1940 : Les officiers français face à la défaite (1ère partie)

Avertissement      

La courte étude ici présentée se propose d’appréhender les réactions des officiers français face à la défaite de 1940. Le sujet est vaste et complexe. Aussi, l’approche ne prétend pas à une exhaustivité factuelle mais tente de saisir l’état d’esprit des officiers dans une brève période s’étendant, pour l’essentiel, de juin à septembre 1940. La motivation principale est donc d’éclairer les comportements et les choix des officiers et de voir en quoi ceux-ci peuvent être dictés par une spécificité mise à rude épreuve par la déroute militaire. Il est toujours quelque peu délicat d’appréhender ce que pense véritablement le corps militaire et ce qui motive certaines de ses réactions. De par sa condition celui-ci se livre peu. Aussi, étudier l’état d’esprit et le comportement des officiers face à la défaite de 1940 revient souvent, et peut-être trop, à livrer une analyse faite de généralisations. La tentation de définir un idéal-type de l’officier de l’an 40 peut être séduisante. Pour autant elle n’est pas pleinement satisfaisante car elle cède à cette idée de militaires conçus comme une classe d’individus intrinsèquement, totalement et définitivement à part du reste de la société[1]. Or, un militaire n’est jamais uniquement militaire et n’est militaire que « temporairement » dans son existence. Par conséquent, si l’armée est un corps, et certainement l’un des plus solidement structuré, il convient de ne pas négliger les particularismes individuels ni les nuances qu’impose la complexité humaine. Aussi, un militaire de carrière ne peut être réduit à une définition stricte et figée ayant valeur pour l’ensemble de la corporation. Toute présentation trop globalisante peut se voir opposer de nombreux contre-exemples tendant à l’infirmer. Toutefois, avoir conscience de l’écueil que représente ce type d’analyse, n’empêche en rien de tenter une approche qui, tout en mesurant les disparités et la complexité des motivations individuelles, permette d’appréhender au mieux les comportements les plus répandus parmi les cadres militaires. En outre, les particularités individuelles tendent à s’estomper, voire à disparaître, dès lors qu’un groupe forme une communauté étroite, solide et codifiée dont la carrière militaire offre un exemple certain. La cohésion du corps militaire est telle, notamment à travers la « communauté émotionnelle », même si celle-ci peut se fissurer, que cela peut rendre la tâche plus facile. Enfin, les officiers, dans les conditions très particulières de la défaite, se sont trouvés au cœur de la vie nationale et, pour certains, se sont abondamment exprimés. Pour toutes ces raisons, il semble opportun de saisir ces officiers dans le flot des évènements.

Introduction

Étudier l’armée française de l’an 40 revient, hélas, à étudier l’armée de la tragédie. Cela suppose par conséquent de ne pas sous-estimer le choc que représentent la débâcle et la défaite, évènements impensables et qui, six mois plus tôt, auraient relevé des affabulations les plus trompeuses, lorsque la France avait encore « l’armée la plus puissante du monde ». C’est assez dire l’ampleur de l’évènement. Ampleur qui explique le triste soulagement et le sentiment de réconfort éprouvés par les Français, et de nombreux militaires, privés de tous leurs repères, lorsque le maréchal Pétain annonce qu’il fait don de sa personne à la France afin d’atténuer son malheur. Or, le Maréchal, le cœur serré, annonce également qu’il faut cesser le combat et négocier l’armistice. L’inimaginable s’est produit et les affiches proclamant Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts prennent un tour pour le moins dérisoire ou résonnent comme l’un de ces mensonges qui font tant de mal.

Affiche de la campagne de souscription aux bons d’armement, représentant en rouge les alliés de la France et arborant la phrase prononcée par Paul Reynaud, ministre des finances du gouvernement Daladier en septembre 1939, « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » (Collectif France 40).

Pour les cadres militaires c’est une véritable tragédie, collective et individuelle. Les officiers doivent en effet accepter la défaite de même que l’effacement de leur spécificité ainsi définie par le colonel Ardant du Picq : Le combat est le but final des armées et l’homme est l’instrument premier de ce combat. Ainsi, si la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 avait rappelé aux officiers leur raison d’être qu’en était-il à présent ? On mesure le désarroi et le sentiment d’humiliation qui s’emparent de ces hommes alors que s’impose à eux la cruelle constatation d’avoir échoué dans la finalité de leur vocation. Au déchirement d’un orgueil professionnel blessé s’ajoutent la souffrance d’un patriotisme violé et le goût amer de l’aveu d’impuissance. Impuissance douloureusement ressentie lorsque le 22 juin 1940, devant le célèbre wagon de Rethondes, Hitler esquisse un pas de danse qui trahit une joie intense.

En quelques semaines les armées du chancelier allemand ont écrasé la France honnie qui connaît alors la période la plus sombre de son histoire militaire : 92 000 morts, 200 000 blessés, plus d’un million et demi de prisonniers, un territoire envahit aux deux tiers et un commandement déshonoré. Très rapidement se pose la question : qui est responsable de ce désastre ? La défaite de juin 1940 est avant tout une défaite militaire dont les causes immédiates (…) ont été techniques et ont tenu principalement elles-mêmes à la carence de la doctrine militaire, le fait qui a commandé tous les autres étant que la France s’était donnée une armée purement défensive, une armée de position, au demeurant insuffisamment préparée et équipée[2]. En conséquence, les cadres militaires apparaissent comme les responsables immédiats de la défaite.

Pour le capitaine de réserve Marc Bloch, de nouveau mobilisé en 1939, les choses sont claires : Nous venons de subir une défaite incroyable. A qui la faute ? Au régime parlementaire, à la troupe, aux Anglais, à la cinquième colonne, répondent nos généraux. A tout le monde, en somme, sauf à eux[3]. Et l’historien de rajouter : quoique l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe qui demande elle-même à être expliquée fut l’incapacité du commandement[4]. La formulation est lapidaire, le constat sévère. Un peu trop. Certes, les généraux, dont les étoiles ne brillent plus guère, sont prompts à trouver des coupables hors du champ militaire mais ils sont eux-mêmes largement, et parfois injustement, stigmatisés. L’accusation, trop générale, d’un commandement dans son ensemble incompétent n’est pas recevable. De même la légende des « fuyards » ne saurait tenir lieu d’explication satisfaisante quant au comportement des cadres au combat (le prix payé par les officiers durant la campagne de France en témoigne).

Ces explications, trop simplistes, proviennent en grande partie de la stupeur d’une population à qui l’on avait répété lourdement qu’elle était protégée par la meilleure armée du monde, titre dont celle-ci s’honorait depuis 1918. Or, incompréhensiblement, cette armée venait de s’effondrer en un temps record. La défaite et l’humiliation subie remettent donc en question le rôle et la place de l’armée dans la nation et un lien consubstantiel s’effrite aux yeux de tous et sous le regard à la fois surpris et méprisant du vainqueur. Cependant, ce serait une cruelle injustice que d’attribuer aux seuls militaires la responsabilité toute entière de la catastrophe même si, de toute évidence, les erreurs de commandement sont trop nombreuses pour ne pas être soulignées.

Forces françaises déposant les armes le 1er juin 1940 à Lille (Bundesarchiv, France Info)

Les errements du commandement, dans la préparation et la conduite de la guerre, ne sauraient occulter l’intensité des liens collectifs qui caractérisent toute société moderne. Aussi, l’institution militaire n’est pas sans subir la pression sociale puisque ce sont les conceptions morales, juridiques et politiques prévalant à un moment donné qui modèlent le plus les armées et déterminent la forme des conflits qu’elles sont appelées à mener[5]. Ainsi, traiter de l’armée en 1940 est-ce traiter d’un problème singulier s’inscrivant dans une problématique plus générale, celle de la faillite des élites. Enfin, une question terrible dans sa simplicité a torturé le cœur et l’esprit des militaires jetés dans la débâcle : que faire ? Que faire lorsque les forces armées régulières n’ont plus les moyens de contenir l’ennemi ? Que faire pour empêcher l’invasion et l’occupation du territoire national ? A cette question – que faire ? – les réponses ont pu être diverses, notamment en fonction de l’âge, voire du grade, mais toujours, face à la défaite, la spécificité militaire allait imprégner sa marque aux comportements des officiers.


L’ « étrange défaite »

 

Le choc

Après huit mois vécus dans l’apathie et la somnolence d’une guerre sans véritables combats, l’armée française connaît un réveil brutal. Le 10 mai 1940 Hitler lance son offensive à l’Ouest et la Wehrmacht entre en Hollande et en Belgique. Répondant à l’appel des gouvernements belges et hollandais, les troupes franco-britanniques se portent en Belgique selon le plan Dyle-Breda. Le général Gamelin, généralissime désigné, voit, ravi, se répéter, ainsi qu’il le prévoyait, le plan Schlieffen d’août 1914. Entre le 10 et le 14 mai la ligne de défense entre Anvers et Namur est établie, conformément aux prévisions. Pour le haut commandement l’essentiel est réalisé : le front a été porté sur la Dyle, de sorte qu’il n’y aura pas de bataille de France ! Des souvenirs de la Grande Guerre, du bilan désastreux de l’invasion, de la mémoire des grandes offensives meurtrières, les chefs militaires français, Pétain en tête, avaient retiré la certitude qu’il fallait impérativement éviter le combat sur le sol national. Préserver l’intégrité du territoire était devenu l’obsession majeure de la politique de défense et avait induit une stratégie défensive appuyée essentiellement sur la ligne Maginot. Or, l’attaque allemande à travers les plaines belge et hollandaise ne constitue en réalité qu’une manœuvre de diversion.

Hitler s’est laissé persuader par ses généraux de concentrer l’essentiel de ses forces dans les Ardennes belges afin de percuter le centre du dispositif français (le « front continu ») en son endroit le plus fragile. En effet, les Ardennes, réputées infranchissables, de même que la Meuse, constituent pour les Français une « défense naturelle » et donc le point du dispositif le plus mal défendu. Là sont massées quarante-cinq divisions allemandes dont sept panzers. La Wehrmacht, loin de se contenter d’une stratégie périmée, lance le 13 mai, selon le plan conçu par von Manstein, les trois divisions blindées du général Guderian. Celles-ci opèrent la percée et débouchent sur Sedan où elles franchissent la Meuse. L’axe décisif de la percée allemande – le schwerpunkt –  se situe précisément au point faible de la défense française, à la jonction entre la IXe armée du général Corap et la IIe armée du général Huntziger. Le 14 mai, le général Corap ne peut soutenir la déferlante blindée de Guderian et, contrairement à ce qu’avait affirmé le maréchal Pétain, l’armée française se révèle incapable de « repincer » l’ennemi à la sortie des Ardennes. Démonstration est faite qu’une invasion était toujours possible[6] et la stratégie défensive de la France s’effondre.

Cette carte représente le front de l’ouest en mai-juin 1940. Le plan jaune allemand ainsi que le plan Dyle-Breda y sont représentés. Notez le coup de faucille allemand sur les arrières alliées qui remonte des Ardennes à Calais (Wikimedia Commons, USMA West Point). Précisons qu’un officier français, le lieutenant-colonel Touzet du Vigier, avait simulé début 1940, une partie de Kriegsspiel (Wargame), au cours de laquelle les forces allemandes avaient effectué le même mouvement qu’en mai 1940, coupant les armées alliées. Cet exercice n’est pas sans rappeler un autre précédemment mené par le général Prételat en juin 1938, qui aboutit aux mêmes conclusions. Devant les avertissements qui lui furent adressés, le général Gamelin se voulut rassurant, arguant qu’il ferait jouer ses réserves.

L’armée française est saisie d’effroi par cette guerre d’un genre nouveau, reposant sur le couple infernal avions / blindés et sur la rapidité. De nombreux officiers ont encore des schémas stratégiques hérités de la Grande Guerre et, ne pouvant rejouer celle-ci, se révèlent incapables de faire face. Le 15 mai, l’état-major français prend conscience du piège dont il est victime et le général Georges, commandant le front du Nord-Est, ordonne le repli aux troupes combattant en Belgique. En dépit de plusieurs contre-attaques (notamment la 4e DCR de De Gaulle à Montcornet le 17 mai) et, quoi que l’on ait pu en dire, de résistances acharnées, la rupture du front est consommée. Profitant de son avantage et contournant les môles de résistance, Guderian, appliquant immédiatement la suite du plan Manstein (« plan Jaune »), fait avancer ses blindés vers l’Ouest et commence l’opération « coup de faucille » (sichelschnitt). La disproportion des forces est telle que, poursuivant leur exploitation vers l’Ouest, les panzerdivisionnen encerclent les troupes de Belgique et atteignent la Manche le 20 mai. La veille, Gamelin a conçu une double attaque de la ligne allemande que Guderian, sûr de sa force a étirée au maximum. Or, le soir même, Paul Reynaud limoge Gamelin que Weygand remplace. Ce changement à la tête de l’armée intervient à un moment tout à fait inopportun et retarde l’opération. Lorsque Weygand se décide à appliquer le plan Gamelin il est déjà trop tard.


Les cœurs serrés du 17 juin

Weygand, nouveau généralissime, reprend l’idée, mythique, du « front continu » et décide d’établir une ligne d’arrêt sur la Somme et sur l’Aisne mais le 28 mai l’armée belge capitule et le corps expéditionnaire franco-britannique se replie sur Dunkerque. L’opération « Dynamo », c’est-à-dire l’évacuation de 130 000 Français et de quelques 200 000 Anglais, se termine le 4 juin après de violents combats et de lourdes pertes. Dès le 5 juin, après un ordre d’arrêt d’Hitler qui craignait une contre-attaque, la Wehrmacht reprend l’initiative et le 7, le groupe d’armées B du général Bock perce le front de la Somme tandis que le 10 Guderian enfonce la ligne d’arrêt établie sur l’Aisne. Désormais les évènements se précipitent : les armées allemandes s’engouffrent dans les brèches et la combativité des soldats français, aguerris par la première phase de la bataille, ne peut empêcher la débâcle militaire qu’accompagne un formidable exode de la population civile. Le jour même, le gouvernement évacue Paris en direction de la Touraine tandis que l’Italie déclare la guerre à la France.

Carte de l’offensive allemande en France entre les 13 et 25 juin (USMA West Point)

Le 14 juin les Allemands entrent dans la capitale, déclarée « ville ouverte », et progressent dans tout le pays. A bordeaux, où s’est replié le gouvernement, la situation est particulièrement confuse, faite d’intrigues, d’hésitations et de revirements et le 16, dans la soirée, Paul Reynaud démissionne sous la pression du « parti de l’armistice » conduit par Pétain qui est appelé à la présidence du Conseil. Le lendemain, le Maréchal annonce, outre le fait qu’il fait don de sa personne à la France, qu’il faut cesser les combats et qu’il s’est adressé à l’adversaire pour mettre fin aux hostilités. Semant le trouble et ajoutant à la désorganisation de l’armée, l’allocution du Maréchal demandant l’armistice a pour conséquence première d’« offrir » aux Allemands un contingent de prisonniers supplémentaire[7] et a, pour le moins, un impact désastreux sur le moral des unités qui combattent encore. Stupéfaits par cette annonce, certains préfèrent ne pas y croire quand d’autres invoquent la cinquième colonne[8]. En ce 17 juin 1940, de nombreux officiers, souvent les plus jeunes, estiment encore que toute résistance n’est pas impossible et certains se prennent même à rêver d’une guérilla contre les chars et les éléments motorisés en constituant des môles de résistance à partir desquels il serait possible de harceler l’ennemi en une sorte de « chouannerie moderne ». D’autres préconisent une résistance prenant la forme d’une vaste bataille de retardement pouvant permettre le transfert d’une partie des unités vers l’Empire en prévision d’une poursuite de la guerre.

Cependant, de nombreux officiers, devant l’effrayant constat du désastre et dans le souvenir tragique des sacrifices inutiles de la Grande Guerre, n’entendent pas engager leurs troupes dans un combat retardateur qui chercherait, vainement, à changer le cours de la bataille. Pour les plus jeunes, un geste de résistance, même inutile voire dérisoire, aurait le romantisme de ces défis désespérés qui contribuent à sauver l’honneur. Fils d’une France victorieuse, dont l’image a bercé leur existence et leur engagement, ils ne peuvent se résigner à constater sa disparition sans réagir, sans un « baroud d’honneur ». Héritiers, comme officiers, de cette armée de la victoire, ils désirent en être dignes tout en légitimant leur vocation. L’un des leurs témoigne : Tout de même, finir là sans avoir tiré un coup de canon, sans avoir donné la moindre preuve de notre raison d’être, de la mienne en tous cas, moi, officier d’active[9]. L’honneur leur semble alors contraire à la résignation, à l’acceptation du « raisonnable » dont la négation leur semble la seule assurance de survie pour la patrie.


Le poids de la formation

Afin d’affronter un danger et d’y résister il faut disposer, en premier lieu, d’une solution pratique correspondant au type de combat à livrer et avoir suffisamment apprivoisé le danger pour s’en accommoder. Or, la guerre-éclair représente pour les soldats français un péril jusqu’alors inconnu. La rapidité comme les imprévus de la bataille laissent les chefs désemparés. A la différence de 1914 où la guerre de position, succédant au mouvement, avait permis à l’état-major, certes très progressivement, de s’adapter aux réalités du combat, les chefs de l’an 40 n’ont guère le temps que de parer au plus pressé. Or, notera le général Doumenc, nos adversaires qui avaient pour eux tous les avantages de l’offensive, ont su en tirer grand parti. Leur manœuvre fondée sur la réussite d’une attaque centrale qu’ont menée de bout en bout leurs corps cuirassés et motorisés, a bénéficié d’une rapidité et d’une perfection d’exécution dont il faut reconnaître le mérite[10]. A cela le passéisme des généraux français a peu de choses à opposer. En effet, cadres ou simples soldats, aucun n’a reçu l’instruction nécessaire et conforme à la nature du combat qu’il doit livrer. Par ailleurs,  tant par sa formation morale et intellectuelle que pratique, rien ne prédispose l’officier à se lancer dans l’aventure de la guérilla. L’enseignement militaire n’a pas inculqué à ses élèves cette forme particulière de la guerre dont l’histoire de France offre pourtant des exemples (1814-1815, 1870-1871).

Les tirailleurs de la Seine au combat de Reuil-Malmaison le 21 octobre 1870 (Étienne Prosper Berne-Bellecour, Klim Sanguine, l’Histoire est mon Comptoir). Des corps francs furent levés durant la guerre de 1870, et participèrent notamment au siège de Paris. Leurs actions gravitaient, entre autres, autour du harcèlement et du coup de main.

A l’Ecole de guerre, l’enseignement de l’histoire militaire, statique et très formaliste, a été passivement assimilé par les futurs officiers. Cela a eu des conséquences d’autant plus regrettables que la méthode historique en vigueur constituait la base essentielle de la doctrine militaire de l’entre-deux guerres. Ajustée aux nécessités de la formation militaire, l’histoire fut convoquée pour servir à l’élaboration d’une doctrine qui se voulait infaillible. Par ailleurs, les stratèges militaires étant toujours conduits à anticiper une guerre éventuelle sur le modèle de la précédente, l’enseignement historique avait eu pour objet principal la Première Guerre mondiale dont les leçons étaient apparues comme une « vérité révélée »[11]. Pétain lui-même n’avait-il pas découvert que « le feu tue » ? Ainsi, la génération de 1940 ignorait tout de la guérilla, parce qu’une guerre se prépare toujours en partant de la précédente et qu’en 14-18 il n’y avait pas eu de guérilla[12]. On comprend mieux alors cette angoissante question qu’un jeune officier, frais émoulu de l’Ecole, pose à Marc Bloch dans les derniers jours de la bataille : Faut-il croire que l’histoire nous ait trompés[13]? Le capitaine-historien estimait pour sa part que contre l’enseignement, tel qu’il s’est presque invariablement pratiqué dans les écoles militaires, il n’est pas d’acte d’accusation plus terrible que cette simple et irréfutable constatation : aux chefs de 1914, il a persuadé que la guerre de 1914 serait celle de Napoléon ;  aux chefs de 1939, que la guerre de 1939 serait celle de 1914[14].

Aussi, parce qu’ils sont le fruit d’une formation routinière et formaliste fondée sur une obéissance passive qui annihile l’esprit d’initiative, les officiers de 1940, d’une manière générale, n’ont pas le réflexe de chercher ailleurs que dans leurs règlements et manuels la parade au désastre. Un processus de sclérose intellectuelle a, chez nombre d’entre eux, remplacé le sens des réalités et de l’adaptation. Si les plus jeunes analysent plus librement et plus lucidement la situation de mai-juin 1940, un comportement de bons élèves appliqués à devenir des soldats modèles les empêche, pour beaucoup,  de casser le moule et leur ôte le ressort nécessaire pour sortir de l’impasse. Ainsi le général Beaufre peut-il écrire : Notre faute à nous, les subalternes, était d’avoir cru aux réputations, à la discipline intellectuelle poussée jusqu’au conformisme, de n’avoir défendu nos idées que dans les limites de suggestions polies, d’avoir laissé les évènements dérouler leur impitoyable logique sans intervenir de façon efficace dans l’Armée et dans le pays[15].

En mai-juin 1940, quelle réponse pouvait apporter l’obéissance inconditionnelle pourtant considérée comme indispensable pour affronter le combat ? Dans cette guerre d’imprévus, il eut fallu de la part des chefs, et ce à tous les échelons, un immense effort d’adaptation auquel ils n’étaient pas préparés. En effet, cette bataille de quelques semaines, qui fut une défaite si complète et si soudaine, a surtout été dès le début et jusqu’à la fin une surprise continuelle devant notre impuissance à nous opposer à la marche torrentielle de l’ennemi et à y répondre par des manœuvres appropriées[16]. Ainsi, l’écroulement de tout le système de doctrines et d’organisation auquel nos chefs se sont attachés les prive de leur ressort. Une sorte d’inhibition morale les fait soudain douter de tout et, en particulier, d’eux-mêmes[17]. D’autre part, une autre rigueur de la condition militaire empêche les cadres de se diriger vers un combat moins classique : leur formation et leur carrière leur ont appris à respecter les « Lois de la Guerre »[18] et en particulier la Déclaration de Bruxelles concernant la conception du « combattant régulier » (1874). La plupart montre donc une répugnance certaine à trahir des engagements qui sont l’un des fondements de la spécificité militaire puisqu’ils codifient la violence légitime. Cependant, certains, en cette heure d’exception, secouent le carcan. L’âge est souvent leur meilleur atout car la débâcle a également pour conséquence de creuser l’écart entre les générations et les chefs n’appartenaient malheureusement pas à celle qui jouissait des artères les plus souples[19].


Le choix de l’armistice

A l’écoute du discours du 17 juin, consternés par la rapidité et l’étendue du désastre, les officiers, dans la douleur, s’interrogent sur l’opportunité et la possibilité de poursuivre le combat. Les paroles du Maréchal ont surpris et ont provoqué un débat. En réalité, la réaction des officiers dépend beaucoup de leur analyse de la situation militaire et, de fait, il existe une différence réelle entre les officiers se trouvant sur le terrain et ceux n’ayant pas subi le choc de la blitzkrieg. Les premiers, confrontés à l’improvisation, à la désorganisation et au repli, en un mot à la débâcle, estiment la défaite déjà consommée et, se trouvant à la tête d’unités débandées, se réjouissent des paroles du Maréchal et sont favorables à un armistice. Les seconds, le plus souvent officiers coloniaux ou attachés militaires, sont plus enclins à la poursuite de la guerre depuis l’Empire. Certains d’ailleurs, le général Noguès en tête, manifestent auprès de Weygand leur opposition à un armistice. Dans ces journées de doute, ce qui pour un officier est par définition inconfortable, trois options semblent se dégager : suivre Pétain et Weygand et obtenir un armistice « honorable » ; continuer la guerre à partir de l’Empire ; rejoindre l’Angleterre et ce général inconnu nommé de Gaulle. Si les deux premières solutions se discutent, la troisième n’est encore qu’une aventure trop incertaine.

Le choix de l’armistice semble être, pour le plus grand nombre, celui de la raison. De nombreux officiers, à la suite de Pétain, estiment qu’ils font face à une armée supérieure en nombre et en matériel et que, par conséquent la guerre est finie. Cette vision inexacte – en réalité sur le papier les forces sont sensiblement équivalentes[20] – provient de la surprise et du désarroi engendrés par l’utilisation que fait l’ennemi de ses troupes et de son matériel. Dans ces conditions, l’annonce du Maréchal le 17 juin trouve la majorité des officiers si désemparés qu’elle résonne comme la voix de la sagesse, et celle de l’obéissance, et surtout comme l’unique solution. Le choix de l’armistice cependant n’est pas uniquement dicté par des considérations militaires. En effet, Pétain et Weygand veulent faire cesser la guerre par un acte d’Etat, évitant ainsi une capitulation de l’armée française en rase campagne et le transfert du gouvernement en Afrique du Nord[21]. Tous deux sont farouchement hostiles à une capitulation qui engagerait l’honneur de l’armée, livrerait la population à l’ennemi et, surtout, laisserait aux politiques la liberté de poursuivre la lutte à partir de l’Empire.

Dans le chaos, Pétain et Weygand font le choix de l’armée et offrent, déjà, une place de choix aux militaires dans la perspective d’un futur redressement national. Certes, il faut préserver la France et c’est précisément pourquoi il faut sauvegarder son armée puisqu’à leurs yeux les deux se confondent. L’armée est le pilier essentiel de la nation et, de plus, les hommes politiques doivent endosser la responsabilité de la défaite. La priorité est donc donnée au relèvement moral de la France dont l’armée doit être l’outil premier[22]. Pétain propose donc de mettre fin à des combats inutiles mais aussi – surtout ? – d’expier les fautes du passé qui ont conduit au désastre, d’en finir avec « l’esprit de jouissance » et de retrouver les « vraies valeurs » afin de mettre fin à la profonde crise d’identité nationale. Par ailleurs, les chefs miliaires, Weygand en tête, sont obsédés par le maintien de l’ordre et redoutent que la situation chaotique créée par l’exode et la défaite ne soit l’occasion d’une insurrection populaire.

Une du journal Le Petit Marseillais le 18 juin 1940, présentant l’appel du Maréchal Pétain. Proche du régime de Vichy sous l’occupation, ce journal disparut en 1944 à la libération, pour avoir été un organe de la collaboration. (Archives départementales des Alpes-de-Hautes-Provence, CNRD, réseau Canopé)

Les officiers, dans leur majorité, compte tenu des circonstances mais également de par leur culture et leur formation, sont sensibles à ce discours. Selon eux, il est inutile, voire criminel, de poursuivre un combat déjà perdu, ce qui montre une certaine faiblesse de leur analyse géostratégique faisant de la bataille de France la fin de la guerre. La priorité est alors de sauver l’institution militaire dont ils constatent la décomposition et dont ils craignent la disparition. Il convient donc, ainsi que le propose le Maréchal, de négocier entre soldats et dans l’honneur. Cependant ce choix n’est tout d’abord pas partagé par ceux des officiers qui envisagent l’Empire comme une solution.

 


L’Empire : solution ou illusion ?

Réagissant immédiatement au discours de Pétain du 17 juin, le général Noguès, commandant en chef en Afrique du Nord, télégraphie à Weygand : L’Afrique du Nord toute entière est consternée. Les troupes de Terre, de l’Air et de la Marine demandent à continuer la guerre pour sauver l’honneur et conserver l’Afrique du Nord à la France [23]. De fait, sur quelles réalités repose l’hypothèse d’une poursuite de la guerre depuis l’Empire ? Cette question, suffisamment complexe, mérite de s’y attarder plus longuement[24]. C’est au Conseil des ministres du 29 mai que Paul Reynaud évoque pour la première fois cette éventualité. Il reçoit le soutien de Louis Marin et Georges Mandel qui estiment que l’Afrique du Nord offre une réelle possibilité, à la fois politique et militaire, de reconquête future de la métropole. Dès lors, la flotte étant intacte, l’Afrique du Nord apparaît à certains comme l’ultime recours[25]. Weygand, pour sa part, est opposé à cette solution et, le 8 juin, au général de Gaulle évoquant devant lui cette possibilité le généralissime rétorque :  L’Empire ? Mais c’est de l’enfantillage ![26]

En ces heures pénibles, où règnent la confusion et l’indécision, le général Noguès s’affirme comme étant l’homme clé qui peut faire basculer l’Empire derrière l’Afrique du Nord dans la guerre[27]. En effet, de nombreux chefs militaires de l’Empire se déclarent prêts à le suivre et à continuer la lutte[28]. Les télégrammes de soutien, ainsi que les encouragements britanniques, affluent en Afrique du Nord mais c’est en vain que Noguès, en dépit de demandes réitérées, tente de persuader le gouvernement de rallier l’Afrique du Nord pour y poursuivre le combat. L’entêtement et la détermination de Noguès trouvent leur source dans le refus de la défaite mais aussi dans la crainte que la résignation de la métropole ne soit interprétée comme un lâche abandon par les populations indigènes dont la fidélité semble intacte. Le 18 juin il télégraphie à Pétain : Les musulmans sont prêts, en ce moment, à donner leur vie pour que le drapeau de la France continue de flotter sur l’Afrique du Nord. Nous ne saurions les décevoir[29]. Une déception pourrait en outre entraîner une violente réaction comme incite à le penser les souvenirs encore présents des révoltes Kabyle de 1871 et du Rif en 1925. Noguès redoute que la France perde son « empire musulman ». Dans le même télégramme il insiste : Toutes les troupes ainsi que les populations françaises et musulmanes d’Afrique du Nord me prient dans des démarches émouvantes de demander respectueusement au gouvernement de continuer la lutte et de défendre le sol nord-africain. Les indigènes en particulier qui, comme ils le déclarent, sont prêts à marcher avec nous jusqu’au dernier homme ne comprendraient pas que l’on puisse disposer éventuellement de leur territoire sans tenter avec eux de le conserver alors qu’en 1939 comme en 1914 ils ont répondu en masse à notre appel pour venir se battre en France à nos côtés[30].

Le général Noguès (au centre avec l’uniforme clair), Résident général du Maroc de 1936 à 1943, passe ici en revue des goumiers marocains, accompagné, à sa gauche, du général de division Mordacq, et à sa droite d’un officier espagnol. (inconnu, Musée des Etoiles)

La « brûlante insistance » de Noguès n’y fait rien. Pétain est farouchement opposé au départ du gouvernement en Afrique du Nord qu’il perçoit comme une désertion, qu’il juge inutile et absurde et qui lui fait craindre la perte de son autorité qu’il entend conserver pour mener à bien son projet de rénovation nationale. D’autre part, le spectre d’une « polonisation », c’est-à-dire une occupation totale et brutale du pays, hante les esprits et il apparaît donc raisonnable de sauver ce qui peut l’être. Dès le 11 juin, lors du Conseil suprême interallié, le général Weygand avait exprimé son opinion à ce sujet : S’il faut envisager l’occupation complète de la métropole, on en vient à se demander comment la France serait capable de continuer la guerre[31]. Cette remarque tend à prouver que l’option impériale n’est pas imaginée, les chefs militaires ne pouvant se résoudre à quitter le territoire national, ni qu’une autre forme de guerre puisse être envisageable tant elle conduirait les officiers à employer des procédés que récusent leur conscience et leur formation professionnelle[32]. En outre, Pétain et Weygand sont d’une part confortés par l’accord allemand pour engager des négociations et d’autre part craignent qu’une imminente défaite britannique n’engendre un accord anglo-allemand au détriment de la France. Lors de leur entretien du 8 juin, Weygand avait déjà dit à de Gaulle : lorsque j’aurai été battu ici, l’Angleterre n’attendra pas huit jours pour négocier avec le Reich[33].

Pétain reste sourd aux exhortations le poussant à envisager une poursuite de la guerre. Seules des conditions d’armistice inacceptables, à savoir la livraison de la flotte ou de l’Empire, pourraient le conduire à rompre les négociations et à envisager un repli sur l’Afrique du Nord. Or, l’Afrique du Nord et la Méditerranée n’entrent pas dans la stratégie directe d’Hitler qui, impatient d’en finir à l’Ouest, ne veut prendre le risque de voir la France refuser l’armistice et, éventuellement, poursuivre la guerre avec sa flotte et ses colonies aux côtés de l’Angleterre. En outre, la neutralisation de la flotte française est une carte maîtresse dans son projet d’anéantir le Royaume-Uni. C’est pourquoi le chancelier allemand ordonne de ne formuler aucune exigence concernant l’Empire français, car cela n’aboutirait qu’à faire passer les colonies du côté anglais, et en cas de refus, nous ne pourrions actuellement pas réaliser ces exigences par la force[34]. Ainsi, le 22 juin 1940, jugeant ses clauses acceptables, voire inespérées, la délégation française conduite par le général Huntziger signe la convention d’armistice. En Afrique du Nord, la détermination du général Noguès, qui laissait entrevoir un refus de la défaite et par conséquent un rejet de l’armistice, se modifie. Prenant connaissance des clauses de l’armistice et sachant qu’aucun transfert de forces ne serait réalisé il est par ailleurs rassuré par le gouvernement, notamment au sujet de la flotte Le général Noguès, peut-être la mort dans l’âme et avec quelques réserves, exécute les ordres de Weygand. Le 27 juin, il déclare aux officiers que la confiance dans les chefs et le respect de la discipline constituent la façon de manifester leur patriotisme et leur foi dans les destinées de la France[35].

Le General Huntzinger signe l’armistice dans la forêt de Compiègne près de Rethondes, le 22 juin 1940. Cette signature se déroule dans la même clairière et le même wagon où l’armistice du 11 novembre 1918 fut signé (Carl Weinrother, Bundesarchiv, Wikimedia Commons)

Serein quant au sort de l’Afrique du Nord et de l’Empire, où partout est maintenue l’autorité française, le général Noguès n’a plus aucune raison de faire « dissidence ». Aussi, après avoir fait censurer dans la presse nord-africaine l’appel du 18 juin, il estime ne pas devoir répondre aux télégrammes que lui adresse son auteur les 19 et 24 juin. Au demeurant, la majorité des chefs civils et militaires de l’Empire lui emboîtent le pas, choisissant l’obéissance à la dissidence. Les évènements de Mers el-Kébir (3-4 juillet) puis de Dakar (23-24 septembre), provoquant l’exaspération des officiers, ne feront que conforter les autorités de l’Empire dans leur choix. Les officiers qui décident, malgré tout, de continuer la lutte ne sont alors plus qu’une infime minorité[36]. Dès lors, il n’y a plus aucun recours ni aucun secours à l’infortune militaire de la France. La majorité des cadres militaires se résigne, pour certains momentanément, à accepter la défaite et ses conséquences car pour la masse des officiers, accablés par la défaite, désorientés par la catastrophe, plus rien ne subsiste, dans le naufrage de leurs illusions et de leurs espoirs, plus rien ne compte que « d’obéir à leurs grands chefs », c’est-à-dire au maréchal Pétain et au général Weygand[37]. Puisqu’il existe un gouvernement légal il convient donc de lui obéir car la permanence des hiérarchies conduit à l’accomplissement du devoir militaire[38].

L’éventuelle poursuite de la guerre en Afrique du Nord n’ayant connu aucune réalité, cette question a fréquemment interpellé les historiens. Les connaissances actuelles font apparaître que cette éventualité était quelque peu utopique[39]. La condition première était bien entendu la participation de la flotte. Or, d’une part le tonnage de la marine française ne pouvait satisfaire un transport massif de troupes et, d’autre part, que pouvait faire cette flotte coupée de ses bases métropolitaines et à destination de pays n’offrant aucun soutien logistique ni aucun armement[40] ? En effet, l’Afrique du Nord n’était pas cette base de repli national que vantait la propagande coloniale des années trente. Le développement économique et industriel de ces territoires était trop récent et leur potentiel militaire trop faible pour qu’ils puissent être considérés comme une aire stratégique solide. En outre, les ponctions en hommes et en matériel pour alimenter la campagne de France avaient encore considérablement amoindries les capacités militaires nord-africaines. Quant au concours des Britanniques il n’aurait pu être que très partiel ainsi qu’ils l’avaient précisé lors de la Conférence de Rabat le 4 mai 1939. Ainsi, en juin 1940, à défaut d’avoir été pensé longtemps à l’avance, l’Afrique du Nord et l’Empire ne peuvent être réellement ce recours que d’aucuns espèrent mais constituent en revanche la carte majeure de l’Etat français[41].

[1] Laure Bardiès, « Du concept de spécificité militaire », L’Année sociologique, 2011, 61, n°2, pp.273-295, p.280.

[2] Jean-Louis Crémieux-Brilhac, « L’opinion française devant la guerre » in Les Armées françaises pendant la Seconde Guerre mondiale,  IHCC, 1986, 458 p., p. 53.

[3] Marc Bloch,  L’Etrange défaite, Gallimard, 1990, p.55.

[4] Idem.

[5] Quincy Wright, A Study of War, cité par Pierre Dabezies, Conférence sur la spécificité militaire, Coëtquidan, 1991, 11 pages dactylographiées.

[6] Préfaçant le livre du général Chauvineau, Une invasion est-elle encore possible ?, paru en 1939, le maréchal Pétain avait répondu par la négative et argumenté en faveur d’une stratégie défensive.

[7] Ainsi le 17 juin, le général Erwin Rommel fonçant vers la Bretagne à la tête de sa 7e division blindée, parcourt près de 250 km ( !) et rencontre des unités l’arme au pied et désemparées.

[8] Témoignage du général Nadaillac (11 pages dactylographiées) alors affecté à l’état-major de la 4e DCR et surpris par la demande d’armistice sur les bords de la Loire.

[9] Jean de Montangon, Un Saint-Cyrien des années 40, France-Empire, 1987, 254 p.16.

[10] Les papiers secrets du général Doumenc. Site François Delpla.

[11] A ce propos voir notamment Ladislas Mysyrowicz, Autopsie d’une défaite. Origine de l’effondrement militaire français de 1940, L’Age d’homme, 1973, 385 p.

[12] Colonel A. de Dainville, discours prononcé lors de la remise du Prix Vauban pour L’ORA. La résistance de l’armée / Guerre 39-45.

[13] Marc Bloch, op.cit, p. 150.

[14] Ibid, p. 151-152.

[15] Général André Beaufre, Mémoires. 1920-1940-1945, Plon, 1965, 514p., p. 263.

[16] Général André Beaufre, Le Drame de 1940, Plon, 1965, 273 p., p. 228.

[17] Charles de Gaulle, Mémoires de guerre. T 1 : L’Appel, Plon, 1954, pp. 42-43.

[18] Conventions de Genève (1865 et 1929) ; Conventions de La Haye (1899 et 1907)

[19] Marc Bloch, op.cit, p. 80.

[20] Au 10 mai 1940 les forces en présence se répartissaient comme suit. Forces françaises : 94 divisions (dont 3 blindées) soit 2 276 000 hommes sur le front du Nord-Est, 2 300 chars, 11 000 canons, environ 1 500 avions. Forces britanniques : 10 divisions soit 237 000 hommes, 300 chars, 1 300 canons,  environ 400 avions. A ces forces il faut rajouter les 22 divisions belges. Forces allemandes : 136 divisions (dont 10 blindées) soit 2 350 000 hommes, près de 3 000 chars, 7 700 canons, environ 3 500 avions.

[21] Robert O. Paxton, L’Armée de Vichy. Le corps des officiers français, 1940-1944, Tallandier, 2004, 586 p., p. 12.

[22]  Ce sera le sens de la note du général Huntziger adressée aux officiers le 25 octobre 1940 et selon laquelle l’armée se devait d’être « la base de la rénovation nationale ».

[23] Cité par Vincent Monteil, Les Officiers, Le Seuil, 1958, 192 p., p.104.

[24] La question de la poursuite de la guerre à partir de l’Empire, et en particulier de l’Afrique du Nord, a longtemps préoccupé et divisé les historiens. Il semble aujourd’hui acquis que cette option était à peu près irréalisable notamment du fait d’une formation des troupes des colonies insuffisante et d’un matériel trop peu conséquent. Par ailleurs, comme Weygand le notifie à plusieurs reprises à Noguès, l’Empire ne doit s’attendre à aucun transfert de forces.

[25] Voir Christine Lévisse-Touzé, L’Afrique du Nord : recours ou secours ? Septembre 1939-juin 1943, thèse de Doctorat d’Etat, Paris I Sorbonne, 1991, 3 vol., 1052 p.

[26] Ch. De Gaulle, op.cit, p. 42-43. Néanmoins Weygand a contesté cette version de l’entretien (Cf. Bernard Destremau, Weygand, p. 499, note 1).

[27] Ch. Lévisse-Touzé, « La Poursuite de la guerre en Afrique du Nord », in Les Armées françaises pendant la Seconde Guerre mondiale, Colloque FEDN-IHCC, 1986, 458 p., p.87.

[28] Parmi eux, le général Catroux en Indochine, le général Mittelhauser au Levant ou le contre-amiral Esteva à Bizerte.

[29] Cité par Rpbert O. Paxton, op.cit, p. 41.

[30] Cité par Jacques Marseille, « L’Empire » in J-P Azéma-F. Bédarida (dir.), La France des années noires, vol.1, Le Seuil, 1993, p. 272.

[31] SHD (Vincennes). 27 N 4/1

[32] Jean Delmas, « La spécificité militaire à l’épreuve de la Résistance : France et Pologne, 1939-1944 » in Bernard Boëne (dir.), La spécificité militaire, Actes du Colloque de Coëtquidan, A. Colin, 1990, 283 p.

[33] Ch. De Gaulle, op.cit, p. 53.

[34] Cité par Jacques Nobécourt, Une Histoire politique de l’armée.1919-1942, de Pétain à Pétain, vol 1, Le Seuil, 1967, 510 p., p. 298.

[35] Vincent Monteil, op.cit, p. 105.

[36] Les drames de Mers el-Kébir et de Dakar ont entravé sérieusement chez les officiers d’éventuels ralliements à la France Libre.

[37] Vincent Monteil, op.cit, p.80.

[38] P.M. de la Gorce, La République et son armée, Fayard, 1963, 708 p., p.395.

[39] Christine Lévisse-Touzé, L’Afrique du Nord dans la guerre. 1939-1945, Albin Michel, 1998, 467 p.

[40] Philippe Masson, Histoire de la marine, T 2, Lavauzelle, 1983, 582p.

[41] Jacques Marseille, op.cit, p. 276.

4 réflexions sur “1940 : Les officiers français face à la défaite (1ère partie)

  1. Que pense l’auteur des ouevres du général de l’armée de l’air Chambe, si je ne me trompe pas giraudiste et farouchement opposé à De Gaulle?

    1. Monsieur,

      veuillez trouver ci-joint la réponse de l’auteur :

      « Je n’ai pas lu les ouvrages du Général Chambe qui me semblent secondaires [par rapport à l’étude, ndlr], toutefois, comme vous le précisez, il faisait partie de l’écurie Giraud et en cela opposé à De Gaulle. Cependant au moment de la défaite il s’est posé la question de rejoindre l’Angleterre avant d’y renoncer.

      Il a ensuite rejoint Alger, en traversant d’abord l’Espagne, pour rallier Giraud. Au moment de la dyarchie Giraud-De Gaulle il était « giraudiste ». A la fin de cette fiction d’un pouvoir bicéphale il a intégré les forces gaullistes et participé aux combats.

      Je connais bien l’opposition Giraud-De Gaulle pour l’avoir étudié précisément. Pour répondre peut-être de façon plus précise à votre question, si tel était le sens de sa question, il semble que le Général Chambe a eu au moment de la défaite la même attitude que de nombreux officiers : acceptation de l’armistice, ralliement à Vichy et activités officielles.

      Il y a toutefois une ironie de l’Histoire (comme souvent) que je voudrais souligner : tandis que De Gaulle, avant la guerre, plaidait pour l’utilisation massive des chars, Chambe faisait de même pour l’aviation. Ils avaient donc à eux deux anticiper la stratégie de l’ennemi…et ils ont en commun le fait de n’avoir pas été écoutés… »

  2. Une exception dans cette période tragique : la victoire incontestable de l’Armée des Alpes, inférieure en nombre face aux Italiens, mais qui avait dans ses rangs des officiers d’exceptions, au moral excellent, énergiques, prenant des initiatives, ne lâchant rien …. Officier vainqueur en juin 1940 était un plaisir rare …

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