Albert Camus (1913-1960), Ècrivain et

La guerre d’Algérie à travers les écrits d’Albert Camus

Le 5 juillet 2022, l’Algérie a fêté ses 60 ans d’indépendance du pouvoir colonial français. Il y a donc six décennies que l’histoire commune de la France et de l’Algérie s’est achevée. Depuis, la guerre d’Algérie, conflit qui a mis fin à 132 années de présence coloniale, a été étudiée par nombre d’historiens, de psychologues, de sociologues ou encore de politologues. La guerre d’Algérie, qui n’est reconnue comme telle seulement depuis vingt-trois ans[1], est devenue l’objet en France d’un topos politique. Elle a été reprise par la gauche d’une part comme symbole du décolonialisme et par l’extrême droite d’autre part comme le souvenir de la grandeur d’une France à son acmé. Cette guerre a ainsi été analysée, décrite, perçue, écrite par beaucoup. Certains, plus que d’autres, ont vécu ce conflit dans leur chair. Albert Camus fut l’un d’eux.

Né le 7 novembre 1913 à Mondovi, dans le département de Constantine en Algérie, Albert Camus passe toute son enfance à Belcourt, quartier populaire d’Alger. Depuis son premier engagement politique au Parti communiste algérien en 1935 jusqu’à son décès en 1960, il n’a cessé de parler de l’Algérie dans son œuvre. Il a su la décrire à la fois géographiquement, écrivant la beauté de ses paysages méditerranéens ; philosophiquement, comme lorsque Oran devient la scène d’une ville infestée par la peste[2]; et surtout politiquement. Son œuvre expose pendant plus de vingt ans des positions sur la question algérienne.

Il est ainsi temps de retracer la guerre d’Algérie au fil des écrits d’Albert Camus, homme et intellectuel engagé.

Années 1930 à 1956. L’engagement journalistique d’Albert Camus :

La guerre d’Algérie s’étend de 1954 à 1962. Ce sont près de huit ans d’un conflit terrible qui secoue l’Algérie et la France métropolitaine. Pourtant, les historiens s’accordent souvent à dire que la guerre n’a pas réellement commencé en 1954, mais en 1945. En effet, dans la décennie qui précède la « Toussaint rouge », le 1er novembre 1954, date officielle du déclenchement des hostilités, la colère gronde déjà en Algérie. De cette colère, Camus en rend déjà compte dans son œuvre.

L’engagement politique de l’écrivain en faveur d’une Algérie plus juste et égalitaire a été constant. Dès 1939, il dénonce le traitement réservé aux membres du PPA (Parti du peuple algérien) de Messali Hadj par l’administration coloniale dans Alger républicain :

« On n’effacera pas les revendications des indigènes en les passant sous silence, mais en les examinant dans un esprit de générosité et de justice. Et la seule façon d’enrayer le nationalisme algérien, c’est de supprimer l’injustice dont il est né. »[3]

Il est alors le seul intellectuel français à s’intéresser au cas de l’Algérie coloniale. À partir de 1935, il s’engage au Parti communiste algérien (PCA). Son expérience y est courte, mais déterminante. Il y rentre plus par fidélité à ses origines populaires que par conviction marxiste. Il s’y forme politiquement à travers plusieurs actions, politiques comme l’embrigadement de militants Algériens musulmans, mais aussi culturelles avec la fondation du Théâtre du Travail à Alger qui permet à un public populaire d’assister à des représentations théâtrales.

Cet engagement aide l’écrivain, alors âgé de 22 ans, à prendre conscience de son rôle politique, celui d’un intellectuel français d’Algérie préoccupé par les problèmes que traversent le pays. Cela se confirme dans son attachement à la Maison de la culture d’Alger qu’il dirige en 1937. Il y prononce une conférence sur « La culture indigène. La nouvelle culture méditerranéenne »[4] où il questionne les idées internationalistes et fédéralistes d’une culture méditerranéenne dépassant la notion « d’État ». Camus y exprime la volonté de réhabiliter un territoire réunissant une multitude de peuples autour de la Méditerranée, partageant la même culture. Il cherche à transcender l’idée de pays et à développer l’idée intimiste d’un être méditerranéen qui ne serait ni Français d’Algérie, ni Arabe, ni Berbère. Cette idée trouve peu d’écho dans le débat politique algérien des années 1930. Le temps est aux théories d’assimilation et d’intégration prônées par le militant politique Ferhat Abbas, et à la volonté de Messali Hadj d’en finir avec les lois d’exception, dont le Code de l’indigénat[5].

Cette première expérience politique de deux ans l’enrichit en même temps qu’elle l’incite à s’engager autrement, par la plume notamment.

Portrait d’Albert Camus en 1945Portrait d’Albert Camus en 1945
Portrait d’Albert Camus en 1945. Wikimedia Commons

Le reportage « Misère de la Kabylie » chez Alger républicain :

Fort d’une appétence pour le journalisme, Camus se lance en 1938 à Alger républicain. Le quotidien algérois se définit comme républicain et socialiste, proche des idées du Front populaire. Il revendique le combat en faveur des colonisés : « […] nous comptons lutter contre le conservatisme social qui entend maintenir nos amis indigènes sur un plan d’infériorité »[6]. Dans les années 1930 en Algérie, la presse colonialiste, comme L’Écho d’Oran ou Le Journal d’Alger, brille par son silence complice. Journal indépendant, Alger républicain fait véritablement figure d’exception parmi la presse algérienne.

Entre le 5 et le 15 juin 1939 est publié le reportage « Misère de la Kabylie », sous la forme de onze articles. De cette enquête saisissante sur l’une des régions les plus pauvres d’Algérie, Camus dresse un portrait méticuleux des populations kabyles. Il insiste particulièrement sur les problèmes socio-économiques rencontrés par cette région :

« On m’avait prévenu que les salaires étaient insuffisants. Je ne savais pas qu’ils étaient insultants. On m’avait dit que la journée de travail excédait la durée légale. J’ignorais qu’elle n’était pas loin de la doubler. Je ne voudrais pas hausser le ton. Mais je suis forcé de dire ici que le régime du travail en Kabylie est un régime d’esclavage. »[7]

Pour remédier à cette situation désastreuse, il propose comme solution politique une plus grande émancipation qui favoriserait l’autonomie des douars[8] et leur gestion par les populations indigènes, sans toutefois remettre en cause le système colonial :

« Car, si la conquête coloniale pouvait jamais trouver une excuse, c’est dans la mesure où elle aide les peuples conquis à garder leur personnalité. »[9]

Le reportage porté par la plume de Camus détonne dans la presse algérienne colonialiste de l’époque, de par son caractère singulier. Par la suite, « Misère de la Kabylie » sert de nombreuses fois à exemplifier le combat de Camus contre le colonialisme, à un moment où « la gauche française ignorait jusqu’au nom de la Kabylie »[10] .

L’étranger et la résistance par la plume dans Combat :

Au coeur du second conflit mondial, l’écrivain fait publier son premier roman chez Gallimard, L’étranger[11], en 1942. L’histoire retrace la vie de Meursault, le narrateur, du décès de sa mère à l’assassinat d’un « Arabe » sur une plage. Camus cherche à dépeindre l’absurdité de la condition humaine. Alors qu’il est exilé à Paris, l’Algérie est le décor du roman.

Couverture du premier roman d’Albert Camus, L’étranger
Couverture du premier roman d’Albert Camus, L’étranger. Wikimedia Commons

Dès 1942, il s’engage dans la résistance en tant qu’éditorialiste et rédacteur en chef à Combat. En mai 1945, il écrit une série d’articles, sous le nom de « Crise en Algérie »[12], à la suite d’un voyage dans le pays. Il y souligne « l’éveil politique »[13] des masses musulmanes qui s’est accentué avec la guerre, sans toutefois le relier à une quelconque menace envers l’Algérie française. La publication de ces articles coïncide avec le déclenchement, le 8 mai 1945, de plusieurs massacres sur le sol algérien. Alors que l’Europe fête la défaite du nazisme, des manifestations pacifiques s’organisent en Algérie à Sétif, Guelma et Kherrata. Elles sont menées par les partis nationalistes qui souhaitent rappeler leurs revendications. Un jeune Algérien musulman, Saâl Bouzid, brandit un drapeau algérien, alors interdit, ce qui déclenche les hostilités. Des répressions sont conduites par l’armée française. Camus évoque ces actes sanglants :

« Les massacres de Guelma et de Sétif ont provoqué chez les Français d’Algérie un ressentiment profond et indigné. La répression qui a suivi a développé dans les masses arabes un sentiment de crainte et d’hostilité . »[14]

Le début des troubles en Algérie et Camus à L’Express :

La Toussaint 1954 marque le commencement de la guerre d’Algérie. Camus la vit comme un déchirement absolu, comme l’aboutissement funeste de ses combats politiques. En juin 1952, il écrivait :

« C’est ainsi qu’on affirme imprudemment que je ne m’intéresse pas aux victimes du colonialisme, malgré des centaines de pages […] qui prouvent que, depuis vingt ans […] je n’ai jamais mené réellement d’autre lutte politique que celle-là. »[15]

Parce qu’il continue à croire au dialogue et à une solution pacifique aux évènements algériens, il entre au journal L’Express. Entre le 15 octobre 1955 et le 17 janvier 1956, il écrit une série d’articles traitant du problème algérien et posant les conditions d’un retour à la paix en Algérie. Tout au long de ces textes, il développe l’idée d’une trêve civile, c’est-à-dire l’arrêt des massacres de civils dans les deux camps afin d’ouvrir un dialogue entre les protagonistes du conflit algérien :

« “Il faut choisir son camp”, crient les repus de la haine. Ah ! je l’ai choisi ! J’ai choisi mon pays, j’ai choisi l’Algérie de la justice, où Français et Arabes s’associeront librement ! »[16]

Dans un climat algérien dégradé, Camus décide de prononcer son Appel pour une Trêve Civile à Alger, le 22 janvier 1956. C’est un échec retentissant qui n’est pas reçu, ni par la presse, ni par les intellectuels et les hommes politiques. Alors que, des années 1930 à 1955, sa position algérienne est écoutée car perçue comme progressiste, dès l’enlisement du conflit et la prise de position des intellectuels français de gauche en faveur d’une Algérie indépendante, Camus est dépassé par cet extrême qui n’est pas le sien.

Cet échec décide l’écrivain à se retirer de la vie politique pendant près d’un an et demi. La singularité de son opinion sur le conflit qu’il arbore le confine.

Avril 1956 à décembre 1957. Le « silence » littéraire de l’écrivain au coeur du conflit algérien :

Dans le premier numéro de la revue Les Temps Modernes d’octobre 1945, Jean-Paul Sartre note : « L’écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi »[17]. Pour Sartre, l’écrivain est un intellectuel et le rôle même de l’intellectuel est de prendre position et de dénoncer les injustices. Dès les débuts du conflit algérien, la gauche sartrienne s’engage au sein d’un réseau d’intellectuels de gauche. Ils prennent parti pour une indépendance de l’Algérie et la fin du joug colonial. Ils dénoncent la torture et les violences perpétrées par l’armée française. Camus, lui, dans l’impossibilité de se positionner dans aucun des deux camps, ne s’engage pas selon la théorie sartrienne. Il détonne dans le débat politique algérien. Pendant près d’un an et demi, l’écrivain se tait. Néanmoins dans le débat public, ce « silence » parlera plus fort que des mots.

Le « silence » d’Albert Camus, le refuge dans les mots :

Le silence est un motif récurrent dans l’œuvre camusienne. Dans ses premiers essais publiés en 1937 par Edmond Charlot, L’envers et l’endroit, où il raconte le quartier algérois de Belcourt et une vie de famille de manière autobiographique, il écrit : « Dehors, la lumière, les bruits, ici le silence dans la nuit »[18]. Le silence dans la vie de Camus est fondateur. C’est celui d’un père qu’il n’a jamais connu et d’une mère qui ne parle que très peu. Le silence est aussi celui d’un milieu social pauvre qu’on n’écoute pas. Ainsi, le silence a une sonorité singulière dans l’enfance de Camus et au fil de sa vie. Il est pluriel dans ses significations et parfois contradictoire. Pendant son « silence », Camus fait publier en 1956 un court roman, La chute. L’histoire est celle d’une confession qui se raconte dans un monologue mené par Jean-Baptiste Clamence, juge-pénitent autoproclamé qui en vient à s’exprimer ainsi : « Vous avez raison. Son mutisme est assourdissant »[19].

L’écrivain n’a jamais pris parti pour les extrêmes, prônant la révolte plutôt que la révolution. Dans le cas du conflit algérien, ce sont deux extrêmes. Dans ces deux camps, la violence est à son paroxysme. Ne pouvant trouver sa voie et sa voix au milieu d’eux, il se force au silence. Dans une lettre à l’écrivain kabyle Mouloud Feraoun, il partage sa peine :

« Lorsque deux de nos frères se livrent à un combat sans merci, c’est folie criminelle que d’exciter l’un ou l’autre. Entre la sagesse réduite au mutisme et la folie qui s’égosille, je préfère les vertus du silence. Oui, quand la parole parvient à disposer sans remords de l’existence d’autrui, se taire n’est pas une attitude négative. »[20]

À la folie des passions, Camus préfère le silence. De surcroît, ses correspondances privées, sources précieuses pour connaître l’état d’esprit de Camus durant cette période, nous livrent une autre raison de son mutisme : le désespoir. L’homme se sent intimement lié avec l’Algérie. C’est ce lien presque charnel qu’il sublime dans les essais Noces[21] puis L’été[22]. La dernière phrase de la nouvelle « L’hôte » du recueil L’exil et le royaume, qu’il publie en 1957 pendant son silence, exprime toute la fatalité face à la perte de son Algérie : « Dans ce vaste pays qu’il avait tant aimé, il était seul »[23].

Dans cette nouvelle, il met en scène un Algérien musulman et un instituteur français, Daru, dans le désert algérien. Un gendarme demande à l’instituteur de conduire l’Algérien musulman, qui a commis un crime, jusqu’à la ville la plus proche et de le remettre aux autorités. Un important face-à-face se crée entre les deux hommes et l’instituteur décide finalement de laisser « l’Arabe » choisir son propre destin, entre le chemin de la prison et celui de la liberté. De son plein gré, il prend celui de la prison. À la suite de cela, l’instituteur se voit menacer de mort pour l’avoir livré aux autorités. La nouvelle illustre parfaitement le rôle du Français d’Algérie qui n’arrive pas à prendre parti et se retrouve dans une situation inextricable[24]. L’apparition du contexte colonial dans cet écrit est novatrice dans l’écriture camusienne qui fait souvent allusion à l’Algérie dans ses œuvres, mais sans la relier à un contexte politique (c’est le cas de L’étranger). « L’Hôte » est, de toute l’œuvre de Camus, le texte qui éclaire le mieux sur son déchirement en ce qui concerne la guerre d’Algérie.

Car, finalement, lorsqu’il ne peut s’exprimer par la parole, l’écrivain s’exprime par les mots. Les raisons de son silence sont nombreuses, pourtant, l’absence soudaine de sa voix dans le débat public choque et dérange. Silence devient alors synonyme de lâcheté, de démission, de reniement et de dépit pour ceux qui le lui reprochent. Camus ne commente aucun événement de l’année 1957, qui est pourtant celle où le conflit prend une tournure tragique. Une ordonnance de Robert Lacoste, en date du 7 janvier 1957, confie au général Massu les pleins pouvoirs de police sur la zone d’Alger. Il est mandaté avec la 10e division parachutiste pour enrayer le terrorisme dans la capitale algérienne. L’utilisation de la torture par l’armée française se révèle efficace à l’extorsion de renseignements alors que les opinions française et internationale expriment leur choc face à de telles méthodes. L’écrivain est, quant à lui, toujours muré dans son silence.

Le 17 octobre 1957, en plein cœur de son « silence », Albert Camus a la surprise d’apprendre qu’il est le lauréat du prix Nobel de littérature. Sa nomination est un choc dans le monde littéraire puisque le grand favori était André Malraux. François Mauriac, abasourdi, s’écrie : « Ce n’est pas à lui qu’on l’a décerné, n’est-ce pas ? C’est à l’Algérie ? »[25]

1957. La réception du prix Nobel de littérature :

Albert Camus est choisi par l’Académie suédoise pour recevoir la distinction littéraire. L’Académie a souhaité couronner une œuvre qui éclaire « avec un sérieux pénétrant les problèmes posés de nos jours aux consciences humaines ». Dans le contexte du conflit algérien, la récompense littéraire se transforme en une récompense politique.

Le 10 décembre 1957, Camus prononce son discours de réception du prix à Stockholm. À cette occasion, il expose sa réflexion sur le rôle de l’écrivain et l’idée qu’il se fait de son art. L’auteur y dépeint un artiste qui doit se mettre au service des opprimés[26]. Camus détaille les deux obligations qu’a le devoir de suivre l’écrivain selon lui : la vérité et la liberté[27]. Il livre un véritable réquisitoire contre son époque, dont la propre existence est menacée. Il insiste sur le rôle de l’écrivain comme intellectuel qui doit agir pour apaiser les douleurs et les souffrances. Enfin, l’écrivain y justifie sa position algérienne qui n’a jamais correspondu à la dialectique binaire du conflit. Il l’explique par des interprétations qui lui sont propres, emplies de justice et d’une volonté de respecter la vérité et la liberté. L’Algérie est évoquée en filigrane pour justifier ses propres contradictions :

« Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela. Je n’ai jamais pu renoncer à la lumière, au bonheur d’être, à la vie libre où j’ai grandi. Mais bien que cette nostalgie explique beaucoup de mes erreurs et de mes fautes, elle m’a aidé sans doute à mieux comprendre mon métier, elle m’aide encore à me tenir, aveuglément, auprès de tous ces hommes silencieux qui ne supportent dans le monde la vie qui leur est faite que par le souvenir ou le retour de brefs et libres bonheurs. »[28]

Portrait d’Albert Camus au moment de la réception de son prix Nobel de littérature en 1957
Portrait d’Albert Camus au moment de la réception de son prix Nobel de littérature en 1957. Wikimedia Commons

12 décembre 1957. « Je crois à la justice mais je défendrai ma mère avant la justice »[29] :

Le 12 décembre 1957, Albert Camus se rend à l’Université de Stockholm. Dans un cadre plus libre, il échange avec des élèves. À un moment donné, un étudiant algérien monte sur l’estrade pour s’adresser directement à Camus et lui reproche de ne pas avoir signé de pétitions pour l’Algérie. Ainsi, et pour la première fois depuis avril 1956, l’auteur expose en public sa position sur le drame :

« Je me suis tu depuis un an et huit mois, ce qui ne signifie pas que j’aie cessé d’agir. J’ai été et suis toujours partisan d’une Algérie juste, où les deux populations doivent vivre en paix et dans l’égalité. J’ai dit et répété qu’il fallait faire justice au peuple algérien et lui accorder un régime pleinement démocratique, jusqu’à ce que la haine de part et d’autre soit devenue telle qu’il n’appartenait plus à un intellectuel d’intervenir, ses déclarations risquant d’aggraver la terreur. Il m’a semblé que mieux vaut attendre jusqu’au moment propice d’unir au lieu de diviser. Je puis vous assurer cependant que vous avez des camarades en vie aujourd’hui grâce à des actions que vous ne connaissez pas. C’est avec une certaine répugnance que je donne ainsi mes raisons en public. J’ai toujours condamné la terreur. Je dois condamner aussi un terrorisme qui s’exerce aveuglément, dans les rues d’Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice. »[30]

De la tirade de Camus, est rapidement retenue par la critique la dernière phrase, qui se réduit encore au point de donner : « Entre ma mère et la justice, je préfère ma mère ». En prononçant ces mots, Camus fait finalement le choix des siens, celui de sa mère. Il se place donc concrètement en faveur de l’un des deux côtés, celui de l’Algérie française qui signifierait le maintien des siens sur le territoire algérien. Ainsi, et pour la première fois depuis le début du conflit, l’écrivain choisit clairement son camp en choisissant entre sa mère et la justice. Il se place dans la même logique binaire, être pour l’indépendance de l’Algérie ou contre. Dans une lettre du 17 décembre 1957 au directeur du Monde, Hubert Beuve-Méry, il dit de l’étudiant qui l’a interpellé se sentir « plus près de lui que beaucoup de Français qui parlent de l’Algérie sans la connaître »[31].

Sa rupture avec la gauche française est aussi une rupture avec un monde intellectuel français qui ne le comprend pas. Il ne se sent compris que par les Algériens dans son amour et sa déchirure. Toutefois, ni les Algériens musulmans pour l’indépendance, ni les Européens pour l’Algérie française ne se reconnaissent en Camus. Jean d’Ormesson le résume en ces quelques mots : « C’est une position inconfortable, dans le monde où nous vivons, que celle d’Albert Camus, Français d’Algérie »[32]. Alors, Albert Camus décide de justifier une dernière fois sa position algérienne. Il publie chez Gallimard en 1958, Actuelles III, Chroniques algériennes 1939-1958[33].

1958 à 1962. L’ultime justification mutilée de Camus par la plume :

Camus consacre le premier trimestre de l’année 1958 à rassembler minutieusement tous ses textes et discours sur la crise algérienne depuis les années 1930. Il souhaite les intégrer à un nouveau livre qui synthétiserait toute sa pensée algérienne.

Chroniques algériennes, 1939-1958 :

Introduit par un « Avant-propos » écrit en 1958, l’ouvrage rassemble le reportage de Camus dans Alger républicain sur la Kabylie de 1939 ; une série d’articles, « Crise en Algérie », écrite pour Combat en 1945 ; une lettre du 20 août 1955 à Mohamed El Aziz Kessous, « Lettre à un militant algérien » ; une série d’articles, « L’Algérie déchirée », écrite dans L’Express entre 1955 et 1956 ; le discours de son Appel pour une Trêve Civile du 22 janvier 1956 ; deux textes publiés dans Le Monde en mai et juin 1956 ; « L’affaire Maisonseul » ; et enfin, une conclusion « Algérie 1958 », qui s’ouvre sur sa dernière position sur le drame algérien. D’abord, Camus éclaire les lecteurs sur les raisons de son silence, pour la première fois par écrit :

« C’est pourquoi, dans l’impossibilité de me joindre à aucun des camps extrêmes, devant la disparition progressive de ce troisième camp où l’on pouvait encore garder la tête froide, doutant aussi de mes certitudes et de mes connaissances, persuadé enfin que la véritable cause de nos folies réside dans les mœurs et le fonctionnement de notre société intellectuelle et politique, j’ai décidé de ne plus participer aux incessantes polémiques qui n’ont eu d’autre effet que de durcir en Algérie les intransigeances aux prises et de diviser un peu plus une France déjà empoisonnée par les haines et les sectes. »[34]

Aussi, il redéfinit sa position de « franc-tireur »[35] qui ne rejoint aucun des deux camps et se retrouve seul. Il exprime son inquiétude quant à une Algérie indépendante qui deviendrait le pion d’un État islamiste rétrograde. Puis, il finit par proposer comme solution au problème algérien l’idée d’une libre association sur le modèle helvétique.

L’ouvrage camusien est passé sous silence. La voix et la plume de Camus ne sont plus écoutées dans le débat public sur la guerre d’Algérie. Finalement, la position algérienne de Camus est à nulle autre pareille. Elle force l’écrivain à l’exil car elle est devenue une « dissonance inécoutable »[36]. Le désespoir est grand. Il écrit à la date du 29 juillet dans ses Carnets : « Le matin l’Algérie m’obsède. Trop tard, trop tard… Ma terre perdue, je ne vaudrais plus rien »[37].

1960 à 1962. Une page devenue blanche :

À la fin de sa vie, Albert Camus s’expatrie loin de Paris, à Lourmarin dans le Luberon. Il se consacre entièrement à l’écriture d’un nouveau roman dont il a déjà trouvé le titre : Le premier homme[38]. Il a pour ambition de raconter l’histoire de son peuple, les Européens d’Algérie. C’est ainsi une manière pour lui de justifier et de légitimer leur présence sur le sol algérien. Le 4 janvier 1960, alors qu’il revient de Lourmarin avec ses amis les Gallimard, la voiture qui les porte s’écrase contre un arbre. Albert Camus meurt sur le coup après avoir aperçu une dernière fois les paysages du Luberon qui lui rappelaient tant l’Algérie. Se clôturent alors quarante-six ans de vie, plus de vingt ans d’engagements politiques et littéraires tournés vers l’Algérie et une œuvre mutilée qu’ « il faudra apprendre à voir […] comme une œuvre totale »[39].

Sépulture de la tombe d’Albert Camus à Lourmarin, dans le Vaucluse. Wikimedia Commons

Coup de théâtre dans le monde littéraire à l’annonce du décès d’Albert Camus. La revue oranaise Simoun publie un numéro spécial, symboliquement intitulé « Camus l’Algérien »[40], où l’on retrouve les plumes de Roblès, Feraoun, Poncet et Kessous. Jean-Paul Sartre, séparé de son ancien ami depuis une brouille autour de l’essai L’Homme révolté[41], lui rend un hommage émouvant :

« Il y a six mois, hier encore, on se demandait : “Que va-t-il faire ?” Provisoirement, déchiré par des contradictions qu’il faut respecter, il avait choisi le silence. Mais il était de ces hommes rares, qu’on peut bien attendre parce qu’ils choisissent lentement et restent fidèles à leur choix. Un jour, il parlerait. Nous n’aurions pas même osé risquer une conjecture sur ce qu’il dirait. Mais nous pensions qu’il changeait avec le monde comme chacun de nous : cela suffisait pour que sa présence demeurât vivante. »[42]

Parole tragiquement interrompue. Ce bouleversement dans la société intellectuelle interroge indubitablement sur la position algérienne de Camus. Intellectuels français et algériens se demandent d’une même voix : « Mais qu’en aurait-il pensé ? »[43] Qu’aurait-il dit du référendum sur l’autodétermination, de la création de l’OAS, de la recrudescence de la violence dans les derniers instants du conflit ? Qu’aurait-il pensé de l’indépendance de l’Algérie ? Qu’aurait-il dit de l’exode des siens, les Français d’Algérie ? Qu’aurait-il pensé de l’Algérie contemporaine ? « Rarement, les caractères d’une oeuvre et les conditions du moment historique ont exigé si clairement qu’un écrivain vive »[44] écrit Sartre. Il nous est impossible de savoir si Camus aurait fini par soutenir l’indépendance de l’Algérie, et ainsi le FLN, ou non. Il est aussi injuste de juger en 1960 ce que Camus aurait pu penser en 1962 car ce serait négliger deux années de possibles réflexions et évolutions politiques.

En 1962, beaucoup se demandent, supposent, imaginent, présument ce qu’aurait pensé Camus en 1962, mais aussi en 1965, en 1988, en 1992 ou encore en 2022. Car Camus et son œuvre sont invoqués à chaque événement politique clé de l’Algérie indépendante mais aussi parfois en France, comme pour réparer une malheureuse injustice qui l’a réduit au silence beaucoup trop tôt.

C’est ainsi que, depuis 1962, l’œuvre camusienne reste d’une brûlante actualité entre les deux rives de la Méditerranée.

Si vous avez aimé cet article, nous vous conseillons également :

Bibliographie :

Œuvres d’Albert Camus :

Récits et nouvelles :

CAMUS Albert, La chute : récit, Paris, Gallimard, 1956, 155 p.

CAMUS Albert, La peste, Paris, Gallimard, 1947, 237 p.

CAMUS Albert, L’étranger, Paris, Gallimard, 1942, 159 p.

CAMUS Albert, L’exil et le royaume, nouvelles, Paris, Gallimard, 1957, 231 p.

CAMUS Albert, Le premier homme, Paris, Gallimard, Cahiers Albert Camus, 1994, 331 p.

Essais :

CAMUS Albert, Actuelles III : chroniques algériennes, 1939-1958, Paris, Gallimard, 1958, 212 p.

CAMUS Albert, L’été, Paris, Gallimard, 1954, 130 p.

CAMUS Albert, L’envers et l’endroit, Paris, Gallimard, 1958, 125 p.

CAMUS Albert, L’homme révolté, Paris, Gallimard, 1951, 382 p.

CAMUS Albert, Noces, Alger, E. Charlot, 1939, 131 p.

Articles de journaux :

CAMUS Albert, Fragments d’un combat : 1938-1940, « Alger Républicain », t. I, coll. « Cahiers Albert Camus », vol. 3, Paris, Gallimard, 1978, 341 p.

CAMUS Albert, Fragments d’un combat : 1938-1940, « Alger Républicain », t. II, « Cahiers Albert Camus », vol. 3, Paris, Gallimard, 1978, 417 p.

CAMUS Albert, Albert Camus éditorialiste à « L’Express » (mai 1955-février 1956), coll. « Cahiers Albert Camus », vol. 6, Paris, Gallimard, 1987, 244 p.

CAMUS Albert, Camus à « Combat » : éditoriaux et articles d’Albert Camus 1944-1947, coll. « Cahiers Albert Camus », vol. 8, Paris, Gallimard, 2002, 746 p.

Carnets, conférences et discours :

CAMUS Albert, Carnets. I, mai 1935-février 1942, Paris, Gallimard, 1962, 252 p.

CAMUS Albert, Carnets. II, janvier 1942-mars 1952, Paris, Gallimard, 1964, 350 p.

CAMUS Albert, Carnets. III, mars 1951-décembre 1959, Paris, Gallimard, 1989, 301 p.

CAMUS Albert, Conférences et discours, 1936-1958, Paris, Gallimard, 2017, 379 p.

CAMUS Albert, Discours de Suède, Paris, Gallimard, 1958, 70 p.

Ouvrages et articles sur Albert Camus et son oeuvre :

Simoun, n°31, Oran, 1960, 73 p.

ANSEL Yves, Albert Camus totem et tabou, politique de la postérité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, 202 p.

D’ORMESSON Jean, (Sur Camus), dans La Parisienne, n°48, Paris, 1957, 148 p., pp. 1083-1086

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TODD Olivier, Albert Camus : une vie, Paris, Gallimard, 1996, 855 p.


[1] En effet, ce n’est qu’en 1999 que l’Assemblée nationale française reconnaît le caractère guerrier des évènements qui se sont déroulés entre 1954 et 1962 en Algérie. Le conflit est ainsi officiellement nommé « guerre d’Algérie ». Jusqu’alors, on désignait par « troubles » ou « évènements » ce qui s’était passé. Dans l’Algérie post-coloniale, l’expression utilisée est celle de « guerre d’indépendance algérienne ».

[2] CAMUS Albert, La peste, Paris, Gallimard, 1947, 237 p.

[3] Cité dans RYF Jean-Pierre, Albert Camus et les Algériens : noces ou divorce ?, Paris, Atlantica, 2007, 58 p., p. 30

[4] CAMUS Albert, Conférences et discours, 1936-1958, Paris, Gallimard, 2007, 379 p., pp. 15-25

[5] Le Code de l’indigénat désigne un régime juridique réservé aux sujets indigènes des territoires colonisés français. Il établit un régime d’exception pour les Algériens musulmans en Algérie, en faisant ainsi des « citoyens de seconde zone ».

[6] Extrait du communiqué aux lecteurs dans le premier numéro du journal Alger républicain daté du 6 octobre 1938.

[7] CAMUS Albert, « Misère de la Kabylie », dans CAMUS Albert, Actuelles III : chroniques algériennes, 1939-1958, Paris, Gallimard, 1958, 212 p., p. 50

[8] Un douar désigne une division administrative sur le territoire algérien lors de la colonisation française.

[9] Ibid., p. 89

[10] MOUSSY Marcel, (Sur le prix Nobel décerné à Camus), dans La Parisienne, n°48, Paris, 1957, 148 p., pp. 1081-1083

[11] CAMUS Albert, L’étranger, Paris, Gallimard, 1942, 159 p.

[12] CAMUS Albert, Actuelles III, Chroniques algériennes 1939-1958, op. cit., pp. 91-122

[13] Ibid., p. 96

[14] Ibid., p. 121

[15] Cité dans CAMUS Albert, Albert Camus éditorialiste à « L’Express » (mai 1955-février 1956), coll. « Cahiers Albert Camus », vol. 6, Paris, Gallimard, 1987, 244 p., p. 13

[16] CAMUS Albert, « L’Algérie déchirée », dans CAMUS Albert, Actuelles III, Chroniques algériennes 1939-1958, op. cit., p. 157

[17] SARTRE Jean-Paul, « Présentation des Temps Modernes », dans Temps Modernes, n°1, Paris, Gallimard, 1945, 192 p., pp. 20-21

[18] CAMUS Albert, L’envers et l’endroit, Paris, Gallimard, 1958, 125 p.

[19] CAMUS Albert, La chute : récit, Paris, Gallimard, 1956, 155 p., p. 8

[20] PERVILLÉ Guy, « Albert Camus et Mouloud Feraoun : une amitié qui résiste aux divergences politiques », dans BAUDORRE Philippe (dir.), La Plume dans la plaie : les écrivains journalistes et la guerre d’Algérie, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 2003, 302 p., pp. 129-135

[21] CAMUS Albert, Noces, Alger, E. Charlot, 1939, 131 p.

[22] CAMUS Albert, L’été, Paris, Gallimard, 1954, 130 p.

[23] CAMUS Albert, « L’hôte », dans L’exil et le royaume, nouvelles, Paris, Gallimard, 1957, 231 p., p. 124

[24] ANSEL Yves, « L’hôte », dans ANSEL Yves, Albert Camus totem et tabou, politique de la postérité, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012, 202 p., p. 108

[25] Cité dans ROY Jules, Mémoires barbares, Paris, Albin Michel, 1989, 569 p., pp. 438-439

[26] « Le rôle de l’écrivain, du même coup, ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire : il est au service de ceux qui la subissent », CAMUS Albert, « Discours du 10 décembre 1957 »,dans CAMUS Albert, Discours de Suède, Paris, Gallimard, 1958, 70 p., p. 14

[27] Ibid., p. 15

[28] Ibid., p. 20

[29] Propos cités dans TODD Olivier, Albert Camus : une vie, Paris, Gallimard, 1996, 855 p., pp. 698-701, d’après des témoignages et des lettres à Carl G. Bjurström et Dominique Birmann.

[30] Ibid.

[31] Ibid., pp. 705-706

[32] D’ORMESSON Jean, (Sur Camus), dans La Parisienne, n°48, Paris, 1957, 148 p., pp. 1083-1086

[33] CAMUS Albert, Actuelles III, Chroniques algériennes 1939-1958, op. cit.

[34] Ibid., p. 12

[35] CAMUS Albert, « Conférence du 14 décembre 1957 », art. cit., p. 60

[36] GONZALES Jean-Jacques, « Une utopie méditerranéenne : Albert Camus et l’Algérie en guerre », dans HARBI Mohammed (dir.) et STORA Benjamin (dir.), La guerre d’Algérie, 1954-2004, la fin de l’amnésie, Paris, Robert Laffont, 2004, 728 p., pp. 597-620, p. 603

[37] CAMUS Albert, Carnets. III, mars 1951-décembre 1959, Paris, Gallimard, 1989, 301 p., p. 283

[38] CAMUS Albert, Le premier homme, Paris, Gallimard, Cahiers Albert Camus, 1994, 331 p.

[39] SARTRE Jean-Paul, Situations IV, Paris, Gallimard, 1964, 480 p.

[40] Simoun, n°31, Oran, 1960, 73 p.

[41] CAMUS Albert, L’homme révolté, Paris, Gallimard, 1951, 382 p.

[42] Ibid.,p. 127

[43] SAADI Nourredine, « La nostalgie de ce qui n’a pas eu lieu ? », dans Rencontres méditerranéennes de Lourmarin, Albert Camus et les écritures algériennes : quelles traces ?, Aix-en-Provence, Édisud, 2004, 187 p., pp. 41-50, p. 48

[44] Ibid.

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