La Commune de Paris

C’est le 18 mars 1871 que la Commune de Paris débute officiellement, après une tentative du gouvernement d’enlever les canons de la butte Montmartre. Deux mois après, la ville est reprise par les forces de la IIIe République, au prix de dizaines de milliers de victimes tous camps confondus.

Le manque de discipline et de coordination fut l’une des raisons de la défaite des fédérés. C’est la même raison qui provoqua les défaites des insurrections parisiennes de 1848 et 1851. Ce constat poussa alors Auguste Blanqui, socialiste révolutionnaire et partisan de l’insurrection armée, à écrire Instructions pour une prise d’armes. C’est ce traité que nous vous proposons de découvrir à travers cette chronique.

De nombreux ouvrages consacrés à la politique ont été rédigés au cours de la seconde moitié du XIXe siècle et ont pu motiver ou inspirer de nombreux militants. Cependant, peu ont tenté d’éclaircir les raisons des défaites populaires tout en proposant des moyens d’y remédier. C’est exactement ce que propose Blanqui à travers Instructions pour une prise d’armes.

Ce court traité, d’une quarantaine de pages, abandonne toutes les questions d’ordre politique pour aborder uniquement les aspects militaires qu’il s’agisse d’organisation, de discipline ou de tactiques urbaines.

Blanqui souligne que le principal désavantage des insurgés est leur manque de discipline. Ceux-ci combattent pour défendre leurs propres quartiers sans se soucier de ceux des autres. Les barricades se retrouvent alors isolées et, sans discipline ni commandement, les émeutiers finissent généralement par être neutralisés par les réguliers qui progressent méthodiquement. Les dirigeants de l’insurrection doivent donc pourvoir à cette lacune de commandement et de cohésion le plus tôt possible, déjà en disposant de quelques individus pouvant servir d’officier avant même de passer à l’action. Une fois cette dernière débutée, il faudra rassembler et enrégimenter les émeutiers. Ceux qui auront déjà servi dans l’armée ou dans la garde nationale se verront confier des postes à responsabilité, en fonction des grades qu’ils avaient acquis auparavant.

Les insurgés peuvent alors lever une véritable armée. L’unité de base en est le bataillon. Aux effectifs réduits par rapport à ceux de l’armée régulière, d’une part en raison de la pénurie d’officiers mais aussi compte tenu de l’environnement urbain (obstacle aux manœuvres de grandes unités), de petites unités sont plus flexibles et nécessitent moins d’encadrants. Les bataillons, divisés en compagnies composées de sections, disposent de leurs propres couleurs afin d’être aisément distingués. Parallèlement à la constitution d’unités, des commissions seront établies afin de pourvoir à la logistique de ces troupes, à leur ravitaillement, mais aussi afin de s’occuper de l’ordre et de mener des actions de propagande/contre-propagande ainsi que de renseignement.

La deuxième moitié du traité concerne la guerre de barricades, élément clé de la doctrine militaire des insurgés. Blanqui précise que l’architecture Haussmannienne confère des avantages et inconvénients aussi bien aux défenseurs qu’aux assaillants (espaces vastes qui dispersent les défenseurs et offrent leurs positions à l’artillerie des assaillants qui, eux-mêmes, doivent progresser à découvert). La clé de voûte de la défense des insurgés consiste en l’exploitation des rues de taille moyenne et des ruelles.

VERNET Horace, Barricade dans la rue de Soufflot, à Paris, le 25 juin 1848, vers 1848-1849, Musée historique allemand, Wikimedia Commons, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Horace_Vernet-Barricade_rue_Soufflot.jpg
VERNET Horace, Barricade dans la rue de Soufflot, à Paris, le 25 juin 1848, vers 1848-1849, Musée historique allemand, Wikimedia Commons, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Horace_Vernet-Barricade_rue_Soufflot.jpg

Mais, contrairement à l’usage qui a pu en être fait au cours des précédentes révoltes urbaines, les barricades ne sont pas principalement des postes de combat mais des barrières pour obstruer les axes de progression et ralentir l’ennemi. Les barricades ne seront, en effet, peu ou pas tenues et hormis des dégâts matériels, les obus adverses ne feront que peu de victimes en les ciblant.

Les véritables positions défensives seront les îlots d’habitations, dont les murs auront été percés pour faciliter les déplacements à couvert, les fenêtres renforcées et les planchers des étages supérieurs troués afin de servir de meurtrières. Les habitants seront évacués et les combattants prendront place, par bataillons, aux emplacements indiqués. Les escaliers peuvent être condamnés ou détruits et les caves et égouts tenus par d’autres détachements pour empêcher les manœuvres de contournement adverses. Si la dotation en armes à feu est insuffisante, les défenseurs pourront aussi jeter depuis le haut des immeubles des pavés ou se servir du mobilier comme projectiles. Chaque position aura été définie pour s’ancrer dans un plan de défense plus vaste, où les barricades se complètent et les positions défensives s’entre-soutiennent le long du front.

Ainsi, c’est une véritable guerre d’usure que souhaite offrir Blanqui aux forces loyalistes afin que celles-ci s’épuisent et se démoralisent devant une résistance acharnée des insurgés.

Néanmoins, son traité n’est pas infaillible et présente même de sérieux défauts, notamment en excluant toute dimension politique. L’armée dont Blanqui dresse le portrait reste ainsi une masse fixe, menant une résistance sans but, dont l’évolution semble limitée. Les objectifs de l’insurrection ne sont pas évoqués. De même, il n’évoque pas la possibilité de mener des opérations en dehors de la ville, faisant de celle-ci une sorte de microcosme autosuffisant. Or, ce n’est pas réellement le cas face à la menace loyaliste comme le prouve l’épisode de la Commune de Paris. Enfin, il semble sous-estimer la capacité d’adaptation des forces régulières et surestimer aussi la valeur des civils en armes, dont un entraînement sommaire ne fera pas les égaux de réguliers aguerris.

Il est possible d’analyser sommairement, à l’aune de ce traité publié en 1866, le pan militaire de la Commune de Paris. Les barricades sont certes plus élaborées en 1871 que précédemment, mais elles demeurent des positions de combat, au détriment des îlots d’habitations. L’organisation militaire des fédérés se trouve confrontée à ses lacunes en raison du manque de temps pour entraîner la troupe.

De même, l’enthousiasme et la motivation des combattants avant les sorties d’avril disparaissent progressivement au fur et à mesure que l’ennemi approche des portes de la ville. Une fois cette dernière investie, une partie des troupiers se disperse pour défendre ses quartiers propres, mettant à mal tout plan général de défense. On se bat rue par rue, les contre-attaques sont limitées et, en une semaine, la ville est reprise. Les réguliers ont, en effet, avancé dans les rues adjacentes et pris certaines positions à revers.

Difficile de savoir si des officiers ou des décideurs se sont inspirés de l’œuvre de Blanqui lors de la Semaine sanglante. Il semblerait que la vision de ce dernier soit trop uniforme et simplifiée – concernant les compétences et motivations des insurgés et de la troupe loyaliste – pour juger de son efficacité. Il n’empêche qu’il est impossible de statuer précisément sur le sort de la Commune de Paris si celle-ci avait suivi à la lettre les préceptes établis dans ces instructions. Il n’en reste pas moins certain qu’avec une telle guerre d’usure, les victimes auraient été plus nombreuses, notamment dans les rangs des loyalistes.

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