certaines disent la douleur de la perte quand d’autres construisent déjà une mythologie républicaine faite de combattants héroïques, héritiers de la vaillance et du sens de l’honneur des soldats-citoyens de l’an II. Quant aux noms, ils sont placés par ordre alphabétique ou bien dans l’ordre chronologique des décès. De cette sémiologie des monuments aux morts, Antoine Prost tire une typologie : monuments civiques valorisant le citoyen ayant répondu à l’appel du devoir ; monuments patriotiques républicains ou conservateurs selon les dispositions idéologiques des commanditaires mais qui, la plupart du temps, disent, non la joie d’avoir vaincu l’ennemi, plutôt celle d’avoir assuré la liberté ; monuments funéraires enfin, qui laissent place à l’émotion du deuil. Rares sont les monuments pacifistes dénonçant la guerre comme phénomène broyeur du peuple.

Monument aux morts de la ville d’Armentières, symbolique de cette variété d’interprétations qui peut entourer ces édifices. Nous pouvons y distinguer l’inscription « A ses enfants morts pour la patrie la ville d’Armentières », au dessus d’un poilu piétinant l’aigle allemand. Sur la base, à gauche, une femme représentant la ville d’Armentières tend une couronne au combattant, symbole du triomphe. A droite, un génie l’acclame. Il portait une trompette mais celle-ci fut détruite (par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale d’après le site https://monumentsmorts.univ-lille.fr/monument/29/armentieres-place/). (Marcell Witkowski, 2019, https://www.memorialgenweb.fr/phototek/index.php/59/133230)

Le choix du Jardin Eugénie-Djendi pour le monument OPEX place ce dernier dans la catégorie des lieux de mémoire situés dans des lieux passants. Le Président François Hollande a d’ailleurs indiqué qu’il a « aussi voulu que ce monument se situe dans un lieu public, ouvert et donc facilement accessible »[20]. Comme les municipalités qui placèrent le monument aux morts de 1914-1918 à un carrefour ou sur une place particulièrement fréquentée, l’objectif du chef de l’État était d’enraciner le culte mémoriel dans un lieu où les citoyens ne viennent pas d’abord pour le pratiquer. C’est là une manière de susciter la curiosité et le recueillement de « célébrants » inattendus, impromptus. Par ailleurs, le choix d’un jardin portant le nom d’une résistante, à proximité d’un cimetière ayant accueilli des dépouilles de soldats de la Grande Guerre et de pensionnaires des Invalides vise à placer les « Morts pour la France » dans une continuité mémorielle qui, dans l’opinion publique, reste à construire, à recoudre les pans épars d’une histoire militaire et républicaine. Enfin, la proximité du siège des états-majors projette vers l’avenir et expose, en arrière-plan, les linéaments de la géopolitique française qui expliquent, non l’engagement personnel  des  combattants  dont  les  noms  figureront  sur  le  monument,  mais  les  conditions  dans lesquelles ils sont morts. Le choix d’un mur circulant autour de l’esplanade pour porter les inscriptions patronymiques rattache le monument français à la forme de ses prédécesseurs étrangers, notamment le Vietnam Veterans Memorial de Washington. La sculpture, quant à elle, le classe résolument dans la catégorie des monuments funéraires. L’accent est mis sur le deuil, l’absence portée comme un fardeau par les frères d’armes qui continuent le combat. A travers eux, c’est aussi la République qui semble souffrir de la mort d’un de ses citoyens dans une mission dont elle assume l’entière responsabilité. Le choix, discuté mais vite arrêté, de faire figurer les noms de tous les « Morts pour la France » en OPEX[21] a pour objectif de susciter une reconnaissance personnelle, d’exposer la réalité de citoyens dont l’engagement civique a été poussé à son extrême. Ainsi, au contraire de la critique émise par un groupe politique parisien[22], il n’y est pas d’abord question de justifier la politique de défense ou le bien-fondé d’une mission particulière, mais d’honorer un sacrifice au nom de la République, d’en expliquer les soubassements et de partager le fardeau du deuil porté par les familles et les frères d’armes. La justification de la politique militaire française à l’étranger n’intervient que dans un second temps et elle paraît légitime. Comment en effet honorer la mémoire des morts si les autorités qui ont pris la décision d’engager des troupes ne sont pas elles-mêmes convaincues de la validité de leurs choix ?

Le Vietnam Veterans Memorial de Washington (Dsdugan, Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:19-19-042-memorial.jpg)

La question de la cérémonie inaugurale

Antoine Prost étudie finalement les cérémonies commémoratives organisées autour des monuments aux morts dans les années 1920-1930, quand le culte républicain était vif. Il souligne en premier lieu que celles-ci n’ont pas d’abord été décidées par les autorités politiques mais par les associations d’anciens combattants, avant que la loi du 24 octobre 1922 fasse du 11 novembre une fête nationale. Ces cérémonies n’étaient pas à proprement parler des cérémonies militaires mais davantage des manifestations funéraires dans lesquelles le clergé, très souvent, tenait une place plus importante que les éventuelles délégations – et non détachements – d’unités. Le fleurissement du monument, l’appel des morts étaient ainsi directement inspirés des pratiques populaires et de la liturgie catholique. Les discours des élus et des anciens combattants construits en diptyque – « hier, la guerre, eux, les morts ; aujourd’hui, la paix, nous, les vivants » – exhortaient à tirer les leçons de l’expérience passée afin de s’assurer que chacun, individuellement et collectivement, serait à l’avenir « à la hauteur » du sacrifice des morts, cherchant à renforcer par là le sens du devoir civique. Ces cérémonies probablement très suivies visaient toutefois moins à exalter le patriotisme qu’à honorer des individus[23], à souligner la dignité de leur sacrifice, leur accomplissement du devoir, à en faire les inspirateurs, malgré eux et par- delà la tombe, de citoyens meilleurs. Les Français des années 1920, formés à l’école de la IIIe République, devaient être préparés à ces « leçons de morale » républicaine, à cette lecture de l’histoire magistra vitae. Les raisons de l’entrée en guerre de la France devaient par ailleurs être comprises et perçues comme légitimes par une majorité d’entre eux, sinon précisément la mécanique de l’été 1914, du moins les rivalités entre puissances européennes et l’antagonisme franco-allemand. Le discours du Président de la République en 2019, à l’instar du monument lui-même, insiste sur la dimension tragique et d’abord personnelle qu’est la mort au combat avant de rappeler le sens de l’engagement des militaires et les valeurs et objectifs qui sous-tendent leurs interventions : « Soldats, marins, aviateurs morts pour la France, vous qui avez participé à écrire l’histoire, nous avons érigé en votre honneur ce monument qui porte votre mémoire. Sur ce mur, dans la pierre, nous avons gravé votre souvenir pour que chaque jour la nation y lise à la fois le prix de la liberté, le souvenir de l’engagement de ses soldats et des raisons d’espérer »[24]. Un passage entier de ce discours est par ailleurs consacré aux « exigences de la condition militaire », en tout temps et singulièrement en cas de mort au combat, notamment l’impact sur les familles, convoquant par là l’image de la République maternelle, protectrice et consolante, comme on la trouve parfois sur la statuaire des monuments de la Grande Guerre.

Les modalités d’organisation de la cérémonie d’inauguration du monument OPEX ont tenu les associations d’anciens combattants[25] et les familles endeuillées en haleine pendant plusieurs mois. La première interrogation résidait dans le choix de la date. Le 11 novembre est évidemment une date appropriée dans la mesure où, depuis la loi du 28 février 2012, « le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice de 1918 et de commémoration annuelle de la victoire et de la Paix, il est rendu hommage à tous les morts pour la France »[26]. Il n’est pas sûr que ce changement important soit encore bien connu dans l’ensemble du corps social. Inaugurer le monument « OPEX » un 11 novembre permettait de faire œuvre de pédagogie et de rappeler le sens de la loi de 2012, ce qui apparaît dès le début du discours du Président de la République. Ce choix marqué du sceau de l’évidence a, pendant plusieurs semaines, fait craindre la possible concomitance avec un autre événement mémoriel majeur qui était annoncé pour 2019 : la panthéonisation de « Ceux de 14 » à travers le transfert des cendres de Maurice Genevoix. D’aucuns craignaient en effet que l’inauguration du monument OPEX soit rendue invisible par cette autre cérémonie, peut-être mieux comprise par l’opinion publique parce que renvoyant à une guerre plus connue bien que désormais sans témoin direct. L’ajournement de la panthéonisation de « Ceux de 14 » a rendu cette crainte caduque.

Maurice Genevoix, auteur de Ceux de 14. Il fut finalement panthéonisé le 11 novembre 2020. ( © Service historique de la Défense, https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/dossiers-individuels/maurice-genevoix)

La possibilité longtemps évoquée de cette double commémoration illustre néanmoins le projet d’une pédagogie historique et républicaine d’ampleur au sujet de la guerre et de l’engagement. L’intérêt des Français pour les questions de défense et de sécurité, leur opinion au sujet des armées ont atteint ces dernières années des niveaux élevés, ouvrant une fenêtre d’opportunité exceptionnelle pour revivifier un sentiment civique porté par la res militaris, que la suspension du service militaire obligatoire en 1997 a, mais en partie seulement, privé d’un appui institutionnel conséquent. La création du monument du Parc André-Citroën rend possible un vaste parcours mémoriel allant de la panthéonisation des combattants de la Grande Guerre à travers la figure de Maurice Genevoix jusqu’aux derniers Morts pour la France en OPEX, de l’ancienne église Sainte-Geneviève au Jardin Eugénie-Malika Djendi. On peut penser à l’exemple des tableaux vivants présentés lors des défilés des 14 juillet 2017 et 2019 pour apprécier les continuums et les éléments de rupture entre la Grande Guerre et les conflits actuels : en 2017 était exposé un parallèle entre les innovations du début du XXe siècle et celles d’aujourd’hui ; en 2019, les blessés de guerre étaient mis à l’honneur comme l’avaient été en 1919 ceux de la Première Guerre mondiale. Il est possible d’imaginer un grand récit politique et historique cherchant le dénominateur commun aux mobilisés de 1914-1918 et aux engagés volontaires des armées d’aujourd’hui, donnant à voir, du début du XXe siècle au début du XXIe, des exemples de citoyens répondant à un appel, honorant un certain sens du devoir, tout en resituant les contextes géopolitiques, le profil des menaces, les présupposés – juridiques, politiques – qui concourent à l’engagement. C’est le sens du discours du Président de la République qui y fait allusion à plusieurs reprises[27].

Conclusion

La mise en perspective de la construction du monument pour les Morts pour la France en opérations extérieures avec celles des monuments de la Grande Guerre a ceci d’intéressant qu’elle nous rend témoins de la constitution officielle d’un lieu de mémoire, au sens physique comme au sens conceptuel de l’expression. On y lit l’implication d’acteurs multiples – les associations d’anciens combattants, celles des familles endeuillées, l’État à travers la Présidence de la République et le Ministère de la Défense/des Armées – comme ce fut le cas au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’ampleur de la mémoire à honorer, qui convoque des théâtres d’opération très divers par leurs localisations et leurs contextes historiques, explique qu’ici ce sont les autorités politiques nationales et non locales qui sont mobilisées[28]. On peut relier ce nouveau monument à l’un des types identifiés par Antoine Prost dans le cadre de son étude, à savoir les monuments funéraires, qui insiste sur les individus morts aux combats et la deuil porté par leurs proches – civils comme militaires – davantage que sur une rhétorique iconographique d’ordre strictement politique et guerrière. Une différence importante réside dans le fait qu’un culte populaire d’ampleur ne précède pas l’édification du monument de 2019, comme cela avait été le cas au début du XXe siècle. La situation est même inverse : le monument doit susciter le culte chez ceux qui ne sentaient pas de prime abord appelés à y participer. Il vise en fin de compte à inscrire pleinement la quatrième génération du feu dans un récit mémoriel qui ne comportait jusqu’ici que trois chapitres.


[1] Le 13 juillet 2018, lors de la traditionnelle réception à l’Hôtel de Brienne la veille de la fête nationale, le Président de la République avait indiqué : « C’est dans cet esprit de reconnaissance que j’ai souhaité relancer le projet d’un monument aux morts en opérations extérieures. Le vote du Conseil de Paris a été obtenu et le mémorial sera bientôt érigé dans le Parc André Citroën. Je remercie tout particulièrement madame Darrieussecq pour son investissement et sa pugnacité dans ce projet, et lui demande qu’il devienne le plus vite possible réalité ».

[2] Le dossier de presse publié par l’Élysée pour la cérémonie de lancement du chantier, le 18 avril 2017, ne manque d’ailleurs pas de le rappeler.

[3] Les premiers monuments datent en effet de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Bien moins nombreux, ce sont surtout des monuments cantonaux ou départementaux. L’association du Souvenir français, qui a pour but d’entretenir les tombes des soldats morts au combat et d’honorer leur mémoire par diverses manifestations, a de même été fondée à la suite de ce conflit.

[4]  « Le cas se présente moins d’une fois sur cent », d’après Antoine Prost dans son article « Les monuments aux morts. Culte républicain ? Culte civique ? Culte patriotique ? », in NORA Pierre, Les lieux de mémoire. Tome 1. La République, Coll. « Bibliothèque illustrée des Histoires », Gallimard, 1984, Paris.

[5] C’est-à-dire l’assemblée chargée de gérer une paroisse.

[6] PROST Antoine, ibidem, p. 196.

[7] L’engagement dans la guerre du Golfe a par exemple donné lieu à l’inauguration d’une place de la Division Daguet à Nîmes le 26 février 1993. La FNAME du Val d’Oise a par ailleurs ravivé la flamme perpétuelle sous l’Arc de Triomphe le 26 février 2011 pour commémorer cette même opération Daguet.

[8] Dans une lettre du 10 février 2011, M. Juppé écrivait au général Elrick Irastorza, chef d’état-major de l’armée de Terre : « S’agissant plus particulièrement d’un mémorial aux «Morts pour la France» en OPEX, je vous indique que la DMPA a amorcé une réflexion sur les conditions de sa réalisation ».

[9] Le rapport Thorette envisageait un échéancier différencié en fonction de la procédure d’élaboration retenue (interne au Ministère de la Défense ou recours à un concours d’architecte) de 19 ou 26 mois. Le délai total aura finalement été de huit ans.

[10] Une liste de huit sites potentiels a d’abord été constituée. Pour diverses raisons détaillées dans le rapport Thorette, cinq d’entre eux ont été écartés par le groupe de travail.

[11] Rapport THORETTE, p. 41.

[12] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/02/28/01016-20130228ARTFIG00698–paris-un-futur-monument-aux-morts-seme-le-trouble.php

[13] Antoine Prost indique ainsi que « le culte qui leur donne naissance précède leur érection ; il naît, ici ou là, dès avant l’armistice, avec des manifestations aux morts organisées par des mutilés et réformés : elles ont pour date le 1er ou le 2 novembre […].»

[14] Avec 1,4 millions de soldats français morts au combat, chaque commune française était nécessairement touchée par la disparition de plusieurs habitants, chaque famille française connaissait, de près ou de loin, des hommes tués à l’ennemi.

[15] La mort de 13 soldats des forces aéroterrestres lors d’une opération dans le cadre de Barkhane le 25 novembre 2019 a ainsi suscité une indéniable émotion chez nombre de Français.

[16] Notamment la cadence accélérée de l’information distribuée par les médias traditionnels et les réseaux sociaux.

[17] Des photographies du projet sont consultables sur le site d’Europe 1 : https://www.europe1.fr/societe/en-images-voici-a-quoi-ressemblera-le-monument-a-la-memoire-des-militaires-morts-en-operation-exterieure-3903636

[18] Propos de Stéphane Vigny dans un entretien accordé au Val girardin, http://valgirardin.fr/le15eme/premieres-esquisses-du-monument-opex-par-son-createur-stephane-vigny/

[19] S’il ne faut pas négliger la question du coût plus élevé d’une sculpture, on peut aussi penser qu’une certaine épure dans la réalisation du monument relevait d’un parti pris esthétique assumé.

[20] Discours du Président de la République, 18 avril 2017.

[21] L’idée avait été émise d’un monument plus symbolique, comportant une expression englobant l’ensemble des morts sans énumération individuelle.

[22] Voir la position du Groupe Écologiste de Paris, séance du conseil de Paris du 3 juillet 2018, captation vidéo : http://event.paris.fr/Datas4/conseil/388622_5b3fbe1896840/

[23] C’est le sens de l’inclinaison des drapeaux face au monument.

[24] Extrait du discours du Président de la République Emmanuel Macron, 11 novembre 2019.

[25] Dont le chef de l’État rappelle que, tout comme elles furent essentielles dans le mouvement d’érection des monuments des années 1920, on doit en partie à leur action l’idée et l’achèvement du chantier du monument OPEX.

[26] Loi n° 2012-273 du 28 février 2012 fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France, article 1. Publiée au Journal Officiel de la République française le 29 février 2012.

[27] Le Président de la République Emmanuel MACRON l’exprimait ainsi dans son discours le 11 novembre 2019 : « Les fils et les filles de France qui, depuis un demi-siècle, accomplissent leur devoir jusqu’au sacrifice suprême constituent une cohorte héroïque qui s’inscrit dans une longue histoire et plonge ses racines aux sources de la République. Elle poursuit l’héritage glorieux des générations qui l’ont précédée : « Ceux de 14 », nos Poilus, tous les soldats de la Grange Guerre […], ceux de la Seconde Guerre mondiale, ceux des guerres de Corée, d’Indochine et d’Afrique du Nord. »

[28] Dans le cadre d’un décès en opération extérieure, les conseils municipaux sont toutefois invités à ajouter le nom du militaire Mort pour la France enterré dans leur commune sur le monument préexistant.

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