L’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA)     

« Car il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine, si on n’a travaillé à la conquérir soi-même » (Marc Bloch, « L’Etrange défaite »)

Engourdies par un état de léthargie guerrière de la durée d’un automne et d’un hiver (« la drôle de guerre »), la France et son armée connaissent au printemps 1940 un réveil brutal. Le choc passé et l’Armistice accepté à la façon d’une punition justifiée ouvrant les voies de la Rédemption (la « divine surprise » de Maurras), les Français se frottent les yeux comme dans l’hébétude d’un sursaut matinal. Que voient-ils alors ? Le visage familier et paternel d’un vieux maréchal qui leur offre sa personne en guise de réconfort et de protection. Rassurée, la France se met à chercher, de ses yeux creusés par l’angoisse, les responsables de la défaite. Tout désignés, entre autres, sont les officiers dont la « débandade » est souvent motif à rigolade. Cadres d’une armée réputée puissante, la débâcle les a changés en cloportes fuyards. En la déplaçant sur les militaires les Français exorcisent leur propre peur et, pour nombre d’entre eux, l’armée française est morte le 22 juin 1940. A quoi peuvent alors servir ces 100 000 hommes qui forment une nouvelle force et dont le nom même (« Armée de l’Armistice ») est lourd de sens ? Transformés en simples gendarmes devant maintenir l’ordre dans la zone dite « libre », ils ne doivent s’attendre à aucune indulgence. Les noms des glorieux Poilus gravés sur tous les monuments de France sont comme un miroir de la honte. Ainsi ils sont, pour la plupart, sans véritable intérêt, pour d’autres trop liés à ce nouveau régime dont le choix de résidence semble indiquer le besoin d’une cure de régénération. Les autres, c’est-à-dire ceux qui, d’une manière spontanée et souvent diffuse, expriment la nécessité de résister ou plutôt de ne pas accepter l’Occupation ou encore ce général en rupture de ban qui, depuis Londres, appelle à entretenir la flamme de ce qui devait devenir la Résistance. Or, cette flamme, incandescente chez ces Français que l’on nommera bien plus tard « les Résistants de la première heure », brûle également, quoique sous une forme différente, dans ce qu’il reste de l’Armée française. Le général Weygand lui donne un nom qui sonne comme un avertissement : la flamme de la Revanche ! Flamme de la résistance ou flamme de la revanche, deux expressions qui, déjà, expriment de manière significative la réalité et la coexistence de deux conceptions du combat libérateur.

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Carte de la France occupée (Eric Gaba, Sting/ Wikimedia Commons)

Au sein de l’Armée d’armistice nombreux sont les cadres qui, dans l’ombre, font le nécessaire pour donner à l’armée la possibilité de reprendre la lutte lorsque les circonstances le permettront…De la mobilisation clandestine au camouflage du matériel, de l’élaboration d’une nouvelle doctrine et de plans adaptés aux circonstances, tout est mis en œuvre pour créer une véritable force clandestine. Cependant, si résistants civils et militaires s’accordent pour désigner l’occupant comme l’ennemi, le problème de l’attitude à adopter vis-à-vis du régime de Vichy est plus délicat et engendre des oppositions. Cette question est encore plus aigüe en Zone Sud où, jusqu’en novembre 1942, les seules autorités officielles sont celles de l’Etat français. Par conséquent de nombreux résistants (ou « opposants » en l’occurrence) font de Vichy l’ennemi immédiat. Aussi, suspectée d’être l’objet du régime, l’Armée d’armistice n’inspire que méfiance à cette résistance civile qui s’organise alors. Or, la dissolution de l’Armée d’armistice, le 27 novembre 1942, semble trancher la question et est perçue par l’opinion comme la seconde mort de l’armée française. Seul le général de Lattre, en Languedoc-Roussillon, a tenté jusqu’au bout de sauver l’honneur. De façon générale l’image de l’officier français ressort de cet épisode un peu plus ternie et Von Rundsted de se délecter en constatant cyniquement que « l’armée française est loyale, la police française empressée »

Il n’en demeure pas moins vrai que les cadres les plus résolus n’hésitent pas à franchir le Rubicon et à passer dans la clandestinité. Dès le 11 novembre, au soir de l’invasion de la Zone Sud par les troupes allemandes, le général Verneau, chef de l’Etat-Major de l’Armée de terre (EMA), transmet aux officiers de mobilisation des divisions militaires les instructions suivantes : « détruire les documents relatifs à la mobilisation clandestine ; s’orienter sur la constitution de détachements mobiles d’active avec de petits noyaux de réservistes ; camoufler au maximum les armes individuelles et les munitions ; prévoir la guérilla par petits détachements isolés dans les régions peu accessibles ». Le projet est clair : organiser une véritable armée clandestine.

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Le futur général Verneau, alors simple colonel, à Hussein Dey en Algérie (Inconnu, http://experiencecombattantelafaye.blogspot.com/2019/03/le-general-jean-verneau-un-sapeur-dans.html)

I / Origines et spécificité de l’ORA

  • Une place particulière dans la Résistance : l’étiquette « giraudiste »

Que reste-t-il de l’armée française au soir du 27 novembre 1942 ? A vrai dire peu de choses : les carcasses de la flotte dans les fonds marins de la rade toulonnaise, les unités de l’armée de l’Air clouées au sol à défaut d’ordres prescrivant de rallier l’Afrique du Nord, l’armée de Terre désarmée dans ses casernes et l’EMA remplacé par un « Organe liquidateur de l’armée » pour démobiliser le tout. En ces circonstances dramatiques un curieux hommage est indirectement rendu aux officiers français : « J’ai en conséquence donné l’ordre de démobiliser les unités de l’Armée française qui, à l’encontre des ordres de leur propre gouvernement, sont excitées par leurs officiers à une résistance active contre l’Allemagne ». Signé : Adolf Hitler. Dès lors, pour les officiers désireux de poursuivre le combat, les choix sont clairs : soit rejoindre l’AFN et l’armée, qui après s’être trompée d’adversaire, de Rabat à Tunis reprend la lutte aux côtés des Alliés, soit rallier les rangs de la Résistance intérieure, soit enfin, intégrer cette structure clandestine qui prend la forme d’une organisation métropolitaine de l’armée (OMA). En effet, le général Verneau, qui a obtenu le principe d’un organe liquidateur dont il entend se servir pour maintenir le contact entre les cadres, a créé, sans attendre, un état-major clandestin : c’est l’acte fondateur de l’ORA.

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Insigne de l’ORA

27 novembre 1942. A cette date 11 000 officiers d’active sont présents en métropole et se répartissent ainsi : 4 200 encadrent l’Armée d’armistice, 2 000 sont reclassés dans des corps civilisés (dont 500 dans les Chantiers de Jeunesse), 4 800 sont dégagés des cadres dont beaucoup en congé d’armistice. Parmi ces 11 000 officiers, 1 000 atteignent l’âge de la retraite, 1 500 rejoignent l’Afrique Française du Nord (AFN) via l’Espagne et ses centres d’internement, 4 500 s’abstiennent de toute activité de résistance et se serrent autour du maréchal Pétain comme il le leur a demandé le 13 novembre 1942. Certains, poussés par un anticommunisme virulent, vont rejoindre la LVF (Légion Française des Volontaires contre le bolchevisme) ou les Waffen SS. Enfin, 4 000 d’entre eux rejoignent la Résistance. 1 100 sont disséminés dans diverses formations de résistance (en particulier l’Armée secrète en Zone Sud et L’Organisation Civile et Militaire en Zone Nord). 1 400 participent aux divers réseaux (les réseaux de la France Combattante, ceux de l’IS, du SOE ou encore de l’OSS). 1 500 rejoignent les rangs de l’ORA. Quant aux sous-officiers, 600 s’intègrent aux divers mouvements, 1 000 aux réseaux et 1 000 autres à l’ORA. Ces chiffres, précieux pour rendre compte statistiquement de l’engagement des militaires dans la Résistance, n’ont en réalité qu’une valeur relative dès lors que l’on s’intéresse aux ressorts psychologiques de cet engagement.

Les événements de novembre 1942 ont plongé les cadres de l’Armée d’armistice dans une situation plus qu’inconfortable. L’illusion d’une reprise des hostilités qui aurait été orchestrée par le maréchal Pétain est définitivement ruinée et provoque un sentiment amer de trahison et d’impuissance. Episode douloureux, la dissolution de l’Armée d’armistice a pour conséquence de renvoyer chaque militaire à sa propre conscience, et ce n’est pas une habitude dans ce milieu…Le temps du choix individuel, du libre-arbitre succède, non sans déchirement, à celui des ordres, de l’obéissance et des affectations. Le militaire est alors confronté à cette situation si contraire à sa condition : la recherche personnelle du devoir. L’absence d’ordres, cruellement ressentie, l’illégalité, la clandestinité se dressent comme autant de barrières morales chez ces hommes. Entrer en clandestinité c’est renoncer aux valeurs essentielles qui constituent la spécificité militaire, c’est abandonner l’uniforme et devenir un franc-tireur au risque d’être assimilé à ceux que la propagande officielle désigne sous le nom de « bandits » ou de « terroristes ». De même c’est accepter, comme forme particulière du combat, la guérilla à laquelle ni leur formation, en raison notamment du conformisme de l’enseignement militaire, ni leur conscience professionnelle ne les ont préparés. Enfin, entrer en « résistance », et plus particulièrement en Zone Sud, signifie pour beaucoup entrer en « politique » et, pour certains, renier la fidélité au Maréchal. Par conséquent c’est une « épreuve souvent tragique pour des esprits façonnés au respect de l’obéissance, pour des hommes habitués à se tenir en dehors des luttes et des factions politiques ». Par ailleurs, la question du serment prêté au Maréchal engendre pour certains une crise de conscience. Le général Revers tente de calmer ces angoisses en déclarant que la dissolution de l’armée annule le serment.

L’Armée d’armistice avait permis d’entretenir une illusion en conciliant habilement le devoir d’obéissance et la préparation de la « Revanche ». Or l’ORA ne peut plus entretenir cette fiction mais sa constitution originelle permet d’observer, dans la clandestinité, une attitude plus conforme aux principes militaires, notamment par son rattachement à l’armée d’Afrique et au général Giraud. Cela permet, pour un temps, de maintenir la barrière entre résistance « civile » et résistance « militaire ». En effet, l’Organisation Métropolitaine de l’Armée (OMA), issue de l’Armée d’armistice, revendique initialement d’être reconnue comme un élément avancé de l’armée d’AFN et se rattache à ce titre au général Giraud, Commandant en chef civil et militaire à Alger depuis le 26 décembre 1942. Expression du respect de la hiérarchie et acte volontairement apolitique et strictement militaire, l’organisation (OMA) ne s’en trouve pas moins taxée de « giraudisme ».  Etiquette peu flatteuse quand on sait que Giraud ne cesse d’inquiéter la majeure partie des résistants par sa politique en AFN, son maréchalisme affiché, du moins jusqu’ à sa « conversion » en 1943 et son refus obstiné de parler avec de Gaulle. Il est cependant, par les soins des Américains, le seul « Commandant en chef civil et militaire » après l’assassinat de l’amiral Darlan le 24 décembre 1942.  En outre, depuis son évasion spectaculaire de la forteresse de Koenigstein, il est considéré comme « le chef militaire clandestin reconnu par l’Armée d’armistice ». L’ORA naissante se donne donc une place particulière dans la mosaïque de la clandestinité et cette position génère une forte incompréhension avec le reste de la Résistance française.

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Le général Giraud en captivité (inconnu, Département de la Défense des Etats-Unis, Wikimedia Commons)

Giraud fait figure de chef de l’armée française dont l’ORA se veut un élément avancé en métropole. Le 3 novembre 1942, avant de rejoindre l’AFN, Giraud a désigné le général Frère comme « Commandant en chef de toutes les forces civiles et militaires en France métropolitaine ». A ce titre, mais aussi en raison du prestige dont il jouit au sein de l’armée, le général Frère prend le commandement de la nouvelle organisation. Le général Frère est en fait dépositaire d’une autorité morale car, dans les faits, c’est le général Verneau qui est le principal artisan de la préparation du retour au combat et qui fixe les bases de l’organisation dont les objectifs sont ainsi définis : 

– 1 : L’ORA n’est qu’un élément avancé de l’Armée qui refuse toute inféodation politique.

– 2 : Le but à atteindre est de participer à la libération du territoire en facilitant le débarquement allié et en économisant au maximum les vies françaises, ce qui pose le problème de l’action immédiate.

– 3 : le maintien de l’ordre est une mission permanente des armées, mais elle n’est qu’une mission secondaire. L’essentiel étant toujours la défaite de l’ennemi. 

Ainsi, dès sa naissance, l’ORA se donne une place particulière au sein de la Résistance. Soucieuse de représenter la continuité de l’armée dans le combat clandestin elle refuse d’être assimilée aux autres mouvements. De cette spécificité revendiquée naît une incompréhension certaine avec la résistance intérieure et la France Libre. L’ORA se veut apolitique et nationale et appréhende la résistance en demeurant fidèle aux principes de l’orthodoxie militaire, envisageant son action comme la préparation de forces destinées à intervenir aux côtés des Alliés lors du débarquement. Elle ne s’intéresse qu’à la lutte armée.

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Le général Frère en 1935 (Musée de l’Armée, Wikimedia Commons)

Ainsi l’histoire de l’ORA se décline surtout en fonction de son adaptation aux exigences du combat clandestin et aux répercussions de la situation algéroise, c’est-à-dire le conflit Giraud / de Gaulle. Comme le note Paul-Marie de la Gorce : « l’histoire de l’ORA fut essentiellement celle de ses rapports avec la Résistance déjà constituée ». En effet l’ORA est « constituée d’officiers et de sous-officiers qui n’ont pas répondu à l’appel du 18 juin, qui sont demeurés sous l’obéissance du maréchal Pétain ». Aussi, après avoir été considérés comme « vichystes » les cadres de l’ORA se voient étiquetés « giraudistes ». Or les choses ne sont pas aussi simples et l’organisation semble également refuser cette étiquette « giraudiste » car elle traduit un arrière plan politique et non une attitude strictement militaire.  Ces hommes « qui n’ont jamais fait de politique en sont stupéfaits. Cela n’a aucun sens, ils servent la France et non un homme ; leur prêter une quelconque ambition les irrite et les désoblige … ». N’est-ce pas l’idée qui sous-tend les propos du colonel Zeller lorsqu’il déclare : « étant soldats, et ayant nos chefs au-delà des mers, nous obéirons au chef de l’armée quel qu’il soit »

En Giraud, donc, les cadres de l’ORA entendent simplement saluer un chef militaire. Cependant se satisfaire de cette unique explication, aussi sincère soit-elle, occulte une réalité plus complexe qui trouve son origine dans la spécificité militaire. Certes les cadres acceptent l’autorité de Giraud dans un souci de hiérarchie et d’obéissance conforme aux principes militaires. Néanmoins cette subordination permet de rallier ceux qui ont un temps cru, ou croient encore, à une volonté de résistance de la part du Maréchal. Illusion que le général Giraud a entretenu. Le 5 novembre 1942 il écrit une lettre significative à Pétain dont voici un extrait : « Je crois qu’il se présente pour notre patrie une chance inespérée de sortir de la guerre avec honneur. Je suis sûr d’ailleurs de votre pensée profonde, mais, plus libre que vous, je puis aller préparer en Afrique ce que vous achèverez vous-même en France ». Ainsi les cadres de l’ORA voient en Giraud la possibilité de concilier le principe d’obéissance, une certaine fidélité aux idéaux de la Révolution nationale et, plus particulièrement, à la personne du Maréchal, la volonté de reprendre le combat et le refus de la Collaboration, une certaine anglophobie et une méfiance réelle vis-à-vis de De Gaulle. De fait, si ce qu’il convient de nommer le « giraudisme » cherche à n’être qu’un « mouvement d’origine militaire, qui ne trouve d’intérêt qu’aux problèmes militaires et qui ne veut pas faire de politique », son identité est plus complexe. La particularité du « giraudisme » permet d’approcher une attitude collective spécifiquement militaire. Celle-ci se manifeste notamment dans la conception purement militaire que les cadres de l’ORA ont de la résistance. Toutefois l’ORA n’est pas à la recherche d’une quelconque obédience, fût-elle giraudiste, et ce respect de l’éthique militaire suscite d’ailleurs un clivage profond avec les autres formations de la Résistance.

  • L’ORA et la Résistance : le temps de l’incompréhension

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Bref organigramme de la résistance française avant mai 1943 (CNR en bas du schéma) (Pgautl35, Wikimedia Commons)

Les mouvements de résistance sont, de façon générale, très politisés et ne conçoivent pas l’action clandestine sans une réflexion politique, aussi diverse soit-elle, prenant en compte les impératifs qui se feront jour lors de la libération. Dans une lettre du 8 avril 1943 Henri Frenay rappelle à Jean Moulin qu’il perçoit l’AS (Armée Secrète) comme « une force militaire et une expression politique révolutionnaire ». Or l’ORA appréhende la Résistance comme une simple force de libération nationale qui doit concentrer tous ses efforts vers ce but unique et museler, du moins momentanément, les passions politiques. Lorsque le territoire national sera libéré il sera temps de rendre la parole au peuple et à ses représentants… Il va sans dire que cette position engendre des tensions avec le reste de la Résistance, d’autant plus que l’ORA continue, officiellement, de se réclamer du général Giraud, chef de l’armée. De fait, l’ORA, qui a implanté ses structures régionales et établi des liaisons avec l’extérieur (Londres et Alger), demeure sans contacts véritables avec les autres formations résistantes et apparaît quelque peu isolée dans le paysage de la clandestinité. C’est pourquoi, en février 1943, afin de rompre l’inquiétant isolement de l’organisation, le général Frère accepte que celle-ci entre en contact avec… le Parti communiste clandestin ! 

Ces liaisons, qui peuvent paraître surprenantes, voire « contre-nature », sont facilitées par les communistes qui cherchent alors à nouer des alliances et qui saluent simultanément, et temporairement, le général Giraud en tant que chef de l’armée et le général de Gaulle comme symbole de la Résistance. Au début de mars 1943 le général Giraud, parallèlement aux contacts avec le PC, avait donné l’ordre à l’ORA de « rechercher la liaison avec l’AS et de s’entendre avec elle sur le concours à offrir aux troupes alliées au moment du débarquement ». Le général Giraud a par ailleurs donné des gages aux communistes en libérant 27 de leurs députés internés en Algérie. Au sein de l’ORA c’est le capitaine Peynaud qui est chargé des relations avec les communistes en vue d’un accord avec les Francs Tireurs et Partisans (FTP). Loin d’être superficielles ces relations aboutissent à un projet d’accord ORA-FTP en octobre 1943 qu’il est prévu de compléter par une déclaration commune des deux organisations. Enfin, l’arrivée du général de Gaulle à Alger (mai 1943) marque le début de la coprésidence du Comité Français de Libération Nationale (CFLN) et la période de dyarchie (Giraud / de Gaulle). Cette situation fait évoluer progressivement la position de l’ORA et le bras de fer entre les deux généraux tournant à l’avantage de l’homme du 18 juin, l’organisation, tout en réaffirmant ses principes, sous l’influence du général Verneau et du CNR se rallie à de Gaulle. En cela l’ORA reste intègre au regard de son objectif premier : l’unité militaire de la Résistance et la poursuite dans la clandestinité des activités souterraines entreprises au sein de l’armée depuis juin 1940 (renseignement, camouflage du matériel, mobilisation).

 

Suivant les directives de Giraud, l’ORA se prépare activement dans l’éventualité d’un débarquement allié que les cadres espèrent pour l’automne 1943. C’est dans cette optique que le général Olleris, chef d’état-major du général Frère, entre en contact avec le général Delestraint, chef de l’AS. Tous deux s’entendent pour conclure des alliances locales sans attendre celle, hypothétique, de Giraud et de Gaulle. En outre, Delestraint veut saisir cette occasion pour réaliser l’unité militaire de la Résistance et, le 10 mai 1943, propose la fusion des deux formations. Or cette proposition se heurte au refus de ses proches collaborateurs, dont Henri Frenay, qui suspectent l’ORA d’être trop liée au régime de Vichy. Doit-on penser avec le général Roidot que « si le général Delestraint n’avait pas été arrêté le 9 juin, le ralliement de l’ORA à l’Armée Secrète puis aux FFI, se serait fait beaucoup plus facilement »  ? Il reste que cette phase initiale s’achève par l’échec temporaire des premières tentatives de coopération entre l’ORA et la Résistance intérieure jusqu’à l’accord ORA-AS du 29 décembre 1943 qui, par contrecoup, anéantit le rapprochement entre l’ORA et les FTP.

Cependant ces relations compliquées avec l’AS ou les FTP concernent essentiellement la Zone Sud. En Zone Nord les liens sont plus faciles, notamment avec l’Organisation Civile et Militaire (OCM). Toutefois, de façon générale, une question s’impose : quelle est la nature des divergences réelles entre l’ORA et les autres formations résistantes ? Christian Bachelier propose une réponse. Selon lui la Résistance est composée « de cadres sans troupes et de troupes sans cadres ainsi que de soldats sans armes et d’armes sans soldats. C’est donc en termes d’encadrement et d’armement que se posent les relations entre l’ORA et les autres mouvements ». Ainsi l’ORA est soupçonnée de vouloir encadrer l’ensemble des forces armées de la Résistance et la volonté de mainmise sur la Résistance dont semble faire preuve Giraud, par son désir de la structurer par d’anciens officiers de l’Armée d’armistice, ne cesse d’inquiéter. Le colonel Passy écrit : « La démobilisation de l’Armée d’armistice ouvrit de larges possibilités de recrutement, mais le directoire des MRU repoussa pendant de longs mois toutes les propositions faites par les dirigeants de l’ORA de fournir des cadres à l’AS, estimant que ces nouveaux éléments n’offraient aucune garantie politique, seraient plus dangereux qu’utiles. ».

Les militaires de carrière estiment qu’il est de leur devoir de réaliser l’unité militaire de la Résistance. D’un simple point de vue déontologique cela ne saurait surprendre. Par ailleurs, la formation des maquis implique un besoin de cadres que l’ORA, par essence, est propre à fournir. Cependant la double identité de l’organisation (à la fois avant-garde de l’armée et formation de résistance) lui impose de résoudre cette ambigüité. Dans l’esprit des cadres de l’ORA leur rôle est de réaliser l’unité militaire de la Résistance, ce qui suppose non seulement l’unité de commandement mais également le fait de considérer dès lors les différents mouvements comme autant d’éléments d’une seule et même armée française. Or le fait que l’ORA ne conçoive l’unification qu’en fonction d‘une vision strictement militaire ne peut qu’alimenter la méfiance à son égard. En effet, si la plupart des mouvements désirent unifier les formations armées, ils refusent en revanche que les cadres de l’ex-Armée d’armistice, trop ouvertement impliqués ou compromis avec Vichy, enrégimentent ou « caporalisent » cette armée nouvelle qu’ils veulent populaire et, pour certains, révolutionnaire. A l’évidence l’éthique militaire traditionnelle des officiers de l’ORA ne peut approuver une armée dont l’existence serait, à leurs yeux, subordonnée à des considérations politiques.

L’objectif premier, à savoir la libération du territoire national, est partagé par l’ensemble des organisations résistantes mais les moyens d’y parvenir sont aussi une source de tensions. L’ORA refuse ainsi de pratiquer l’action directe, voire l’action immédiate (d’où le reproche d’ « attentisme » dont elle peut faire l’objet). Elle désapprouve de façon énergique la stratégie communiste illustrée notamment par les actions spectaculaires du colonel Fabien. L’ORA rejette la guérilla urbaine et le « terrorisme » et considère que la lutte doit être limitée aux combats livrés par les maquis et, de préférence, en zone rurale. La volonté communiste de déclencher la lutte dès que possible, c’est-à-dire avant même le Débarquement, pour en faire une véritable insurrection populaire est, sans surprise, condamnée par les cadres militaires de l’ORA. Chez les communistes cette volonté procède également de la nécessité d’ouvrir un second front occidental réclamé par les Soviétiques. A cette théorie qui n’est pas sans rappeler la notion de « Nation en armes », l’ORA oppose l’idée plus traditionnelle et conformiste d’une « armée en guerre ». En cela l’organisation reste fidèle au principe énoncé en son temps par Kellermann : on ne déclenche pas une insurrection générale lorsque l’ennemi se trouve encore sur le territoire mais lorsqu’il le quitte.

Pour leur part, l’état-major de la France Libre et l’état-major interallié ont donné pour objectif principal à la Résistance intérieure l’aide au Débarquement et, dans l’attente de celui-ci, pour mission de perturber la machine de guerre allemande tout en mettant en réserve des forces prêtes à intervenir lors de l’ultime combat. Cette théorie est celle défendue par l’ORA dans la mesure où elle correspond plus étroitement à ses propres conceptions. Si les communistes estiment que les représailles, conséquence des attentats, inclinent la population à résister, selon l’adage « pour chaque fusillé, dix nouveaux résistants », l’ORA quant à elle entend éviter soigneusement toute répression et préserver des effectifs qui s’avèreront si précieux pour le jour « J ». A ces différences essentielles s’ajoutent d’autres motifs de discorde. Ainsi les communistes s’inquiètent de la mission de maintien de l’ordre que s’attribue l’ORA et les « gaullistes » des reproches que l’organisation adresse au général qu’elle accuse d’être trop impliqué dans les dissensions politiques internes à la Résistance. Pour de Gaulle une victoire ne peut être complète que si elle est également politique. Le 9 février 1943, lors d’une conférence de presse à Londres, le Chef de la France Libre déclare : « Pourquoi voulez-vous que le peuple fasse la guerre, souffre de la guerre, combatte, autrement que pour une politique ? »

Compte tenu de la dimension idéologique du conflit de Gaulle a compris qu’il est difficile de séparer le militaire du politique. De fait, au cours des premiers mois de l’existence de l’ORA, les relations avec de Gaulle sont inexistantes. Il est vrai que les officiers de l’ORA, anciens cadres de l’Armée d’armistice ont, jusqu’en novembre 1942, suivi la voie tracée par le discours du 17 juin 1940 et leur surdité passagère du lendemain obère leurs rapports avec cette France libre et combattante incarnée par ce général « inconnu ». Cependant, en dépit des difficultés évoquées et des tensions réelles qui marquent initialement les contacts entre l’ORA et la Résistance, ceux-ci évoluent notablement entre juin et décembre 1943.


II / Vers l’unité militaire de la Résistance

  • L’ORA et le rapprochement avec les « gaullistes »

L’arrivée du chef de la France Libre à Alger le 30 mai 1943 et l’arrestation du général Frère par la Gestapo le 13 juin sont deux événements qui vont permettre d’inscrire les rapports entre l’ORA et la Résistance, en particulier « gaulliste », dans une nouvelle logique. On l’a vu, l’arrivée du général de Gaulle inaugure la période de la dyarchie algéroise, c’est-à-dire la coprésidence par de Gaulle et Giraud du CFLN. Dans un premier temps, sous l’impulsion de son nouveau chef, le général Verneau, l’ORA réaffirme son « apolitisme » et sa volonté de réaliser l’ « union sacrée » face à l’occupant. Au demeurant, n’étant pas un « Mouvement » au sens propre du terme mais une formation strictement militaire, l’ORA n’est pas représentée au Conseil National de la Résistance (CNR) créé le 27 mai 1943. L’ORA reste sous les ordres de Giraud. Le 15 juin 1944 le lieutenant-colonel Brisac devait écrire dans un rapport : « L’organisation militaire (ORA) se réclamait du commandant en chef, les autres organisations militaires du général de Gaulle. L’inconvénient de cette dualité a été vivement ressenti dès le début ».

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Giraud et De Gaulle à Algers le 30 mai 1943 (Robert Capa, Magnum)

Cependant l’ORA doit reconnaître l’autorité du CFLN comme nouveau pouvoir central et, en tant que tel, s’opposant à Vichy. La reconnaissance de cette nouvelle légitimité modifie considérablement les relations entre l’ORA et le reste de la Résistance. Par ailleurs sous l’influence des généraux Verneau et Revers et des colonels Pfister et Zeller, l’ORA se lie plus étroitement avec l’AS et les Mouvements Unis de la Résistance (MUR). Ce rapprochement est facilité par l’ascendant que prend de Gaulle sur Giraud. Ainsi, déjà solidement structurée en Zone Sud, l’ORA se développe dès lors en Zone Nord où elle crée six groupements. Le 12 août 1943 le général Verneau assiste à la réunion du Comité de coordination des cinq mouvements de la Zone Nord. Le 15 septembre une directive du colonel Pfister rend compte de cette évolution et l’officialise de façon on ne peut plus claire : « Notre position est la suivante : nous ne reconnaissons aucun autre gouvernement que celui émanant du Comité de Libération. En particulier nous tenons le Maréchal pour mort depuis le 9 novembre 1942. Il ne saurait en aucun cas jouer un rôle après la guerre. Notre premier désir est de chasser l’occupant et nous obéirons à ce sujet comme les autres MR aux ordres du général Giraud, commandant en chef des forces armées ». Force est de constater qu’une certaine ambigüité demeure encore… Toutefois, à la fin du mois de septembre 1943, le colonel Zeller est envoyé en mission à Alger où, pour la première fois, il rencontre de Gaulle. Peu après le général Verneau fait part au chef de la France Combattante de ses sentiments de totale subordination.

En métropole l’ORA noue, dans toutes les régions, des liens toujours plus étroits avec l’AS et perd ainsi progressivement son étiquette « giraudiste ». En outre, du fait de son développement, l’ORA recrute désormais sur l’ensemble du territoire et cesse d’être uniquement l’émanation de feue l’Armée d’armistice, plus ou moins proche de l’Etat français. Ce climat général, nettement plus favorable, permet la conclusion d’un accord AS-ORA signé par Verneau et Dejussieu, chef d’état-major de l’AS depuis l’arrestation de Delestraint le 9 juin 1943. Cet accord présente trois clauses essentielles : 

1 – Les signataires suivent, tant sur le plan politique que militaire, les directives du CFLN dans la lutte pour la libération du territoire.

2- Pour l’exécution, ils provoquent, aux divers échelons les ententes locales nécessaires en vue de la répartition des missions.

3- Dans la mesure où les forces armées sont appelées à servir l’action politique (maintien de l’ordre), l’organisation militaire est à la disposition des autorités administratives officiellement désignées par le CFLN.

Cet accord prévoit en outre, pour chaque région de la Zone Sud, de confier le commandement militaire aux chefs de l’AS et des MUR, ceux-ci prenant pour chefs d’état-major des chefs régionaux de l’ORA. Dans les faits cet accord sera plus ou moins suivi d’effets selon les régions.

Au terme de l’année 1943 le CFLN demande à l’ORA de se faire reconnaître par le CNR. L’organisation est donc bien en voie d’intégration et un fait significatif illustre cette évolution. A Londres le commandant Lejeune, rattaché au « Cabinet Giraud », travaillait jusqu’à présent avec le SOE du colonel Buckmaster sans lien aucun avec le Bureau Central de Renseignements et d’Action (BCRA) du colonel Passy. Responsable auprès de Buckmaster du Service Action de l’ORA, sa mission consistait notamment à obtenir des armes et du matériel de la part des services britanniques. Or, suite à la disgrâce de Giraud, et afin d’éviter la disparition de ses services, Lejeune intègre le BCRA. L’unité d’action et l’unification militaire de la Résistance sont désormais en marche…

  • L’intégration de l’ORA

Pour des militaires, perpétuellement soucieux de respecter le devoir d’obéissance, l’éviction du général Giraud a au moins le mérite de clarifier leur situation. Depuis juin 1940, deux puis trois légitimités, ou prétendues telles, avaient douloureusement déchiré l’uniformité traditionnelle de la conscience militaire. Au terme de trois années d’une lutte sournoise, acharnée et habile le général de Gaulle parvient à s’imposer comme l’unique représentant de la libération nationale. Giraud évincé, Vichy toujours plus enlisé dans une politique tendant à transformer l’Hôtel du Parc en ambassade de la Wilhlemstrasse, l’obéissance à l’homme du 18 juin devenait, presque, indiscutable. Aussi le ralliement de l’ORA s’opère, certes progressivement, difficilement mais inéluctablement. Le général Revers, nouveau chef de l’ORA suite à l’arrestation du général Verneau le 23 octobre 1943, estime nécessaire de redéfinir la position de l’ORA et il le fait en ces termes dès le 14 novembre : « Au-dessus des remous politiques que nous connaissons mal, nous devons admettre qu’à Alger, des hommes luttent pour sauvegarder la souveraineté française… Il existe d’autre part un commandement en chef dont nous relevons. Militairement ce sont les seuls éléments que nous devons considérer. Une armée n’est pas et ne peut être celle d’un homme… Nos camarades d’Afrique nous en donnent un nouveau modèle : ancienne armée et forces gaullistes se sont fondues en un tout homogène et solide : l’Armée française dont nous sommes un élément ». Et, comme si cela ne suffisait pas, Revers informe Giraud qu’il serait « désirable que l’unité des ordres permette l’unité de l’exécution ».

La mise en garde de Revers est une interrogation supplémentaire quant à l’autorité de Giraud qui apparaît fort compromise. Le chef de l’ORA perçoit clairement qu’il se heurte à des difficultés d’ordre politique dont il préfère éviter les incidences tout en poursuivant l’œuvre d’unification militaire. D’ailleurs les contacts avec les autres formations de la Résistance sont devenus systématiques et répondent aussi à la stratégie d’encadrement voulue par l’ORA. Ces relations sont d’autant plus facilitées que Revers décide d’engager son organisation dans l’action immédiate car, selon son instruction du 20 décembre 1943, il estime que « l’évolution des événements militaires conduit à entreprendre dès maintenant des actions immédiates menées dans la métropole et dans le cadre des opérations alliées ». Certes il s’agit d’une action immédiate sélective dont les objectifs sont définis par le commandement mais cela témoigne tout de même d’une évolution. Cependant entre janvier et février 1944 s’est constitué, au sein du CNR, le COMAC (Comité d’Action Militaire) et, légitimement, Revers souhaite que l’ORA en fasse partie. Or il se heurte aux réticences du CNR et à la franche hostilité des communistes. Revers décide alors de s’ouvrir directement du problème posé par cet ostracisme à Georges Bidault, président du CNR : « L’Armée (et l’organisation militaire qui en découle) n’a aucune ambition politique et n’a d’autre but que de contribuer à la libération du territoire, sans d’ailleurs prétendre à un monopole dans cette matière. Les conditions mêmes de la vie du pays depuis l’armistice font que l’esprit réel de l’Armée est resté inconnu de la majorité de nos concitoyens. Peu ont été témoins du travail fait, peu ont senti les aspirations des meilleurs des cadres et de la troupe… ».

Le général Revers estime, non sans raison, que la mise à l’écart de l’ORA est motivée par des passions partisanes et une méconnaissance de l’ORA et de ses objectifs profonds. De plus, il est vrai que, pour ne rien arranger, fidèle aux traditions de la « Grande Muette », l’ORA ne dispose pas de journal clandestin pouvant développer ses théories et positions. Le 14 février 1944 Revers est attendu pour une réunion du CNR qui se révèle plus que méfiant à l’égard d’une organisation revendiquant trop ouvertement une spécificité militaire discréditée par les heures sombres de juin 40 et un tant soit peu suspecte eu égard à ses complaisances envers la Révolution nationale. Aussi le CNR décide de subordonner la représentation de l’ORA au sein du COMAC à certaines conditions : l’ORA doit déclarer n’avoir aucun but politique et n’entretenir aucun lien avec Vichy ; s’abstenir de recruter au détriment d’autres formations, en particulier l’AS ; prendre une part active à l’action immédiate. Le général Revers ayant accepté ces conditions le CNR déclare qu’il n’a « plus de motif de s’opposer à la participation de l’ORA dans les efforts des FFI, tant au sommet qu’à la base ». Toutefois, en raison de l’hostilité persistante du Front National, organisation communiste, Revers n’obtient qu’un strapontin de conseiller technique au sein du COMAC.

Schéma-organisation-résistance1
Organigramme de la résistance. Notez la présence de l’ORA dans les FFI (Benoît Momboisse, d’après l’Histoire de la résistance en France, JF.Muracciole, PUF, 1993 ; http://maquisdelorris.fr/resistance/?page_id=95)

Ainsi, en dépit de son souci permanent d’être reconnue comme l’avant-garde de l’armée régulière, l’ORA accepte de participer au projet de De Gaulle qui désire regrouper tous les combattants de l’ombre au sein d’une seule et même armée française. Théoriquement l’ORA s’intègre donc dans l’organigramme, certes encore très flou, des FFI. Un objectif précis rapproche l’ORA et de Gaulle : favoriser les actions militaires et l’aide aux Alliés lors du Débarquement (Plans « Vert », « Violet », « Tortue »…) en évitant de déclencher toute insurrection prématurée. En cela de Gaulle et l’ORA  s’opposent aux projets d’insurrection populaire souhaités par les communistes et qui prennent de l’importance au sein du COMAC. Le général Revers témoigne de ces divergences : « Avec le COMAC nous étions en désaccord total en ce qui concerne la politique militaire à suivre. Pour eux, au moment du débarquement, il fallait un soulèvement général… J’étais certain qu’un soulèvement général, alors qu’il y avait 15 divisions allemandes sur le sol français, ne pouvait conduire qu’à un massacre. Ce à quoi Kriegel-Valrimont m’a répondu : l’esprit français ne pourra se renouveler que dans le sang » . Or l’ORA n’entend pas « renouveler » le sang français mais l’épargner… Ainsi le rapprochement de l’ORA et de de Gaulle est facilité par cette unité de vue. Le 8 avril 1944 de Gaulle supprime le poste de Commandant en chef des forces armées, occupé par Giraud, et accapare la totalité des pouvoirs, militaire et politique. L’hypothèse Giraud est définitivement levée, le combat pour la libération peut commencer et l’ORA y participer. Pleinement.

 

Article rédigé par Jorris Alric.


Bibliographie

Il va de soi que la bibliographie ici présentée est loin d’être exhaustive et a pris pour parti de ne citer que les ouvrages directement liés à l’aspect militaire du sujet traité. 

. Christian Bachelier, Militaires et politique à travers l’expérience de l’ORA, IHTP, 1992.

. Bernard de Boisfleury, L’Armée en Résistance. France, 1940-1944, L’Esprit du Livre éditions, 2005.

. François Broche, L’Armée française sous l’Occupation, Presses de la Cité, 3 vol., 2002-2003.

. Colonel A. de Dainville, L’ORA. La résistance de l’armée / guerre 39-45, Lavauzelle, 1974.

. Jean Delmas, Les Officiers de l’armée d’armistice et la Résistance. France, 1940-1944, Archives ORA.

. Paul-Marie de la Gorce, La République et son armée, Fayard, 1963.

. Raoul Girardet, La Société militaire dans la France contemporaine. 1815-1939, Plon, 1953.

. Jacques Lecuyer, Méfiez-vous du toréador, AGPM, 1987.

. André Martel (s.d), Histoire militaire de la France. De 1940 à nos jours, Tome IV, PUF, 1994.

. Jacques Nobécourt, Une Histoire politique de l’armée. 1919-1942, de Pétain à Pétain, Tome I, Le Seuil, 1967.

. Robert O. Paxton, L’Armée de Vichy. Le corps des officiers français. 1940-1944, Tallandier, 2004.

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