La légende des charges de la cavalerie polonaise contre les blindés allemands

Une légende tenace voudrait que la cavalerie polonaise ait chargé les blindés allemands lors de la Seconde Guerre mondiale. Mythe ou réalité ?

Comme pour toute légende, celle-ci s’est développée sur deux événements réels. Le premier, le plus important, est à l’origine même de celle-ci. Il s’agit de la bataille de Krojanty, le 1er septembre 1939, lors de laquelle des cavaliers du 18e Uhlan de Poméranie chargèrent un bataillon allemand d’infanterie au repos. Alors que l’action battait son plein, plusieurs automitrailleuses arrivèrent soudainement et fauchèrent les cavaliers, provoquant la retraite des survivants. Des correspondants de guerre allemands et deux journalistes italiens arrivèrent peu de temps après et se virent expliquer que les cavaliers avaient chargé les véhicules blindés. De cet événement naquit la légende des charges de la cavalerie polonaise contre les blindés allemands.

Couverture du magazine de propagande nazie der Pimpf

Plusieurs charges furent certes lancées par les uhlans polonais lors de la campagne de septembre 1939, mais jamais contre des véhicules. Un autre événement vint cependant nourrir cette légende. Au cours de la bataille de Mokra, toujours le 1er septembre 1939, la cavalerie appuyait une attaque de chenillettes blindées, lorsque, aveuglées par la fumée d’un village incendié, hommes et machines se retrouvèrent au milieu d’une colonne allemande de véhicules qui reflua, craignant d’être débordée. Là aussi, cet épisode qui s’est déroulé dans des conditions particulières est venu crédibiliser le mythe alors même que cette rencontre était fortuite.

Mais quelle est l’utilité de ce mythe ? En fonction du camp, il s’agit soit de décrédibiliser la Nation polonaise, jugée arriérée et dont la doctrine aurait alors été tout autant archaïque et inefficace, soit un moyen de saluer le courage des Polonais dans cette lutte inégale.

Cavalerie polonaise, auteur inconnu, collection de Marek Tuszyński / Jarekt, wikimedia commons

Pourtant, il serait erroné de penser que l’utilisation de cavaliers est un signe majeur d’impréparation militaire. En 1939, la plupart des armées étaient encore en grande partie hippomobiles. Les Polonais disposaient en outre de blindés, comme le fameux 7TP, char dont le canon de 37 mm pouvait pénétrer le blindage de l’ensemble de ses homologues allemands, mais disponible seulement en faible nombre et doté d’un blindage trop faible pour faire la différence.

Quant à la cavalerie polonaise en elle-même, elle servait avant tout d’infanterie montée, qui se déplaçait donc à cheval et combattait à pieds. Elle était équipée d’armes modernes comme des canons anti-char de 37 mm ou des fusils anti-char wz.35 pour contrer les blindés qui pouvaient lui être opposés. Les brigades de cavalerie agissaient aussi de concert avec des chars légers. Par la mobilité conférée par les chevaux, elles excellaient en combat d’avant ou d’arrière-garde, et pour tenter de colmater les ruptures du front.

ne brigade de la cavalerie polonaise lors de la bataille de la Bzura, Apoloniusz Zawilski (1972) « Bitwy Polskiego Września » (« Battles of Polish September »), Warsaw: Nasza Księgarnia

La fin de la campagne de Pologne ne signifie pas pour autant la mise à mort des brigades de cavalerie polonaises. En effet, celles-ci se réorganisèrent dans d’autres pays mais troquèrent leurs chevaux contre des blindés, concrétisant la naissance de divisions blindées. C’est ainsi que la 10e brigade de cavalerie motorisée (la brigade noire) commandée par le général Stanisław Maczek (alors colonel), devint en France, en 1940, la 10e Brigade de cavalerie blindée avant de former la fameuse 1re Division Blindée en 1942 en Grande-Bretagne.

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