La tribune des généraux d’avril 2021. D’une bataille des mots à une querelle politique : risques, dialectique et conflits autour de la tribune

Général Piquemal, signataire de la tribune https://www.pinterest.fr/pin/511228995181297051/

Le 18 juin 1940, un général de brigade à titre temporaire fait entendre sa voix sur les ondes de la BBC depuis Londres. Le général de Gaulle appelle solennellement les Français à poursuivre la guerre contre l’Allemagne en gardant espoir. Il commence son appel en démontrant que les chefs de l’armée française ont décidé d’arrêter le combat et de former un gouvernement afin d’envisager un armistice avec l’ennemi1 : “Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.2” La France meurtrie par la débâcle du printemps 1940 se retrouve alors gouvernée officiellement par un militaire à compter du 10 juillet 1940 ; et un autre militaire créé progressivement un contre-pouvoir de résistance depuis Londres. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire française moderne que des militaires prennent – ou tentent de prendre – le pouvoir dans un contexte critique pour la Nation : le général Bonaparte lors du 18 Brumaire An VIII ; le général Boulanger en 1888 ; le maréchal Pétain en 1940 ; le général de Gaulle en 1944 ou bien encore les généraux Salan, Jouhaud, Challe et Zeller depuis Alger en 1961. Or, ces derniers “ne manqueront pas de rappeler que, le 18 juin 1940, un officier avait montré que la discipline n’était pas l’ultima ratio du comportement du militaire et qu’ils ne faisaient que se conformer à la conception qu’en avait montré un certain Charles de Gaulle.3

Ainsi, portée par certains de ses officiers, l’armée n’a pas toujours été cette “grande-muette”. Fin avril 2021, une tribune signée par des généraux et officiers à la retraite, mais aussi quelques militaires d’active, a été rendue publique dans les colonnes de Valeurs actuelles4. Cette dernière est destinée à “Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs du gouvernement, Mesdames, Messieurs les parlementaires”. Dans un premier temps, (les deux premiers paragraphes) cette tribune longue de sept paragraphes invite lesdits nommés à un sursaut d’honneur pour la France après avoir fait le constat que “l’heure est grave, la France est en péril”. Puis, le corps de la tribune repose sur les raisons du délitement de la nation française. Ces dernières, citées en trois paragraphes, sont pour les vingt généraux “un certain antiracisme” qui créé “sur notre sol un mal-être” (paragraphe 3), “l’islamisme et les hordes de banlieue” qui « entraîne le détachement de multiples parcelles de la nation” (paragraphe 4) et enfin “la haine” prenant le pas sur “la fraternité lors de manifestations où le pouvoir utilise les forces de l’ordre comme agents supplétifs et boucs émissaires” (paragraphe 5). Enfin, les signataires terminent en invitant les dirigeants à considérer “la sauvegarde de la nation”. Les militaires proposent alors tout leur soutien pour quiconque œuvrera pour ladite sauvegarde. En revanche, ils alertent que “si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection”. Ils terminent en laissant en suspens une menace si rien n’est fait selon eux : ‘“il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant, et les morts, dont vous porterez la responsabilité, se compteront par milliers.”. Le texte se termine par la signature de vingt généraux dont certains ont déjà été au cœur de polémiques concernant le devoir de réserve, à l’instar du général de Corps d’Armée Christian Piquemal5. Le texte a été rédigé par le capitaine Jean-Pierre Fabre-Bernadac, ancien officier de la Gendarmerie.

Cette tribune des généraux a provoqué un important séisme au sein de la société française. Les médias de tous bords n’ont eu de cesse de multiplier les plateaux télévisés, les dépêches ou encore les points de vue la concernant. L’ensemble de l’échiquier politique a réagi à l’appel, positivement pour certains – comme Marine le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan – ou en désapprouvant l’initiative pour d’autres – comme Jean-Luc Mélenchon qui a rappelé que les tentatives d’insurrection sont anti-républicaines et punies par la loi. N’oublions pas que la tribune, au sens originel, était cette partie élevée dans les cités antiques où les orateurs haranguaient le peuple. Si l’adage juridique affirme que “l’écrit est serf, la parole est libre”, le verbe a pourtant aujourd’hui laissé place à l’écrit. Cet écrit si problématique, puisque les mots en sont limités par leur sens intrinsèque, alors que l’interprétation des individus n’a pas de limite. Ainsi, l’encre coule et les langues se délient depuis le 26 avril 2021 au sujet de cette prose polémique, relayée par Valeurs actuelles. Cet hebdomadaire n’a sans doute pas publié par hasard cette tribune au fondement politique, à un an précisément des élections présidentielles de 2022, dont la question sécuritaire semble en être un pilier important.

Ainsi, nombreux ont été les journalistes et les politiciens à voir derrière cet appel des militaires un putsch d’Alger 2.0. De surcroît, cette tribune a été rendue publique aux alentours du soixantième anniversaire du coup de force des généraux Salan, Jouhaud, Zeller et Challe à Alger (21 avril 1961). Ils ont également été nombreux à réagir, du gouvernement aux personnalités politiques en passant par le chef d’État-major de l’Armée (CEMA), le général Lecointre et la ministre des Armées, Mme. Parly.

Cette tribune des généraux a suscité bien des émois depuis une semaine pour plusieurs raisons : certains des termes utilisés peuvent provoquer ou heurter une partie de la population française ; la question du devoir de réserve et de respect des autorités a été remise en cause ; les motifs du délitement de la nation française sont sujets à polémique ; ou encore l’importante dialectique mise en place par les partisans de la tribune ou, au contraire, ses opposants. Il est alors intéressant d’observer cette tribune non pas ici pour ses enjeux politiques, mais pour les questions qu’elle soulève concernant le complexe rapport entre l’armée, la nation et le Politique. Nous démontrerons également que la question d’un putsch est, comme l’affirme le général Lecointre, un fantasme dans cette tribune6. Enfin, il sera intéressant d’analyser les risques qui sont nés à partir de la publication de cette dernière et les moyens mis en place contre cette dernière et ses signataires.

Retour du débat sur le devoir de réserve et les devoirs du soldat français


Les couleurs : tous les jours, dans tous les lieux où l’armée française est présente, une cérémonie pour lever le drapeau (le matin) et le redescendre (le soir) a lieu. (source : https://www.sengager.fr/la-culture-et-coutumes-militaires)

Les nombreux opposants à la tribune ont avant tout souligné le manquement au devoir de réserve d’une grande partie des signataires. Même les généraux à la retraite doivent garder une forme de réserve puisqu’ils appartiennent encore à la 2e section des généraux (général 2S). La très grande majorité des vingt généraux signataires de la tribune sont de cette 2e section des généraux et devraient ainsi respecter un devoir de réserve. La tribune a également été signée par quelques militaires d’active. Le 2 mai 2021 au soir, ils étaient selon Place d’Armes 23 312 signataires, pour la très grande majorité des militaires à la retraite7. A nouveau la question du devoir de réserve s’applique8. Observons alors dans un premier temps ce principe, datant de 1872, époque du gouvernement Thiers sous la IIIe République, afin de comprendre le premier argument contre les signataires de la tribune, pouvant entraîner des sanctions contre les militaires.

L’article 4 du Code d’honneur du soldat français9 stipule que “respectueux des lois et des règlements, je m’exprime avec la réserve qu’exige mon état militaire10”. Pour autant, l’histoire militaire française ne manque pas d’officiers ayant pris la plume : “La France s’honore d’ailleurs d’une longue tradition d’expression libre de la pensée militaire, de Lyautey à de Gaulle en passant par Foch et Castex, dont la fécondité perdure.11” La IIIe République a voulu faire de l’armée l’antichambre de la République, c’est-à-dire un lieu d’apprentissage de la République et un fer de lance pour cette dernière afin d’accroître la puissance de la France républicaine. Si aujourd’hui l’armée a évolué, notamment avec l’armée de métier, il n’en demeure pas moins que “l’obligation de réserve est, dans la conception française, la contrepartie de la liberté de conscience et le corollaire de la neutralité du service ; elle préserve la liberté d’opinion, mais limite, sans l’annihiler, la liberté d’expression.12

Pour autant, au cours du XXe siècle, comme nous avons pu le souligner, cette liberté d’expression a été utilisée par les militaires, notamment lors de profondes situations de crises. “Dans toutes les armées du monde, il est demandé à l’officier de servir. Il sert le régime en place quelle que soit sa nature. […] Un officier n’a pas à entrer dans certaines considérations politiques, car telle n’est pas son éthique. Sauf cas personnel de conscience. […] Or, à deux reprises au moins, au début de la Révolution et lors de l’instauration du régime de Vichy, l’officier français s’était trouvé contraint à choisir le régime qu’il devait servir.13

Ainsi, une question se pose : quand faut-il arrêter d’obéir pour le militaire et aller à l’encontre de son devoir de réserve14 ? Un article, paru en 2017 dans la Revue Défense Nationale, pourrait nous aider à envisager une réponse : “L’expression des militaires : une liberté au service de la nation15”. Cette liberté d’expression consolide en effet le rapport entre l’armée et la nation (que nous étudierons par la suite plus en détail) et participe à la défense de la nation. En effet, la possibilité pour les militaires d’écrire sur leur rapport à la guerre, leurs opérations ou encore sur leur vécu, permet à la nation de mieux comprendre son armée, sa vie, et les risques du futur.

La tribune des généraux s’exprime sur un futur potentiel de la France, pour autant elle n’appuie pas vraiment sur le vécu de l’armée. Il est en effet question de politique, et c’est probablement pour cela que cette tribune a autant fait de remous dans l’opinion publique et le monde politique français. Cela expliquerait pourquoi le CEMA, la ministre des Armées et une grande partie de la classe politique ont condamné publiquement les auteurs de ladite tribune.

Les signataires peuvent peut-être se défendre derrière la question de l’honneur qu’ils développent en introduction. Cet honneur, qu’est “un acte de pauvre. Il suppose le dépouillement, […] risquer sa vie pour plus grand que soi.16” Ainsi, les signataires osent-ils risquer leur vie pour plus grand que soi à savoir leur dévotion à l’égard du futur de la nation française ? Une chose est sûre, ils ont sacrifié leur place de retraité de l’armée en allant à l’encontre de leur devoir de réserve précédemment défini.

Le devoir de réserve, datant de la seconde moitié du XIXe siècle, éloigne le militaire des questions politiques et de l’opinion publique. Pour autant, l’expression de ces derniers est importante pour la nation et sa défense. Toujours est-il que les opposants à la tribune des généraux ont tout de suite souligné le manquement des signataires à leur devoir de réserve, demandant des sanctions contre ces derniers. Mais ce n’est pas le seul argument utilisé, l’initiative a également été comparée plus d’une fois au putsch des généraux de 1961, à tort. Nous pouvons terminer notre réflexion avec le constat suivant : “les militaires sont le bras armé du politique, la forme pure du Pouvoir, en tant qu’ils tiennent le glaive et peuvent donner la mort. On ne peut comprendre leur statut social et culturel sans le voir comme un cas particulier, le plus pur, du statut social du Pouvoir, dans les démocraties contemporaines.17

Pouvons-nous parler d’un putsch ? 1961 – 2021 ou la guerre des mots


Le nombre de signataires prenant de l’ampleur et le côté polémique de cette tribune ont provoqué de nombreux débats depuis sa publication. Nous avons pu entendre à plusieurs reprises la comparaison avec le putsch des généraux du 21 avril 1961 depuis Alger. Ce parallèle a été à ce point répété au point où le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Lecointre, a été contraint de préciser qu’il n’y avait aucune forme de putsch à voir dans cette tribune, et encore moins au sein de l’armée18. Qu’en est-il alors des parallèles faits entre le putsch de 1961 et cette tribune ?

Avant tout, l’esprit putschiste est de fait absent de la tribune puisque les rédacteurs affirment qu’ils sont “disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation”, alors qu’un putschiste ne se serait pas placé en qualité de subalterne d’un politicien. Pour autant, des parallèles simplistes avec la situation en 1961 peuvent-être fait.

Tout d’abord, la dialectique présente dans la tribune n’est pas sans rappeler celle que nous retrouvons dans les discours des putschistes. Le ton est en effet assez dramatique et laisse imaginer qu’une épée de Damoclès se balance au-dessus de nos têtes. Pour la tribune des généraux, “il n’est plus temps de tergiverser, sinon, demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant”. C’est peut-être l’un des propos qui a le plus choqué l’opinion publique. Il est vrai que la question d’une guerre civile a de quoi faire peur. Son évocation souligne en outre l’état d’esprit des signataires : il vaut mieux prévenir que guérir ; il faut éviter un bain de sang ; “la guerre civile est le règne du crime” (P. Corneille). Ainsi, en utilisant ce terme fort, les rédacteurs de la tribune évoquent un danger imminent selon eux. Cette dialectique se retrouve également chez les putschistes de 1961.

Ces derniers n’ont-ils pas réagi aux dires du général de Gaulle alors Président de la République depuis 1958 ? Ce dernier envisageait en effet d’en finir avec la guerre d’Algérie en accordant au F.L.N. (front de libération national) l’indépendance, soutenu par le peuple grâce au référendum sur l’autodétermination du 8 janvier 196119. Depuis 1954, l’Algérie est entachée par une guerre où les actes terroristes et les massacres d’une rare cruauté font rage20. Or, en 1961, le rapport de force à drastiquement changé en Algérie puisque l’armée française semble avoir pris le dessus sur les forces de l’A.L.N. depuis le plan Challe de février 1959 et travaille à un nouvel avenir pour l’Algérie. La guerre d’Algérie peut ainsi être qualifiée comme une “victoire des experts, défaite des âmes.21” En effet, “militairement gagnée, la guerre d’Algérie était politiquement perdue22”, même si pour autant l’armée française ne contrôlait pas l’intégralité du territoire.

Le récit d’un des protagonistes du putsch d’avril 1961 doit retenir notre attention afin de comprendre la motivation des putschistes, qui est bien plus que le maintien d’une souveraineté française sur l’Algérie. Hélie Denoix de Saint Marc était le commandant par intérim du 1er R.E.P. (régiment étranger parachutiste) basé à Zéralda. Il engage son régiment dans le putsch, motivé par l’altruisme à l’égard de ceux qui se sont battus pour la France. Ancien lieutenant en Indochine, il a été – comme de nombreux officiers à cette époque notamment à la Légion étrangère – profondément marqué par la perte de Cao-Bang et de la bataille de la RC4 en octobre 195023. Au cours de ces violents événements, la troupe française du 3e étranger a été contrainte d’abandonner aux mains du Vietminh les habitants de Cao-Bang et du haut Tonkin24. Cette déchirure se rouvre – si elle s’était un jour fermée – dans la tête de nombreux officiers et sous-officiers lorsqu’ils comprennent que le général de Gaulle accepte les conditions du F.L.N.. Il n’est donc plus imaginable pour ces soldats de métiers qu’à nouveau “la France abandonne ceux qui se sont battus pour elle.25” Il n’est pas non plus pensable, selon eux, que tout le sang versé ne l’ait été en vain alors que l’armée a repris le contrôle d’une partie de l’Algérie. Ainsi, la fin du mois d’avril 1961 est marquée par un putsch fait depuis Alger, qui n’est pas suivi par le contingent mais rassemble plusieurs régiments d’active. Le 26 avril le général Challe se rend et le pouvoir légal reprend Alger.

Revue des paras d’Hélie de Saint Marc le lendemain du putsch d’Alger. (http://etudescoloniales.canalblog.com/archives/2012/02/02/23427507.html)hh

L’heure est à présent aux explications et aux procès : “pour justifier leur rébellion contre l’autorité de l’État, peu conforme à la tradition militaire française, les conjurés se réfèrent à l’exemple qu’a donné de Gaulle lui-même en 1940 en refusant d’accepter l’armistice négocié par un gouvernement formellement légal, mais proclamé illégitime, et en continuant le combat.26

La tribune des généraux ne peut donc pas être comparée véritablement au putsch d’Alger de 1961. En effet, si nous retrouvons dans la dialectique des protagonistes des éléments de langages similaires concernant l’avenir de la France et sa souveraineté, la tribune n’appelle pas à l’insurrection contre le pouvoir en place. Également, la tribune demeure un écrit ouvertement publié, et non une action menée de concert par une partie de l’armée établissant un nouveau pouvoir. Si, sur le fond, le putsch d’Alger que nous venons d’observer ne peut pas être comparé avec la tribune des généraux de 2021, la dialectique utilisée par ses adversaires peut en revanche nous rappeler celle utilisée par le général de Gaulle afin de casser le putsch.

Le 23 avril 1961, 20h00, Charles de Gaulle, en uniforme de général de brigade, apparaît sur les écrans des Français et tient ses mots :

Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques. Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif. Mais ils ne voient la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre national … Et par qui ? Hélas ! Hélas ! par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être, de servir et d’obéir… Au nom de la France, j’ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer la route à ces hommes-là, en attendant de les réduire. J’interdis à tout Français, et d’abord à tout soldat, d’exécuter aucun de leurs ordres.27

Nous pouvons noter plusieurs similitudes avec le verbe employé par les opposants à la tribune des généraux. Tout d’abord, par la simple manière de citer “quarteron de généraux à la retraite”. Le général de Gaulle a utilisé une telle expression afin de délégitimer les quatre généraux putschistes en les faisant passer pour de vieux réactionnaires n’ayant plus aucune légitimité de commandement. Dans les faits, les quatre généraux n’étaient pas retraités, certains avaient juste été relevés de leur commandement en Algérie comme le général Challe – qui revient pour son dessein secrètement en Algérie. Nombreuses ont été les personnalités à utiliser aujourd’hui cette citation du général de Gaulle afin de jeter de la même manière l’opprobre sur les généraux signataires, tout en récupérant l’aura politique du général de Gaulle encore important aujourd’hui en endossant ses expressions. Par exemple, Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, parlait le vendredi 30 avril sur la chaîne CNews d’un “quarteron de généraux en charentaise.” Ainsi, soixante ans plus tard, nous retrouvons une dialectique similaire avec l’idée que les signataires sont, comme le disait un intervenant des Grandes Gueules sur RMC le lundi 26 avril, “des vieux cons d’une autre époque.”

La remise en cause de la légitimité des militaires ne s’arrête pas à la simple utilisation de l’expression “quarteron de généraux à la retraite”. En effet, les critiques ont également été formulées à l’égard du devoir de réserve – précédemment étudié – et de la profession des militaires. Le général de Gaulle ne peut oser parler du devoir de réserve de l’officier, en ayant lui-même profané le sien en juin 1940. Cependant, il s’en prend à la figure du soldat qui, par définition, ne devrait pas être “partisan, ambitieux et fanatique”. Cette définition s’accorde plutôt au mercenaire – voire aux mutins ou aux séditieux. Par ailleurs, leur qualité même de militaire est une nouvelle fois attaquée lorsque le premier président de la Ve République s’exclame “par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être, de servir et d’obéir”. Ainsi, il démontre publiquement que ces militaires n’en sont pas véritablement car ils ne possèdent pas le sens du devoir, du service et de l’honneur28. Aujourd’hui, cette question de l’expression des militaires a été remise en cause et plusieurs ont souligné l’illégitimité de ces derniers à s’exprimer de la sorte dans l’espace public.

Le parallèle entre le discours du général de Gaulle et la situation actuelle se poursuit avec l’idée qu’ils “ne voient la nation et le monde que déformés à travers leur frénésie.” Si l’ancien président de la République explique aux Français que les généraux du putsch ont une vision limitée voire faussée du monde et de la situation en Algérie, nous retrouvons le même principe aujourd’hui. En effet, les signataires ont été affiliés à l’extrême-droite politique par la plupart des médias et politiciens du spectre politique. Le discours tenu, que ce soit par les termes utilisés, ou les sujets abordés concernant le délitement de la France, explique ce classement politique. Les adversaires de la tribune ne se limitent d’ailleurs pas qu’au texte et son contenu, ils soulignent également le passif politique des signataires et leurs liens avec l’extrême-droite, notamment le Rassemblement national ou la lutte contre l’immigration29. Par ailleurs, ils sont affiliés par certains membres du gouvernement ou de la gauche à des partisans de la droite dure et nationaliste. Ainsi, nous retrouvons à nouveau une similitude entre l’adversaire du putsch de 1961 et les opposants à la tribune des généraux : faire perdre de la légitimité à son vis-à-vis en soulignant une probable obédience nationaliste.

Enfin, sur la forme, nous retrouvons à nouveau un parallèle entre les deux événements, à savoir l’utilisation massive de la presse et de l’opinion publique. Les putschistes, comme le général de Gaulle, ont compris l’importance de s’appuyer sur la population grâce aux nouveaux instruments de communication. Ainsi, les putschistes font entendre leurs voix depuis les ondes d’Alger dès la septième heure du 22 avril 1961, et ont tenu plusieurs discours publics depuis le forum d’Alger. Le général de Gaulle, nous l’avons vu, a utilisé la télévision pour parler “les yeux dans les yeux” aux Français et aux soldats, afin de s’assurer de leur soutien face aux putschistes. Aujourd’hui le poids des réseaux sociaux et des informations médiatisées expliquent pourquoi cette tribune a tant alimenté le débat et les réactions en tout genre. A l’heure où l’information et la politique se consomment, l’utilisation des médias est donc une évidence pour toucher l’opinion publique.

Les nombreux parallèles entre le putsch des généraux de 1961 et la tribune de 2021 ne sont pas véritablement fondés. En effet, si des ressemblances existent, comme dans les expressions, le champ lexical et l’idée de délitement de la France, il n’en demeure pas moins que la tribune n’appelle pas à l’insurrection contre le pouvoir. Par ailleurs, l’écrit ou le verbe ne sont pas l’action. Les ressemblances entre les deux événements se retrouvent surtout dans les réactions et la manière dont ils ont pris de l’ampleur : l’utilisation de l’opinion publique et des médias démontrent bel et bien dans les deux cas la volonté des deux bords d’imposer leur point de vue et leur défense. A ce titre, les opposants à la tribune des généraux n’ont pas hésité à utiliser un processus dialectique assez similaire au général de Gaulle, en cherchant à délégitimer les signataires avant même d’observer le fond de la tribune. Or, comme en 1961, cette guerre des mots a des conséquences.

Les multiples dangers provenant d’une telle tribune


De fait, les signataires de la tribune attendent des changements, des prises de consciences ou des prises de décisions. Autrement dit, des réactions à leur appel. Or, les conséquences ne se limitent pas au bon vouloir de l’écrivain qui fait résonner son verbe publiquement. En effet, il ne peut pas vraiment prévoir les conséquences s’il ne tient pas en compte la vision de l’opinion publique, des politiciens et des médias vis-à-vis de ses dires. Ainsi, les débats, les sanctions et les nombreuses questions autour de la tribune ont été à l’origine de plusieurs conséquences. Parmi ces dernières, plusieurs sont dangereuses pour l’équilibre de la Nation, pour l’État et pour l’armée. Observons alors dans un dernier temps ces potentiels dangers.

Au lendemain du putsch des généraux, “l’armée française sort brisée de la crise qu’elle vient de traverser.30” Déjà en Algérie les forces armées se divisent entre loyalistes au général de Gaulle et partisans du putsch. Par exemple, le contingent refuse dans sa très grande majorité de prendre part au putsch. Les militaires ont en effet dû prendre un choix parfois personnel, ne se référant plus forcément aux ordres d’un supérieur mais à leur libre-arbitre. Si dans certains régiments l’esprit de corps a impliqué l’ensemble des PAX (personnes), comme le 1er R.E.P. (régiment étranger parachutiste), dans d’autres la liberté de chacun et son avis politique sur la situation ont tranché.

Toujours est-il que l’armée a connu une scission dangereuse en formant plusieurs camps, celle-ci ne s’implique pas dans le domaine politique justement à cause des divisions qui peuvent apparaître au sein de la troupe ou des officiers. Dans la marine, il est par exemple interdit de parler de politique sur un navire pour éviter de briser la concorde qui doit exister entre les hommes. En 1961, le putsch des généraux vient donc intégrer les questions politiques chez les militaires alors que ce n’est pas de leur ressort. Nous retrouvons donc des situations particulièrement problématiques pour le bon fonctionnement de l’armée en avril 1961 en Algérie. Par exemple, un lieutenant du 1er REP a déclaré au général Gambiez le jour du putsch : “Vous n’êtes plus rien. Nous n’avons rien à faire de vos ordres. Challe et Zeller sont arrivés. C’est à eux que nous obéissons.31” La question de l’obéissance est centrale dans une armée, quel que soit le niveau (brigade, régiment, compagnie ou même une section). L’objectif premier de l’armée est de défendre la souveraineté et le territoire national. Sans concorde, sans obéissance et sans hiérarchie, cette mission devient plus que complexe : elle devient presque impossible.

Afin d’éviter cela, le général de Gaulle a dans un premier temps essayé de barrer la route aux putschistes en utilisant son autorité dans son discours du 23 avril 1961 : “j’ordonne que tous les moyens soient employés pour barrer la route à ces hommes […] j’interdis à tout soldat d’exécuter aucun de leurs ordres32.” Le 30 avril, le ministre des Armées, Pierre Messmer, dissout le 1er REP en représaille de sa participation au putsch33. Ensuite, des procès ont lieu et les principaux protagonistes ont été sanctionnés avec des peines de prisons, voire la peine de mort , finalement allégée en incarcération.

Aujourd’hui, vis-à-vis de la tribune, si le président n’agit pas directement, nous retrouvons l’importance de la ministre des Armées qui souhaite des sanctions contre les signataires de la tribune. Directement après sa publication Mme. Parly a appelé à des radiations de l’armée ou des mises à la retraite d’office34. En effet, l’article R4137-10 du Code de la défense précise que “l’exercice du pouvoir disciplinaire à l’encontre des officiers généraux et des autorités militaires de premier, deuxième ou troisième niveau relève du ministre de la défense, sous réserve des dispositions de l’article”. Ensuite, c’est au CEMA d’intervenir.

Dans la crise issue de la tribune des généraux, l’implication importante du chef d’état-major des armées a été critiquée. Le poste CEMA a été créé à partir des leçons tirées des deux guerres mondiales. En effet, il n’existait pas avant celles-ci un officier faisant le lien entre les domaines politique et militaire. Il faut attendre le décret du 18 août 1953 pour que soit officiellement créé le premier poste de CEMA35. Le général de Gaulle décide ensuite de limiter le pouvoir du CEMA, qui perd alors son titre de “conseiller militaire du gouvernement”. Il faut attendre les réformes de 1982 et de 2005 pour que le rôle politico-militaire du CEMA soit véritablement défini. Le CEMA a une nouvelle place après la guerre froide et perd progressivement son rôle militaire pour se tourner plus vers les relations entre le gouvernement (politique) et l’armée (militaire). Il y a en effet un “renforcement des pouvoirs du chef d’état-major des armées (CEMA), dont le décret du 21 mai 2005 élargit les attributions, en faisant le personnage le plus important du ministère après le ministre lui-même.36” Ainsi, “la réforme de 2005 a définitivement consacré la prééminence du CEMA, non seulement sur les armées, au sein du ministère mais aussi dans l’appareil d’État37.”

Cette place politique accordée à un militaire peut alors devenir un problème lorsqu’une crise a lieu entre des militaires et le gouvernement. L’attitude du général Lecointre a donc été au cœur de polémiques concernant le traitement qu’il réserve aux signataires. Fer de lance de la lutte contre ces derniers, son positionnement crée un nouveau danger pour l’Armée, puisque le CEMA peut perdre de sa légitimité et de son pouvoir en agissant de la sorte. En même temps, il y est contraint puisque ses relations avec le gouvernement le lui imposent.

Le problème vient en effet du passif militaire du général Lecointre. Partant tambour battant contre les signataires de la tribune, il en oublierait presque ses anciens engagements à l’encontre du mutisme militaire. En 2018, “François Lecointre a dénoncé le « mutisme militaire » dans lequel les armées s’étaient « enfermées », parfois de manière « confortable » depuis la Seconde Guerre mondiale. Convaincu que « les armées ont disparu du bruit de fond de la société », il a souhaité, lors d’une rencontre à l’École militaire, que les militaires d’active prennent la plume, sans se cantonner aux aspects « techniques » de leur métier.38” Il a d’ailleurs dirigé un ouvrage sur le soldat où nous retrouvons plusieurs réflexions dans ce sens39.

En somme, de la complexe place du CEMA entre le monde politique et le monde militaire, et de ses contradictions passées, naît un malaise pouvant devenir un danger pour son autorité légitime à l’égard de l’armée et de ses subordonnés. Pour autant, c’est un risque plus simple à éviter : contrairement à une division au sein des forces armées, le CEMA peut – comme le général de Villiers avant lui – démissionner. Toujours est-il que la situation ne semble pas s’apaiser puisque la fronde contre le CEMA continue de la part des signataires. Si cette dernière venait à se développer au sein de l’armée d’active, alors le danger d’une division au sein des forces armées serait encore plus probable. Le général Piquemal, figure contestée, radié de l’armée et signataire de la tribune, a vivement réagi aux attaques du CEMA à l’encontre des partisans de la tribune par une lettre ouverte du 30 avril 202140. Si une grande partie de cette dernière ressemble à une virulente attaque ad hominem, le début de la missive définit ce qu’était le CEMA avant la réforme de 2005 qui a rendu la fonction beaucoup plus politique : “Vous êtes le Chef d’État Major des Armées et à ce titre votre premier devoir est de défendre et soutenir les militaires d’active ou retraités.” Il rappelle également l’honneur et l’état du militaire : “le devoir d’un chef digne de ce nom est de protéger ses subordonnés, ses frères d’armes, ses Anciens au lieu de les livrer en pâture à la vindicte d’un pouvoir politique aux abois”. Ainsi, la réaction du CEMA, fer de lance du ministère des Armées, dérange les signataires qui se sentent ennemis de ce dernier. Si les réactions continuent à se développer, alors une perte de légitimité du général Lecointre viendrait à apparaître, ébranlant une nouvelle fois l’armée. Une partie de cette dernière pourrait alors s’éloigner un peu plus de son devoir.

Le rapport Armée – Nation : “L’armée est une nation dans la nation” (A. de Vigny) ?


Un dernier risque pourrait émaner de cette tribune : entacher l’image de l’armée aux yeux des citoyens français. En effet, l’armée essaye de soigner son image auprès de ses compatriotes, notamment avec le plan “Au Contact” de 201541. A ce titre, “le déclin de l’antimilitarisme et la montée des menaces terroristes aidant, de récentes enquêtes indiquent que l’image des armées dans la population française n’a jamais été aussi positive. 89 % des Français ont une bonne opinion des armées ; 85 % estiment qu’elles sont capables d’assurer la sécurité du pays42”.

Déjà plusieurs polémiques viennent ébranler la vision de l’armée par l’opinion publique. Si pendant et après les guerres de décolonisation un mouvement antimilitariste était important au sein de la société – à l’instar d’un Boris Vian chantant Le Déserteur ou plus tard d’un Didier Bénureau et son Morales – jusque dans les années 2010 l’armée a réussi à redorer son blason auprès de la Nation. Or, dernièrement, plusieures affaires ont fait la une, comme la question d’une potentielle bavure lors d’un bombardement au Mali43 ou bien la polémique lancée par Mediapart concernant la présence de néo-nazis et de l’extrême-droite au sein des forces françaises44.

Le rédacteur de la tribune affirme dans le dernier paragraphe que, si le délitement de la France continue, alors une “intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national” devra avoir lieu. Bien entendu, son statut de militaire à la retraite ne lui permet pas d’engager des forces armées en opération, là n’est pas la question. Également, la tribune ne prône pas l’insurrection de l’armée comme l’a clamé le président de La France Insoumise, M. Mélenchon45. En réalité, cette affirmation nous renvoie surtout aux rapports existant entre l’armée et la nation. Il est par ailleurs important de souligner la méfiance de l’armée vis-à-vis de cette potentielle intervention. Entre la Révolution française et l’entre-deux-guerres, l’armée avait un rôle de force de l’ordre. Ainsi, lors des insurrections ou de certaines manifestations, la troupe a dû tirer sur la foule, donc sur des citoyens français. Cette tâche était un poids pour l’armée, qui s’est souvent sentie salie – ou bien parfois a rejoint les insurgés en désertant l’armée. Aujourd’hui les sentiments n’ont pas changé, et le général R. Dubois réagissait récemment sur la question soulevée par la tribune en ces termes : “L’armée a toujours craint d’être confrontée à de telles situations, et les militaires sont conscients qu’ils ne sont pas les mieux adaptés à ce genre de mission, qui peut les opposer à d’autres Français.46” Le lien unissant l’armée et la nation ne doit pas ainsi être rompu.

“Telle qu’elle est, l’Armée est un bon livre à ouvrir pour connaître l’Humanité.47” Alfred de Vigny ne s’y trompe pas : l’armée n’est pas une grande machine dont les rouages n’ont ni âmes ni valeurs : l’armée est une expérience humaine. Elle est faite par ses hommes, du militaire du rang à l’officier. Sous l’Ancien régime, l’armée appartenait au monarque et les unités combattantes aux aristocrates qui les avaient achetées. À partir de la Révolution française, elle devient la force armée appartenant et provenant de la Nation. Malgré cela, il a fallu du temps pour qu’elle parvienne à trouver une place entre les gouvernements et la Nation. Ainsi, au cours du XIXe siècle, l’État garde tout pouvoir sur cette dernière48. L’armée fut longtemps une sorte d’antichambre de la République, puisqu’elle était de conscription et incarnait ainsi un devoir du citoyen via le service militaire. Avec sa professionnalisation, cette vocation s’est modifiée, mais le lien avec la nation est resté immuable. L’armée c’est la Nation, comme l’aurait dit Napoléon 1er. Un ensemble d’hommes et de femmes dont le métier est la défense du pays par un dévouement envers celui-ci. Bien que limités dans leur liberté d’expression, les militaires n’en demeurent pas moins des citoyens49, doués du droit de vote (depuis 1945). Cette stature de citoyens-soldats leur confère un statut particulier, accru par la présence de galons. Au cours de la Première Guerre mondiale, cette définition du citoyen-soldat atteint son paroxysme puisque l’ensemble de la Nation est lancée dans la guerre, que ce soit les citoyens de tout rang endossant l’uniforme ou ceux participant à l’effort de guerre. Dès lors, les crises du XXe siècle que la Nation a dû traverser ont façonné cette relation entre la Nation et l’Armée. Par exemple, lors de la Seconde Guerre mondiale ou bien en Indochine, la Coloniale n’était-elle pas en grande majorité des appelés au service militaire ? Ou bien lors de la guerre d’Algérie, le contingent a été déployé. Ainsi, des hommes dont le métier des armes n’était pas le leur, ont combattu et versé leur sang pour la nation.

Le défilé du 14 juillet nous rappelle le lien existant entre l’Armée et la Nation (https://www.20minutes.fr/societe/2563423-20190713-14-juillet-cooperation-europeenne-honneur-defile-militaire-champs-elysees)

Cependant, depuis 1997, ce rapport armée-nation est fragilisé. “La nécessité de professionnaliser les armées qui s’est alors imposée, avec pour résultat l’abandon, disons plus exactement la “suspension” de la conscription, tout cela a modifié profondément le visage des forces armées.50” Si le soldat demeure un citoyen défendant sa nation, la disparition du service militaire obligatoire a entraîné une professionnalisation de l’armée, mais surtout la disparition pour une grande partie des citoyens français de la participation à la défense de la France. Aujourd’hui, la réserve opérationnelle peut pour autant rappeler le lien qui existe entre l’armée et la nation.

Si le lien intrinsèque entre l’armée et la nation s’est modifié en profondeur à la fin du XXe siècle, il demeure sous la forme d’une appréciation de l’armée par la nation. Comme nous l’avons précédemment souligné, l’opinion publique a été de facto mobilisée et a porté un jugement sur la tribune et son contenu. Un sondage a d’ailleurs montré qu’une majorité de français l’accepte, mais cet unique sondage n’est pas très représentatif puisque le panel interrogé était de 1 600 individus51. Ce soutien par une partie de l’opinion publique vient en réalité diviser un peu plus le rapport armée-nation, et fragilise à nouveau le CEMA qui a pris parti en partant en guerre contre les signataires. Par ailleurs, le lien armée-nation peut également se dégrader en fonction de l’opinion que se fait la nation de l’armée, ainsi que de la cohésion existant au sein de cette nation. En effet, une potentielle guerre ne peut être soutenue sans, en amont, une nation unie et non fractionnée52.

Enfin, le rapport entre l’armée et la nation est à nouveau entaché par l’utilisation politique par d’anciens militaires de la notoriété de leur grade. En prenant position, ces militaires qui ont une figure d’autorité, peuvent prendre l’allure d’hommes politiques. En effet, les partisans de l’appel voient leurs idées et conceptions assurées puisqu’après tout, “ce sont des généraux qui l’ont fait”, tandis que leurs adversaires pourraient y voir un risque de sédition armée. La notoriété des signataires peut donc devenir problématique pour le rapport entre l’armée et la nation en fonction de l’importance que prendrait la tribune des généraux auprès des politiques comme des citoyens.

En somme, si le rapport entre l’armée et la nation a profondément été ébranlé depuis la fin du XXe siècle, il n’en demeure pas moins qu’il continue d’exister grâce à l’opinion publique, aux réservistes opérationnels et à l’armée d’active, dont les membres sont des citoyens français (outre une partie de la Légion étrangère). La tribune des généraux fait ressurgir cette question de la relation entre l’armée et la nation.

Conclusion

La tribune des généraux a peut-être fait autant de vagues depuis sa publication à cause de sa mise en avant par les politiques. En effet, à partir du moment où la présidente du Rassemblement national, Mme. Le Pen, a assuré son soutien aux signataires, alors les réactions se sont multipliées. Le ministre de l’Intérieur a par exemple twitté le 28 avril que “Marine Le Pen a gardé de son père le goût du bruit des bottes.53” Ainsi une joute verbale entre les clans politiques a commencé, faisant découvrir progressivement à l’opinion publique la tribune des généraux. Le président de la France insoumise, M. Mélenchon, a alors multiplié les tweets et les interventions dénonçant des militaires d’extrême-droites et rappelant les putschistes. Son parti a d’ailleurs saisi le Procureur de la République afin de dénoncer ces militaires factieux54, affaire classée quelques jours plus tard sans suite par ledit Procureur de la République.

La prose des généraux se base sur des craintes exagérées voire infondées pour certains, ou réelles pour d’autres, sans apporter de solution politique (si ce n’est prévenir les gouvernants et les assurer d’un soutien). Le pouvoir des mots et la pluralité de leurs acceptions, ainsi que le sens que l’on porte nous même à celles-ci ont amplifié quelque chose qui autrement aurait pu rester anecdotique. Les divisions de notre société et des problèmes actuellement traversés par la nation se révèlent ainsi un peu plus à cause de cette tribune. La solution à ces problèmes sera, comme les signataires l’expliquent, évidemment politique.

En effet, cette tribune propose le soutien des signataires aux politiciens qui prendraient des mesures dans leur sens. Il est important de souligner qu’elle a été publiée un an avec les élections présidentielles de 2022. Devrions-nous voir ici un engagement politique supplémentaire de la part des généraux rédacteurs ? Une chose est sûre à ce jour, si le fond de cette tribune n’est pas mis en avant dans les débats d’opinion, la forme et la question de la guerre civile suscitent de nombreuses prises de positions. Ces dernières dessinent ainsi avec plus de précision les potentielles confrontations politiques pour 2022. Par ailleurs, la tribune semble, peut-être malgré elle, avoir été le coup d’envoi des campagnes présidentielles avec les prises de positions.

Toujours est-il que cette tribune, et les réactions qui en découlent, ont fait naître plusieurs dangers à la fois pour des officiels comme le CEMA, mais aussi pour le rapport existant entre l’Armée et la Nation. Ces dangers risquent probablement de s’accroître dans un futur proche, puisque les appels et les tribunes de militaires, actifs ou à la retraite, prennent le pas sur celle des généraux d’avril 2021. Par exemple, le 14 avril, seize généraux ont adressé un long rapport aux parlementaires sur la situation sécuritaire en France. Ce rapport est plus scientifique et moins polémique que la tribune des généraux, pour autant les conclusions se ressemblent au sujet du délitement de la France55. Ce sont des officiers membres d’un cercle de réflexion interarmées rédigeant pour les parlementaires “une stratégie globale contre l’islamisme et l’éclatement de la France.56

Dernièrement, le 10 mai 2021, une tribune de militaires a été publiée sur le blog Place d’armes57. Elle insiste sur le vécu des soldats, que ce soit avec les OPEX contre le terrorisme islamiste (comme au Mali) ou Sentinelle sur le territoire national. Nous retrouvons ainsi l’utilisation du récit des activités militaires dans un but de légitimation du propos tenu dans la tribune. Ils défendent en outre leurs aînés : “Ces gens qui ont lutté contre tous les ennemis de la France, vous les avez traités de factieux alors que leur seul tort est d’aimer leur pays et de pleurer sa visible déchéance. Dans ces conditions, c’est à nous, qui sommes récemment entrés dans la carrière, d’entrer dans l’arène pour avoir simplement l’honneur d’y dire la vérité.” Puis, ils répondent aux critiques concernant le devoir de réserve en assurant qu’ils ne font pas de la politique mais une alerte à partir d’un constat : “Ce n’est peut-être pas à des militaires de dire cela, arguerez-vous. Bien au contraire : parce que nous sommes apolitiques dans nos appréciations de situation, c’est un constat professionnel que nous livrons.” En outre, ils utilisent les anciennes générations de combattants pour légitimer un peu plus leur propos : “Le cri d’alarme de nos Anciens renvoie enfin à de plus lointains échos. Nos aînés, ce sont les résistants de 1940, que, bien souvent, des gens comme vous traitaient de factieux, et qui ont continué le combat pendant que les légalistes, transis de peur, misaient déjà sur les concessions avec le mal pour limiter les dégâts ; ce sont les poilus de 14, qui mouraient pour quelques mètres de terre, alors que vous abandonnez, sans réagir, des quartiers entiers de notre pays à la loi du plus fort; ce sont tous les morts, célèbres ou anonymes, tombés au front ou après une vie de service.” De fait, cette tribune entretient les risques que nous avons étudiés précédemment concernant les relations entre l’armée, ses chefs et la nation.

Ainsi, cette dernière répond peut-être à la question que nous nous sommes posée : quand faut-il arrêter d’obéir pour le militaire et aller à l’encontre de son devoir de réserve ? L’armée doit obéir au gouvernement et a un devoir de réserve, mais son premier devoir est celui de défendre la France et son peuple, comme le précise le premier article du code d’honneur du soldat : “Soldat français, je m’engage à servir mon pays.” L’État a également cette mission de défendre la France et sa population, notamment par la mise en application de ses pouvoirs régaliens et en travaillant à la sauvegarde de la concorde au sein de la nation. Alors, si le gouvernement au service de l’État failli à ces missions, serait-ce le devoir – voire l’obligation – pour l’armée de restaurer l’autorité de l’État et la protection des Français ? Le fond du débat se trouve peut-être ici, à savoir la place de l’armée vis-à-vis de l’État, une place devant assurer les relations fondamentales entre l’Armée française et la Nation. Le rôle de l’armée ne doit pas être politique : il est au service de la défense de la nation. Ainsi, la division progressive de ladite nation peut devenir problématique pour les relations entre ces deux entités complémentaires.

Notes

1 Il fait bien sûr écho au discours radiophonique du maréchal Pétain du 17 juin 1940, appelant à un arrêt des combats.
3 André Bourachot et Henri Ortholan, Les épurations de l’armée française. Le conflit de devoir de l’officier, 1940-1966, Paris, L’Artiller / Bernard Giovanangeli, 2021, p.407.
5 Le général Christian Piquemal a été radié en 2016 des cadres de l’armée en raison de sa participation à une manifestation contre les campements de migrants illégaux à Calais et contre l’islamisation de l’Europe, interdite par la préfecture.
7 Une brève liste se trouve sur le site Place d’Armes, où a été publiée la tribune par le capitaine Fabre-Bernadac. Nous pouvons y retrouver un décompte des signataires ainsi qu’une courte liste des premiers signataires : https://www.place-armes.fr/post/lettre-ouverte-a-nos-gouvernants Le manque de transparence ne nous permet pas de savoir si les signataires ne sont que des militaires (d’active, de réserve ou à la retraite). Le 30 avril au matin ils étaient 18 005. Place d’Armes est un blog partageant des articles, des photographies et des activités pour les anciens militaires.
9 En 1999 est écrit et partagé à toute l’Armée de Terre ce Code d’honneur. Autrefois ce code existait grâce à la transmission orale et aux valeurs militaires. Il a été mis par écrit et nous retrouvons par ailleurs de nombreuses similitudes avec le code d’honneur du légionnaire. Voir pour plus d’information : https://www.defense.gouv.fr/terre/actu-terre/le-code-d-honneur-du-soldat-francais .
10 “Le Code du soldat est constitué de onze préceptes. Il prend sa source sur un texte fondateur de l’armée de métier : “L’exercice du métier des armes : fondements et principes.”” in. Général Benoît Royal, L’éthique du soldat français. La conviction d’humanité, Paris, Economica, 2014, p.264.
11 Claire Legras, “Du devoir de réserve des militaires, in. Inflexions, 2018/3, n°39, p.13-22; p.13.
12 Ibid., p.14.
13 André Bourachot et Henri Ortholan, Les épurations de l’armée française. Le conflit de devoir de l’officier, 1940-1966, op.cit., p.12-13.
14 Ibid., p.14 : “Il faudrait tenir compte aussi d’une longue tradition de discipline et d’obéissance, qui sont l’essence même de l’état militaire; or, jusqu’alors, aucun règlement n’avait prévu quand il ne fallait plus obéir, ni quand il fallait désobéir.”
15 Eric Mailly, “L’expression des militaires : une liberté au service de la nation”, Revue Défense Nationale, 2017/2, n°797, p.81-86.
16 Hélie de Saint Marc, Mémoires. Les champs de braises, Paris, ed. Perrin, 2002 pour la présente, p.266.
17 Sous la dir. de François Lecointre, Le soldat, XXe-XXIe siècle, Paris, Gallimard, 2018 ; p.372.
19 Le général tient un discours avant le vote, le 20 décembre 1960, où il explique que “la réponse positive de notre peuple au référendum prendra aussi le caractère d’un appel à la fin des combats et à une pacifique confrontation (…). Le “Oui” franc et massif (…) offrira à l’Algérie la chance d’un avenir libre.” cité in. Pierre Vallaud, La guerre d’Algérie II. 1958-1962. La marche à l’indépendance, Paris, Ed. Acropole, 2005, p.68-68.
20 L’Algérie avait été colonisée par la France de la Monarchie de Juillet et du IIe Empire à partir de 1830. L’injustice causée par les différents statuts au sein de la société – ceux qu’on appelait alors les Indigènes avaient des droits civiques limités contrairement aux colons, qu’on appellera les pieds noirs. Déjà en 1945 lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève en Europe, le massacre de Sétif est commis par l’armée française à l’encontre de manifestants pour l’indépendance algérienne. Pendant une dizaine d’années, un mouvement radical émerge parmi les indépendantistes (le F.L.N)., et passe à l’action armée à l’encontre des pieds noirs – mais aussi des musulmans fidèles à la France – à la Toussaint 1954. Ce mouvement d’indépendance pour des colonisés avait été un mythe avant la Seconde Guerre mondiale, un espoir utopique au lendemain de ladite guerre, et se concrétise peu après la fin de la guerre d’Indochine. En effet, en décembre 1938 la philosophe Simone Weil écrivait sur le sujet “un des moyens que l’on peut concevoir est la naissance d’un mouvement d’opinion dans la nation colonisatrice contre les injustices imposées aux colonies. Un tel mouvement d’opinion semblerait devoir être facile à susciter dans un pays qui se réclame d’un idéal de liberté et d’humanité. L’expérience montre qu’il n’en est rien.” in. Simone Weil, Contre le colonialisme, Paris, Payot & Rivages, 2018, p.76
21 Sous la dir. de Hervé Drévillon et Olivier Wieviorka, Histoire militaire de la France. II. De 1870 à nos jours, Paris, Ed. Perrin – Ministère des Armées, 2018, p.534.
22 Gérard Chaliand, Pourquoi perd-on la guerre ? Un nouvel art occidental, Paris, Odile Jacob, 2016, p.98.
23 La guerre d’Indochine.
24 Voir à ce sujet Paul Bonnecarrère, Par le sang versé. La Légion étrangère en Indochine, Paris, Fayard, 1968; et Perrin, 2006 pour la présente édition. Le récit de la perte de Cao-Bang (1er octobre 1950) et la longue marche sanglante sur la RC 4 qui s’en suit est raconté du chapitre 39 (p.457) au chapitre 43 (p.506). Depuis 1947, la Légion a été désignée pour créer des axes de liaisons entre le sud de l’Indochine et le nord – à savoir le Tonkin. De brillantes initiatives sont développées afin de faire face à l’intense guérilla imposée par le Vietminh du général Giap et d’Hô Chi Minh (comme la fabrication d’un train blindé ou la mise en place des PK, les postes kilométriques). La RC4 permettait de garder la liaison entre le Tonkin et le reste du pays. Après plusieurs années à la tenir brillamment contre le Vietminh, le général Giap lança une offensive dévastatrice en coupant en deux la RC4 lorsqu’il s’empare du fort de Dong Khê en septembre 1950. Par la suite, les ordres de l’état-major demeurent confus et la situation devient de plus en plus instable car la RC4 est entourée de soldats Vietminh. En octobre, le 3e Etranger doit rebrousser chemin et laisser la RC4 – donc le Haut Tonkin – aux troupes de Giap. Cela se fait dans la souffrance, le sang et les larmes : la guérilla ébranle les soldats français comme les civils qui sont contraints d’abandonner leurs terres s’ils ne veulent pas mourir dans d’atroces souffrances lorsque Giap aura repris la région. Cet événement – vécu presque comme un fait divers en métropole – a profondément marqué la Légion et les soldats qui y ont participé. L’abandon des civils a ouvert une cicatrice profonde chez nombreux d’entre eux et, progressivement, la défiance à l’encontre du pouvoir se développe car ils s’estiment abandonnés par ce dernier.
25 Hélie de Saint Marc, Mémoires. Les champs de braises, op.cit., p.289-290. Pour comprendre le point de vue plus précis de l’auteur sur cet événement, voir p.249-272 “La révolte”. Saint Marc y révèle le profond malaise vécu par les militaires à cause de l’abandon ressenti par le gouvernement français et son manque de considération à l’égard de l’armée, mais surtout des pied-noirs et des musulmans qui se sont battus pour la France.
26 Jacques Frémaux, “Le putsch des généraux : Les comploteurs”, in. Guerre d’Algérie magazine, n°14, décembre-janvier-février 2009, p.10.
27 Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir. Tome IV, le Renouveau, 1958-1962, Paris, Plon, 1970, p.116-117.
28 Nous retrouvons ces principes inaliénables de l’état du militaire dans de nombreuses armées modernes (par exemple la devise Honneur et Fidélité de la Légion étrangère). L’article 2 du code d’honneur du soldat stipule “En toutes circonstances, je me conduis avec honneur, courage et dignité.” L’article 5 précise : “Loyal à mes chefs et dévoué à mes subordonnés, j’obéis avec confiance et je commande avec exigence et bienveillance”.Dans le Code de la Défense nous retrouvons également ces principes à l’article D4137-1 : “Le service des armes, l’entraînement au combat, les nécessités de la sécurité et la disponibilité des forces exigent le respect par les militaires d’un ensemble de règles qui constituent la discipline militaire, fondée sur le principe d’obéissance aux ordres.Le militaire adhère à la discipline militaire, qui respecte sa dignité et ses droits.La discipline militaire répond à la fois aux exigences du combat et aux nécessités de la vie en communauté. Elle est plus formelle dans le service qu’en dehors du service, où elle a pour objet d’assurer la vie harmonieuse de la collectivité.”.
30 Yves Courrière, La guerre d’Algérie Tome 2 : 1957-1962, Paris, Fayard, 2001, p.871.
31 Ibid., p.811.
32 Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir. Tome IV, le Renouveau, 1958-1962, op.cit., p.117. De fait, après le putsch, les procès ont eu lieux et les principaux protagonistes ont été sanctionnés par la prison voire la peine de mort – qui fut finalement allégée par la prison.
33 Ses membres légionnaires quittent l’Algérie en chantant à tue-tête “Non, je ne regrette rien” d’Edith Piaf, voir par exemple Pierre Sergent, Je ne regrette rien, Paris, Fayard, 1972.
35 Sur la genèse du CEMA et sa création, voir Philippe Vial, “La genèse du poste de chef d’état-major des armées. Entre nécessité et inquiétude, de la veille de la Première Guerre mondiale à la fin de la guerre d’Indochine”, Revue Historique des Armées n°248, 2007, p.29-41.
36 Sous la dir. de Hervé Drévillon et Olivier Wieviorka, Histoire militaire de la France. II. De 1870 à nos jours, op. cit., p.597-598.
37 Louis Gautier, La Défense de la France après la guerre froide, Paris, PUF, 2009, p.360.
38https://www.lopinion.fr/edition/politique/chef-d-etat-major-armees-francois-lecointre-s-eleve-contre-mutisme-141739Par ailleurs, une polémique dont nous ne connaissons véritablement les résultats voudrait que l’actuel CEMA, alors qu’il était colonel en 2008, ait fait parti du groupe Surcouf qui avait publié une vive critique du Livre blanc de la Défense de 2008 : https://www.lefigaro.fr/debats/2008/06/19/01005-20080619ARTFIG00011-livre-blanc-sur-la-defense-une-esperance-decue.php .
39 Sous la dir. de François Lecointre, Le soldat… op.cit.
42 Sous la dir. de François Lecointre, Le soldat… op.cit., p.386.
46 https://www.place-armes.fr/post/l-arm%C3%A9e-dernier-recours par le général de brigade (2S) Roland Dubois.
47Alfred de Vigny, Servitude et grandeur militaire, Paris, Gallimard, 1992 (première édition en 1835., p.95.
48 Comme en témoigne à nouveau Alfred de Vigny : “Il est à souhaiter aussi que des limites immuables soient posées une fois pour toujours à ces ordres absolus donnés aux Armées par le souverain Pouvoir […]. Qu’il ne soit jamais possible à quelques aventuriers […] de transformer en assassins 400 000 hommes d’honneur, par une loi d’un jour comme leur règne.” in. Ibid., p.91.
49 Article L-4121-1 du code de la défense : “Les militaires jouissent de tous les droits et libertés reconnus aux citoyens. Toutefois, l’exercice de certains d’entre eux est soit interdit, soit restreint dans les conditions fixées au présent livre.”.
50 André Bourachot et Henri Ortholan, Les épurations de l’armée française. Le conflit de devoir de l’officier, 1940-1966, op.cit., p.467.
52 Voir à ce titre Jérôme Fourquet, L’Archipel français. Naissance d’une nation multiple et divisée, Paris, Ed. du Seuil, 2019.

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