L’influence de la pensée militaire antique dans la réforme oranienne : entre appel au passé et recherche de solutions nouvelles

Introduction

La transmission du savoir est une des constantes du métier de militaire, marqué par une grande profusion de gestes techniques à maîtriser. Pour l’homme du rang, ce panel va du maniement des armes individuellement ou en groupe (section, compagnie, régiment…) en passant par les actes de survie élémentaires comme le pansage des blessures ou le nettoyage des armes et équipements. Le chef de guerre doit en plus connaître ce qui se définit progressivement comme tactique et stratégie, ainsi que des éléments de logistique (même si la guerre nourrit la guerre[1]). Le rôle du vétéran est donc de transmettre aux jeunes recrues ces savoirs, afin de les faire perdurer et de permettre le succès des armes de son camp. Les œuvres écrites sur la connaissance militaire (comme les traités de commandement) sont le plus souvent des biographies de généraux célèbres, comme Alexandre le Grand ou Jules César, ou des recueils de ruses connues. L’Antiquité en a légué de très nombreux, comme les traités de Végèce ou ceux d’Énée le Tacticien (première moitié du IVe siècle de notre ère). Pendant la Renaissance (que nous daterons ici des XVe et XVIe siècles), se produit un renouveau de l’écriture militaire. Débutant avec les Italiens Cornazzano (1430-1484) et Machiavel (1469-1527), son centre de gravité se déplace vers les régions germanophones au début du XVIe siècle.

S’il y a une difficulté à conceptualiser ce qu’est la Renaissance en Europe de l’Ouest[2], il faut s’accorder sur au moins trois points : la volonté des hommes du temps de remettre au goût du jour l’Antiquité romaine et grecque par la copie de celle-ci (et donnant ainsi son nom à la période), le rôle de l’imprimerie dans la diffusion des savoirs, et la création d’une « République des lettres ». Cette expression désigne l’ensemble des savants et humanistes, selon le terme italien humanista créé à la fin du Moyen Âge en Italie. Les membres de cette République échangent entre eux, créant des liens épistolaires forts, ce qui permet une circulation de plus en plus aisée des informations ainsi que de nombreuses polémiques. L’apprentissage du grec et de l’hébreu se fait de plus en plus courant, et s’ils ne concurrencent pas le latin comme langue de communication, ils permettent une critique des textes antiques sans recours à la traduction en latin, qui était jusque-là la seule accessible. Un travail de critique textuelle, notamment des Écritures, permet d’entrevoir une Église des premiers temps plus pauvre et plus simple que celle du XVIe siècle[3]. Les 95 thèses de Luther (1517) sont à replacer dans ce contexte de polémiques religieuses et de volonté de retour à un monde plus juste. Ces dernières prenant une importance croissante, il est excommunié en 1521 et ses œuvres interdites par la papauté. Gagnant de l’importance, le mouvement de protestation se dote d’une organisation politique (en France par l’intermédiaire de la maison d’Albret notamment et en Allemagne par la conversion d’une partie importante de la noblesse). Des troubles ne tardent pas à apparaître, notamment dans les Provinces-Unies, provoquant la guerre de Quatre-Vingt Ans (1568-1648), où ils s’ajoutent à une volonté d’indépendance face à la puissante maison de Habsbourg.

Cette guerre agitant toute l’Europe nous fournit les documents nécessaires à l’étude de deux questions qui se superposent en partie, sur l’usage de l’Antiquité et son influence dans le domaine militaire. Comment furent utilisés les traités militaires antiques pour répondre aux problématiques des militaires du temps ? Son influence fut-elle décisive ? Pour y répondre, nous explorerons trois points.

Nous verrons tout d’abord comment les auteurs et chefs de guerre de la Renaissance se sont appropriés, par les pratiques antiques, puis l’ouverture progressive de la réflexion militaire, à de nouvelles problématiques. Enfin, nous exposerons quelques points particuliers de la réforme oranienne[4] qui survécurent à leurs penseurs.

Les sources que nous mobiliserons le plus sont issues de Leonhard Fronsperger (1520-1575), Johann VII von Siegen-Nassau (1561-1629) et Johann Jacob von Wallhausen (1580-1627). Pourquoi eux ? Ce sont les premiers écrivains militaires de langue allemande qui se placent dans la continuité de cette renaissance de la pensée, analytique et non plus uniquement descriptive, lancée en Italie environ un siècle plus tôt. De plus, ils ont d’abord pratiqué la guerre avant de la théoriser. Il est aussi possible de mener une étude de la continuité de leurs idées, de leurs questionnements, de leurs réponses aux problèmes tactiques, sur près d’un siècle. Les deux plus jeunes se sont croisés : Johann VII a employé Wallhausen pour ouvrir une école de guerre. Leurs origines sociales sont très différentes : Fronsperger et Wallhausen sont des roturiers, même si le second est probablement plus aisé que le premier. En effet, Wallhausen est passé par l’université, dénotant une situation financière plutôt stable. Enfin, Johann von Siegen-Nassau est un noble, enfant de la puissante famille de Nassau.

Appropriation des pratiques antiques par les auteurs de la Renaissance

Dans l’Europe continentale du Moyen Âge, les batailles les plus emblématiques ont vu le plus souvent s’affronter deux armées principalement constituées de chevaliers (Bouvines en 1214) ou une armée de chevaliers montés contre des fantassins, souvent retranchés (Crécy en 1346 et Frankenhausen en 1525). Si certains stratagèmes sont utilisés, notamment pour prendre d’assaut des points importants comme des ponts ou des collines verrouillant l’accès au champ de bataille, l’essentiel de la bataille est une suite de charges et de contre-charges de cavalerie. Le retour progressif au premier plan de l’infanterie se fait par un triple mécanisme. Tout d’abord, les monarques commencent à disposer de troupes soldées à l’année et donc de plus en plus largement professionnelles ; le recours à la noblesse pour la défense du royaume est de moins en moins une obligation. De plus, la pique d’infanterie est l’instrument des massacres de cavaliers les plus marquants pour leurs contemporains, que ce soit à Courtrai en 1302 ou à Nancy en 1477. Enfin, les armes à feu se font de plus en plus portatives : l’artillerie n’est plus réservée à l’assaut ou à la défense de places fortes mais peut se porter sur le champ de bataille pour seconder les efforts des cavaliers et des fantassins.

Le besoin se fait donc de nouveau sentir de mettre à disposition des chefs des traités militaires faisant la part belle à l’infanterie. L’Antiquité est l’autorité suprême[5] dans tous les domaines du savoir de l’époque, de la philosophie à la médecine. Quoi de mieux donc que les textes antiques, dont le nombre d’éditions augmente, relus par les méthodes de critique textuelle de la Renaissance ? Ceux-ci s’imposent comme bases de la réflexion militaire du temps. La réflexion théorique se fait donc sous le patronage des auteurs antiques, comme Végèce, Polybe mais aussi l’empereur Léon VI. Le lecteur y vient chercher des règles générales. Cette didactique de l’art militaire par les auteurs antiques est soulignée par trois exemples.

Tout d’abord, la présence antique peut se relever numériquement dans la production textuelle. L’équivalent d’un chapitre du Kriegsmanual[6] sur dix traite de l’armement antique. Dès l’introduction, Wallhausen précise le rôle des Anciens, qui sont des exemples à suivre dans la réflexion militaire. Ainsi, il veut étudier « les principaux courants de l’art de la guerre actuel, mais aussi ceux venus des Grecs, des Lacédémoniens et des Romains »[7]. L’art militaire ne peut se fonder, selon lui, que sur la réflexion antique. Ces exemples tirés de l’Antiquité sont des « Schola practica », des recueils d’exemples à suivre pour vaincre au combat.

Les textes d’Élien et Léon, tels qu’ils sont repris par Johann de Nassau, ont une influence dans le nombre de cadres subalternes (le plus souvent sous le nom de sergents), qui sont nécessaires au maintien de l’organisation par la discipline. La conception médiévale de la discipline, fondée sur la loyauté à son seigneur, ne peut pas convenir à l’époque moderne. En effet, les temps de chargement des armes à feu (environ une minute entre chaque tir) et leur peu d’efficacité due à des paramètres physiques (rotondité de la balle et vitesse principalement) rendent obligatoire une discipline de feu sévère. Les tacticiens du temps considèrent que seules des salves bien préparées d’un régiment entier peuvent arrêter une charge de cavalerie, et ces salves sont si difficiles à obtenir que les chefs de guerre comptent sur les piquiers pour protéger leurs mousquetaires, qui manipulent des armes à feu. De plus, les masses d’hommes à commander augmentent considérablement, passant de 20 000 en tout (comme à Poitiers en 1356) à plus de 20 000 hommes dans chaque camp, comme à la bataille de la Montagne Blanche (8 novembre 1620). La part des vassaux du ban et de l’arrière-ban se fait de plus en plus faible, et celle des salariés augmente[8]. La relation entre chefs et subordonnés se transforme alors sur la base du contrat d’engagement. L’honneur (et son corollaire, le déshonneur) ne cimentant plus les rangs, l’encadrement disciplinaire augmente, tant en nombre qu’en positionnement physique : le chef est en tête, les sous-chefs ferment les rangs et des petits gradés parsèment les rangs.

Encadrement d’une compagnie, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual
Encadrement d’une compagnie, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual (« Manuel militaire »), Francfort, Paul Jacobi, 1616, 195 p., [en ligne] http://digital.slub-dresden.de/ppn271627492 (dernière consultation le 24/05/2022), p. 161). Public Domain Mark 1.0

Le regard du chef ne se pose plus uniquement sur l’ennemi mais aussi sur le subordonné achevant la mutation de la relation d’autorité. Le taux d’encadrement est de vingt gradés pour cent soldats dans l’infanterie et de quatre dans la cavalerie, comme le montre l’image. Cette différence s’explique par des effectifs beaucoup plus réduits pour cette dernière : les escadrons de cavalerie comptent une centaine d’hommes alors que les compagnies d’infanterie sont fortes d’un demi-millier de combattants.

C’est très probablement la culture militaire romaine qui ressort dans l’ordonnancement des troupes. Tout d’abord par les termes utilisés, qui ne sont pas traduits du latin : « simplex », « duplex » et « triplex acies » ou « primam », « secundam » et « tertiam stationem »[9] (qui sont employés comme synonymes). Ces expressions courantes tout au long du Kriegsbuch de Johann von Nassau désignent le nombre de lignes d’unités composant l’armée. Une armée déployée en simplex acies a ainsi une profondeur d’une unité, les déployant toutes de front, une armée en duplex acies est profonde de deux unités, et ainsi de suite. De même, l’espace entre les soldats est désigné en latin (« ordinati », « densati » et « constipati »). Le chapitre vingt-six, et notamment la page 265, nous en livre les définitions[10]. En formation ordinati, qui est celle de marche, les soldats ont six pieds entre eux alors que la formation constipati les voit se serrer au coude-à-coude. Densati, située entre les deux, est une formation habituelle du combat alors que constipati ne sert que face à des assauts de cavalerie pour ne pas ouvrir les rangs. Dans le Kriegsbuch, la solution en simple ligne est utilisée uniquement en cas d’embuscade. Lorsque l’armée est attaquée par surprise, seul le corps nommé « bataille », soit l’essentiel de l’armée, prend la formation en coin, tandis qu’arrière et avant-garde (en français dans le texte) restent en retrait. La cavalerie, elle, doit prendre place sur les ailes. Une telle disposition s’observe, par exemple, dans la bataille au siège de Jülich (du 29 juillet au 02 septembre 1610). À l’exception notable du coin, qui sert à enfoncer les lignes ennemies en augmentant la capacité de choc en un seul point du dispositif adverse, cette division en trois ailes, avec la cavalerie aux extrémités, est un classique absolu de l’Antiquité. Maurice d’Orange, le meilleur chef de guerre du temps et celui à partir duquel toute la réforme oranienne est impulsée, recommande la disposition en triplex acies, qui est celle la plus dessinée par son frère Johann. Par exemple, pour une de ses premières campagnes, en Livonie, il dispose ses troupes en trois rangs. Le premier est formé de cinq coins et de troupes à la base de ceux-ci. Une deuxième et une troisième rangées de compagnies finissent le dispositif. L’image suivante présente la formation en trois lignes inspirées du modèle romain.

Ordre de bataille complet, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual
Ordre de bataille complet, Kriegsmanual p187, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual (« Manuel militaire »), Francfort, Paul Jacobi, 1616, 195 p., [en ligne] http://digital.slub-dresden.de/ppn271627492 (dernière consultation le 24/05/2022), p. 187). Public Domain Mark 1.0

La disposition en échiquier est la seule innovation tactique présente dans le Kriegsbuch, à moyens techniques équivalents. En effet, le système de relève en cours de bataille est un autre emprunt au monde militaire romain. Cette pratique est largement rapportée, de César à Végèce : les manipules[11] des deuxième et troisième rangs relèvent celles du premier rang afin de maintenir une bonne cohésion et un niveau de fatigue bas. Cela permet à la légion romaine de soutenir des combats de plusieurs heures, là où ses opposants sont obligés de rompre l’engagement. Maurice d’Orange perfectionne encore son système, sa théorie du moins, en doublant la première ligne. La page 287 du Kriegsbuch nous en donne une illustration[12]. Derrière les cinq coins de la première ligne, cinq autres sont disposés en tenaille. Cette tenaille est une résurgence de l’usage antique qui l’oppose au coin[13]. L’avantage est de pouvoir renforcer à souhait la troisième ligne sans affaiblir la première, comme l’indique toujours Maurice : « on peut faire former [les soldats] à volonté en double ou triple ligne, et garder autant de réserves que l’on veut »[14]. Cette troisième rangée de compagnies permet de plus une certaine souplesse d’emploi : le général peut à volonté renforcer la deuxième ligne, augmenter l’étendue de son front ou la garder en réserve.

Ordre de bataille théorique, réalisé par VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch
Ordre de bataille théorique, réalisé par VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch (« Livre de guerre »), Wiesbaden, Werner Halweg, 1973, 786 p., p. 287 (photographie de l’auteur, ouvrage conservé à la bibliothèque Universitaire de Fribourg-en-Brisgau)

Là où l’influence antique est moins certaine, c’est dans la répartition de pièces d’artillerie au milieu des fantassins. En effet, la légion romaine pouvait déployer jusqu’à 66 machines de siège lors d’une bataille[15], mais le faisait rarement. Au contraire, les Orange-Nassau tendent à augmenter la puissance de feu, permise par le déploiement de plus en plus facile des canons. Leur présence n’est, toutefois, pas particulièrement mise en avant dans le Kriegsbuch où aucun chapitre n’en traite spécifiquement, alors que les projectiles, munitions et moyens de mise à feu sont décrits dans plusieurs chapitres. L’armement individuel n’est pas oublié : l’équipement ressemble à celui des hoplites grecs et des fantassins macédoniens. Les doppelsoldner et les schutzer portent la lance longue (Spieße), le bouclier (Schild), l’armure (Brustpanzer). Toutefois, il est assez difficile de distinguer la volonté de retrouver un équipement résolument antique et l’évolution de l’armement. Nos sources ne semblent pas s’être particulièrement intéressées à ce sujet et la professionnalisation des armées rend possible l’armement par le capitaine, qui s’y ruine souvent, de ses hommes avec des moyens autrefois inaccessibles à la plupart des fantassins.

L’importance de la culture militaire antique, souvent romaine, est grande. Tous les termes techniques sont en latin, alors la langue savante. Les démonstrations des avantages des différents ordonnancements sont issus de la littérature latine. Les pratiques militaires sont toutefois légèrement adaptées aux changements techniques apparus avec la poudre à canon.

Ouverture de la réflexion sur l’art de la guerre à de nouveaux thèmes de recherche

Les innovations de la réforme oranienne[16] sont rendues obligatoires par le déséquilibre financier et humain en faveur de l’Espagne lors de la guerre de Quatre-Vingt Ans : la famille de Nassau, et notamment Maurice, doit innover. Pour cela, elle s’appuie sur l’influence de l’humanisme, fondé sur la philologie et la critique textuelle. Cela mène Maurice d’Orange à considérer les vertus de la science pour mener une guerre efficace. La science militaire s’opérationnalise alors, c’est-à-dire que ses pratiquants et théoriciens réfléchissent à ses applications et aux liens qu’elle peut créer avec d’autres disciplines. Nous verrons donc ici un objet particulier de la science militaire, puis nous tenterons de défricher la production textuelle et présenter quelques auteurs symbolisant ce changement dans les buts de la science militaire.

L’art militaire antique n’est pas repris dans son entièreté, mais disséqué, travaillé pour que seuls les éléments intéressant les chefs néerlandais subsistent : ils ne reprennent pas les pratiques pour mener des campagnes mais celles pour mener des batailles. Par exemple, le Kriegsbuch est peu loquace sur la manière de faire campagne, c’est-à-dire de ce que l’on appellerait aujourd’hui stratégie par opposition à la tactique : une articulation des buts politiques et des moyens militaires mis en œuvre pour les réaliser. Seuls deux chapitres en traitent, et encore d’assez loin ; le chapitre neuf décrit l’art de manœuvrer « lors des marches et des avancées »[17] selon l’exemple d’Élien, et le onzième décrit la manière romaine de conduire une campagne.

Cette recherche scientifique met particulièrement l’accent sur l’idée du meilleur ordre de bataille par un travail théorique qui montre bien la grande vitalité de la littérature militaire au début du siècle. Nous nous référerons, pour cette étude, à la liste établie par la chaire pour l’étude de la langue allemande de l’Université de Würzburg, qui compile toutes les œuvres de langue allemande au format digital des années 790 jusqu’à 1790. De 1520 à 1620, on trouve dans l’aire allemande près de 64 auteurs[18] différents dont cinq Français, trois Italiens et deux Suisses[19], et une dizaine d’ouvrages sans auteur identifié, pour un total de 83 ouvrages, sans compter les rééditions. Si l’on divise le siècle en quatre, les trois premiers quarts comptent chacun entre dix et seize livres, tandis que le dernier, seul, en compte 45. Cette très rapide augmentation pousse à opérer une séparation différente pour mener une analyse statistique : l’accélération de la production originale se passe à partir de 1580, après un arrêt entre 1571 et cette date. Nous utiliserons donc 1580 pour diviser nos données, permettant un équilibre des échantillons. Les rédacteurs du projet ont attribué à chacun des ouvrages un ou des thèmes principaux et nous les reprendrons ici[20].

Présentation-des-livres-en-langue-allemande-traitant-des-problematiques-militaires
Décompte effectué sur le site kallimachos.de le 09 juin 2020 à 16h30. PUPPE Frank (dir.), KALLIMACHOS, Würzburg, Université de Würzburg, [en ligne] http://kallimachos.de/kallimachos/index.php/Hauptseite (dernière consultation le 24/05/2022), mise en forme et analyse de l’auteur

Pour la première période, il y a donc 30 ouvrages et huit thèmes. Deux ouvrages portent sur quatre thèmes (respectivement « Métallurgie », « Chimie », « Technique »[21], « Art militaire » et « Métallurgie », « Architecture », « Art militaire », « Technique »[22]). Une majorité de ces livres traitent uniquement de l’art de la guerre, ici étiqueté « art militaire et du combat ». Parmi les autres, quatre traitent de sciences humaines : trois pour la jurisprudence et un pour la théologie. Durant la seconde période, non seulement le rythme de publication s’accélère, allant jusqu’à dix publications en 1616[23], mais s’accroît aussi le nombre de thèmes abordés par les auteurs (treize désormais). Biologie, Géographie, Médecine s’ajoutent aux autres sciences pour la pratique de la guerre. La pensée militaire reste fortement imprégnée de poliorcétique[24] : plus de vingt livres traitent d’architecture, de « technique et terrassement » ou de mathématiques. Quelques rééditions sont effectuées, treize entre 1520 et 1580 contre sept sur la seconde période ; elles ne font que renforcer les tendances déjà évoquées. La prise en compte des besoins opérationnels et la mutation de la guerre se reflète dans les thèmes de prédilection des auteurs. Alors que, entre 1520 et 1580, la plupart n’abordent que l’art militaire, ceux de la période suivante s’ouvrent à d’autres sujets en rapport avec la guerre.

Ainsi, sur les dix-neuf auteurs recensés au long de la première période, quinze ne traitent que de l’art militaire et deux dépassent les quatre thèmes traités. Au contraire, entre 1580 et 1620, treize écrivains ne s’emparent que d’un thème, dix-sept de deux thèmes et cinq publient sur plus de quatre dont notamment Simon Stevin, célèbre mathématicien et ingénieur militaire flamand. Les deux objets de recherche les plus importants numériquement sont bien évidemment « Technique et terrassement » et « Architecture et construction ». Cette forte présence est explicable par le tournant qui s’opère entre le XVIe et le XVIIe siècle dans la manière de faire la guerre, notamment aux Pays-Bas. En effet, la guerre de siège connaît un élan particulièrement vigoureux et la poliorcétique ne peut s’inventer sans un effort de conceptualisation préalable.

Il est également à noter de nombreuses traductions d’ouvrages français et italiens sur ces sujets. Même si la copie, ou le plagiat, est assez courant à l’époque et donc que le nombre d’idées nouvelles ou de réflexion est moindre que l’on pourrait l’imaginer au premier abord, ce bouillonnement intellectuel montre une volonté de rationalisation de la guerre. Par exemple, Johann propose que toutes les compagnies aient la même longueur[25]. Les unités élémentaires sont plus faibles numériquement que les Tercios, permettant ainsi une meilleure manœuvrabilité sur le terrain : les compagnies néerlandaises comptent environ cinq centaines de combattants, ce qui tranche avec les Tercios espagnols comptant entre deux et cinq milliers de soldats. À volume de forces identiques dans une armée, les troupes des Orange-Nassau ont donc une plus grande souplesse. La situation présente bien des traits communs avec l’opposition phalange contre légion, où l’organisation manipulaire a fait des merveilles[26], montrant que la recherche militaire se fonde ici sur la reprise et l’adaptation de solutions antiques.

En outre, le succès des armes de la famille de Nassau est largement dû aux intellectuels dont elle a su s’entourer. Nous montrerons ici que les compétences des chercheurs en science militaire évoluent. Pour ce faire, nous prendrons ici quatre exemples. Leonhardt Fronsperger est né en 1520 en Bavière. Il sert dans les armées de l’empereur Charles Quint à partir des années 1545 puis suit Maximilien II dans les guerres contre l’empire ottoman. Il y est prévôt (Feldgerichtsschultheiß) en 1566 puis lansquenet dans les années 1568-1573. Enfin, il est recruté comme inspecteur dans la milice communale de la ville d’Ulm avant d’y mourir en 1575 par accident[27]. Fronsperger rédige huit œuvres sur des thèmes aussi différents que les procédés de vinification, les règles de construction en ville et l’art militaire. Praticien de la guerre avant de la décrire, il produit des ouvrages qui puisent dans son expérience, comme en témoignent ceux traitant de l’ordonnancement des troupes et de la défense de places fortes[28]. Le second, plus particulièrement, se fonde sur son expérience de la guerre de postes face aux Turcs pour esquisser un guide des pratiques à tenir pour une place. Il donne de nombreuses indications pour évaluer le nombre de soldats nécessaires, leur approvisionnement en munitions et nourriture ainsi que celle des chevaux.

La production textuelle de Juste Lipse est d’une autre nature. Celui-ci, né en 1547 dans le Brabant, est un humaniste, un lettré et non un homme de guerre. Au fil de son cursus d’abord orienté vers le droit, il s’intéresse également aux belles-lettres à l’université de Louvain, qui était alors le centre de la réflexion humaniste, notamment au sujet de la philologie et de la critique des documents. Sa réflexion est plus large que la philosophie stoïcienne pour laquelle il est le plus largement connu. Il part, en effet, de la critique textuelle pure (retrouver des morceaux de textes perdus en comparant diverses sources) pour arriver à écrire des travaux historiques. Deux ouvrages sortent du lot : le De militia Romana (Des armées romaines, 1595) et le Poliorcetica (Traité de poliorcétique, 1598). Lipse les considère comme une introduction à l’œuvre des auteurs latins[29].

Nous allons ici nous intéresser au De militia Romana qui utilise sa connaissance du monde romain et de sa philosophie pour proposer une relecture de leurs traditions militaires. Cette œuvre est d’abord une analyse du sixième livre des Histoires de Polybe, et particulièrement des chapitres 19 à 42. Ces chapitres sont, selon Juste Lipse, en plein accord avec la pratique militaire de son temps. De ce travail, il fait particulièrement surgir les termes dilectus, ordo, arma, acies et disciplina[30], soit respectivement le recrutement, la concentration des troupes, leur armement, l’ordre de bataille et la discipline. Tous ces thèmes sont progressivement amplifiés et augmentés des pratiques et réflexions de Maurice d’Orange et de ses cercles.

À l’inverse, Simon Stevin, lui aussi un intellectuel important dans la réforme oranienne, est à classer dans la catégorie des praticiens de la guerre. Ce mathématicien et ingénieur militaire est l’un des principaux soutiens de Maurice d’Orange, tant dans la réflexion que dans l’action. Né en 1548 ou 1549 à Bruges, il voyage de 1568 à 1571 en Europe du Nord, où il travaille d’abord comme comptable. Très proche de la famille d’Orange, il intègre leur armée comme quartier-maître général et est donc chargé de l’approvisionnement et de la direction de l’État-Major. De plus, son livre de fortifications La construction de forteresse – la courte et précise description de comment on construit une forteresse et l’on se protège contre les incursions violentes des ennemis en temps de guerre[31], traduction du néerlandais, le fait connaître comme ingénieur. Il inspire ainsi les méthodes de poliorcétique utilisées durant les sièges de 1630 à 1645 face aux Espagnols. Cela n’est pas anodin car les attaques de forteresses sont le cadre d’une représentation par les attaquants à destination des autres États européens et participent à la diffusion de la connaissance scientifique. L’étude de l’historien coréen Jung Won[32] permet de mieux comprendre comment la science est utilisée par les décideurs militaires.

Enfin, Johann Jacob von Wallhausen (1580-1627) a un profil intermédiaire. Très instruit, il est passé par l’université et par l’armée comme simple soldat, avant de devenir le chef de la défense de la ville de Danzig (« obristen Wachmeister und Capitaine »[33]) avant de devenir le directeur de la première école militaire d’Europe en 1617. Il est appointé par Johan de Nassau-Siegen, frère de Maurice et lui aussi très intéressé par la science militaire. Son œuvre est importante en volume : il reprend et traduit l’œuvre de Végèce, traitant successivement de l’infanterie, de la cavalerie puis de l’artillerie dans des ouvrages généraux. Il aborde également des pratiques plus spécifiques comme l’archerie ou le maniement de la pique, objets d’un livre chacun. Wallhausen, qui ne fait pas partie du premier cercle des Nassau, joue un triple rôle de compilateur, traducteur et synthétiseur. Dans son école de Siegen, il assure une bonne partie des cours sur un programme qu’il a lui-même créé. Il a ainsi une volonté encyclopédique et un rôle de passeur. Ces penseurs aux parcours variés forment la matrice de la machine à vaincre que devient l’armée néerlandaise sous le commandement de la famille d’Orange-Nassau.

Maurice dispose ainsi d’un but – vaincre les Espagnols – et d’un moyen – l’innovation intellectuelle – clairs, partagés avec une grande partie de l’intelligentsia néerlandaise. La réflexion n’est pas solitaire mais absolument collective ; nombreux sont les savants à écrire des traités d’art militaire en y appliquant leurs connaissances et recherches[34]. Le mouvement général de transformation des élites intellectuelles en spécialistes et techniciens de la guerre va en s’amplifiant, et la génération de Maurice et Johann de Nassau est ainsi la troisième à bénéficier des effets de la réflexion sur l’Antiquité et celle qui la porte à son acmé. Son résultat est un début de formalisation de la pensée militaire, qui se verra chez des auteurs plus tardifs comme le chevalier de Folard.

Innovations et permanences: quelques produits de la réforme oranienne

Les textes militaires antiques font partie du cadre intellectuel des proches de la famille des Orange-Nassau notamment grâce à un travail de relecture par les méthodes de philologie développées pour la philosophie et le droit. En plus de son influence dans les domaines théoriques et techniques, l’Antiquité est une référence obligée de la pratique militaire sur le champ de bataille et de l’enseignement.

La grande différence entre les moyens militaires antiques et ceux de la Renaissance est bien évidemment l’utilisation de la poudre, qui permet de démarrer ce qui est appelé par certains historiens la révolution militaire décrite par Michael Robert[35] et Geoffrey Parker[36]. Face à cette mutation qui bouleverse le champ de bataille, tant visuellement (un tir de mousquet émet un nuage de fumée d’un mètre cube de volume) que tactiquement (les armures ne résistent pas aux tirs d’armes à feu), l’Antiquité est encore une fois un recours intellectuel. L’infanterie, par cette possibilité du feu, devient la « reine des batailles » qui permet de tenir une position ou de monter à l’assaut des lignes ennemies. Mais il est impossible de fournir à tous les combattants une arme à feu. Pour protéger les tireurs (nommés mousquetaires), les chefs militaires leur adjoignent des piquiers (ou schutzer) afin de les protéger contre les assauts de cavalerie.

Le problème à résoudre est donc de savoir, d’une part, en quelle quantité et, d’autre part, comment agencer ces deux types de troupes. L’Antiquité avait trouvé une solution : les archers se positionnaient en avant des fantassins plus lourdement armés puis traversaient leurs rangs une fois qu’ils avaient tiré tous leurs traits. La solution choisie par les Orange-Nassau en est une mise en œuvre à plus grande échelle. En effet, pour profiter au maximum des capacités de tir du mousquet, ils choisissent d’ordonner leurs sections de musquetirer et de piquiers. Pour se protéger d’une charge de cavalerie, les premiers doivent se retirer derrière les seconds. Cette méthode ne peut être couronnée de succès que si les hommes sont bien entraînés. Cette observation, et la nécessité de maintenir une forte discipline de feu, poussent les chefs militaires à remettre au goût du jour le drill collectif[37] permettant de renforcer à la fois l’esprit de corps et l’efficacité tactique en automatisant un certain nombre d’actes qui deviennent des réflexes.

Le drill, entraînement au mouvement en ordre serré, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual
Le drill, entraînement au mouvement en ordre serré, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual (« Manuel militaire »), Francfort, Paul Jacobi, 1616, 195 p., [en ligne] http://digital.slub-dresden.de/ppn271627492 (dernière consultation le 24/05/2022), p. 169). Public Domain Mark 1.0

La guerre de succession de Jülich au tournant des années 1610 permet à Maurice de Nassau et ses adjoints de changer légèrement de méthode. Les mousquetaires sont alors mis en formation derrière leurs piquiers, seuls ceux qui ont l’ordre de tirer avancent à travers les rangs et déchargent leurs armes avant de retourner se protéger derrière leurs camarades. L’ensemble gagne en homogénéité et en résistance tant face à la cavalerie que face à l’infanterie. La tendance générale est alors à l’augmentation la plus importante possible du nombre de rangs pour résister aux charges : « plus épaisse est la formation, mieux c’est »[38], comme l’indique Johann de Nassau dans son Kriegsbuch. En effet, la querelle de l’ordre mince et de l’ordre profond[39] n’est pas encore à l’ordre du jour car la puissance de feu ne permet pas encore, surtout au début de la période, un feu assez puissant pour arrêter une charge de cavalerie ou d’infanterie. C’est également une pratique résolument ancrée dans la culture antique et plus particulièrement romaine. Végèce, suivant la tradition générale, promeut une profondeur importante des formations d’infanterie pour ne pas souffrir des charges de cavalerie. L’élongation de la ligne de front n’est pas particulièrement un problème, ni pour Maurice d’Orange ni pour les légions car les unités élémentaires (manipules, centuries et compagnies) peuvent plus facilement manoeuvrer pour bloquer ce type d’attaques que les phalanges grecques ou les Tercios espagnols.

La lutte au niveau tactique n’est pas la seule à être profondément modifiée par la famille d’Orange-Nassau. Elle croit profondément aux valeurs de la souplesse et de l’adaptation tactique des cadres subalternes. Ainsi, le chapitre dix-neuf du Kriegsbuch se révèle avoir un but didactique. Il donne des moyens aux chefs de différents niveaux hiérarchiques pour préparer la bataille et leur ordonnancement (« schlachtordnung ») à partir de leur ordre de marche « zugkordnung » et inversement[40]. Il met également l’accent sur la mobilité et l’intrication interarme : « que les cavaliers et les piétons s’écartent et se défendent d’un côté et de l’autre »[41]. Les Nassau sont aussi à l’origine de quelques inventions tactiques peu pérennes comme le cercle défensif. Déjà mentionné par Végèce[42] mais apparemment jamais utilisé en pratique, il consiste à former l’infanterie lourde (doppelsöldner et schutzer) en cercle et y faire entrer les mousquetaires qui n’en sortent que pour tirer, par rangs de un à trois en même temps. L’utilisation de la poudre ne doit toutefois pas faire oublier que les soldats les plus nombreux sont ceux se battant à l’arme blanche et qui tiennent le centre du dispositif : les doppelsöldner.

Différents ordres de marche et de combat, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual
Différents ordres de marche et de combat, VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual (« Manuel militaire »), Francfort, Paul Jacobi, 1616, 195 p., [en ligne] http://digital.slub-dresden.de/ppn271627492 (dernière consultation le 24/05/2022), p. 171). Public Domain Mark 1.0

Nous remarquons alors que l’éducation des officiers est un point rarement abordé dans la réforme militaire oranienne et pourtant il est symptomatique de l’air du temps. La formation militaire des jeunes nobles est habituellement réalisée dans le cadre amical ou familial, par le père, un oncle maternel ou un ami de la famille. Dans une tradition d’apprentissage par mimétisme des qualités des ancêtres, déjà en vogue à Rome, le jeune homme se choisit un ou deux modèles dont il tente de s’approprier la geste et les talents. Or l’école que Johann Jacob von Wallhausen est autorisé à fonder en 1616 rompt totalement avec cette habitude. L’enseignement militaire s’y déroule dans la continuité des études universitaires des élèves sous la direction certes d’un militaire mais dans le cadre d’une relation monnayée. Le directeur de l’école explique dans son ouvrage Programma Scholae Militaris, à la fois traité d’éducation et réclame publicitaire, ses objectifs et les moyens qu’il compte mettre en œuvre. L’argument principal est de permettre à de jeunes nobles fortunés de ne pas avoir à se rendre à l’étranger (France ou Italie) pour y apprendre des langues étrangères mais que cela peut aussi bien se faire à Siegen. En effet, dans un contexte où la guerre n’est pas intranationale et où de fortes circulations nobiliaires ont lieu, notamment à cause des guerres de Religion, la pratique du français ou de l’italien est quasiment obligatoire pour un jeune officier ambitieux, en plus du latin et de sa langue maternelle. Dans cet enseignement comme dans celui de l’université dont il est le prolongement, l’Antiquité est la clé de voûte.

Dans les matières générales, tout d’abord, où l’impétrant doit bien connaître les auteurs antiques tels qu’Hippocrate et Gallien pour la médecine ou qu’Aristote et Platon en philosophie[43]. Si la détention d’un grade universitaire n’est apparemment pas obligatoire, un passage à l’université est grandement recommandé car les élèves doivent maîtriser les arts libéraux dont notamment la grammaire avec les manuels de Priscian et Donat, le droit avec Bartole et Balde. Les cours sont également techniques et décrits à partir de la page 21[44]. Ils comportent évidemment des exercices pratiques sur le maniement des armes (épées, mousquets…) et théoriques sur les Zugund Schlachtordnungen, c’est-à-dire les ordres de marche et de bataille. Leur enseignement est basé sur l’utilisation de pions et d’eaux-fortes pour la mémorisation de la fundamentalis artis militaris, qui est la manière de conduire une armée au combat. Pourquoi faire ainsi ? Wallhausen indique que c’est pour suivre l’exemple des Romains qui méditaient longtemps toutes les parties de l’art de la guerre.

Enfin, l’histoire tient une place importante dans la formation des jeunes élites militaires, comme le souligne le sous-titre du Programma Scholae Militaris. Le programme de l’école est en effet établi selon « la tradition la plus louable des anciens Romains »[45]. Elles sont enseignées ou par le maître lui-même ou par l’intermédiaire d’un traité militaire. Et là, l’influence de l’Antiquité est à son paroxysme : aucune mention n’est faite de la période de 900 à 1300 de notre ère. On peut le voir rapidement dans les œuvres dont se sert Johann : sur les huit qui sont évoquées, sept viennent du monde grec, dont Élian le Tacticien, l’empereur Léon VI, Polybe, et une seule du monde romain, une traduction du chapitre trois de Végèce. Toutefois, dans le texte sur la bataille de Cannes, son attention se porte plus sur le système militaire romain que sur celui d’Hannibal[46]. La raison la plus probable pour l’absence d’informations sur le schlachtordnung punique est la perte ou la destruction des textes après les guerres face aux Romains, même s’il n’écrit que quelques années après. Dans une perspective assez scientifisante, Johann von Nassau-Siegen s’attache à reconstruire l’ordonnancement romain et il met en évidence la nécessité pour les Romains d’augmenter la profondeur de leur dispositif pour ne pas se laisser emporter par la cavalerie numide « la meilleure et plus furieuse cavalerie de ce temps là » afin « d’empechser qu’elle ne passoit legièrement, ni rompit aisément le gros de l’infanterie Romaine (sic) »[47]. Selon lui, chaque légion romaine formerait un grand carré de douze manipules de côté. Sa reconstruction se fonde sur sa connaissance des armées romaines, développée non seulement dans la lecture des sources mais aussi des commentateurs comme Juste Lipse.

Le legs de la réforme oranienne n’est donc pas qu’une relecture de l’Antiquité à l’aune des moyens techniques des XVIe et XVIIe siècles, mais également une façon d’appréhender la guerre, bouleversée par l’apparition en Europe de la poudre, qui marquera non seulement l’art militaire européen mais également la société dans son ensemble.

Conclusion

Pour répondre aux besoins de nouvelles solutions tactiques afin de faire face notamment à l’utilisation d’armes à feu portatives, le recours à l’Antiquité, dont les textes et les pratiques ont été relues par de nouvelles méthodes de critique textuelle, a été la pièce maîtresse d’un effort de réflexion mené par l’entourage de la famille d’Orange-Nassau. Celle-ci s’est approprié un bon nombre de pratiques, comme la disposition des troupes en échiquiers ou la présence d’un grand nombre de cadres subalternes dans les rangs, afin de battre l’Espagne et ses redoutables tercios. La réflexion militaire ne s’est pas arrêtée là mais s’est, au contraire, ouverte à de nouveaux thèmes de recherche, notamment en croisant les disciplines. L’inter-disciplinarité permettra de grandes avancées en poliorcétique ou pour la fabrication des munitions. Simon Stevin imagine également une méthode mathématique pour déceler les faiblesses du dispositif adverse. Les produits de la réforme oranienne que sont le tir par salve et les écoles militaires, loin de se limiter dans leur influence au XVIIe siècle, ont duré près de 200 ans pour le premier tandis que, de nos jours, chaque pays a son système d’enseignement militaire.

L’Antiquité aura donc été un point de départ dans la réflexion militaire, à l’influence forte mais vite dépassée, notamment quant à la réflexion sur les armes à feu.

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[1] Par cette expression, on entend la pratique qu’ont les armées du temps d’utiliser les pays traversés et conquis pour maintenir leur capacité de combat. Les productions agricoles (animaux, récoltes) comme artisanales (outils, armes…) sont réquisitionnés et utilisés par les armées sur leur passage.

[2] JOUANNA Arlette, « La notion de Renaissance : réflexions sur un paradoxe historiographique », dans Revue d’histoire moderne et contemporaine n°49-4 bis, n°5, Paris, Belin, 2002, 192 p., pp. 5‑16, [en ligne] https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2002-5-page-5.htm (dernière consultation le 22/05/2022)

[3] VIALA Alain, « Chapitre IV. Écrire au temps des guerres de Religion », dans VIALA Alain, Le Moyen Âge et la Renaissance, Paris, Presses universitaires de France, 2014, 368 p., pp. 271‑302, [en ligne] https://www.cairn.info/le-moyen-age-et-la-renaissance–9782130628309-page-271.htm (dernière consultation le 22/05/2022)

[4] Nous utiliserons comme adjectif désignant la famille d’Orange-Nassau une transcription du terme allemand oranisch en oranien. Voir aussi SCHWAGER Therese, Militärtheorie im Späthumanismus: Kulturtransfer taktischer und strategischer Theorien in den Niederlanden und Frankreich (1590-1650) (« Théorie militaire à la fin de la Renaissance : transferts culturels des théories tactiques et stratégiques entre les Pays-Bas et la France (1590-1650) »), Boston, De Gruyter, 2012, 822 p.

[5] RICHARDOT Philippe, Végèce et la culture militaire au Moyen Age : Ve-XVe siècles, Paris, Institut de stratégie comparée, 1998 (1re éd. 1995), 244 p.

[6] VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Manuale Militare oder Kriegsmanual (« Manuel militaire »), Francfort, Jacobi, 1616, 195 p., [en ligne] http://digital.slub-dresden.de/ppn271627492 (dernière consultation le 24/05/2022)

[7] « vorgetragen die Principalste Haupptstücke der heutigen Kriegskunsten, darneben auch der Griechen, Lacedaemonien und Romanen ihres Kriegsdisziplin », ibid., p. 12.

[8] Il faut toutefois noter que les chefs de guerre (du général au capitaine) recrutaient leurs subordonnés parmi leurs connaissances et donc une partie de leurs soldats étaient leurs vassaux.

[9] Du temps de la République, l’armée romaine utilise au combat une formation en trois rangs. Le premier est composé des soldats les plus jeunes, nommés hastati, le deuxième de soldats plus expérimentés (principes) tandis que les vétérans (triares) formaient le troisième rang.

[10] VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch (« Livre de guerre »), Wiesbaden, Werner Halweg, 1973, 786 p., p. 265

[11] Une manipule est une subdivision de la légion romaine, forte de cent à deux cent combattants environ.

[12] Ibid., p. 285

[13] VEGETIUS, Traité de l’art militaire, Paris, J. Corréard, 1859, 233 p., livre III chapitre 18, traduit par DEVELAY Victor, [en ligne] http://remacle.org/bloodwolf/erudits/vegece/livre3.htm (dernière consultation le 24/05/2022)

[14] « Hieraus kan mann duplicem aut triplicem aciem nach gelegenheit machen und dazu so viel reserven machen als man volcks dazu habe », VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch, op. cit. p. 288

[15] VEGETIUS, op. cit., Livre II, chapitre 24.

[16] SCHWAGER Therese, op. cit.

[17] « vom marchieren und vortziehen », VON NASSAU-SIEGEN Johann, op. cit.

[18] Décompte effectué sur le site kallimachos.de le 09 juin 2020 à 16h30. PUPPE Frank (dir.), KALLIMACHOS, Würzburg, Université de Würzburg, [en ligne] http://kallimachos.de/kallimachos/index.php/Hauptseite (dernière consultation le 24/05/2022)

[19] Selon les frontières politiques actuelles.

[20] Les données peuvent être extraites du site kallimachos.de, ibid.

[21] Stahel und Eyssen künstlich weych und hart zu machen schrifft und bildwerck darinn zu etzen Gold unnd silberfarben auff ein yedes metal mancherley weyse zu machen (« Les aciers et les fontes sont des matières artificielles, dures et solides, dans lesquelles on peut graver des écritures et des images en or et en argent sur n’importe quel métal »), Mayence, Eysen, 1532, 32p., [en ligne] https://www.e-rara.ch/zut/doi/10.3931/e-rara-15203 (dernière consultation le 22/05/2022)

[22] RYFF Walter, Der furnembsten notwendigsten der gantzen Architectur angehoerigen Mathematischen und Mechanischen kuenst eygentlicher bericht und vast klare verstendliche unterrichtung (« Les arts mathématiques et mécaniques les plus nécessaires à toute l’architecture, un rapport explicite et une instruction claire et compréhensible »), Nuremberg, 1547, 687 p., [en ligne] https://www.e-rara.ch/doi/10.3931/e-rara-8705?lang=de (dernière consultation le 22/05/2022)

[23] Notons que Johan Jacob von Wallhausen en écrit, à lui seul, cinq.

[24] La poliorcétique est la science s’attachant à la défense et l’attaque des places fortes.

[25] VON NASSAU-SIEGEN Johann, op. cit.

[26] Les batailles de Cynoscéphales en 197 av. J.-C. et de Pydna en 168 montrent que l’organisation en manipules séparées (entre 120 et 200 combattants sous la République) des légions romaines permet une souplesse tactique plus importante que celle de la phalange, qui combat en un seul bloc.

[27] HUBER, Max, « Fronsperger, Leonhardt », dans Neue Deutsche Biographie (NDB), vol. 5, Berlin, Duncker & Humblot, 1961, 784 p., p. 662

[28] FRONSPERGER Leonhardt, Fünff Bücher Vonn Kriegs Regiment vnd Ordnung (Cinq Livres sur l’ordonnancement des troupes, 1565) et Besatzung – ein kurtzer bericht wie Stätt Schlösser oder Flecken mit kriegesvolck sollen besetzt sein dass sie sich vor dem Feinde erhalten mögen (Garnison – un bref rapport sur la manière dont les villes, les châteaux ou les villages doivent être occupés par des troupes de guerre afin de pouvoir se défendre contre l’ennemi, 1568)

[29] DE LANDTSHEER Jeanine, « Juste Lipse et son De bibliothecis syntagma », dans Littératures classiques, n°66, n°2, Malakoff, Armand Colin, 2008, 222 p., pp. 81‑91, [en ligne] https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques1-2008-2-page-81.htm (dernière consultation le 22/05/2022)

[30] SCHWAGER Therese, op. cit., p. 158

[31] Titre original allemand : Festung-Bawung Das ist Kurtze und eygentliche Beschreibung wie man Festungen bawen vnd sich wider allen gewaltsamen Anlauff der Feinde zu Kriegszeiten auffhalten sichern.

[32] JUNG Won 정원, « Suhakjaga chamhyohan 17 segiui gwahakjeok jeonjaeng » 수학자가 참여한 17세기의 과학적 전쟁 (« La guerre scientifique de Maurice van Nassau et son mathématicien, Simon Stevin »), dans Hanguk gwahak sahak hoeji 한국과학사학회지 (« Revue coréenne d’histoire des sciences ») Korean Journal for the History of Science., vol. 41, n°1, Séoul, Hanguk gwahak sahak hoe (« Société coréenne d’histoire des sciences »), 2019, pp. 39-71, [en ligne] https://www.kci.go.kr/kciportal/ci/sereArticleSearch/ciSereArtiView.kci?sereArticleSearchBean.artiId=ART002460917 (dernière consultation le 24/05/2022)

[33] VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Programma Scholae Militaris (« Programme d’une école militaire »), Francfort-sur-le-Main, Jacobi, 1616, 57 p.

[34] JUNG Won, op. cit.

[35] Conférence prononcée à Belfast et intitulée « The Military Revolution, 1560-1660 ».

[36] PARKER Geoffrey, The Military Revolution: Military Innovation and the Rise of the West, 1500–1800, Cambridge, Cambridge University Press,1988, 234 p.

[37] Le drill désigne l’entraînement répété, notamment par les militaires, d’opérations complexes pour en automatiser la réalisation.

[38] « wie breitter die ordnung ist, wie beßer », VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch, op. cit., p. 27

[39] Pour utiliser au maximum la hausse de la capacité de feu des armées, les généraux sont tentés d’étendre le plus possible les lignes de bataille (ce que l’on nomme l’ordre mince), mais ces troupes sont alors vulnérables à une forte masse de combattants resserrés (en ordre profond).

[40] « wie man aus einer zugkordnung geschwind und in der eil eine schlachtordnung und wierderumb aus der schlachtordnung eine zugkordnung machen sol », VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch, op. cit., pp. 621.

[41] « widder reuther und fußvolck von einer seiter zu andern weichen und wehren soll », VON NASSAU-SIEGEN Johann, op. cit.

[42] VEGETIUS, Livre III, op. cit.

[43] VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Programma Scholae Militaris (op. cit.), p. 31

[44] Ibid., p. 21

[45] En latin : « ex veteri veterum romanorum institutio laudatissimo », ibid., p. de titre.

[46] VON WALLHAUSEN Johann Jacob, Kriegsmanual, 1616, 195 p., pp. 178-190.

[47] VON NASSAU-SIEGEN Johann, Kriegsbuch (op. cit.), p. 343.

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