Le soutien santé de l’armée du Roi lors de la campagne de Bohême

Etude sur le fonctionnement des hôpitaux fixes et de l’hôpital ambulant, qui prévalait avant l’ordonnance du premier janvier 1747.

Les plaies par armes à feu et par éclat de boulets et de bombes, sont l’objet de nombreux ouvrages de chirurgie[1]. Depuis le XVIème siècle et à l’aube du XVIIIème siècle, un chirurgien, est intégré dans chaque régiment[2]. Parallèlement, un entrepreneur est lié au Roi par un marché et chargé de l’entretien des hôpitaux.

Le responsable de la chaine de santé est l’intendant. Le seigneur de Séchelles[3], intendant de l’armée de Louis XV qui s’élance de Fort Louis du Rhin le 15 août 1741 écrit à ce propos,

« Les hôpitaux de tous temps ont été l’écueil de tous les plus habiles intendant, et des commissaires pour établir l’ordre et la fidélité. Il est difficile d’empêcher tous les abus, mais on les peut diminuer. »[4]

Portrait de Jean Moreau de Séchelles, vers 1760 (Jean Valade, Louis Simon Lempereur, Palais de Versailles, Wikimedia Commons)

La chaine de santé s’appuie sur plusieurs structures, qui s’étale du plus près des combats, jusqu’à l’arrière des lignes. De l’hôpital ambulant, jusqu’aux hôpitaux fixes, c’est une organisation en strate, du soutien médical du blessé qui est mise en œuvre, sous la direction de l’intendant.

Au début de la campagne de Bohème en 1741, la prise en charge des blessés, que ce soit pour des affections dues à la promiscuité ou des suites des actions de combat, fait l’objet d’une organisation compliquée par les élongations inédites, qui caractérisent les premières années de la campagne. Les hôpitaux fixes du royaume se trouvant rapidement hors de portée de la logistique de l’armée de Bohême, la gestion de l’hôpital ambulant est au cœur des préoccupations de l’intendant. C’est à l’hôpital ambulant que revient la tâche de prodiguer les premiers soins aux blessés et de les mettre en conditions pour procéder à une évacuation vers l’arrière. Il est de la responsabilité de l’intendant de définir les lieux où sont regroupés les blessés. Deux lieux sont identifiés, un nid de blessés[5] pour les officiers et un second pour la troupe. La gestion de ces deux zones est confiée à deux commissaires des guerres[6]. L’intendant doit veiller à deux principes importants. Le premier consiste à faire pourvoir les nids de blessés des fournitures[7] nécessaires aux premiers secours. Le second effet majeur de l’intendant consiste à faire pré-positionner les voitures et les caissons destinés au transport des blessés de manière stratégique, selon les actions qu’il devine du camp adverse et qu’il connait du général commandant l’armée. Cette réflexion sur la situation tactique est un élément important de l’action de l’intendant pour le soutien santé de l’armée. Une erreur de positionnement des voitures au regard des lieux de regroupement des blessés[8], pouvait conduire à l’abandon de ces derniers, aux mains de l’ennemi. Pendant le convoyage des blessés, chirurgiens et infirmiers poursuivent la surveillance des patients qui sont transportés en voitures et dans des caissons. Lorsque le théâtre d’opération de l’armée se situe loin des frontières du Royaume et des hôpitaux fixes, c’est à l’intendant que revient la tâche d’établir les hôpitaux. Il est responsable de la désignation de l’effectif de l’hôpital ambulant, à l’exception des chirurgiens et des apothicaires, nommés par la cour[9].

Le second maillon structurant de la chaine de l’organisation du soutien santé de l’armée en campagne est représenté par les commissaires des guerres. Sous les ordres de l’intendant, ils sont responsables de la gestion quotidienne de l’établissement. C’est le Roi qui règle les frais de fonctionnement de l’hôpital ambulant, des préparations médicinales pour l’apothicaire jusqu’aux draps et couvertures pour les malades et blessés. C’est en fonction du nombre de blessés qu’est déterminé le nombre d’infirmiers, et c’est la connaissance de l’effectif des patients qui sert de base au recrutement des blanchisseuses. Le rôle du commissaire ne se borne pas à la gestion administrative, il est responsable des ressources humaines. C’est un cadre de contact qui évalue les compétences et la probité de ses employés. Pour se faire, il assure des visites fréquentes auprès des malades. Jean Moreau de Séchelles conseille à ses commissaires :

« … des visites fréquentes dans les salles des malades et surtout dans les temps des pansements, pour recevoir des plaintes des malades. »[10]

L’intérêt des patients paraît au centre des préoccupations du seigneur de Séchelles dans les consignes qu’il décrit dans sa directive aux Intendants. Il apparaît que la qualité des personnels de santé, sur le plan des connaissances pratiques mais également sur le plan de la probité, est source d’inquiétude pour l’auteur. Aussi, l’exigence de l’intendant envers l’action des commissaires des guerres est placée à un haut niveau. Et elle se décline dans les détails du fonctionnement quotidien de l’hôpital ambulant. Un commissaire des guerres assiste à la pesée de la viande, mais goûte également les bouillons servis aux blessés[11], le pain et le vin. Concernant le suivi administratif, il vise les états et registres que lui présente le directeur de l’établissement. De même lorsque ce dernier requiert de l’argent pour le fonctionnement de l’hôpital ambulant, il établit un état de situation que vérifie et valide le commissaire des guerres, en le visant. Le directeur le transmet alors à l’intendant, qui après contrôle, donne l’ordre au trésorier de délivrer la somme nécessaire. Un état des sorties et des entrées des blessées est tenu par le commissaire des guerres.

Quelques années avant la grande réforme du soutien santé, initiée par l’ordonnance du premier janvier 1747[12], le fonctionnement des hôpitaux militaire dépend en grande partie des qualités individuelles des personnels qui composent l’effectif. De nombreuses dérives sont régulièrement observées, et la défiance règne.

Ce constat est en revanche très présent dans les écrits de Jean Moreau de Séchelles en date de 1742. Il sous-tend l’ensemble de son propos et de ses recommandations. Il érige en priorité majeure pour la réalisation du soutien santé, le fait de désigner des commissaires de guerres intègres et intéressés par le fait du soutien santé. Pour lui, sans cette implication, le fonctionnement de l’établissement est compromis.

Le soutien des âmes est indissociable de celui des blessures du corps. Les récollets[13] sont associés pleinement à la chaine de soutien médical de l’armée en compagne.

Récollets, nom des religieux réformés de l’ordre de Saint-François, 1811 (anonyme, Wikimedia Commons, http://cabrio.bibliotheek.brugge.be/browse/webgaleries/FAVA.KL1.357/index.html)

Suivant l’armée de Bohême à cheval, l’intendant fournit aux récollets, « …une à deux voitures pour leurs bagages. » Ils servent d’Aumoniers pendant la campagne. Ils participent également aux soins dans les hôpitaux de l’armée en plus du soutien spirituel qu’ils prodiguent. L’intendant s’appuie sur eux afin d’avoir une remontée d’informations sans filtre, des patients admis dans les salles de l’hôpital, jusqu’à lui. Par cet intermédiaire, il se tient renseigné sur la façon dont les blessés et les malades sont réellement traités dans les établissements. Dans la recherche du bien du service, l’intendant passe par plusieurs canaux pour s’informer du fonctionnement de ses hôpitaux. Moreau de Beaumont écrit,

« … c’est par eux que l’intendant est informé si les soldats blessés ou malades, manquent de choses essentielles et il doit les charger nommément de l’en instruire.[14] »

Il est à noter, que pour l’intendant de l’armée de Bohême, dans son état d’esprit en 1742 et avec sa connaissance du contexte[15] qui prévalait alors, les informations transmises par les commissaires des guerres, sur le sujet des hôpitaux, ne sont pas assez fiables pour être acceptées en l’état. La confrontation de leurs comptes-rendus, avec un autre canal de renseignement, ici les récollets, est pour lui indispensable.


Le rôle des entrepreneurs dans l’armée de Louis XV par l’étude d’un marché pour les hôpitaux au cours de la campagne de Bohême.


À l’aube de la décennie 1740, l’armée du Louis XV s’appuie sur des personnes de la société civile pour assurer les missions logistiques de ses campagnes militaires, les entrepreneurs. Qu’ils soient chargés de la fourniture de la viande, des hôpitaux ou des lits pour l’armée, c’est par un marché qu’ils sont liés à l’administration royale. La surveillance de la qualité du service fournie par ces entrepreneurs, concentre une grande partie de l’attention et des ressources de l’intendant, qui se trouve confronté à de nombreux abus qui impactent à la fois la qualité du soutien des forces armées et le trésor du Roi. L’étude du détail des responsabilités des entrepreneurs, par le biais d’un marché des hôpitaux et d’un modèle de marché, rédigé par Jean Moreau de Séchelles[16] pour son neveu Moreau de Beaumont, éclaire sur la réalité quotidienne du soutien santé de l’armée engagée dans le guerre de succession d’Autriche.


Fournitures médicales et les personnels de l’hôpital

Les remèdes nécessaires aux médecins et sollicités par le chirurgien major, sont approvisionnés par l’entrepreneur. Il lui est demandé de prépositionner des stocks de médicaments supérieurs à la quantité nécessaire pour un fonctionnement courant, dans les différents hôpitaux militaires. Il assure également la fourniture de :

« …l’eau de vie, charpie, linge à pansement pour les blessés[17]. »

Par remèdes, les conditions du marché précisent une liste de base[18], tout en ouvrant totalement le spectre que doit fournir le titulaire du marché. Cette exigence est décrite ainsi :

« …et généralement tous remèdes et médicaments de quelques nature qu’ils puissent être[19]. »

Les charpies utilisées pour réaliser les pansements sont stockées à l’abris de la moisissure. L’eau de vie pour les soins doit être issue uniquement du vin[20]  à l’exception de toutes autres[21]. Le linge doit être fourni pour chaque blessé et malade accueilli dans les hôpitaux. La dotation pour un patient est composée ainsi : un bonnet de laine, quatre coiffes de bonnet[22], quatre chemises et une robe de chambre. En revanche, l’ensemble du couchage pour les patients est exclu de la sphère de compétence du titulaire du marché des hôpitaux. La fourniture des lits et des draps fait l’objet de l’établissement d’un marché séparé[23]. Le blanchissage du linge reste à la charge de l’entrepreneur des hôpitaux, qu’il s’agisse du linge fourni par lui mais également celui du couchage. Des précautions sont prises pour que les lessives soient séparées selon l’utilisation des tissus[24]. Le sujet de l’hygiène en général est du ressort de l’entrepreneur et se trouve inscrit dans les conditions du marché. Il est de sa responsabilité de maintenir les différents établissements dans le plus grand état de propreté. Ce point apparait comme problématique pour le seigneur de Séchelles, il écrit,

« L’entretien de la propreté est à la charge de l’entrepreneur, c’est un abus dans quelques hôpitaux de l’avoir mise au compte du Roy. »

Le marché passé avec M. Pelletier le 23 février 1742, ne contient aucun paragraphe relatif à l’entretien de la propreté des hôpitaux militaires. La responsabilité de l’hygiène est en revanche précisée dans le modèle de marché, élaboré par Jean Moreau de Séchelles. C’est un sujet qu’il estime problématique dans les marchés précédents et qu’il cadre dans son modèle. Parallèlement à l’entretien des établissements, l’entretien de la chapelle pour la messe journalière aux blessés et malades est à la charge de l’entrepreneur[25].

L’hygiène des blessés et malades passe par les salles de bains des hôpitaux. Celles-ci sont chauffées l’hiver. La période que couvre la notion d’hiver est élargie aux « …saisons dont le besoin le requerera. ». Une exception est faite pour les patients vérolés[26], pour qui le chauffage est assuré toute l’année. Le charbon de bois est également fourni pour les pansements, une chandelle est pourvue pour chaque garçon chirurgien et garçon apothicaire qui sont de garde la nuit.

Afin de servir les hôpitaux militaires, le seigneur de Séchelles décrit dans son modèle, la maquette de ressources humaines suivante, un infirmier pour deux officiers, un infirmier pour dix vérolés, un pour douze blessés et un pour vingt malades. Il fait remarquer que,

« Cette proposition des infirmiers au nombre des malades sera uniforme dans tout le royaume, au lieu que dans les marchés qui ont lieu à présent, elle est inégale partout, sans aucune raison[27]. »

La volonté de rationaliser l’organisation du service de santé transparait dans le projet de marché, rédigé par Jean Moreau de Séchelle. Dans la recherche de l’amélioration du soutien médical au sein des armées, la pharmacie est un exemple représentatif des axes de progression identifiés dans le modèle de l’intendant de l’armée de Bohème. Le commissaire des guerres attribue le local où s’établit la pharmacie. La priorité est de trouver un emplacement au sein de l’établissement. Cette volonté a pour but de permettre une meilleure surveillance de l’apothicaire par le commissaire et d’éviter les erreurs de prescriptions, en situant l’apothicairerie[28] au sein de l’hôpital. Dans l’hypothèse où, la configuration des lieux où s’est implanté l’hôpital, ne le permet pas, il est recherché un lieu le plus proche possible de l’hôpital. L’apothicaire s’expose à des amendes s’il fournit des remèdes et drogues à des personnels extérieurs à l’hôpital. La surveillance de l’apothicaire est une des tâches importantes des commissaires des guerres. Ce n’est qu’en 1747 qu’un corps d’apothicaire[29] est créé. Au cours de la guerre de succession d’Autriche, ce sont des employés civils travaillant pour le compte des entrepreneurs. La qualité du service rendu est alors très variable et la surveillance renforcée est le principal moyen pour assurer un service sérieux aux blessées et malades des hôpitaux. L’entrepreneur a la charge d’équiper la pharmacie de toutes les fournitures[30] nécessaires à son fonctionnement. Il assure également de fournir la nourriture des garçons apothicaires, garçons chirurgiens et infirmiers dans les mêmes conditions que celles délivrées pour les blessés et malades non-officiers. Lorsque ces employés sont souffrants, ils reçoivent également la même dotation de linge que les autres patients. Cette procédure n’est pas une règle qui se retrouve dans les précédents marchés liant les entrepreneurs des hôpitaux avec l’administration. Il s’avère que la pratique commune qui s’appliquait alors, était que les garçons apothicaires, les garçons chirurgiens et infirmiers qui se trouvaient malades pendant la campagne étaient financés par le Roi pour leurs subsistances et le coût des séjours dans l’hôpital. Ce cas de figure fait écrire à Jean Moreau de Séchelles que cette charge supportée par le Roi est « …sujette à trop d’abus pour ne pas la supprimer.[31] » et de poursuivre en donnant les éléments de langage à opposer aux entrepreneurs qui se montrent réticents à supporter ces frais. Il établit à 6 deniers et demi par journée, l’augmentation du coût à supporter par l’entrepreneur. En supposant que le quart de ses employés soit toujours malade. L’entrepreneur a également obligation de ne pas se défaire de ses employés s’ils tombent malades, dans le but d’éviter de supporter le coût des soins. Pour se faire, il lui est interdit de les renvoyer sans en avoir reçu l’autorisation du commissaire des guerres attaché à la surveillance de l’hôpital. Les conditions du marché déclinées par l’intendant de l’armée de Bohême, s’attachent à cadrer les pratiques abusives des entrepreneurs. Les appointements des employés des hôpitaux sont assurés par l’entrepreneur[32] . Le Roi quant à lui, assure la solde des aumôniers, du médecin major et du chirurgien major et du contrôleur.


Les conditions générales et le cas de l’hôpital ambulant

L’hôpital ambulant est approvisionné par l’entrepreneur pour ce qui est de l’alimentation, les pansements et les médicaments, dans les mêmes modalités que les autres établissements de santé. Certaines conditions lui sont en revanche spécifiques.

Les dotations en linge pour les blessées et malades, ainsi que l’ensemble des fournitures pour la pharmacie, l’ameublement de la cuisine et des salles qui accueillent les patients, sont supportés par les finances du Roi. Il est question de la dotation initiale et du renouvellement des approvisionnements consommés. L’entrepreneur a la charge de réaliser les stocks de fournitures pour l’hôpital ambulant. Il assure la subsistance de ses employés. Pour se faire, il délivre une ration pour chacun, composée de deux livres de viandes[33] et d’une livre et demie de pain « blanc ». La boisson servie est composée de bière, pour un volume de trois pintes. Le Roi assure le paiement des gages de l’ensemble des employés de l’hôpital ambulant. L’ensemble des frais inhérents au transport des fournitures appartenant à la fois à l’administration royale mais également celles de l’entrepreneur, lors des déplacements de l’hôpital à la suite de l’armée, est supporté par les finances du Roi. Pour chaque soldat qui sort convalescent des hôpitaux, une somme de 6 sols est attribuée à l’entrepreneur. Ce montant sert à couvrir la garde et l’entretien, des vêtements et des armes pendant le séjour du blessé ou malade. Lors d’un décès, les effets du patient sont récupérés par un officier. Passé un certain délai[34], si personne de l’armée ne vient pour réaliser cette tâche, les effets reviennent de droit à l’entrepreneur. Pour chaque soldat qui meurt dans les établissements de santé, l’enterrement est payé sur les finances du Roi, à hauteur de trente sols. Avec cette somme, l’entrepreneur doit couvrir les frais du fossoyeur, de l’aumônier et donner un drap pour recouvrir la dépouille.

A l’exception de ces conditions spécifiques à l’hôpital ambulant, des dispositions générales s’appliquent aux hôpitaux sédentaires et à l’hôpital ambulant. L’organisation du fonctionnement des hôpitaux s’appuyait sur l’ordonnance du 22 novembre 1728[35]. C’est, pour la guerre de succession d’Autriche, la base réglementaire du soutien santé des armées du Roi. Ce texte fut établi au cours du second exercice du ministre Le Blanc. Il reprend en presque totalité les articles de l’ordonnance de 1717 et du règlement de 1718. Les principaux apports de celle de 1728, sont afférents notamment au traitement des maladies vénériennes. Avant l’année 1728, seuls quelques établissements spécifiques accueillaient pour traitement ce type de patients. Ce n’est plus le cas après le 22 novembre 1728. L’ensemble des hôpitaux devaient pouvoir recevoir les hommes affectés de maladies vénériennes. L’ordonnance établissait aussi l’obligation de cours de médecine dans les hôpitaux militaires, au côté des cours d’anatomie et de chirurgie qui étaient dispensés. C’est l’ordonnance de 1728 qui place les contrôleurs dans les établissements[36].

L’entrepreneur participe chaque mois à une réunion des officiers des hôpitaux (elle se déroule en début de mois). Un commissaire des guerres est également présent. Il a pour fonction de dresser le procès-verbal de la tenue. L’ordre du jour de la réunion consiste dans l’évocation par l’entrepreneur des difficultés qu’il rencontre et les reproches que l’administration peut avoir à lui faire sur la façon dont il réalise le soutien des hôpitaux, au regard du marché. Les conditions de celui-ci, prévoyait que les pertes de l’entrepreneur, induites par les « …sièges, bombardement, feu du ciel et accident imprévu.[37] » mais également à la suite des incendies et des rééditions des places à l’ennemi, sont remboursées par le Roi. Pour se faire, l’entrepreneur rédige un état de la quantité des effets détruits ou perdus, ainsi qu’une estimation du prix. Cet état, visé respectivement par le commandant de la place et le commissaire des guerres, est l’objet de la rédaction d’un procès-verbal[38]. Pour réaliser sa prestation, l’entrepreneur bénéficie d’une exemption sur l’octroi[39] s’appliquant aux denrées[40]. A la date de fin du marché, si l’entrepreneur n’est pas choisi pour être reconduit pour le marché des hôpitaux, alors ses possessions sont reprises par le nouveau contractant. Une expertise est réalisée et un montant pour le dédommagement, convenu.

Le coût de la journée d’hospitalisation des personnels de l’armée est supporté par le Roi. Le titulaire du contrat des hôpitaux est payé à la fin de chaque mois par le commis principal de l’extraordinaire des guerres, après autorisation de l’intendant des armées. Les sommes dues diffèrent entre le temps de guerre et lorsque la paix est établie.

Comparaison du coût de la journée d’hospitalisation[41] par jour et par homme en temps de guerre et de paix[42]

L’entrepreneur est responsable pour la durée du marché, de l’ensemble des hôpitaux dont il a la charge et il ne peut, se retirer du soutien d’aucun établissement. Par retrait, il s’agit de désigner la pratique consistant à confier à un tiers les tâches qui lui incombent par contrat, de sous-traiter le soutien santé dont il a la responsabilité. Cette pratique apparait courante. Le marché prévoit l’hypothèse où un tel cas de figure se rencontre. Lorsque le fait est constaté, la somme due à l’entrepreneur est réduite du prix, que celui-ci a convenu avec le sous-traitant, pour réaliser une partie de sa mission. Jean Moreau de Séchelles se plaint de la sous-traitance qui est pratiquée par les titulaires des marchés, il écrit :

« Il n’est pas nécessaire d’expliquer les raisons générales pour interdire les sous-traités, elles sont trop connues.[43] »

La pratique n’est cependant pas totalement prohibée par l’administration royale, puisque les conditions du marché admettent des exceptions dans « … des cas ou des raisons particulières ». En effet, si le sous-traitant présenté par l’entrepreneur est validé par l’intendant, il peut recevoir l’autorisation du secrétaire d’état à la guerre, de remplir la partie du soutien qu’il a convenue en amont, avec le titulaire du marché.

L’entrepreneur est l’acteur principal du soutien en matériel et en approvisionnement des hôpitaux militaires en ce début de la décennie 1740. Lié par un marché, ses responsabilités couvrent l’ensemble du spectre de la santé au sein des hôpitaux, de la nourriture, en passant par les fournitures des médicaments et jusqu’à l’enterrement en cas de décès. La comparaison entre le marché des hôpitaux de 1742 et le modèle rédigé par Jean Moreau de Séchelles, met en lumière les difficultés auxquelles était confrontée l’administration royale avec les titulaires des marchés.

« On a fait aussi le projet de marché suivant qui doit être uniforme pour tous les hôpitaux militaires du royaume.[44] »

Par cette note présente en marge du projet de marché qu’il a rédigé, le seigneur de Séchelle indique un objectif qui est le sien lorsqu’il en entame la rédaction du document. Il s’agit de tenter de réduire les abus qui étaient régulièrement observés de la part des entrepreneurs des marchés des hôpitaux, en cadrant par écrit, les points susceptibles de dérive. Ainsi, l’auteur du projet de marché propose six modifications principales. Tout d’abord, il conseille de ne pas faire de marché séparé pour le soutien des hôpitaux et pour la fourniture des aliments dans les établissements. Le titulaire du marché des hôpitaux doit également assurer l’alimentation. Pour les conditions ayant trait au chauffage des établissements de santé, la distinction entre journées d’hiver et journées d’été n’apparait pas satisfaisante et est supprimée dans le projet de Jean Moreau de Séchelles. L’hygiène des hôpitaux militaires est un point d’insatisfaction de l’auteur envers les entrepreneurs. Régulièrement mis à la charge du Roi, la responsabilité de la propreté des établissements de santé est remise au centre des responsabilités, de l’entrepreneur. Le seigneur de Séchelles cherche également à uniformiser les ressources humaines en termes du nombre d’infirmiers dans les hôpitaux du royaume. Chaque hôpital possède un nombre d’infirmiers qui lui est propre. En établissant la ressource en infirmiers par rapport au nombre de patient, l’auteur souhaite rationaliser les effectifs dans les hôpitaux militaires. Le coût du séjour dans les établissements de santé, des garçons chirurgiens et garçons apothicaires tombant malades, est dans les marchés précédents supporté par le Roi. Cette situation conduit à de nombreux abus de la part de l’entrepreneur. Les conditions du projet de marché de l’auteur, supprime ce point particulier, redonnant à l’entrepreneur la charge de ses employés. Le dernier point que l’intendant de Bohème souhaite cadrer est la sous-traitance pratiquée par les entrepreneurs des marchés des hôpitaux. En imposant, par condition de marché, de faire valider les sous-traitants par l’intendant, il ambitionne de diminuer les inconvénients de cette pratique.


La fourniture des vivres

L’organisation du soutien santé reposait sur une ossature constituée par un marché. Ce marché, dans le sens d’une convention rédigée entre un entrepreneur et l’administration royale, assurait les conditions pour la fourniture des approvisionnements nécessaires aux fonctionnement des hôpitaux et pour une durée fixée par contrat.

Le 13 février 1742, un marché[45] était signé, obligeant M. Jacques Pelletier envers le marquis de Breteuil, ministre de la guerre, pour la fourniture des hôpitaux du Roi, établi à Lille, Douai, Bouchain, Dunkerque et Bergues[46]. L’architecture du document a servi de base à un modèle de projet de marché[47], rédigé par M. Moreau de Séchelles, construit en 31 rubriques et détaillant précisément les attendues de l’administration, envers un entrepreneur. Le périmètre qui est tracé par ce mémoire s’articule autour de trois pôles principaux, que sont les domaines des approvisionnements liés à la subsistance, aux personnels servant les hôpitaux et enfin celui des dispositions générales régissant les rapports entre l’entrepreneur désigné et l’administration royale. Dans la lecture des détails de ce que doit fournir l’entrepreneur pour le fonctionnement des hôpitaux militaires, transparait l’esprit qui prévaut pour le soutien santé des armées de la décennie 1740. Les exigences de l’administration royale envers le prestataire signataire, montre les dérives qu’elle souhaite contrer et les précautions prises pour remédier aux manquements observés lors des campagnes précédentes. Le contrôle des hôpitaux est un sujet de préoccupation primordial pour l’intendant. Dans le mémoire pour les intendants rédigé par Moreau de Beaumont, il confie cette tâche au plus expérimenté de ses commissaires des guerres et envisage cette tache comme étant la plus sensible pour la bonne réalisation de la mission de l’intendant des armées,

« … Les hôpitaux de tout temps ont été l’écueil de tous les plus habiles intendants, et des commissaires pour établir l’ordre et la fidélité. Il est difficile d’empêcher tous les abus, mais on les peut diminuer. L’intérêt de l’état en l’humanité se réunissent pour exciter dans l’intendant, l’attention la plus fournie pour cette partie.[48] »

Le marché du 13 février 1742 obligeait l’entrepreneur, auprès du ministre de la guerre, pour une durée de trois ans[49]. Le spectre des fournitures que doit mettre à disposition l’entrepreneur est vaste. Il couvre aussi bien la nourriture et les différents remèdes utilisés pour les soins aux blessés et malades, que le linge, et les ustensiles[50] les plus divers nécessaires à l’accueil et au séjour des patients. La ration quotidienne dans les établissements accueillant les soldats blessés ou malades est d’une livre de viande[51]. Cette portion est composée pour les deux tiers de bœuf. Le dernier tiers peut être du veau ou du mouton. Cependant, la fressure[52], les os, les pieds de l’animal sont exclus de la composition du repas. Afin d’atteindre un certain niveau de qualité dans les repas distribués dans les hôpitaux, une exigence sur le coût de la ration est inscrite dans les conditions du marché. Le repas quotidien est composé également d’une portion de pain. Deux qualités de pain sont acceptées par l’administration royale. La différence vient du pourcentage de son et de germe, rentrant dans la composition de la farine. On distingue, le pain dit « blanc », composé d’une farine très pure dont le blutage[53] a été très poussé, du pain « bis blanc », présentant un pourcentage de son important, du pain « bis », à la couleur très grise, du au son présent en quantité dans sa recette. Le pain « bis » n’est pas apprécié au XVIIIème siècle, c’est un pain jugé de qualité moindre. C’est par la couleur du pain que se devine la qualité de la farine et que les hommes estiment alors sa qualité[54]. Au XVIIIème siècle, pour Georges Comet, les gens considéraient le pain blanc comme le meilleur. Pour le fabriquer, il ne fallait conserver que la fine fleur de la farine, à la suite d’un blutage très sélectif. Le processus de sélection de la meilleure farine avait un coût économique important, ce qui réservait le pain blanc à une élite. Jean Moreau de Séchelles précise que c’est lors de la campagne de 1733, en Italie, que pour la première fois on autorisa l’entrepreneur des hôpitaux à fournir au choix, du pain « blanc » ou du pain « bis blanc ». Il commente cette décision ainsi,

« …et on s’y est bien trouvé.[55] »

La portion de pain[56] quotidienne est de 20 onces[57] s’il est « blanc » ou de 24 onces[58] s’il est « bis ». Elle est fournie par l’entrepreneur à l’ensemble des soldats blessés et malades admis dans les hôpitaux militaires, ainsi qu’aux personnels dont la subsistance est assurée par le Roi. Le jour de sa sortie, une demi-portion[59] de pain est remise au patient, celle-ci n’est pas facturée aux finances royales mais est à charge du titulaire du contrat de soutien des hôpitaux. A côté de la subsistance, les soldats reçoivent également quotidiennement de la boisson. Principalement à base de vin et bière, celle-ci est du volume d’une chopine[60] par homme et par jour. Le vin approvisionné est rouge ou blanc. L’un sera privilégié à l’autre sur la décision des médecins, en fonction de la pathologie qui affectent chaque patient[61]. Sur le plan de la qualité, les conditions du marché exigent un vin « … qui sera vieux autant qu’il est possible.[62]» La saison des vendanges dépend de l’état de maturation du raisin. Elle s’étale sur une période allant de fin août à début octobre. Le marché des hôpitaux du 23 février 1742 précise que si le vin issu de la dernière récolte de raisin, sa distribution est alors interdite avant le 1er avril suivant. Les dates des vendanges dans la région de Beaune[63] dans les années 1741, 1742, 1743[64], sont des indicateurs de la maturité moyenne des raisins dans le royaume au cours de ces années et permettent de réduire la période des vendanges aux environs des derniers jours du mois de septembre. Le vin servi dans les hôpitaux militaires dans le cadre du marché pour la campagne de la guerre de succession d’Autriche (années 1741, 1742 et 1743) devait être âgé de 6 mois au minimum. Une clause prévoit la possibilité pour l’entrepreneur de substituer la bière au vin. En effet, dans l’hypothèse où, l’armée se trouve dans des provinces où l’approvisionnement en vin s’avère soit difficile ou trop coûteux, la bière le remplace. A raison d’un volume quotidien par homme de 2 pintes[65]. La ration ordinaire se compose donc de viandes (bœuf, veau, mouton), de pains « blanc » ou pain « bis blanc », pour la boisson de vin rouge et blanc, avec possibilité en cas de difficultés d’approvisionnement d’être remplacé par de la bière. Ce régime alimentaire peut être enrichi sur recommandations des médecins. La panade[66], les œufs frais et le riz notamment font partis des denrées[67] n’appartenant pas à la ration ordinaire des blessés, malades et employés. La ration ordinaire est doublée en quantité pour les officiers. Dans le modèle de marché qu’il a rédigé, Jean Moreau de Séchelles précise,

« Il y a plusieurs exemples de marché séparés pour la fourniture des aliments, ce qui n’aura plus lieu à l’avenir, attendu des inconvénients qui en peuvent résulter. [68]»

Cette phrase indique deux choses, la première, elle dévoile l’ambition du modèle de projet de marché des hôpitaux que l’intendant de l’armée de Bohème a rédigé. Il s’agit d’uniformiser au niveau du royaume les contrats passés avec les entrepreneurs des hôpitaux, en décrivant et rationnalisant les pratiques dans un modèle ayant vocation à servir de base pour l’ensemble des futurs marchés passés avec les entrepreneurs des hôpitaux. La seconde est que le retour d’expérience des contrats passés, laisse paraître des difficultés pour l’intendance à superviser les hôpitaux militaires. La multiplication des maîtres d’œuvre accroît les problèmes. C’est alors l’exemple du marché du 23 février 1742 qui est repris par Jean Moreau de Séchelles. L’entrepreneur des hôpitaux fournit également les aliments pour les patients. Les conditions du marché précisent que les horaires de distribution des repas aux patients sont arrêtés par les chirurgiens et les médecins. L’objectif de cette mesure est de permettre un contrôle du respect des prescriptions du personnel de santé. L’insistance du seigneur de Séchelles, dans son instruction sur les fonctions de l’intendant, concernant la surveillance accrue que doivent exercer les commissaires des guerres sur la qualité des repas servis, couplée à la présence dans les conditions du marché, de consignes sur la présence des médecins et chirurgiens lors de la distributions des repas, confirme l’hypothèse selon laquelle les repas dans les hôpitaux militaires pouvaient être l’objet de critiques tant sur le plan de la quantité que de la qualité. Le fait que l’entrepreneur soit le seul interlocuteur de l’intendant pour les aliments et les hôpitaux doit permettre une meilleure surveillance et assurer un soutien santé plus performant pour les malades et blessées de l’armée.

L’intendant de l’armée appartenant au corps expéditionnaire mis à la disposition de           l’électeur de Bavière, lors de la guerre de succession d’Autriche, est l’homme central de la logistique et de tout ce qui a trait à l’administration de l’armée. Son périmètre de responsabilité couvre l’ensemble du spectre du soutien, pris dans une acceptation élargie : des vivres aux espions, des hôpitaux aux voitures. La centralisation sur la personne de l’intendant s’avère très poussée. Des marchés aux conditions très précises cadrent les missions des entrepreneurs, à la fois dans le périmètre des missions et dans la description précise des attendues de l’administration royale. Ces documents, enrichis des retours d’expériences des campagnes passées, corsettent le soutien de l’armée. Des lignes de fractures se font visibles dans l’exécution des missions. Une partie importante des actions mises en œuvre par l’intendant, révèle la prépondérance du contrôle, pour éviter les abus, des différents intervenants impliqués dans le soutien des troupes. Ceux-ci se situent à plusieurs niveaux. Les entrepreneurs, notamment des hôpitaux, sont sous la surveillance constante des commissaires des guerres, placés au cœur des établissements de santé. Ces derniers n’échappent pas à la supervision de l’intendant. Une défiance prégnante transparait dans les écrits du neveu de Jean Moreau de Séchelles, Moreau de Beaumont. Il laisse apparaitre, dans son mémoire pour les intendants de l’armée[69], les doutes qu’il nourrit, envers la probité des commissaires des guerres, leur implication dans l’accomplissement de leurs tâches et leurs savoir-faire, notamment dans le cas spécifique de la supervision des hôpitaux. Le fonctionnement des hôpitaux militaires, au cours de la campagne de l’armée pendant la guerre de succession d’Autriche, a montré de nombreuses dérives. Il faut attendre la réforme de 1747, pour voir s’amorcer la lente transformation du système de santé des armées et éradiquer les défauts endémiques qui caractérisaient le fonctionnement des hôpitaux militaires sous le règne de Louis XV.

[1] PARE Ambroise, « La méthode de traiter les playes faictes par haquebutes et aultres bastons à feu ; et de celles qui sont faictes par fleches, dardz et semblabes ; aussi des combustions spécialement faictes par la pouldre à canon », V.Gaulterot, 1545.

[2] LIMELETTE Renaud. « Le service de santé militaire dans les intendances de Flandre et de Hainaut : de la liberté provinciale à l’uniformisation nationale ». La construction des professions, du national à l’européen, 2008, Villeneuve d’Ascq. halshs-00627447.

[3]   En juin 1741, le cardinal de Fleury désigne Jean Moreau de Séchelles, Intendant du Hainaut, à la tête de l’intendance de l’armée qui devait se rendre en Bavière. Maurice Sautai écrivit à propos de cette nomination « Belle-Isle l’avait demandé avec des raisons si pressantes et décisives que le cardinal de Fleury n’avait pu le lui refuser » et de poursuivre « Aux heures les plus difficiles, M. de Séchelles devait devenir pour l’armée une véritable providence ». Les obstacles que dut surmonter l’intendance du corps expéditionnaire, assemblé sur les bords du Rhin au début du mois d’août 1741, furent exceptionnels de difficultés. Jean Moreau de Séchelles est né en 1690 à Paris. Il est le fils d’un riche bourgeois parisien qui exerçait le métier de marchand drapier. Pierre Moreau acquiert un office anoblissant en 1708 et décède en 1719, au cours de l’exercice de sa charge et de ce fait, lègue la noblesse à son fils qui quitte alors définitivement sa condition de Bourgeois. Haut fonctionnaire royal, il mena une carrière remarquable qui le conduisit au plus près du Roi, en tant que ministre d’Etat.

[4] Archives Rosanbo, 175 Mi/1, instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées, pièce n°1.

[5] PALMIER Bruno, « Mise en condition de survie des blessés en opération extérieure : procédure et expérience », Bull. Acad.Natle Méd., 2012, 196, n° 4-5, p. 893-907, 2012.

[6] L’intendant doit « désigner les commissaires des guerres les plus expérimentés pour se tenir dans ce lieu d’entrepôt ». Archives Rosanbo, 175 Mi/1, instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées, pièce n°1.

[7] Parmi ces fournitures, l’eau de vie pour les pansements est une des ressources les plus précieuses « dont on manque presque toujours » écrit Moreau de Beaumont. Ibid.

[8] « Si la bataille était perdue, il pourrait arriver qu’on serait obligé d’abandonner le lieu de l’entrepôt et tous les blessés ». Ibid.

[9] L’intendant peut en revanche augmenter les effectifs des chirurgiens et des apothicaires s’il estime qu’ils sont en nombre insuffisant pour mener la mission.

[10] Archives Rosanbo, 175 Mi/1, instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées, pièce n°1.

[11] Cette opération doit être réalisée deux fois par jour.

[12] Ordonnance du Roy portant règlement général concernant les hôpitaux militaires, 1 janvier 1747, Paris. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9633794h

[13] Nom des religieux réformés de l’ordre de Saint-François, ainsi nommés de ce que, par esprit de récollection, ils demandèrent au pape Clément VII, en 1531, la permission de se retirer dans des couvents particuliers, pour y observer à la lettre la règle de leur patriarche. LITTRE Émile, « Dictionnaire de la langue française », Tome 4, Hachette, Paris, 1874, p. 1514.

[14] Archives Rosanbo, 175 Mi/1, instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées, pièce n°1.

[15] Il est question d’évoquer ici l’engagement d’un corps expéditionnaire du Roy dans la guerre de succession d’Autriche depuis désormais 15 mois, à la date de rédaction de « l’instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées. »

[16] En juin 1741, le cardinal de Fleury désigne Jean Moreau de Séchelles, Intendant de Hainaut, à la tête de l’intendance de l’armée qui devait se rendre en Bavière. Maurice Sautai écrivit à propos de cette nomination « Belle-Isle l’avait demandé avec des raisons si pressantes et décisives que le cardinal de Fleury n’avait pu le lui refuser » et de poursuivre « Aux heures les plus difficiles, M. de Séchelles devait devenir pour l’armée une véritable providence ». Les obstacles que dut surmonter l’intendance du corps expéditionnaire, assemblé sur les bords du Rhin au début du mois d’août 1741, furent exceptionnels de difficultés. Jean Moreau de Séchelles est né en 1690 à Paris. Il est le fils d’un riche bourgeois parisien qui exerçait le métier de marchand drapier. Pierre Moreau acquiert un office anoblissant en 1708 et décède en 1719, au cours de l’exercice de sa charge et de ce fait, lègue la noblesse à son fils qui quitte alors définitivement sa condition de Bourgeois. Haut fonctionnaire royal, il mena une carrière remarquable qui le conduisit au plus près du Roi, en tant que ministre d’Etat.

[17] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°14.

[18] Il s’agit des traitements de la maladie vénérienne, les embrocations (Application d’une préparation huileuse et calmante sur la peau), les purgatifs et les somnifères.

[19] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°14.

[20] Le cognac et l’armagnac sont deux eaux de vie de vin.

[21] Il existe cinq catégories d’eau de vie : eau de vie de vin, eau de vie de cidre, eau de vie grains, eau de vie de plantes et eau de vie de fruits.

[22] Coiffe de toile que l’on mettait dans le bonnet de nuit. Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, Outils et ressources pour un traitement optimisé de la langue. https://www.cnrtl.fr/definition/coiffes.

[23] La fourniture des lits, paillasse, matelas, draps et couverture peut-être à la charge d’un entrepreneur ou des magistrats de la ville où est établi l’hôpital.

[24] Les lessives des charpies destinées au pansements se font à part ainsi que celles des linges ayant été en contact avec des patients atteints de maladies vénériennes.

[25] On entend ici par entretien, l’approvisionnement en pain, en vin mais aussi en bougies et luminaires, en linges et en livres.

[26] Qui a la vérole, la syphilis. LITTRE Émile, « Dictionnaire de la langue française », Tome 4, Hachette, Paris, 1874, p. 2460.

[27] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°14.

[28] Magasin de drogues pour médicaments. LITTRE Émile, « Dictionnaire de la langue française », Tome 1, Hachette, Paris, 1874, p. 164.

[29] Les grades sont les suivants : garçon apothicaire, apothicaire sous-aide-major, apothicaire aide-major, apothicaire-major.

[30] Au XVIIIème siècle, la faïence est le matériau le plus utilisé pour les récipients de l’apothicaire. Les pots de pharmacie les plus utilisés sont les suivant : la chevrette, vase oblong à large ouverture destinés aux sirops, miels liquides et aux huiles. Le pot-canon pour la conservation des onguents et l’albarello pour la conservation des drogues solides. LABRUDE Pierre, « De l’apothicairerie d’autrefois à la pharmacie d’aujourd’hui », in Mémoires de l’Académie Nationale de Metz, 2012, Tome XXV, pp.251-262.

[31] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°13.

[32] Les gages des garçons apothicaires et chirurgiens s’élèvent à 15 deniers par mois, les gages des infirmiers à 6 deniers.

[33] L’entrepreneur doit la servir cuite.

[34] Les mots utilisés pour spécifier la durée sur la source manuscrite prête à confusion du fait de la graphie et s’avère impossible à déchiffrer avec certitude. Une interprétation possible est la suivante : « …dans l’an et jour après le décès. ». Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°14.

[35] Les abus que connurent les hôpitaux au cours de la guerre de succession d’Autriche, conduisent à l’ordonnance du 1er janvier 1747, rédigée sous l’impulsion du M. d’Argenson et qui va être l’acte fondateur du service de soutien des armées.

[36] Par une société de médecin, « Encyclopédie Méthodique, Médecine », Tome 9, Mme Veuve AGASSE, Paris, 1816. p. 743.

[37] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°14.

[38] Le procès-verbal doit être validé par l’intendant, dans un délai d’un mois, à la date de rédaction, sous peine de nullité.

[39] L’octroi est une taxe établie sur les importations de marchandises dans les villes et les bourgs. Elle a pour but de contribuer à l’acquittement des dépenses locales. Les taxes variaient, dans les modalités des perceptions et dans leurs natures, entre chacune des villes et bourgs en possession d’octrois. Ils furent supprimés par le décret du 19 février 1791 qui décida de la suppression de l’ensemble des droits d’entrée dans les villes et villages au 1er mai qui suivait. DE LUCAY Hélion, « Les octrois en France (histoire, législation et statistique) ». in Journal de la société statistique de Paris, tome 24,  1883, p.178-190.

[40] On évoque ici les denrées telles que le blé, la farine, le pain, la viande, l’eau de vie et la bière.

[41] Selon les termes du marché pour la fourniture des hôpitaux des Flandres pendant trois années du 1er janvier 1743 au dernier jour de décembre 1745. Archives château Rosanbo,

[42] Les données pour le temps de paix, concernant les officiers, gardes du corps à cheval, gendarme, chevaux légers de la garde, Mousquetaire, ne sont pas spécifiée explicitement dans le marché de 1742. Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°14.

[43] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°13.

[44] Ibid.

[45] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, vivres, pièce n°14.

[46] Le marché précise que la liste des hôpitaux n’est pas close. En effet, il est précisé qu’il devra également assurer le soutien de tous les établissements « … qu’il pourra être jugé nécessaire d’établir dans le département des Flandres, pendant le cours des trois années. ». Ibid.

[47] Le projet présent aux archives précise que le ministre de la guerre est M. d’Argenson, alors que le marché lui est daté de 1742, sous M. de Breteuil. C’est donc le modèle vierge de marché qui est réalisé sur les bases du marché de février 1742, il n’est pas un travail préparatoire, mais le résultat de l’étude du marché précédent. Une note présente en marge, précise l’objet de ce document : « …on a fait aussi le projet de marché suivant qui doit être uniforme pour tous les hôpitaux militaire du royaume. ». Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, vivres, pièce n°13.

[48] Archives Rosanbo, 175 Mi/1, instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées, pièce n°1.

[49] Du 1er décembre 1743 au 31 décembre 1745.

[50] Chemises, bonnets, robes de chambre, mais également les différents contenant pour les remèdes, ainsi que le chauffage en hiver.

[51] D’une livre poids de marc, soit 489,5 grammes. La livre poids de marc se décompose en 2 marc de 244,75 grammes.

[52] Le terme fressure désigne l’ensemble des gros viscères de l’animal, soit le cœur, le foie, la rate, les poumons.

[53] Le blutage, est l’action qui consiste de passer la farine par le bluteau, tamis séparant la farine du son. LITTRE Émile,  « Dictionnaire de la langue française », Tome 1, Hachette, Paris, 1874, p. 361.

[54] COMET Georges, « Le paysan et son outil, essais d’histoire technique des céréales (France, VIII-XV siècle) », Ecole française de Rome, Paris, 1992, p 711.

[55] Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, vivres, pièce n°14.

[56] Le pain est de pur froment, c’est-à-dire à base de blé tendre.

[57] 20 onces, soit 611,8 grammes.

[58] 24 onces, soit 734, 16 grammes.

[59] Soit 305 grammes de pain « blanc » ou 367 grammes de pain « bis blanc ».

[60] Une chopine équivaut à 0,476 litres.

[61] Pour la dysenterie, le vin rouge est privilégié.

[62] Ibid MI2.

[63] LABBE Thomas, GAVEAU Fabien, « Les dates de vendange à Beaune (1371-2010). Analyse et données d’une nouvelle série vendémiologique », in Revue historique, vol. 666, n° 2, 2013, pp. 333-367.

[64] Dates de vendange à Beaune en 1741 : le 27 septembre, en 1742 : le 4 octobre, en 1743 : le 27 septembre. Ibid.

[65] 2 pintes, représentent la valeur de 4 chopines, soit : 1,861 litres.

[66] Bouillie à base de pain, de beurre et d’eau longuement mitonnés, additionnée souvent de lait ou de crème et de jaune d’œuf. Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales, Outils et ressources pour un traitement optimisé de la langue. https://www.cnrtl.fr/definition/panades.

[67] Denrées délivrées par l’entrepreneur sur ordonnance des médecins : Œufs dans les bouillons, les œufs frais, le lait bouilli, le riz, les pruneaux, le sel et le vinaigre. Archives Rosanbo, 175 Mi/2, dossiers thématiques, hôpitaux, pièce n°13.

[68] Ibid.

[69] Archives Rosanbo, fonds Moreau de Beaumont (1745-1785), référence 175Mi/1, affaires générales, dossier 1-   « Instruction générale sur les fonctions d’intendant aux armées », 10 pièces, 1742, pièce n°1.

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