L’État d’Israël, dynamiques complexes et fragilités

L’État d’Israël, dynamiques complexes et fragilités

Qu’est-ce-que l’État d’Israël ? Cette question, depuis la naissance de cet État, est demeurée sans réponse[1].

À la une des programmes télévisés, la guerre face au Hamas éveille de lointains et mauvais souvenirs[2]. Les différentes émeutes violentes à Lod[3] ainsi que dans l’ensemble des villes mixtes remettent en cause la coexistence entre les peuples mais également la stabilité de l’État d’Israël. La déchirure sociale et politique aggravée ces derniers jours par les interventions militaires en territoire palestinien interroge tant les populations concernées que le monde[4]. Tant de fois mise en évidence dans le passé[5], la résolution de deux États est perçue comme une des solutions au conflit. Toutefois, la concrétisation d’un État palestinien est compromise par plusieurs obstacles dont les colonies de peuplement. En guise d’exemple, la Cisjordanie comptait 1 200 résidents juifs en 1917 tandis que le nombre actuel est de 410 000[6]. Des chiffres caractérisant l’ampleur et l’accélération du processus colonial.

Par ailleurs, Gaza et la Cisjordanie connaissent une division politique et géographique considérable, détruisant toute possibilité de mettre en place une entité administrative commune[7]. Pour l’historienne Dominique Perrin, la création d’un État judéo-arabe serait l’une des solutions possibles en vue d’apaiser les tensions actuelles[8]. La question de l’égalité pour les juifs et les arabes doit être également envisagée. D’après le politologue Samy Cohen, le non-respect de l’équité juridique entre les différents groupes de la société constitue une fragilité majeure de l’État moderne[9]. Ainsi, les crises politiques et sociales contemporaines éclatent successivement en raison des particularités de cet État où l’exil possède une place prépondérante.

Dans son ouvrage intitulé L’État de l’exil : Israël, les Juifs, l’Europe (2023), le sociologue Danny Trom propose de définir cette structure étatique avec une analyse à plusieurs échelles dont l’objectif est de clarifier les dynamiques transfrontalières[10]. En effet, la diaspora joue un rôle primordial dans la mise en forme de l’État d’Israël. De fait, l’Europe est le pivot sur lequel les aspirations nationalistes se concrétisent.

Face à la montée du nationalisme et de l’antisémitisme incessant en Europe, Théodore Herzl[11] publie L’État des Juifs : essai d’une solution sur la question juive (1896). Le journaliste autrichien appelle à la création d’un État en Palestine, considérée alors comme la terre ancestrale dont le peuple juif a été exilé 2000 ans auparavant. En 1917, la Déclaration Balfour[12] pose les premières pierres de l’édifice étatique. Arthur Balfour[13], ministre britannique des Affaires étrangères, soutient la création d’un foyer national juif en Palestine :

« His Majesty’s Government view with favour the establishment in Palestine of a national home for the Jewish people, and will use their best endeavours to facilitate the achievement of this object, it being clearly understood that nothing shall be done which may prejudice the civil and religious lights […] »[14]

En plein conflit mondial, la Grande-Bretagne souhaite rallier les populations juives à l’effort de guerre. La Palestine, à qui avait été promise l’indépendance, est finalement placée sous le contrôle des Britanniques. En effet, à la suite de la Première Guerre mondiale, la conférence de San Remo[15] ne restitue pas les territoires arabophones de l’Empire ottoman à la Turquie. Ainsi, la Société des Nations attribue au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine. Ce dernier n’est pas provisoire, mais les Britanniques déposent leur projet de mandat définitif, approuvé en 1923. Tout comme les Français, les Britanniques mettent en place des actions stratégiques avec le monde arabe et plus particulièrement avec la dynastie hachémite[16].

Ainsi, la Transjordanie est intégrée au Royaume hachémite créé en 1946 au détriment de son rattachement à la Palestine. Toutefois, l’administration des lieux sacrés de la péninsule arabique n’est plus sous l’autorité du chérifat hachémite puisque les Britanniques mettent en place des accords avec les Ibn Séoud[17]. En réponse à cette situation, les Hachémites souhaitent reprendre leurs influences dans le monde arabe créant la Légion arabe[18].

Face à l’instauration étatique d’Israël, la dynastie participe à la Nakba[19] de 1948. Le roi Abdallah de Transjordanie[20] proclame l’unité palestinienne en annexant la Cisjordanie à son royaume. En 1967, les Hachémites perdent le contrôle de Jérusalem et de la Cisjordanie. Ces territoires sont intégrés à l’administration étatique israélienne. Toutefois, la dynastie arabe conserve des droits de propriété concernant les lieux de culte palestinien[21]. En ce qui concerne le mandat britannique, la concrétisation des prérogatives de la déclaration Balfour du 2 novembre 1917 facilitant l’immigration juive en Palestine est confirmée. Les dispositions de ce mandat insistaient sur le respect des droits civiques et religieux des collectivités non juives existantes dans le territoire. Or, les Britanniques ne réussissent pas à concilier les aspirations nationalistes des populations locales.

Très vite, la Palestine devient le cœur des conflits entre les Juifs et les Arabes. Les mouvements terroristes et politiques respectifs utilisent la religion, un facteur déterminant de la fabrique des nations orientales pour exclure l’altérité. Ces méthodes ne cessent de retentir comme le témoigne l’actualité. En février 1947, les Britanniques remettent la question de la Palestine et leur mandat à l’Organisation des Nations unies (anciennement la Société des Nations).

Carte de la Palestine mandataire en 1946. Les Britanniques imposent leurs autorités sur l’ensemble du territoire palestinien.
Carte de la Palestine mandataire en 1946. Les Britanniques imposent leurs autorités sur l’ensemble du territoire palestinien. Dès 1923, la Société des Nations leur attribue un mandat définitif sur la Palestine. Ce dernier est composé de cinq districts dont celui de Jérusalem District (Ramallah, Jérusalem et Hébron), de Lydda District (Jaffa et Ramle), de Gaza District (Gaza et Beersheba), Haifa District (Haifa), et du Galile District (Acre, Nazareth, Tiberias, Safad, et Beisan). Dès 1946, la Transjordanie est rattachée au royaume hachémite. LametinoWiki, 2023, Wikimédia Commons

La création de l’État d’Israël résulte de l’intervention d’une organisation sioniste mondiale où la propagande intensive mène à l’achat de terres en Palestine. Des dizaines de milliers de Juifs émigrent et s’installent en petites communautés, les kibboutz. La production écrite de Théodore Herzl offre une utopie où le territoire serait défini comme un moyen d’exister et de lutter face au sentiment d’être un étranger. Les sources canoniques, et en particulier la Genèse, insistent sur ces différentes émotions tout en sacralisant les liens qu’entretiennent les sociétés avec une terre définie. Tout comme le géographe Roger Brunet[22], le sociologue Maurice Halbwachs[23] met en évidence la nécessité du cadre spatial dans la constitution des affects et de la mémoire collective. De fait, à la suite de la Catastrophe (Shoah), les communautés juives aspirent à un territoire comme pour exprimer le besoin d’être en sécurité et de trouver un refuge.

L’exil et ses conséquences plus ou moins fatales consolident l’importance du retour au berceau des origines. Le sociologue Danny Trom met en évidence l’hypothèse suivante : l’État ne serait (peut-être) point advenu si l’hostilité extérieure n’était pas présente[24]. Le chercheur insiste sur la définition étatique résultant du droit des minorités à être protégées au détriment du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. En effet, le sionisme n’est pas un mouvement politique populaire. Ainsi, l’État est un produit résultant, d’une part, de la détermination d’une portion de la société illustrée à travers la personnalité de ses fondateurs comme David Ben Gourion[25] ; et, d’autre part, d’une concession par la Société des Nations.

En d’autres termes, Israël ne résulte pas de la volonté de l’ensemble des populations juives. De plus, il existe des dynamiques plurielles lorsqu’on évoque le sionisme qui a tendance à être traiter comme un mouvement monolithique : d’ouest en est, une multitude de mouvements se différencient les uns des autres[26]. En guise d’illustration, David Ben Gourion ne connaît pas l’antisémitisme tel qu’il est mis en évidence dans les écrits de Théodore Herzl[27]. D’après l’historien Tom Segev, le futur président israélien ne possède pas d’attache avec la religion[28]. Ainsi, sa volonté de créer l’État d’Israël ne rentre pas dans une démarche religieuse, ni dans celle d’une fuite face à l’antisémitisme.

En effet, David Ben Gourion s’inspire des débats socialistes et sionistes pour trouver sa voie dans le mouvement marxiste des Travailleurs de Sion[29]. Pour l’historien Tom Segiv, David Ben Gourion rompt avec ses origines et son pays de naissance en modifiant le nom de son père et arrive à Jaffa en 1906 sous l’impulsion d’une femme nommée Rachel Nelkin[30]. Le programme de Théodore Herzl ne prend pas en considération les dynamiques vécues par les communautés en Orient. En guise d’exemple, les Juifs de Bagdad ont été propulsés (malgré eux) au cœur de la propagande britannique. En effet, les militaires favorisent la construction des États du Moyen-Orient autour d’un eugénisme particulier. Ces derniers catégorisent et classifient les populations locales par race et par religion en transposant des amalgames[31]. Ces classifications répondent essentiellement à des intérêts géopolitiques sans prendre en considération le sort des minorités.

Ainsi, les Britanniques séparent les différents groupes de la société, tout en favorisant la montée des rumeurs et des violences entre les communautés. Il faut garder à l’esprit l’existence des révoltes populaires contre la domination britannique. Tout comme une partie des Arabes, le ministre des Affaires étrangères, Rashid al-Gailani[32], percevait dans la figure d’Hitler, une possibilité de s’émanciper de la tutelle coloniale. Bien que les Arabes soient considérés comme une race inférieure par les nazis[33], l’homme irakien est reçu par le Führer dès 1942.

Tout comme les populations juives, les Arabes sont des sémites, mais les enjeux géostratégiques au Moyen-Orient mènent les Allemands à collaborer avec les Irakiens. Les idéologies nazies et l’eugénisme anglais font du Moyen-Orient, un laboratoire expérimental meurtrier. De la même manière que les Chrétiens d’Orient, les populations juives sont au cœur des antennes et de la presse locale. De violents massacres frontaliers et des pogroms se succèdent[34]. Cet exemple, parmi tant d’autres, démontre la manière dont les puissances de la Seconde Guerre mondiale ont forgé la nécessité du rapatriement de la diaspora orientale en Israël.

Photographie illustrant des Juifs irakiens dans l’aéroport israélien de Lod en 1951
Photographie illustrant des Juifs irakiens dans l’aéroport israélien de Lod en 1951. Lametino Wiki, 2017, Wikimédia Commons

L’ensemble des minorités sont perçues comme une menace à l’unification nationale. Les trajectoires historiques communes entre les communautés chrétiennes et juives d’Orient n’échappent pas au pasteur luthérien allemand Johannès Lepsius[35]. Lors du premier Congrès sioniste à Bâle[36], sous la direction de Théodore Herzl, le pasteur, prenant la défense des Arméniens, tente de relier la cause de ces deux peuples dispersés dans son rapport ayant pour titre : Arméniens et Juifs en exil, ou l’avenir de l’Orient compte tenu de la question arménienne et du mouvement sioniste[37].

Les alliances politiques, académiques et culturelles entre les Chrétiens et les Juifs d’Orient sont omniprésentes à l’échelle internationale. En Israël, plusieurs associations visent à unir ces populations par le biais du patrimoine linguistique et archéologique[38]. Toutefois, il faut garder à l’esprit que les populations juives d’Afrique, du Moyen-Orient et au-delà ne sont pas considérées de la même manière en Israël. Entre 1950 et 1960, un plan officiel des autorités israéliennes est mis en place en vue de contrôler l’installation des communautés considérées comme indésirables, voire de seconde zone, pour David Ben Gourion[39]. En réponse à ces discriminations politiques, le mouvement israélien des Black Panthers[40] est fondé par des personnalités de la seconde génération immigrée du pourtour méditerranéen.

Saadia Marciano[41] et Reuven Abergel[42] s’inspirent du modèle afro-américain du même nom pour manifester dès 1971 contre les répressions policières. La politologue Ella Shohat souligne le caractère révolutionnaire de ce mouvement politique. En effet, les Black Panthers démontrent que l’État d’Israël n’est pas constitué d’une population homogène où la culture ashkénaze reste dominante :

« Prenant peu à peu conscience du caractère politique de leur “infériorité”, les militants des Black Panthers torpillèrent le mythe du melting-pot en démontrant que l’État juif abritait non pas un seul mais deux peuples. »[43]

De nombreux amalgames et stéréotypes encerclent les populations juives africaines et orientales. Ces mesures discriminantes favorisent un sentiment de division au sein de la société. Au niveau de la diaspora, nous pouvons constater des phénomènes d’assimilation à la culture dominante véhiculée dans les institutions juives et où nombreux juifs sépharades se réfèrent à des mouvements politiques et religieux occidentaux[44]. En raison d’une proximité supposée avec les populations arabisées, l’élite gouvernementale a longtemps censuré la présence de ses compatriotes orientaux dans la sphère politique[45].

La politologue israélo-américaine Ella Shohat considère que les membres du mouvement sont des acteurs intermédiaires favorisant le dialogue avec les Palestiniens en raison de leurs proximités culturelles[46]. Cependant, le gouvernement met en place des pressions visant à les exclure du territoire ou à freiner leurs démarches[47]. Dans les mêmes directives, les Palestiniens, représentant 750 000 réfugiés au moment de la proclamation de l’État d’Israël (1948), sont des apatrides[48]. Les politiques israéliens empêchent leur retour sur le lieu de résidence, tandis que les autres obtiennent la citoyenneté israélienne sans prendre en considération leurs aspirations[49].

La juriste Francesca P. Albanese considère que l’Assemblée générale des Nations unies a mis en place plusieurs résolutions visant à permettre entre autres le retour des réfugiés sur le sol israélien[50]. Toutefois, aucune de ces résolutions n’est au cœur des politiques du gouvernement actuel. La politologue Ella Shohat évoque que le sionisme se fonde sur un rapport de domination particulier. Son analyse s’inspire des Post-Colonial studies[51] en vue d’expliciter les inégalités conjointes partagées entre les Palestiniens et les Juifs orientaux :

« En Israël proprement dit, les juifs européens constituent une élite issue du “premier monde” dominant aussi bien les Palestiniens que les juifs orientaux. Les midrashim, en tant que peuple juif du tiers-monde, forment un État semi-colonisé dans l’État. »[52]

Un poster israélien du mouvement Black Panthers appelle l’opinion publique à lutter contre la pauvreté, « Enough to Poverty », en 1971
Un poster israélien du mouvement Black Panthers appelle l’opinion publique à lutter contre la pauvreté, « Enough to Poverty », en 1971. GREENSTEIN Ran, « Where do the Mizrahim fit in ? (Part 1) », dans Jadaliyya Beta the Arab Studies Journal, Beyrouth, Arab Studies Institute, 2015

Bien que David Ben Gourion ne possède aucune relation profonde avec la religion, de nombreux liens sont tissés avec certaines autorités rabbiniques en vue de consolider l’idée du retour et la venue du Messie. En guise d’illustration, le rabbi Abraham Isaac Kook[53] (1865-1935) développe une doctrine s’appuyant sur la Kabbale[54], et plus particulièrement destinée aux populations installées en Palestine mandataire. Ses avis déposés concernant les questions politiques et les liens avec la Terre sont des références irrécusables pour les mouvements religieux et nationalistes contemporains. Dès 1956, le Parti national religieux, Mafdal[55], s’associe avec les colons israéliens et devient membre d’une coalition politique de droite dure : l’Union nationale.

Après la Guerre des Six jours[56], le mouvement s’est radicalisé en prônant l’annexion de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, du plateau de Golan et du Sinaï[57]. D’après la rédaction de la BBC News Afrique, le sionisme religieux considérant la judaïté comme suprême permet à Benjamin Netanyahu[58] de rester au pouvoir, avec 64 sièges à la Knesset[59]. Ces mouvements extrêmes sont racistes et mettent en évidence le discours suivant : les Arabes palestiniens sont perçus comme illégitimes et les Israélites, quant à eux, sont définis comme les véritables propriétaires des terres[60] : « Le chant de ses partisans était autrefois « mort aux Arabes » »[61].

Il ne serait pas correct de penser que l’ensemble des autorités rabbiniques consolide le discours de l’extrême droite. En effet, au-delà de la simple division entre la gauche laïque et la droite religieuse, des dynamiques complexes et subalternes sont à relever[62]. Tout comme le territoire, le langage constitue un élément central dans l’expression étatique d’une nation.

De fait, il est intéressant de mettre en lumière la manière dont les leaders sionistes consolident le lien ombilical avec la Terre sainte par le biais de son appellation. Dès les années 1940, de nombreux euphémismes sont utilisés pour symboliser l’idée d’un foyer au détriment d’un État[63]. L’équivoque du terme amène en conséquence des difficultés à définir ce territoire. Les crises politiques et sociales contemporaines éclatent successivement en raison des particularités de cet État où l’exil possède une place prépondérante. Dès 1948, Israël ne possède pas de Constitution définissant les bases fondamentales de ses orientations politiques.

Ainsi, le sociologue invite l’État contemporain à les expliciter[64]. L’absence d’une constitution en 1948 s’explique par le processus inachevé de l’exil : il reste le cœur constitutif de la formation politique du peuple juif[65]. Par ailleurs, à l’égard de l’élite politique, la définition identitaire paraît absurde. Bien que les minorités concernées soient étatisées dans les nations européennes, l’État reste le refuge de la mémoire collective. Les Israéliens ne semblent pas se considérer comme des immigrés[66], notamment grâce à l’archéologie. Cette dernière est le ciment du projet sioniste, car elle consolide la continuité naturelle du groupe avec leurs aïeuls[67]. La mémoire collective est ainsi revivifiée. Par conséquent, David Ben Gourion choisit délibérément le musée des Beaux-Arts de Tel-Aviv pour mettre en scène la proclamation de l’indépendance, le 14 mai 1940[68].

Toutefois, le patrimoine est une thématique controversée et au cœur des tensions entre les groupes de la société. Jérusalem, capitale de l’État d’Israël, englobe de nombreux espaces identitaires et politiques à l’égard des Palestiniens. L’anthropologue Elsa Grugeon insiste sur la mémoire vivante des lieux saints permettant aux populations palestiniennes dispersées de se retrouver[69]. Tout comme le Dôme du Rocher et sa mosquée, les lieux symboliques sont encadrés et contrôlés par la police israélienne illustrant ainsi les crispations et la restriction des frontières à l’égard de l’altérité : « l’existence d’aucune autre définition que celle de l’affirmation du groupe social » [70].

Dans une des salles du Musée des Beaux-Arts de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël sous le portrait de Théodore Herzl, le 14 mai 1948
Dans une des salles du Musée des Beaux-Arts de Tel-Aviv, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël sous le portrait de Théodore Herzl, le 14 mai 1948. Israel Ministry of Affairs, Wikimédia Commons

De fait, l’État contemporain s’est consolidé sur un cadre insécurisant ne prenant pas en vigueur l’évolution des sociétés et les relations avec le peuple palestinien. L’étalement des frontières, quant à elles, illustre bel et bien la prédominance de la diaspora dans l’existence-même de cet État. En effet, les travaux de Noha Tadros Khalaf mettent en lumière un renouvellement du néo-sionisme et du renforcement de la droite israélienne aux États-Unis[71]. En Europe, quelques revendications menées par des collectifs et des associations sont également constatées[72]. Cependant, les controverses et les remises en cause sur la définition de l’État contemporain, quant à elles, restent majoritairement propulsées en Terre sainte[73] : s’agit-il d’un véritable paradoxe ?

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[1] TROM Danny, L’État de l’exil : Israël, les Juifs, l’Europe, Paris, Presses universitaires de France, 2023, 276 p., p. 1

[2] VALAT Hadrien, « Guerre Israël-Hamas : à Gaza, une situation au-delà de tout ce que l’on peut décrire », dans Les Échos, Paris,Les Échos, 2023, [en ligne] https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/guerre-israel-hamas-a-gaza-une-situation-au-dela-de-tout-ce-que-lon-peut-decrire-2039687 (dernière consultation le 28/02/2024)

[3] BRUCKE Jason et KIERSZENBAUM Quique, « It can explode at any second: fear at the Israeli market town split between two communities », dans The Guardian, Londres, Guardian News & Media Limited, 2024, [en ligne] https://www.theguardian.com/world/2024/jan/27/it-can-explode-at-any-second-fear-at-the-israeli-market-town-split-between-two-communities (dernière consultation le 28/02/2024)

[4]AFP, « Dans la bande de Gaza, Israël poursuit ses frappes incessantes, la situation humanitaire reste critique », dans Le Monde, Paris, Société éditrice du Monde, 2023, [en ligne] https://www.lemonde.fr/international/article/2023/12/27/dans-la-bande-de-gaza-israel-poursuit-ses-frappesincessantes-la-situation-humanitaire-reste-critique_6207940_3210.html (dernière consultation le 09/03/2024)

[5] Dès 1947, l’Organisation des Nations unies avait proposé un partage de la Palestine et Jérusalem formait une entité particulière sous le contrôle de la communauté internationale.

[6] COHEN Simon, « Les Israéliens se sont laissé bercer par l’illusion qu’Israël était un “Etat juif et démocratique” », dans Le Monde, Paris, Société éditrice du Monde, 2021, [en ligne] https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/05/26/les-israeliens-se-sont-laisse-bercer-par-l-illusion-qu-israel-etait-un-etat-juif-et-democratique_6081462_3232.html (dernière consultation le 3/03/2024)

[7] BENNY Morris, Victimes : histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Bruxelles / Cachan, Éditions Complexe, Institut d’histoire du temps présent, 2003, 852 p.

[8] PERRIN Dominique, « Israël face au monde arabe », dans Palestine : une terre, deux peuples, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2000, 352 p., pp. 217-321

[9] COHEN Simon, art. cit.

[10] TROM Danny, op. cit.

[11] Théodore Herzl (1860-1904) est un journaliste et écrivain austro-hongrois. Il est le fondateur du mouvement sioniste au congrès de Bâle en 1897 et l’auteur de L’État des Juifs, dont le titre original est Der Juden-staat. Par le titre de son ouvrage, Théodore Herzl est l’une des premières figures à mettre en place l’idée d’un État national pour les juifs. Il organise le Fonds pour implantation juive en achetant des terres en Palestine encore sous domination ottomane.

[12] La Déclaration Balfour est une lettre écrite le 2 novembre 1917 par Arthur James Balfour, ministre des Affaires étrangères britannique à Lord Rothschild, représentant de la communauté juive britannique, en vue de lui transmettre l’engagement du gouvernement britannique pour l’établissement d’un foyer national juif en Palestine.

[13] Arthur James Balfour (1848-1930) est le Premier ministre du Royaume-Uni et représentant du Parti conservateur. Il est célèbre pour ses diverses actions concernant le découpage du Moyen-Orient et en particulier pour la concrétisation de l’État d’Israël.

[14] Traduction du français offerte par la Documentation française :
« Cher Lord Rothschild,
J’ai le grand plaisir de vous transmettre, de la part du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration suivante de sympathie avec les aspirations juives sionistes, qui a été soumise au cabinet et approuvée par lui.
« Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et fera tout ce qui est en son pouvoir pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et au statut politique dont les Juifs disposent dans tout autre pays. »
Je vous serais obligé de porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste. »

Arthur James Balfour

La documentation française, « La Déclaration Balfour (1917) » de Questions internationales n°28, 2007, [en ligne] https://web.archive.org/web/20121226193333/http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000055-israel-soixante-ans-apres-entre-normalite-et-singularite/document-la-dt-la-declaration-balfour-2-novembre-1917 ( dernière consultation le 10/03/2024)

[15] La conférence de San Remo est une conférence internationale mise en place après la Première Guerre mondiale, du 19 au 26 avril 1920. Elle est composée de représentants des Alliés dont les Britanniques, les Français, les Italiens, les Grecs, les Japonais et les Belges. Cette conférence détermine l’attribution des mandats de la Société des Nations concernant l’administration des territoires de l’Empire ottoman et plus particulièrement ceux de la Palestine, de la Syrie et de la Mésopotamie.

[16] GUERFI Sarah, « Les accords Sykes-Picot », dans La Revue d’Histoire Militaire, Les Lilas, La Revue d’Histoire Militaire, 2022, [en ligne] https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2023/07/12/les-accords-sykes-picot/ (dernière consultation le 02/03/2024)

[17] Ibid.

[18] En 1920, sous mandat britannique, l’officier Gérard Peake (1866-1970) fonde des forces militaires en vue d’assurer la stabilité de la Transjordanie. Les Britanniques ont pour habitude de créer des bataillons dans les territoires colonisés et mobilisent les populations locales pour répondre à leurs intérêts. Ainsi, en Transjordanie, la Mobile Force, composée de cent hommes et une troupe autonome de cinquante hommes, doit surveiller la route d’Amman à la Palestine et rejoindre les Britanniques à Karak. Ces deux forces forment une unité militaire qui porte le nom de Légion arabe dès 1923. Le roi Abdallah Ier mobilise cette Légion en vue de maintenir son pouvoir dans le pays.

[19] La Nakba, de l’arabe oriental signifiant la Catastrophe, fait référence à l’exode de la population arabe palestinienne qui se produit pendant la guerre israélo-palestinienne en 1948. D’après l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, 700 000 à 750 000 sur 900 000 Arabes palestiniens fuient ou sont chassés de leurs terres.

[20] Abdallah Ier de son vrai nom Abdallah bin al-Hussein (1882-1951) est l’émir de Transjordanie de 1921 à 1946, puis roi de Transjordanie de 1946 à 1949 jusqu’à sa mort. Il est le fils de Hussein ben Ali, chérif de la Mecque et roi du Hedjaz. Son père est l’un des promoteurs de la révolte arabe en 1916 contre les Turcs.

[21] D’après l’anthropologue Elsa Grugeon, les édifices musulmans en Palestine sont sous la tutelle du Waqf jordanien. Le Waqf est un terme juridique faisant référence dans le droit musulman, à l’acte de fondation d’une institution charitable ainsi, qu’à l’institution elle-même. GRUGEON Elsa, « « Les fils de Jérusalem  » au service de la mosquée al-Aqsa », dans Études arméniennes contemporaines, n°9, Paris, Bibliothèque Nubar de l’UGAB, 2017, 250 p., pp. 189-213, [en ligne] http://journals.openedition.org/eac/1097 (dernière consultation le 03/03/2024)

[22] BRUNET Roger, FERRAS Robert et THÉRY Hervé, Les mots de la géographie : dictionnaire critique, Paris, La Documentation française, 2005, 518 p.

[23] HALBWACHS Maurice, La Mémoire collective, Paris, Albin Michel, 1950, 304 p.

[24] TROM Danny, op. cit.

[25] David Ben Gourion, de son vrai nom David Grün (1886-1973), est l’un des fondateurs de l’État d’Israël, dont il proclame l’indépendance le 14 mai 1948. Il participe à la fondation du Mapaï devenu par la suite le Parti travailliste israélien dirigeant la communauté juive de Palestine à l’époque du mandat britannique (1918-1948). Par ailleurs, il est le Premier ministre du pays de 1948 à 1954 et de 1955 à 1963.

[26] BOUSENNA Younes et ROSNER Chloé, « En transformant la Terre sainte en terre-patrie, l’archéologie a permis de fabriquer la nation d’Israël », dans Le Monde, Paris, Société éditrice du Monde, 2023, [en ligne] https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2023/12/17/en-transformant-la-terre-sainte-en-terre-patrie-l-archeologie-a-permis-de-fabriquer-la-nation-d-israel_6206267_6038514.html (dernière consultation le 03/03/2024)

[27] Théodore Herzl considère que les populations juives restent au cœur des idéologies fascistes et nazistes. En dépit de leurs investissements dans les nations européennes, les minorités concernées restent marginalisées en raison de leur judaïté supposée. L’affaire Dreyfus en France est un des événements sur lequel le journaliste autrichien consolide ses ambitions. Pour rappel, Alfred Dreyfus (1859-1935) est un officier d’artillerie français d’origine alsacienne et de confession juive. Ce dernier est condamné de dégradation nationale et déporté à l’île du Diable où il meurt. De nombreux hommes de lettres comme Émile Zola se mobilisent pour prouver son innocence. Des éléments montrent que Dreyfus est innocent et que le véritable responsable est un homme catholique, Esterhazy. Dreyfus est perçu comme un bouc-émissaire en raison de sa judaïté.

[28] SEGEV Tom, A State at any cost, the life of David Ben-Gurion, New-York, Farrar Straus and Giroux, 2019, 816 p.

[29] Les Travailleurs de Sion est un mouvement marxiste et sioniste regroupant des cercles de travailleurs juifs dans différentes villes de l’Empire russe. Les différents partis et organisations composant ce mouvement proviennent de la diaspora juive des années 1900, implantée à New-York, à Londres et à Leeds. En novembre 1905, le mouvement s’installe en Palestine mandataire et fonde l’organisation paramilitaire Hashomer en vue de surveiller et de protéger les colonies. Les partis composant le mouvement se trouvent également dans l’ensemble de l’Europe et plus particulièrement en Europe de l’Est. Les principales caractéristiques de ce mouvement sont de prendre en considération le rôle du marxisme dans l’histoire et son rôle dans le nationalisme. Le mouvement prend une dimension internationale et met en place une union mondiale organisant plusieurs congrès. Le deuxième congrès de 1909 insiste sur les projets socialistes à venir en Palestine. Enfin, le mouvement met en place des institutions du sionisme social en Israël s’exprimant par des opportunités pour l’emploi, des services de restauration et de santé pour ses membres.

[30] Nous n’avons que très peu d’informations concernant Rachel Nelkin. Toutefois, David Ben Gourion entame sa migration avec cette femme. Arrivés à Jaffa, leur relation ne dure pas. Le leader sioniste rencontre Paula Munweis à New-York en 1915, qu’il épouse en 1917. Elle le rejoint à Jaffa accompagnée de leur fille en 1919.

[31] GUERFI Sarah, Du millet à la nation, le nationalisme assyro-chaldéen et sa diaspora en Europe (XIX-XXe siècles), projet de thèse en cours à l’école doctorale des Sciences Juridiques, Sciences Politiques, Histoire de l’Université de Strasbourg, 2020-2024

[32] Rashid al-Gailani (1882-1965) est le Premier ministre du royaume d’Irak à trois reprises entre 1933 et 1941. Lors de la Seconde Guerre mondiale, cet homme politique intègre l’Irak dans la sphère d’influence nazie. En réponse aux projets organisés par les Britanniques et le non-respect des aspirations arabes, Rashid al-Gailani utilise la haine grandissante des populations locales pour se ranger aux côtés d’Hitler.

[33] Tout comme les Juifs, les Arabes sont des sémites. Toutefois, dans le cadre des conflits mondiaux, les Allemands rivalisent leur suprématie face aux Alliés. Ainsi, le Moyen-Orient devient un espace géostratégique important pour les différentes puissances.

[34] Ibid.

[35] Johannès Lepsius (1858-1926) est un théologien protestant, un orientaliste et un humanisme allemand. Il offre un travail historique gigantesque concernant le génocide arménien dans son Rapport sur la situation du peuple arménien en Turquie en 1919. Ce théologien adopte une posture militante et témoigne dès 1921, en faveur de Soghomon Tehlirian, l’assaillant de Talaat Pacha, un des membres des Jeunes-Turcs et organisateurs du génocide. Enfin, il encourage la mise en place des cliniques pour les populations arméniennes à Urfa, en Turquie.

[36] Le premier Congrès sioniste à Bâle est tenu en 1897 en Suisse par l’Organisation sioniste mondiale. Théodore Herzl organise et préside cet événement majeur dans l’histoire de l’État d’Israël. En effet, ce congrès détermine les orientations de l’Organisation sioniste mondiale par le biais d’un programme particulier encourageant entre autres la colonisation de la Palestine par les fermiers, les paysans, les artisans et le renforcement du sentiment national juif. De plus, l’hymne national officiel est adopté.

[37] Ce rapport n’est pas publié. Toutefois, Johannès mentionne ce document dans son étude principale concernant le génocide arménien. LEPSIUS Johannès, Rapport secret sur les massacres d’Arménie, Mission allemande d’Orient et de la Société germano-arménienne, Paris, éditions Payot, 1919

[38] Observations menées dans une perspective comparée entre les populations araméennes chrétiennes et juives.

[39] BENNILOUCHE Jacques, « Derrière l’accueil des Juifs séfarades en Israël, une discrimination d’État », dans Slate.fr, Paris, E2J2, 2018, [en ligne]
https://www.slate.fr/story/159811/israel-plan-discrimination-accueil-juifs-sefarades-1950-1960-autorites-ashkenazes (dernière consultation le 10/03/2024)

[40] Les Black Panthers est un mouvement fondé en 1971 par la jeunesse juive méditerranéenne et orientale dont les principaux représentants sont Saadia Marciano et Reuven Abergel. Ces derniers s’inspirent des groupes afro-américains pour dénoncer le racisme d’État et revendiquer leurs droits.

[41] Saadia Marciano (1950-2007) est le fondateur du mouvement des Black Panthers en Israël. Sa famille originaire du Maroc s’installe dans le quartier de Musrara situé dans la vieille ville de Jérusalem. Il est témoin de l’afflux des réfugiés en provenance des pays arabes. Face à ce constat, Saadia constate que les conditions de vie dégradantes ne sont pas prises en considération par le gouvernement. Dans ce contexte, Saadia et d’autres personnalités de la jeunesse juive méditerranéenne et orientale fondent en 1971, le mouvement des Black Panthers. Par ailleurs, le militant édite une revue intitulée La Panthère noire et s’illustre dans diverses actions. En guise d’illustration, en 1972, des bouteilles de lait sont déposées volontairement dans les quartiers habités par les classes moyennes en vue de les apporter aux quartiers pauvres. Lors d’une manifestation, la police israélienne mène des violences physiques considérables sur le militant. Cette agression attire l’attention de la presse nationale où le jeune homme est exposé avec un œil au beurre noir.

[42] Reuven Abergel (1943-) est le fondateur et chef de file du mouvement des Black Panthers en Israël. Ce militant, né à Rabat au Maroc, dénonce aux côtés de Saadia Marciano, les discriminations sociales, économiques et politiques menées par le gouvernement.

[43] SHOHAT Ella, « Les signes de la révolte misrahi », dans Le Sionisme du point de vue de ses victimes juives : les juifs orientaux en Israël (1re éd. 1988), Paris, La Fabrique éditions, 2006, 124 p., p 110

[44] Observations constatées dans le cadre d’une analyse comparée entre les diasporas assyro-chaldéennes, araméennes chrétiennes et juives.

[45] Le sociologue Shlomo Swirski considère que le système éducatif israélien est fondé sur une ségrégation favorisant la réussite des ashkénazes dans les filières prestigieuses et notamment de la sphère politique. DAHAN Yossi « An organic intellectual and social justice pioneer : a profile of Shlomo Swirski », dans +972 Magazine Haokets, Israël-Palestine, Tel Aviv, +972 Mafazine, 2013, [en ligne] https://www.972mag.com/an-organic-intellectual-and-social-justice-pioneer-a-profile-of-shlomo-swirski/ (dernière consultation le 03/03/2024)

[46] SHOHAT Ella, op. cit.

[47] Ibid.

[48] ALBANESE Francesca et LILLY Damian, « La question des réfugiés palestiniens : causes profondes et pistes pour sortir de l’impasse », dans la Migrations forcées revue, n°62, Oxford, Centre d’études sur les réfugiés, 2019, 24 p., pp. 22-24, [en ligne] https://www.fmreview.org/fr/retour/albanese-lilly (dernière consultation le 27/02/2024)

[49] Ibid.

[50] Ibid.

[51] Les Postcolonial Studies, les études postcoloniales, sont un champ de recherche visant à déconstruire les normes héritées du système colonial occidental.

[52] SHOHAT Ella, Le Sionisme du point de vue de ses victimes juives : les juifs orientaux en Israël (1re éd. 1988), Paris, La Fabrique éditions, 2006, 124 p., p 38

[53] Abraham Isaac Kook (1865-1935), le premier grand-rabbin ashkénaze en Terre d’Israël à l’époque du mandat britannique, fut un décisionnaire en droit talmudique (halakha), un kabbaliste et un penseur.

[54] La Kabbale est une tradition ésotérique du judaïsme, traditionnellement présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH à Moïse sur le mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah). Elle trouve sa source dans les courants mystiques du judaïsme synagogal antique.

[55] Le parti national religieux résulte d’une fusion entre deux mouvements : Mizrahi et le parti Hapoel Hamizrahi en 1956. Le mouvement contemporain est présidé par Bezalel Smotrich (1980-).

[56] La Guerre des Six jours (du 5 au 10 juin 1967) est un conflit armé entre les pays arabes comportant la Syrie, la Jordanie avec l’Égypte et l’État d’Israël.

[57] BBC NEWS MUNDO, « Netanyahu : qu’est-ce que le sionisme religieux ? »,dans BBC News Afrique, Dakar, BBC, 2022, [en ligne] https://www.bbc.com/afrique/monde-63534134 (dernière consultation le 07/03/2024)

[58] Benjamin Netanyahu (1949-) est un homme d’État israélien et Premier ministre du même État de 1996 à 1999, de 2009 à 2021 et de nouveau à partir de 2022. Il est également président du parti national conservateur, le Likoud.

[59] La Knesset est le parlement constitué d’une seule chambre de l’État d’Israël siégeant à Jérusalem.

[60] Ibid.

[61] Ibid.

[62] Certains rabbins possèdent une interprétation différente et ils ne sont pas en accord avec les mouvements politiques instrumentalisant les sources religieuses pour satisfaire leurs intérêts. Ces autorités religieuses sont marginalisées et exclues par l’État contemporain.

[63] TROM Danny, op. cit.

[64] Ibid.

[65] L’État ne possède pas de constitution unifiée mais repose uniquement sur des lois fondamentales. Ibid.

[66] Ibid.

[67] BOUSENNA Younes et ROSNER Chloé, op. cit.

[68] REYNAERT François, « 14 mai 1948 : Ben Gourion proclame la création d’un État juif en Terre d’Israël », dans Le Nouvel Observateur, Paris, Nouvel Observateur du Monde, 2023, [en ligne] https://www.nouvelobs.com/histoire/20231228.OBS82611/14-mai-1948-ben-gourion-proclame-la-creation-d-un-etat-juif-en-terre-d-israel.html (dernière consultation le 03/03/2024)

[69] GRUGEON Elsa, art. cit.

[70] HOBSBAWM Eric (éd.) et RANGER Terence (éd.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, 320 p.

[71] TADROS KHALAF Noha, « Polarisation et clivages actuels au sein de l’idéologie sioniste : néo conservateurs et post-sionistes », dans Revue d’études et de critique sociale, vol. 21, n°1, Paris, NAQD, 2005, 180 p., pp. 53-78

[72] Certains membres de la communauté ne se reconnaissent pas dans les autorités traditionnelles.

[73] Ibid.

Une réflexion sur “L’État d’Israël, dynamiques complexes et fragilités

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