1940 : Les officiers français face à la défaite (3e partie)

Les officiers et la Révolution nationale

En dépit de circonstances dramatiques, l’investiture de l’Etat français s’est déroulée de façon légale. Le 10 juillet 1940, par un vote massif du Parlement, Philippe Pétain se voit attribuer tous les pouvoirs et la charge de rédiger une nouvelle constitution. Par conséquent, l’institution militaire ne peut connaître de cas de conscience quant à sa soumission au nouveau gouvernement. Puisque l’Etat fonctionne, se dresser contre lui serait faire acte d’indiscipline et avoir un comportement de « factieux ». Symbole de la permanence de l’Etat, l’armée ne saurait faire dissidence et mépriser l’obéissance formelle inscrite dans sa spécificité. Cependant, si l’on insiste sur la logique institutionnelle et sa prégnance, on doit aussi prendre en compte les présupposés idéologiques. La plupart des officiers partageaient le projet idéologique de l’armée d’armistice, que Christian Bachelier a synthétisé en quatre traits: « la reforme intellectuelle et morale » de Renan (relue par Maurras), qui renvoie au modèle prussien de régénération après la défaite face à Napoléon, « la seule France » de Maurras, qui demande de se tenir à l’écart de la guerre, «  l’idéal communautaire » qui inscrit l’Armée parmi les corps intermédiaires structurant la nouvelle société (modèle organiciste), et « le rôle social de l’officier », cher à Lyautey, qui donne au militaire une fonction politique et morale, au cœur de la cité[1].

Devoir d’obéissance et caution morale

Entre le 17 et le 25 juin, la majorité des cadres, les poings serrés et la mort dans l’âme, cesse le combat avec un évident soulagement. Pour de nombreux officiers, la solution d’un armistice ne paraît pas discutable. Par ailleurs, les clauses de l’armistice, moins dures qu’on ne l’appréhendait, conservent à la France un tiers de son territoire, administré par un Etat français et « souverain », et une armée de 100 000 hommes. Certes, cette armée-croupion est une bien maigre consolation mais la présence du Maréchal au sommet de l’Etat est rassurante. L’admiration sans faille que voue le corps militaire à ce chef double ainsi le devoir d’obéissance d’une satisfaction morale. De plus, le Maréchal a su sortir la France de sa tragédie militaire, où l’avait conduite l’impéritie de son régime parlementaire, et a de surcroît offert sa personne en guise de protection. D’autre part, pour les officiers, Pétain étant « le plus ancien dans le grade le plus élevé », l’obéissance ne se discute pas et le doute n’est pas permis[2]. Enfin, appuyant son programme de rénovation nationale sur le triptyque « Travail, Famille, Patrie », le Maréchal met à l’honneur des valeurs partagées par la majorité des militaires français. En effet, le corps des officiers de 1940 est culturellement et politiquement façonné par les conceptions sur lesquelles repose la Révolution nationale. Aussi, l’ « Etat national, autoritaire, hiérarchique et social »[3] que souhaite mettre en place Pétain ne peut que forcer l’adhésion d’hommes naturellement attirés par un régime d’ordre.

Carte de la France occupée (Eric Gaba, Rama, Wikimedia Commons, GNU Free Documentation Licence)

La défaite a provoqué un effacement des repères et, au printemps 1940, l’armée a ressenti le désastre comme un immense gouffre menaçant de tout engloutir. Or, Vichy sauve l’essentiel et propose un nouvel horizon au sein duquel l’armée a toute sa place. Aussi, est-ce un peu à la manière d’une oligarchie savourant la promotion d’un pair que le corps militaire espère enfin sortir du mépris général dans lequel il se sent confiné depuis vingt ans. Les espoirs de nombreux officiers semblent se confondre avec la personne du Maréchal qui est aussi une garantie morale[4]. Peu enclins, de par leur formation, à réfléchir par eux-mêmes et le choc de la défaite ayant encore diminué leur discernement, les cadres semblent « chloroformés »[5]. Aussi, l’enterrement sans grandes pompes de la République ne soulève aucune indignation dans le milieu militaire. L’essentiel est la survie de l’armée. Une armée il est vrai réduite mais qui, circonstances obligent, s’oriente vers un retour au professionnalisme qui satisfait des officiers pour qui le service militaire court est l’une des causes principales de la défaite.

L’adhésion au nouveau régime explique l’enthousiasme initial avec lequel est accueillie la « nouvelle armée ». Pour la première fois depuis Mac-Mahon les officiers se sentent proches du pouvoir et ce d’autant plus que ce pouvoir leur rend la parole dont les avait privé la Troisième République. Weygand n’avait-il pas déclaré au président Lebrun en prenant sa retraite en 1935 qu’un militaire ne pouvait se faire entendre en France[6]. Dès juillet 1940, les militaires, qui aspirent à un rôle de conseil, se font à nouveau entendre. Ainsi, les trois mois qui suivirent l’armistice, pendant lesquels Weygand fut ministre de la Défense, marquèrent l’apogée de la participation des officiers de carrière à la conception de la politique nationale[7]. Une place importante est donc accordée aux officiers dans les décisions. Par ailleurs, ne pouvant renier leur formation, les officiers semblent plus préoccupés des conséquences psychologiques de la défaite que par une analyse approfondie de celle-ci.

Ainsi, le programme de redressement moral, essentiel aux yeux du nouveau régime, reçoit un écho très favorable chez les officiers. Enfin, la constitution même de l’armée d’armistice reflète assez la prégnance de la spécificité sociopolitique des cadres. En effet, réduite à 100 000 hommes et destinée au seul maintien de l’ordre, l’armée doit démobiliser[8]. En juillet 1940 l’armée compte 30 000 officiers d’active et seuls 8 000 peuvent rester en activité pour encadrer l’armée d’armistice[9]. On essaye donc de conserver les « meilleurs », c’est-à-dire les plus compétents mais surtout les plus fiables politiquement. Ainsi se forme une véritable caste dont l’homogénéité est assurée par les cadres conservés qui, pour la plupart, sont issus des grandes écoles et témoignent d’une proximité sociale et politique certaine avec leurs chefs.

En réalité, pour les officiers, les actes du gouvernement importent peu et ne sauraient mettre en cause la légitimité même de l’Etat français et, en premier lieu, celle de son chef qui a su non seulement mettre un terme aux souffrances de la nation mais également rompre avec les errements d’un système politique honni et avec une Troisième République objet de tous les mépris. C’est pour avoir originellement réalisé le désir profond de la nation que le régime peut prétendre à une indiscutable légitimité. Enfin, pour les très nombreux cadres de l’armée qui, par foi sincère ou par simple conformisme, sont sensibles aux réactions de l’Eglise, celle-ci ne semble manifester aucun désaveu, bien au contraire. A Lyon, le cardinal Gerlier, primat des Gaules, fait l’éloge du Maréchal et de son entreprise de relèvement moral. Ainsi, la spécificité militaire, faite de discipline et d’obéissance, et une évidente complicité idéologique expliquent le passage sans états d’âme de l’armée de la République au service d’un régime autoritaire. Le régime de Vichy, prenant acte que le prestige des officiers ne peut plus être celui du combattant, assigne à ceux-ci une importante mission sociale et éducatives. Les officiers se font « pédagogues ».

Du « hussard noir » de Péguy à l’officier-pédagogue de Vichy

La Troisième République avait maintenu le corps militaire hors du système éducatif tout en cherchant, pour l’attacher au régime, à lui confier une mission éducative auprès des jeunes conscrits. L’objectif, depuis le général André, ministre de la Guerre de 1900 à 1904, avait été d’enraciner le régime et de combattre les idées « réactionnaires » des officiers afin de s’assurer de leur fidélité ou du moins de leur « apolitisme » officiel et de leur neutralité. Par ailleurs, marqués depuis le début du siècle par les idées du maréchal Lyautey quant à leur rôle social, les officiers montrent un intérêt tout particulier pour l’éducation et la jeunesse. En 1934, prenant possession du ministère de la Guerre dans le gouvernement Doumergue, Pétain aurait préféré celui de l’Education nationale et Weygand, pour sa part, publiait en 1937 un livre intitulé Comment élever nos fils.

En 1940, tous deux souhaitent une « véritable » éducation, nationale et patriotique et voient dans l’influence des « professeurs socialistes » l’une des causes majeures de la défaite. Cette analyse est largement répandue chez les officiers[10]. Le régime de Vichy entend que l’école donne le sens du travail, de la famille et de la patrie et que cette éducation soit prolongée par l’armée. L’ « armée nouvelle » se voit donc attribuer une mission éducative qui a pour but de propager les idées du régime. En clair, les officiers doivent devenir les agents instructeurs de la Révolution nationale. Cela satisfait le désir de revanche sociopolitique des officiers car il s’agit pour eux d’effacer quarante années d’une éducation laïque, antimilitariste et antipatriotique.

Entrée de l’exposition dédiée à « l’Armée Nouvelle », à la foire de Marseille en septembre 1942 (Photographe SCA : Roland Faure, Gilland ou Viard. Copyright ECPAD)

Avec la défaite et ses conséquences sociales et psychologiques, avoir la mainmise sur la jeunesse devient une obsession pour le régime et pour les officiers. L’importance qu’ils  accordent à la dimension éducative de leur mission révèle que les officiers pensent ainsi toucher aux causes profondes d’une défaite qui pour eux, bien plus que technique ou militaire, est avant tout morale et intellectuelle. Aussi les valeurs militaires doivent être réhabilitées et la formation de la jeunesse est pensée comme devant être une éducation par l’exemple davantage qu’un enseignement[11]. Le général Huntziger définit ainsi la mission de l’armée : Cette armée nouvelle, petite par le nombre, nous en ferons un vivant modèle de qualité, pour le tenir non pas à l’écart de la nation, mais intégré dans la nation régénérée. Elle y maintiendra le culte de la patrie au sein de la nation… Elle montrera l’exemple au pays, en attendant d’être son image[12].

Du fait de ses effectifs limités, l’armée d’armistice, à défaut de pouvoir véritablement former, se doit d’édifier. En effet, si le caractère professionnel de la nouvelle armée satisfait les officiers, de par son gage de qualité, il les prive en même temps d’une mainmise sur l’ensemble de la jeunesse. Aussi est-ce le rôle des Chantiers de la jeunesse que de se substituer à la conscription. Les « Chantiers » sont crées en juillet 1940 par le général de La Porte du Theil, dans l’urgence et dans la crainte d’éventuels troubles sociaux provoqués par une jeunesse livrée à elle-même du fait de la défaite et de la disparition des repères. Ainsi, les « Chantiers », dont l’encadrement est majoritairement constitué par des officiers et sous-officiers en « congé d’armistice », permet à la mission sociale et éducative des cadres militaires de s’épanouir.

 

Le malentendu      

La place privilégiée offerte aux officiers par le nouveau régime, et l’osmose apparente entre celui-ci et le corps militaire, dissimulent mal cependant un certain malentendu quant à l’interprétation initiale de l’armistice. Par définition un armistice instaure une situation provisoire et en juillet 1940 personne n’imagine que celle-ci puisse perdurer. L’armistice est en effet conçu comme un prélude à des accords de paix que Pétain souhaite négocier rapidement. Aussi, le corps des officiers qui a accepté l’armistice comme une nécessité fait de celui-ci une lecture littérale : l’armistice n’est jamais qu’une suspension d’armes et la convention signée à Rethondes suspend sans l’abolir la belligérance entre les deux parties. De nombreux cadres perçoivent donc l’armistice comme un répit devant être mis à profit pour préparer la revanche. Cette lecture des évènements semble conforme à l’analyse de Weygand qui déclare : L’armistice et rien que l’armistice, et puis nous verrons ce que nous aurons à faire[13]. Afin de lever immédiatement tout ambigüité et pour que la flamme de la revanche ne s’éteigne pas, Weygand insiste, l’armistice n’est pas la paix. La Prusse de 1806 ou la Reichswehr des années vingt sont les précédents historiques qui servent de référence[14]. Encore faut-il, comme le souligne Robert Paxton, avoir un von Seeckt…

Toutefois, les officiers de l’armée d’armistice qui sont fidèles à Vichy mais revanchards ont, d’une certaine façon, l’impression de former un groupe de « résistants de Vichy ».  Il ne s’agit pas ici d’ « entrer en résistance » dans le sens habituellement admis mais, tout en respectant l’armistice et la fidélité à Vichy, de résister aux exigences et empiètements allemands. Ainsi, les généraux Frère et Weygand […] les généraux Cochet et Bergeret, se reconnaissent entre eux comme appartenant fondamentalement au même camp. Ils possèdent en commun une vision de la légitimité, en l’occurrence la certitude de la légitimité du pouvoir, à une date où les Français de Londres affirment une légitimité concurrente (…)[15].

Le général Frère, à droite (uniforme le plus clair), près de chasseurs à pieds de la 14e Division Militaire à Grenoble, surement en août 1940, lorsqu’il est muté à Lyon comme gouverneur militaire, ou postérieurement (Inconnu, Musée des Etoiles, Musée Militaire de Lyon). Le Général Frère fut le fondateur de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) en 1942 et ordonna préalablement le camouflage d’armes et de matériels en vue d’une possible action clandestine.

Nombreux sont donc les officiers de cette « armée de transition » qui entendent se donner les moyens de reprendre le combat le moment venu, ou, comme ils le disent, au « moment intelligent ». Toute autre est la conception du Maréchal qui souhaite précisément éviter un retour dans la guerre et entend préserver la neutralité de la France entre les belligérants. Cette conception est renforcée par la croyance que la Grande-Bretagne sera rapidement défaite. Pour le Maréchal, la France n’aurait rien à gagner à une reprise des combats et elle doit, pour l’heure, s’assurer une place relativement confortable dans une Europe dominée par le Reich. Cette position, pense-t-il, doit lui permettre d’asseoir l’autorité de son régime et lui offrir la possibilité de mener à bien la tâche de rénovation nationale qui est l’objectif essentiel. A ses yeux l’armée d’armistice doit être l’instrument et le garant de la neutralité. Il y a donc une différence de conception entre l’usage interne qui lui est dévolu par l’Etat et le rôle que l’armée se propose de jouer à terme. De nombreux cadres ne peuvent se résoudre à devenir de simples gendarmes ni se contenter du seul maintien de l’ordre. Se transformer en pilier du redressement moral, en conservatoire de valeurs ou en vitrine de la Révolution nationale, même si cela suscite son adhésion, n’est pas pour l’armée une finalité. Enfin, il est douloureux pour un officier d’être un chef sans troupe, un technicien jeté bas de son moteur, et pourvu d’une insultante bicyclette[16].

Il est vrai cependant que les cadres sont exhortés à devenir les véritables séides du régime. Ainsi, le général Huntziger déclare : Autant l’armée se devait jusqu’ici par souci de sa dignité, de se tenir écartée de la mesquine politique, autant elle se doit aujourd’hui de manifester son attachement au régime nouveau. Tous les cadres et les hommes de l’Armée nouvelle ont l’obligation stricte de devenir des partisans (…). Tout militaire de l’Armée nouvelle, quel que soit son grade, a désormais le droit et le devoir d’exprimer hautement son attachement total au régime[17]. Cependant, et là réside le malentendu, être le simple instrument du régime ne peut pleinement satisfaire une armée dont la spécificité première réclame une revanche. Aussi, des officiers de l’armée d’armistice se préparent immédiatement et clandestinement en organisant notamment le camouflage du matériel[18]. L’armée d’armistice se livre dès l’origine à une vaste action clandestine que les pages glorieuses de la Résistance intérieure et l’épopée de la France Libre font parfois trop facilement ignorer.

Au sein de l’Armée d’Armistice, le réseau Conservation / Camouflage Du Matériel (CDM), organisé par le commandant Emile Mollard, supervisa le camouflage des armes. Des véhicules auraient aussi pu être produits, comme cette automitrailleuse sur chassis GMC, mais l’invasion de la zone libre y mit un terme. (Restany, Cournil, Archives Départementales de Dordogne)

L’esprit revanchard que partagent de nombreux officiers au sein de l’armée d’armistice se heurte néanmoins à une exigence de cohérence. Comment, en effet, concilier la fidélité au Maréchal et la préparation souterraine d’une reprise du combat qui suppose la violation de la convention d’armistice ? Les officiers qui décident malgré tout de poursuivre une activité clandestine se rassurent en distinguant Pétain de son entourage politique, selon la théorie du « bon monarque » et des « mauvais serviteurs », et comme cela deviendra coutumier[19]. Ils se persuadent ainsi de l’ « accord intime » du Maréchal. Il y a une obligation morale à se convaincre de l’approbation secrète de Pétain et ce tour de passe-passe psychologique permet de tranquilliser les consciences. Les officiers veulent se persuader que Pétain donnera, tôt ou tard, l’ordre de reprendre le combat et se disent ainsi fidèles à la pensée secrète du Maréchal empêché. Dès lors aux yeux de beaucoup, l’armée d’armistice permet de concilier habilement le devoir d’obéissance et la préparation de la revanche. Les orientations du gouvernement, qui pourraient être interprétées comme un désaveu de l’action clandestine, ne parviennent pas à remettre en cause cette construction théorique. Pour cela il faudra attendre la rupture de novembre 1942. Pour l’heure, il n’est pas concevable que le glorieux soldat de la Grande Guerre ait renoncé à combattre le « Boche ». L’obligation d’obéir se trouve donc à la fois renforcée et allégée par la conviction d’un dessein commun. Il est vrai que le chef de l’Etat lui-même se plaît parfois à entretenir l’ambivalence. Ainsi, pour les officiers, en attendant un retour de la grandeur militaire, il convient pour l’instant d’en accepter les servitudes.

Robert Paxton, dans son ouvrage sur l’armée de Vichy, relativise cette volonté de revanche des officiers français. Ainsi note-t-il, seuls quelques « blédards » dans des postes éloignés au fin fond de l’Empire ou quelques visionnaires pouvaient encore croire à une revanche militaire dans un avenir prévisible. Pour le reste, les leçons de la défaite avaient marqué au fer presque tous les esprits[20]. Il est vrai que le profond sentiment de faiblesse, déjà présent en 1939[21] et accentué par la défaite, rend les espoirs de revanche tout à fait illusoires aux yeux de beaucoup. Très rapidement, l’essentiel semble être de préserver la neutralité de la France. La guerre est bel et bien terminée et il convient de respecter les termes de l’armistice pour espérer des conditions de paix favorables. Violer l’armistice serait prendre le risque de compromettre une paix que l’on pense imminente et peut-être provoquer une occupation totale du territoire.

 Ainsi, Paxton conclut que dès l’automne 1940 la plupart des officiers avaient renoncé à s’engager sur le chemin de la revanche[22]. L’armée d’armistice fait certes preuve d’un esprit attentiste et cette affirmation est sans doute largement justifiée. Néanmoins, aux différents échelons de l’armée d’armistice des officiers poursuivent une intense activité clandestine[23]. Il est vrai cependant que la revanche envisagée par certains officiers n’est imaginable qu’à long terme. Ils partagent la vision du régime selon laquelle il faut en priorité régénérer la France et seule la neutralité permettra cette régénération. En effet, il faut à tout prix éviter que la France ne redevienne un champ de bataille. De plus, de toute évidence, l’armée française n’est pas en mesure d’envisager une revanche à court terme. Pour ces officiers, il convient donc d’attendre et de restaurer la France et son armée pour lui donner les moyens, un jour, de reprendre le combat .D’autres, très peu nombreux, ont déjà choisi la voie audacieusement ouverte le 18 juin à Londres par un général en rupture de ban.

Un général en rupture de ban : le général de Gaulle, au micro de la BBC en 1941 (BBC, Wikimedia Commons)

La fracture

Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes […] à se mettre en rapport avec moi[24].

Si le discours du 17 juin a pu surprendre certains officiers, celui du 18, quand ils en ont connaissance, les stupéfie. Celui-ci constitue le défi le plus spectaculaire jamais lancé par un militaire de carrière à la tradition de l’obéissance passive[25]. En invitant les officiers de l’armée française à le rejoindre, de Gaulle leur propose un choix. Un choix subversif car cette proposition recèle la négation de la condition militaire dans ce qu’elle a de plus formel et de plus conformiste.

Le défi gaullien

Dès l’origine, l’initiative de De Gaulle est marquée du sceau de la désobéissance et pose un problème de conscience. En effet, à partir du 25 juin, si un officier décidait de rejeter l’armistice et de poursuivre la lutte, il devait le faire en vertu d’une décision individuelle impliquant l’abandon de ses hommes ou de son poste, et le reniement des leçons d’une vie entière[26]. Répondre à l’appel de ce général à titre provisoire suppose donc pour les officiers de renier leur culture professionnelle, c’est-à-dire toute leur formation et ce que l’on appelait autrefois le « dressage ». Le règlement militaire de 1924, toujours en vigueur, ne prescrit-il pas une obéissance entière et une soumission de tous les instants ? Cette obéissance collective, fondée sur une conception abstraite de la hiérarchie qui considère davantage le grade que l’individu, est, de facto, remise en question par le défi gaullien. Introduisant soudainement la possibilité de faire un choix relevant de la conscience individuelle, l’acte du général de Gaulle rompt avec la tradition militaire.

Certaines des pesanteurs de la spécificité militaire – esprit de corps, discipline, obéissance – rendent difficiles les décisions individuelles. L’Appel du 18 juin tend à priver de leur signification les dogmes appris dans les écoles militaires tels ces énergiques postulats enseignés par le commandant Ebener à Saint-Cyr au début du siècle : Le loyalisme de l’armée et son dévouement au gouvernement légal du pays doivent être absolus. Je défie un militaire de trouver une autre formule qui lui permette de sauvegarder aussi sûrement son honneur[27]. Or, précisément, les propos du général de Gaulle introduisent une contradiction entre devoir d’obéissance et devoir patriotique qui, habituellement, sont confondus. En détachant habilement les notions de légitimité, qu’il conteste à Vichy, et de légalité, dont il ne peut se prévaloir, de Gaulle instille le doute. Brutalement, le militaire peut et doit définir lui-même son devoir. Brusquement, semble pouvoir s’effacer le sillon séculaire tracé par les aînés et suivi dans la force du culte de l’exemple et de la tradition. De Gaulle, par son acte subversif, frappe au cœur de la spécificité militaire en brisant le cadre unique de référence et en lézardant le sentiment d’appartenance à une communauté soudée, un tout indivisible.

Le défi gaullien ébranle la recherche permanente de l’unité, de la cohésion à travers la discipline, et d’une uniformité morale apparente. Le geste de De Gaulle remet en cause la structure hiérarchique et communautaire, le primat de l’institution et du groupe sur l’individu, le respect des traditions et des grades. Or, pour la majorité des officiers, le temps du renversement des valeurs les plus structurantes et celui des individus n’est pas encore venu. Pour un officier il est très difficile d’abandonner son poste, ses hommes et ses responsabilités et surtout de briser la chaîne hiérarchique ou, comme le dit de Gaulle lui-même, de « rompre le charme ». Car, le système de valeurs militaire est un système, également, dans lequel la transgression ne comporte aucun attrait, aucune charge positive[28]. Les officiers maintenus en activité et pour qui, malgré tout, la structure sociale et les repères fondamentaux subsistent à travers l’armée d’armistice, ne peuvent se résoudre à franchir le Rubicon.

Pourtant, le choc de la défaite a provoqué une certaine rupture au sein de la communauté militaire. Quelque part entre Somme et Loire les généraux ont perdu leur caractère d’infaillibilité. Cette conséquence de la défaite est implicite dans les propos du général de Gaulle qui, tout simplement, appelle à désobéir à des chefs qui ont démérité et qui, de surcroît, utilisent la défaite à des fins politiques ou comme l’occasion de satisfaire des ambitions personnelles. Toutefois, le défi gaullien peut difficilement convaincre des hommes dont la conscience est façonnée par des années de tradition militaire et dont le comportement est indissociable du poids écrasant de leur milieu et de leur formation. Ainsi, très peu de cadres se décident à rallier de Gaulle et à épouser son pari insensé, à vivre son aventure incertaine[29].

Le général de Gaulle passant en revue les Forces Françaises Libres (FFL) le 14 juillet 1940 à Londres. A ce moment, les effectifs atteignent environ 2 000 combattants, dont une centaine d’officiers seulement (Musée de l’Ordre de La Libération)

En quelques heures, entre le 17 et le 18 juin, deux conceptions radicalement différentes ont livré leur analyse de la situation dramatique de la France mais aussi du devoir patriotique. Durant quatre longues années, les questions primordiales quant au destin de la France seront largement déterminées par ces deux conceptions initiales. Quant aux officiers, ils se trouvent subitement écartelés entre l’Appel au soldat et l’Appel du soldat[30]. Le premier puise sa légitimité originelle dans les circonstances dramatiques de juin 1940, ensuite renforcée par la légalité institutionnelle. Le second dénie précisément cette légitimité, qu’il dénonce comme ayant été acquise sous le poids de la contrainte, et entend proposer une légitimité nouvelle. L’Appel au soldat découle en effet d’un consensus circonstanciel déterminé par les évènements du printemps et un trouble sentiment de pénitence que la Révolution nationale cherche à transformer en contrat social. En cet été 1940, l’Etat français peut se féliciter d’un solide unanimisme : la majorité des Français, civils et militaires confondus, est reconnaissante au Maréchal d’avoir mis un terme aux combats et de n’avoir pas cédé à un jusqu’au-boutisme suicidaire. De Gaulle contredit cette opinion répandue en estimant que la défaite française n’est qu’un accident de parcours dans cette guerre dont il perçoit le caractère mondial : Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale.

Pour Vichy, comme pour la plupart des officiers, la France est hors-jeu, placée au banc des vaincus, spectatrice d’un conflit qui se poursuit sans elle et doit se replier sur elle-même pour retrouver ses forces morales et matérielles. A cette analyse, jugée d’une absurde et coupable frilosité, de Gaulle oppose un non catégorique car il estime que la France a perdu une bataille mais n’a pas perdu la guerre. Il lance un défi immédiat et entend prouver que la France doit rester en guerre car elle n’est pas seule. Estimant que le gouvernement français est tombé en servitude et que les institutions, malgré les apparences, ne fonctionnent plus, le général exilé parle au nom de la France, de cette France qui continue à se battre. Pour le général, le Maréchal se fait le vassal de l’Allemagne et soumet honteusement la France. A ce titre, il n’est pas légitime et par conséquent le devoir d’obéissance ne s’applique plus. Napoléon ne disait-il pas : Un général au pouvoir de l’ennemi n’a plus d’ordres à donner, celui qui lui obéit est criminel[31]. C’est donc au nom d’une France qui veut rester libre que de Gaulle entend constituer une force extérieure pour poursuivre le combat.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, cette fameuse affiche ne reprend pas mot pour mot l’appel du 18 juin mais ses principaux arguments. Elle est en fait destinée avant tout aux Français présents au Royaume-Uni. Elle y sera d’ailleurs placardée dans les grandes villes entre les 3 et 4 août, avant d’être reproduite dans le Bulletin Officiel des Forces Françaises Libres. (Paris Musées)

En métropole bien différent est le calcul des chefs militaires qui, devant l’ampleur de la défaite et la puissance de l’Allemagne, sont convaincus de l’impossibilité de poursuivre la guerre. Que reste-t-il de la Pologne ? Combien de temps croit pouvoir tenir l’Angleterre ? La sagesse demande donc de mettre à profit l’armistice pour s’attacher à la reconstruction morale et matérielle du pays, préparer une paix acceptable voire, pour certains, une éventuelle revanche. Ainsi, parce que le devoir et la discipline semblent l’ordonner, les officiers sont prêts à remplir la tâche à laquelle ils sont conviés : reconstruire et préserver l’unité française puisque la souveraineté nationale s’exerce sur un tiers du territoire hexagonal et dans l’Empire. L’état d’esprit des cadres semble bien résumé par ce témoignage du général André Beaufre : Au cours d’un autre déplacement j’ai entendu l’un des premiers messages du général de Gaulle. Pour dire ici le fond de ma pensée, nous n’étions pour la plupart pas revenus de notre stupeur de la défaite. Nous ne l’acceptions pas moralement mais nous voyions mal comment ne pas reconnaître que le désastre était total… pour nous l’essentiel était de sortir le pays de l’affreux bouleversement où la défaite l’avait plongé. Ce sauvetage nécessaire nous valait un rôle ingrat et terriblement difficile, mais c’était, nous semblait-il, notre devoir le plus clair[32]. C’est assez dire que les officiers ne sont pas prêts à la dissidence. A l’été 1940 l’heure n’est pas à la transgression.

Spécificité militaire et dissidence

 

Aux yeux des officiers, l’exil du général de Gaulle lui permet de fracassantes déclarations dont la teneur leur laisse penser qu’il écarte trop facilement la détresse du pays. Aristocrate du courage et du patriotisme, vertus dont il feint d’être le seul dépositaire, ce général méconnu semble considérer les cadres de l’armée d’armistice comme les petits fonctionnaires d’un nationalisme étriqué soldant à vil prix la grandeur de la France. Son appel apparaît dès lors comme un simple défi d’orgueil et les officiers lui reprochent de ne se sentir en rien comptable de l’unité nationale et de renier ainsi l’une des motivations première de la vocation militaire. Ainsi, le général de gaulle ne bénéficie pas d’une estime favorable auprès de ses pairs. Ambitieux, opportuniste et, pire encore, « politique » sont autant d’aimables qualificatifs utilisés par les officiers pour stigmatiser un personnage ayant bénéficié de la protection de Paul Reynaud et, à ce titre, nécessairement suspect. D’aucuns lui reprochent également d’avoir accepté une responsabilité gouvernementale au moment même où il pouvait mettre en application ses théories sur les blindés dont il avait fait tant de publicité[33]. Ainsi, confrontés à la dissidence gaulliste, les officiers, pour la plupart, estiment que suivre celle-ci serait renoncer à l’honneur. En outre, choisir son chef, de surcroît dans un moment aussi difficile, reviendrait à nier toute discipline et à condamner l’institution militaire à la désunion voire à la désagrégation.

L’action du général de Gaulle, qui semble contraire aux intérêts vitaux de la nation et de l’armée, est ressentie par les officiers comme étant antipatriotique. La dissidence est, à leurs yeux, revêtue des habits de la désertion et de la trahison[34]. Rejoindre de Gaulle et l’Angleterre, plus perfide que jamais, c’est fuir son devoir et accepter de laisser le pays en proie aux pires malheurs, c’est faire le jeu de l’ « anti-France ». Pour les officiers, le devoir impose de demeurer sur le territoire national et le chemin de l’honneur est tout tracé car notre France blessée n’est pas morte. Elle revivra. Il faut la refaire ainsi qu’a dit le grand soldat qui nous gouverne[35]. De fait, une certaine idée de la France sépare de Gaulle et la plupart des officiers. En outre, ce militaire atypique ne cède en rien à la dévotion maréchaliste. De Gaulle tient Pétain pour premier responsable d’une doctrine militaire ayant conduit au désastre et se dit affligé par ce personnage inconséquent et défaitiste dans l’âme. Ses diatribes contre le Maréchal et son gouvernement éloignent un peu plus les officiers de la France Libre. Cependant, ceux-ci, tout comme Pétain, redoutent que la charge affective de patriotisme outragé[36]dispensée par de Gaulle ne suscite des vocations à la dissidence. Le 2 août 1940, le général rebelle est condamné à mort par un tribunal militaire que préside le général Frère[37]. Cette condamnation, avant tout symbolique et dictée par une nécessité de discipline militaire, veut avoir valeur d’exemple pour édifier les éventuels prétendants à la dissidence[38].

Le devoir d’obéissance, la discipline, le désir de sortir la France de l’abîme sont autant de préventions à l’égard de l’entreprise gaulliste. Par ailleurs, les cadres, de façon générale, sont imperméables à l’analyse géostratégique de De Gaulle. Leur sentiment patriotique est façonné par les structures mentales héritées du XIXe siècle qui fixent comme limites celles de l’Hexagone. Ce nationalisme replié sur lui-même appréhende mal la dimension supranationale de la dissidence gaulliste. D’autre part, l’aventurisme est peu répandu dans l’armée et les quelques officiers entourant de Gaulle sont suspects aux yeux des officiers de Vichy[39]. L’entreprise gaulliste est bien cette aventure incertaine, marquée par la désobéissance et la trahison, et menée par des têtes brulées. Enfin, la routine, le conformisme, un certain état d’esprit de soumission un peu craintive, d’éloignement du réel, de dérobade à l’égard des initiatives et des responsabilités[40]ne prédisposent guère les officiers à la dissidence.

Cette affiche de propagande Vichyste de 1941 illustre bien ce repli nationaliste : Deux personnages travaillent la terre dans un champ ensoleillé dont les contours ne sont autres que les frontières françaises. L’imagerie renvoie directement à l’idéologie alors défendue, avec l’illustration du travail, de la terre, mais aussi du redressement national nécessaire, illustré par la petite plante que la femme va planter et qui ne pourra dès lors que pousser si suffisamment entretenue / défendue. Notez la posture de l’homme qui protège la femme de trois chiens sauvages et d’un serpent à trois têtes aux noms évocateurs : « Franc-Maçonnerie », « le Juif », « de Gaulle », « le Mensonge », tous les ennemis désignés par le Régime de Vichy comme l’Anti-France. (Ville de Pantin, L’Histoire par l’Image, Musée de l’Armée)

Rejoindre de Gaulle c’est donc choisir l’insoumission et avoir la force de s’extraire des pesanteurs parfois écrasantes mais somme toute rassurantes de la condition militaire. C’est également, par un choix individuel, se dissocier de la communauté militaire, abandonner honneur et galons, hypothéquer sa carrière. Il est également nécessaire, afin de mieux comprendre les préventions des officiers, de prendre en compte, sans la minorer, la dimension affective et matérielle d’une telle décision. Ainsi, certains officiers en transit en Angleterre, rescapés de Dunkerque ou du corps expéditionnaire de Scandinavie, invoqueront des raisons sociales et familiales pour éconduire les recruteurs gaullistes. On le voit, il est particulièrement difficile pour des hommes installés d’abandonner leur famille, leur milieu et le cadre d’une vie relativement confortable. Ainsi, ils étaient trop installés dans leurs meubles qu’ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient la « sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation[41]. Aussi, lorsqu’elle est prise, la décision de passer à la dissidence fait de l’individu un être isolé, ayant rompu le pacte social avec sa communauté d’origine et partant nu à l’aube d’un destin mal dessiné. Un tel comportement ne correspond ni aux habitudes ni aux dispositions psychologiques de la majorité des officiers français.

Pour les officiers, le gaullisme semble être tout d’abord un mouvement d’humeur sans intérêt avant de susciter une réelle et profonde désapprobation. Dans la détresse générale, quelle influence peut espérer avoir un général inconnu et félon face au formidable consensus suscité par le plus prestigieux des chefs ? De plus, sur le moment, l’ « appel du soldat » n’a qu’un retentissement limité et dans l’extrême confusion qui règne alors de nombreux officiers n’ont pas connaissance de cette initiative[42]. Les cadres de l’armée d’armistice préfèrent se préparer pour une éventuelle revanche qui pourrait se dérouler dans l’ordre, la discipline et sous le signe de la légalité. Aussi entendent-ils se démarquer nettement des gaullistes écervelés car, comme le dit le général de La Laurencie, toute dissidence est un crime contre la patrie. Par ailleurs, l’action gaulliste, encore mal définie, et ce dans l’esprit même de son initiateur, paraît se résumer concrètement comme le simple apport d’un contingent à la solde de l’Angleterre.

Si certains officiers sont momentanément attirés par la sincérité patriotique de l’initiative gaullienne, les évènements de Mers el-Kébir et de Dakar les en détournent rapidement. Après l’été 1940, la source de recrutement gaulliste auprès des officiers d’active semble s’épuiser[43]. Les tentatives gaullistes dans l’Empire pour faire basculer les colonies dans la dissidence sont perçues comme servant les intérêts britanniques. Et, ces initiatives risquent d’affaiblir la France en mettant en péril la carte maîtresse que constitue l’Empire pour les futures négociations de paix. Dans cette perspective, le régime de Vichy, comme les officiers, estime que la France doit préserver son indépendance, ou ce qu’il en reste, et donc sauvegarder sa neutralité et son Empire, tout autant vis-à-vis des Allemands que des Britanniques. Par ailleurs, et selon cette logique, il est essentiel pour le gouvernement de prouver au Reich qu’il est en mesure de faire respecter l’armistice et en particulier l’article 10 qui interdit aux militaires français de s’expatrier. Suivre de Gaulle remettrait donc en cause pour les officiers ce fragile et nécessaire équilibre.

Affiche de la Ligue française antibritannique, groupe collaborationniste, dépeignant de Gaulle comme instrument britannique. La mention Dakar dans le coin inférieur droit permet de resituer cette affiche aux lendemains de l’expédition ratée de Dakar en juillet 1940, tentative franco-britannique de s’emparer de l’Afrique occidentale française (Ville de Pantin, Musée de l’Armée).

Des officiers entre passion et raison

En dépit de toutes les barrières psychologiques, matérielles ou circonstancielles évoquées, quelques officiers choisissent la voie de la dissidence. Comme Charles de Gaulle, ils font le choix, peut être déraisonnable, d’écouter leur conscience. Quelles motivations suffisamment puissantes peuvent pousser ces hommes à s’affranchir de leur condition ? Certes, la honte d’avoir été battus, sentiment commun à tous les soldats français, anime cette poignée d’hommes résolus mais, surtout, leur refus d’admettre la défaite et de déposer les armes alimente leur passion patriotique et les conduit à la dissidence. L’humiliation les pousse à l’insoumission. En effet, c’est au nom de valeurs supérieures que certains osent « rompre le charme » et briser le cercle de l’obéissance et de la discipline sous couvert desquelles, à leurs yeux, se pratiquent tant de démissions. L’obéissance semble alors compromettre leur honneur dès lors qu’ils estiment trahis les intérêts supérieurs de la nation. L’occupation du territoire, ne serait-ce qu’en partie, est un viol de la souveraineté française et l’accepter c’est tomber en servitude. La seule légitimité est donc celle du refus car la tragédie militaire de juin a déplacé la source du devoir. C’est pourquoi, le général Catroux reconnaît en de Gaulle un personnage sorti de l’échelle des grades et investit d’un devoir qui ne se [hiérarchise] pas[44].

Les premiers ralliés à de Gaulle refusent également d’admettre les funestes conséquences de l’aveuglement doctrinal et du manque de volonté de chefs militaires qui semblent en outre s’installer si aisément dans l’issue tragique de leurs errements. Ces mêmes errements que certains d’entre eux avaient dénoncés avec lucidité, non sans se heurter au conformisme paralysant de l’institution militaire. De fait ces esprits audacieux, ces caractères aventureux trouvent dans la dissidence le moyen de s’exprimer et de s’épanouir. Par goût et soif d’action, mais aussi par volonté de participer à une guerre que la bataille de France ne tranche pas, ils font le choix de combattre. Choix de soldats, certes, mais aussi choix de citoyens. Ainsi, pour la première fois depuis longtemps, l’armée voit en son sein des individus braver la hiérarchie en se dressant contre le devoir d’obéissance. Peut-être n’admettent-ils pas que « l’homme s’efface sous le soldat » et du métier des armes choisissent des grandeurs encore incertaines à des servitudes réelles. Peut-être aussi pensent-ils avec Marc Bloch qu’il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine si on n’a travaillé à la conquérir soi-même[45].

De juillet 1940 à la dissolution de l’armée d’armistice en novembre 1942, une interprétation différente de l’honneur, du devoir et du patriotisme va faire s’affronter, parfois les armes à la main, des soldats issus d’une même armée. Episode dramatique de l’histoire militaire nationale, où se reflète le formidable éclatement de la société française, et qui ne sera pas sans laisser de profondes cicatrices. Pourtant, les conceptions des officiers de la France Libre et celles des cadres de l’armée d’armistice ne sont pas toujours si éloignées. Ainsi, l’analyse de la défaite résonne d’étranges similitudes : la Troisième République, son régime parlementaire, l’esprit de jouissance ou encore le pacifisme sont également rendus responsables de part et d’autre. Tous s’accordent pour souligner la faillite des élites de la Troisième République. De même, nombreux sont les officiers de l’armée d’armistice qui partagent avec ceux de la France Libre un refus viscéral de la défaite mais non, et c’est une différence essentielle, de l’armistice. La rupture tient surtout aux conceptions du devoir et de l’honneur. Pour les uns, accepter la défaite et l’occupation est un déshonneur et sa spécificité première impose au soldat de poursuivre le combat[46]. Les autres affirment que seul le respect des valeurs militaires (discipline, obéissance, esprit de corps, apolitisme) garantit l’honneur ainsi que l’unité de l’armée. Ces derniers estiment en effet que sans l’observation stricte et entière des principes qui fondent leur identité les officiers ne peuvent que se dévoyer. Si le soldat méprise l’esprit de corps et la solidarité qu’il implique, s’il cède à la passion des évènements, comme s’en rendent coupables à leurs yeux les soldats perdus de la France Libre, alors il n’est plus qu’un mercenaire.

L’opération Exporter au Liban et en Syrie, en juin-juillet 1941, fut le théâtre d’affrontements entre Français. Ici, artilleurs vichystes autour d’une pièce de 75mm à Damour, au Liban actuel. (Patentier, SCA-ECPAD)

Entre juin 1940 et novembre 1942, et au-delà pour certains, beaucoup d’officiers cherchent leur devoir, quelque part entre Vichy et Londres. Ainsi, Jean de Montangon, sorti de Saint-Cyr en 1938, témoigne : Qui donc parmi mes camarades aurait pensé que deux ans seulement après leur sortie de l’Ecole se poserait, pour bon nombre d’entre eux, cette grave question : où est mon devoir ? Ce qu’aucun officier pratiquement ne s’était demandé depuis la création de l’Ecole en 1903[47]. La plupart choisissent la fidélité au Maréchal[48] et à l’armée, diminuée mais préservée, et l’engagement aux côtés d’une Révolution nationale qui les satisfait. Ainsi Charles Vallin témoigne : Mon cœur de soldat me portait vers ceux qui poursuivaient la lutte, mais ma raison résistait et me persuadait de rester auprès de celui qui, à nos yeux, semblait personnifier la Patrie. Le langage qu’il nous tenait, pour n’être pas celui de l’héroïsme, n’avait-il pas les accents de la sagesse ? En nous groupant avec discipline autour du vainqueur de Verdun, nous allions relever nos ruines, tirer les leçons du désastre, réformer nos institutions, préparer cette renaissance qui permettrait un jour à la France de reprendre sa place[49]. Pour de nombreux officiers de l’armée d’armistice, celle-ci permet de concilier le respect des principes inhérents à leur condition et la fidélité au Maréchal tout en maintenant la mission de combat dès lors que l’objectif final demeure la revanche.

Cette petite armée pour une grande revanche[50] donne à ses cadres le sentiment de pouvoir rester fidèles à l’orthodoxie militaire et à la formule « Ni Allemand, ni Anglais : Français ! ». En cela l’intransigeance et le loyalisme du général Weygand qui, tout en souhaitant maintenir la flamme de la revanche, entend appliquer le principe de « défense contre quiconque », définissent clairement pour les officiers la voie à suivre. Durant l’été 1940 Weygand demeure la conscience de l’armée française. Au général de Gaulle qui, le 20 juin, lui écrivait de poursuivre la guerre à la tête d’une résistance française constituée, Weygand avait sèchement répondu : Si le colonel en retraite de Gaulle veut entrer en communication avec le général Weygand, il doit le faire par la voie régulière[51]. Par ces quelques mots deux univers se condamnaient à l’affrontement.


Conclusion

 

Le stupéfiant désastre militaire de 1940 ébranle en profondeur l’armée française. Son échec à atteindre la finalité de toute armée en guerre éprouve sérieusement son orgueil et interroge sa raison d’être. Dès juillet 1940 l’armée est contrainte de s’adapter à une conjoncture historique dont elle ne perçoit tout d’abord que partiellement toutes les dimensions. Son rôle et sa place dans la nation semblent devoir être redéfinis. Si l’état social d’une nation se mesure à la santé de son armée, celle-ci est le décalque parfait de la société française au lendemain de la débâcle. L’armée cherche de nouveaux repères et de nouveaux points d’ancrage. Ainsi lui faut-il acquérir une légitimité nouvelle que la place prépondérante et le rôle social offerts par Vichy semblent susceptibles de lui donner.

Le cataclysme de la défaite a ouvert devant l’armée une ère nouvelle qui dans l’histoire de la conscience militaire [voit] venir le temps des individus. Leur place dans la hiérarchie, leur grade, leur formation compteront moins que leur caractère, leurs idées, leurs ambitions, leur volonté[52]. Ainsi le général Cochet qui, lors de l’armistice, demande à ses hommes de poursuivre le combat puis, dès le 6 septembre, rédige et diffuse un tract appelant les Français à veiller, résister, s’unir[53]. Ainsi encore, l’amiral Muselier qui, ayant rejoint Gibraltar, lance le 27 juin son propre appel au combat dans l’ignorance de celui du 18. Ainsi, bien sûr, le général de Gaulle qui par son spectaculaire défi vient troubler la recherche fébrile du devoir et de l’honneur.

A suivre de Gaulle, soudainement, l’idée nationale, le sentiment patriotique semblent pouvoir s’affranchir des obligations de la condition militaire et deviennent affaire de conscience individuelle. Le comportement du soldat semble désormais pouvoir être dicté par une interprétation personnelle du devoir et de l’honneur. L’officier, brusquement, a la possibilité de se référer aux critères d’une éthique individuelle. C’est, pour le moins, une épreuve douloureuse car elle suppose une inversion de valeurs profondément assimilées et intériorisées. Dans la tourmente de l’été 40 les esprits sont profondément troublés et garder toute sa lucidité n’est pas chose facile.

La majorité des officiers, totalement désemparée, se refuse à rompre avec les règles et les usages du corps militaire qui seuls, à ses yeux, permettent de préserver l’honneur et de se conformer à leur spécificité. D’ailleurs, l’armée, en tant que corps constitué, subsiste au travers de l’armée d’armistice. Pour la plupart des officiers, ceux de l’armée d’armistice comme ceux placés hors-cadres, le devoir est clair : obéir et suivre, souvent aveuglement, le chemin tracé par Pétain. Un gouvernement légal et « indépendant » existe et sa légitimité est assurée par la figure du Maréchal et le choix originel, seul possible, de l’armistice. Ceux, assez rares, parmi les officiers qui ne cèdent pas au charme trouble du maréchalisme sont néanmoins quelque peu anéantis par les évènements. Ne pas céder, dans l’immédiat, à un légitime repli sur soi demande d’avoir beaucoup d’énergie.

Les officiers de l’armée d’armistice se voient proposer une voie toute tracée et une place avantageuse : être les piliers de l’entreprise de rénovation nationale. Pour les autres, hormis les quelques uns qui ont déjà rejoint le général de Gaulle, il faut faire face à un cruel dilemme intérieur et à l’obsédante question, que faire ? Durant quatre ans l’histoire des officiers français allait s’écrire au pluriel.


Sources et Bibliographie

 

Sources

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. 72 AJ 267 (Avant-guerre et drôle de guerre)

. 72 AJ 269 (Mémoires et Journaux de guerre)

. 72 AJ 272 (Le haut commandement français face à la défaite à l’Ouest).

Service Historique de la Défense (Vincennes)

. 5 N 581 (Conduite de la guerre. Septembre 1939-juin 1940)

. 5 N 601 (Cabinet du ministre. 3e Bureau. Discipline et moral ; PR, 1920-1939)

. 7 N 2323 (EMA, 1er Bureau. Sous-officiers et militaires de carrière)

. 27 N 4 (GQG. Réunions du Conseil suprême interallié. Plans généraux pour la conduite de la                 guerre)

. 27 N 70 (Rapports de la Commission de contrôle postal. Moral des armées. 2e Bureau. 16                  mai- 14 juin 1940)

Témoignages écrits (Archives ORA)

. Général Céroni (6 p. manuscrites)

. Colonel René Gentgen (4 p. manuscrites)

. Jean de Montangon (3 p. manuscrites)

. Général Multrier (6 p. manuscrites)

. Général de Nadaillac (11 p. dactylographiées)

. Général Nérot (2 p. manuscrites)

. Colonel Maurice Prévost (2 p. manuscrites)

Entretiens

. Général Bernard de Boisfleury

. Général Jean Delmas

. Général Georges Roidot


Bibliographie

 

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[1] Cité par Denis Peschanski et Laurent Douzou,  « La Résistance française face à l’hypothèque Vichy », Annali della Fondazione Giangiacomo Feltrinelli, 1996, 1995, 73 p., pp. 30-31.

[2] Témoignant d’une rare indépendance, le commandant Loustaunau-Lacau déclarera : Il ne me vint pas à l’idée, parce que je le connaissais à fond, pas une seconde à l’idée que je puisse le suivre les yeux fermés, par sentiment de discipline. Cité par Vincent Monteil, op.cit., p. 81.

[3]  C’est ainsi que René Gillouin, « homme du Maréchal », définit la Révolution nationale. Cf. Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Vichy. 1940-1944, Perrin, 2000, 374p.

[4]  Dans son journal le général Laure note le 1er juillet 1940 : C’est notre chef qui est au pouvoir. Cité par Robert O. Paxton, op. cit., p. 163.

[5]  Témoignage du colonel René Gentgen (Archives ORA).

[6]  Cité par Robert O. Paxton, op.cit., p. 165. En 1935 cependant, c’est Gamelin, alors chef d’Etat-major général et Inspecteur général de l’Armée, qui décide que les officiers ne seront plus autorisés à publier sans l’accord préalable de l’Etat-major général.

[7] Robert O. Paxton, op.cit, p. 279.

[8]Les modalités de démobilisation sont complexes. On utilise essentiellement trois types de mesure : le placement en « congé d’armistice », l’abaissement de l’âge de la retraite et la « civilisation » de certains services (santé, intendance, justice, service géographique).

[9] Robert O. Paxton, op.cit., pp. 58-59.

[10] Pétain, Weygand mais aussi le général de La Porte du Theil, le général de Lattre de Tassigny ou encore Gamelin remettent sévèrement en cause le système éducatif de la République.

[11] Le général de Lattre souhaitant mettre en place une école de cadres dans la région de Clermont-Ferrand, critique violemment l’enseignement trop livresque et abstrait dispensé dans les Universités et dans les écoles militaires d’avant-guerre.

[12] Ordre général n°1, 21 septembre 1940. Cité par Robert O. Paxton, op.cit., p. 218.

[13] François Broche, L’Armée française sous l’occupation. T 1 : La dispersion, Presses de la Cité, 2002, 514 p., p. 40.

[14] Pour l’anecdote, Le Redressement de la Prusse après Iéna, de René Bouvier (1941) sera l’un des livres de chevet du maréchal Pétain. Cf. François Broche, op.cit., note 3, p. 48. Par ailleurs le livre de Jacques Besnoit-Méchin, Histoire de l’armée allemande, est distribué aux officiers généraux.

[15] Johanna Barasz, « De Vichy à la Résistance : les vichysto-résistants, 1940-1944 », Guerres mondiales et conflits contemporains, 2001, n°242, pp. 27-50, p. 44.

[16] Alfred Fabre-Luce. Cité par Robert O. Paxton, op.cit., p. 65.

[17] Circulaire n° 7381-3 / CAB. Citée par Vincent Monteil, op.cit., p. 87.

[18] Le 2 juillet 1940, le général Colson, ministre de la Guerre, contrevenant aux articles 4 et 6 de la convention d’armistice, donne l’ordre aux commandants des divisions militaires de camoufler le matériel. L’ensemble de cette opération est ensuite confiée au commandant Emile Mollard. Cet aspect, d’une réelle importance, concerne cependant une histoire de l’armée d’armistice qui n’est pas l’objet de cette étude.

[19] Cette antienne sera également reprise par des officiers ayant, tardivement, rallié de Gaulle pour distinguer celui-ci d’un « mauvais » CFLN.

[20] Robert O. Paxton, op.cit., p. 83.

[21] Dès 1939, de nombreux chefs militaires avaient exprimé des doutes sur les capacités de l’armée française. Les généraux Condé et Prételat, membres du Conseil supérieur de la Guerre, s’étaient même opposés à l’entrée en guerre. Par la suite nombreux seront les officiers à reprocher aux hommes politiques de ne les avoir pas écouté et d’avoir céder au « bellicisme » britannique. Pourtant, en 1938, c’est le général Beck, chef d’état-major allemand, qui soulignait l’impossibilité pour la Wehrmacht de vaincre les forces franco-britanniques.

[22] Robert O. Paxton, op.cit., p. 89.

[23] Le camouflage du matériel continue, de même on établit des plans de mobilisation, on élabore une doctrine et des plans d’opération, on forme des Groupes d’autodéfense, qui sont l’ébauche d’une résistance militaire, et on s’active particulièrement dans le domaine du renseignement.

[24] Appel du 18 juin 1940. Extrait.

[25] Louis de Villefosse. Cité par Vincent Monteil, op.cit., p. 81.

[26] Robert O. Paxton, op.cit., p. 44.

[27] Raoul Girardet, op.cit., p. 324.

[28] Johanna Barasz, op.cit., p. 50.

[29] Fin août 1940 environ 350 officiers et sous-officiers ont rejoint la France Libre.

[30] Cf. André Corvisier, Histoire militaire de la France, T IV : De 1940 à nos jours, dir. André Martel, PUF, 1994, 701 p.

[31] Mémoires de Napoléon, T V.

[32] Général André Beaufre, Mémoires 1920-1940-1945, p. 244.

[33] Témoignage du général Multrier (Archives ORA).

[34] Le maréchal Pétain, à propos de De Gaulle, déclarera à l’amiral Leahy, ambassadeur des Etats-Unis auprès du gouvernement de Vichy, qu’il ne voyait en lui  qu’une vipère qui a mordu le sein qui l’a nourri.

[35] Ordre du jour du colonel Perré (2e DC) du 26 juin 1940. AN 72 AJ / 269 (Journal de guerre de Maurice Ginet).

[36] J.L Crémieux-Brilhac, « La France Libre » in J.P Azéma et F. Bédarida, La France des années noires, vol.1 : De la défaite à Vichy, p. 181.

[37] Outre le général Frère (futur chef de l’ORA), le tribunal est composé des généraux Noël, de La Laurencie, de La Porte du Theil, Langlois, Bérard et Etcheberrigaray.

[38] AN 72 AJ / 249.

[39] Parmi les officiers ayant rejoint de Gaulle sans attendre, on trouve par exemple le général Larminat, mis aux arrêts pour avoir projeté de rallier la Palestine britannique avec ses troupes ou l’amiral Muselier, en retraite depuis novembre 1939. Par ailleurs, la plupart des officiers d’active ayant rejoint de Gaulle dans l’été 1940 étaient en poste dans l’Empire. Ainsi, le lieutenant-colonel Marchand au Tchad, le commandant Broche en Polynésie française, le capitaine Jourdier au Levant… On trouve également des attachés militaires ou des officiers évadés. Dans ce tableau, Philippe de Hautecloque, futur maréchal Leclerc, fait figure d’exception.

[40] Raoul Girardet, op.cit., p. 321.

[41] Romain Gary, La Promesse de l’aube, Gallimard, 1980, p.283.

[42] Toutefois le communiqué d’indignation publié par le gouvernement de Bordeaux le 19 juin assure à l’Appel une publicité inattendue. De même certains journaux ont publié, au moins partiellement, le texte de l’Appel. L’ignorance de l’Appel du 18 juin a parfois servi, a posteriori, de commode légitimation d’un choix différent.

[43] Cf. Robert O. Paxton, op.cit.

[44]  Charles de Gaulle, op.cit., p. 124.

[45] Marc Bloch, op.cit., p. 207.

[46]  Sur le monument aux FFL de l’île de Sein sera gravée cette devise : « Le soldat qui ne se reconnaît pas vaincu a toujours raison ».

[47] Cité par Denis Peschanski et Laurent Douzou, op.cit., p. 30.

[48] A partir d’août 1940 les militaires doivent prêter un serment de fidélité au Maréchal : Je jure fidélité à la personne du chef de l’Etat, promettant de lui obéir en tout ce qu’il me commandera pour le bien du service et le succès des armes de la France.

[49] Cité par Claude d’Abzac-Epezy, « Vichystes ou résistants ? Quelques itinéraires militaires, 1940-1944 », Guerres mondiales et Conflits contemporains, n°191, 1998, p. 133. Charles Vallin, officier, député du Parti Social Français du colonel de la Rocque, se rallie tout d’abord à Pétain avant de rejoindre de Gaulle en septembre 1942.

[50] Lieutenant-colonel Jacques Vernet, « L’Armée d’armistice, 1940-1942 : une petite armée pour une grande revanche ? », SHAT, 1983, 27 p.

[51] Cité par Vincent Monteil, op.cit., p. 102.

[52] P.M de la Gorce, op.cit., p. 398.

[53] Toutefois le général Cochet a la particularité de placer sa volonté de résistance sous l’égide du Maréchal.

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