Le 17 octobre 1961, entre histoire et mémoire

          Le dimanche 17 octobre 2021 marque un triste anniversaire, celui des soixante ans du massacre de travailleurs algériens qui manifestaient contre le couvre-feu qui leur était imposé. Des décennies durant, cet évènement a été occulté de la mémoire collective française. Seule la mémoire souterraine des témoins et des familles de victimes continue à perpétuer le souvenir de ce moment tragique de la guerre d’Algérie.

Le 17 octobre 1961 se situe à mi-chemin entre histoire et mémoire. Ce sont les mémoires plurielles qui ravivent cette date et la réinsèrent dans les commémorations nationales. L’occasion pour nous de revenir ici sur cet épisode, témoignage des éclats de la guerre d’Algérie en France métropolitaine, et de s’interroger sur l’éternel conflit entre histoire et mémoire.

La nuit du 17 octobre 1961

Paris, 17 octobre 1961. La guerre d’Algérie dure depuis déjà plus de sept ans. Dans ses derniers instants, elle s’étend en métropole. La France, alors plus ou moins épargnée des assauts du conflit algérien, en devient un épicentre.

L’année 1961 est marquée par une très grande violence. Le référendum de janvier 1961 sur l’autodétermination de l’Algérie, proposé par le président de Gaulle, ouvre la voie aux négociations pour une indépendance de l’Algérie. Dans ce contexte, l’OAS (Organisation de l’armée secrète) redouble d’attentats au plastic dans plusieurs endroits de Paris. Des journalistes et des éditeurs de gauche sont visés. De surcroît, les forces de l’ordre du bassin parisien ont pour ordre d’être intraitables avec les Français musulmans d’Algérie habitant en France. L’emprise policière est puissante, et quadrille les quartiers où habitent les travailleurs algériens. Chaque jour, des hommes sont raflés et emmenés dans des centres dont le plus célèbre est celui de Vincennes. Ils y sont identifiés et souvent relâchés après des heures, voire des jours. La police cherche alors à recenser les Algériens, suspectés d’être indépendantistes, pour avoir une mainmise sur les futures actions du FLN (Front de libération nationale). Les arrestations de ces hommes sont souvent humiliantes, accompagnées parfois de violences physiques.

Aussi, l’historien Emmanuel Blanchard note une « violence intra-algérienne[1] » parmi les Français musulmans d’Algérie. La Fédération de France du FLN jouit d’un certain monopole qui se crée en contradiction avec d’autres groupes indépendantistes, notamment les partisans de Messali Hadj[2] réunis dans le MNA (Mouvement national algérien). Les Algériens, regroupés dans des quartiers précis comme les bidonvilles de Nanterre, vivent sous leur coupe. Depuis plusieurs mois, le FLN et les forces de l’ordre s’affrontent dans le cadre d’une guerre larvée[3]. Plusieurs policiers sont retrouvés morts en région parisienne. Le FLN fomente, en effet, plusieurs attentats contre l’institution policière. En retour, plusieurs algériens sont mystérieusement retrouvés morts dans la rue au petit matin.

Afin d’endiguer ce contexte de violences exacerbées, la préfecture de police met en place le 5 octobre 1961 un couvre-feu de 21 h 30 à 5 h 30 du matin à l’intention des Algériens de région parisienne. Il est important ici de rappeler que cette mesure est discriminatoire, les Algériens étant alors de nationalité française au même titre que le reste de la population. Administrativement, ils étaient référés par l’appellation « Français musulmans d’Algérie ». Ainsi, ce n’était qu’au travers d’un contrôle au faciès que pouvaient être repérés ceux qui ne respectaient pas ce couvre-feu. La dernière fois qu’un couvre-feu discriminatoire fut mis en place en France remontait à l’année 1942 lorsque les Juifs de France furent interdits de sortie entre 20 h et 6 h du matin en zone occupée. C’est le préfet de police, Maurice Papon, qui décide de la mise en vigueur de ce couvre-feu en 1961. Le haut fonctionnaire est déjà connu pour avoir collaboré avec les Nazis lors de la Seconde Guerre mondiale. Papon espère affaiblir la Fédération française du FLN avec cette nouvelle mesure. Michel Debré, alors Premier ministre, cherche à démanteler l’organisation afin de perturber les négociations entre le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) et le gouvernement français en vue de la fin du conflit.

Le couvre-feu se révèle insupportable à vivre pour les travailleurs musulmans algériens. Leur vie quotidienne en devient complètement perturbée. Plusieurs entreprises se plaignent de ne pas voir leurs employés le matin, à cause des rafles fréquentes. Car la présence policière reste aussi forte en dehors des heures définies par le couvre-feu. Le soir venu, les travailleurs ne peuvent plus sortir ou se réunir. À cela s’ajoute une pensée envers leurs familles restées en Algérie, qui depuis 1954 souffrent. La colère gronde chez les Algériens de France. La Fédération française du FLN (FFFLN) décide de lancer un appel à l’ensemble des Algériens de région parisienne afin de manifester pacifiquement contre le couvre-feu. À cette époque, ils sont environ 150 000 Français musulmans d’Algérie à vivre en France. L’idée était de montrer la force du mouvement par le nombre, et le caractère pacifique de la lutte du FFFLN en France. Les Algériens sont invités à braver le couvre-feu le soir du 17 octobre 1961, et à utiliser les rues parisiennes comme lieu de lutte politique.

Le soir venu, près de 30 000 Algériens répondent à l’appel. Parmi eux, des hommes, des femmes et des enfants qui marchent pacifiquement des bidonvilles de Nanterre aux rues de Paris. Le dispositif policier mis en place est impressionnant et traduit l’idée que ce n’est pas juste une opération de maintien de l’ordre. La police est accompagnée de la force de police auxiliaire, composée de harkis[4] qui combattent le FLN en France. Les forces de l’ordre se tiennent aux portes et aux ponts de Paris pour empêcher les Algériens de pénétrer dans la ville. La symbolique est là, des dizaines de milliers d’Algériens apparaissent unis dans la capitale française. Maurice Papon donne l’ordre de réprimer la manifestation. Plusieurs manifestants sont tués par balles. D’autres sont jetés dans la Seine par-dessus le pont Saint-Michel, devant la préfecture de police et le Palais de justice. Ils meurent noyés. Aussi, la police organise une énorme rafle puisque plus de 12 000 arrestations sont recensées ce soir-là. Des Français musulmans d’Algérie sont parqués à Vincennes, au Palais des Sports ou encore au Parc des expositions. Depuis la Seconde Guerre mondiale, cette répression est la plus meurtrière en Europe de l’Ouest. Pour Constantin Melnik, Conseiller Sécurité de Michel Debré, il y a eu un « pogrom[5] » cette nuit-là.

Le lendemain, on dénombre officiellement trois morts chez les manifestants et deux blessés par balles dans les forces de l’ordre. Officieusement, les victimes se comptent par dizaines. De nombreuses expulsions d’Algériens ont lieu vers des centres d’internement en France et des camps en Algérie. La presse n’évoque que partiellement les événements de la veille. Elle est muselée en cette période de censure. La presse internationale pourtant s’interroge lorsque l’on voit les nombreux cadavres retrouvés dans la Seine et ses canaux dans les jours suivants. Le New York Times consacre son édition du week-end à l’évènement.

Au fur et à mesure, des corps sont repêchés dans la Seine. On se questionne alors sur le nombre réel de morts. Pour l’année 1961, l’Institut médico-légal de Paris recense 300 morts parmi les Algériens. Le problème est que beaucoup d’Algériens sont disparus, leurs cadavres n’ayant pas été retrouvés. Néanmoins, les faits sont encore minimisés dans la presse et passés sous silence dans la parole officielle. La nuit du 17 octobre devient un mensonge d’État. Cet épisode est effacé de la mémoire collective et la parole des victimes est encore celle du silence. Il faudra attendre le réveil des mémoires pour que la France revienne sur ce soir sanglant.

La résurgence de la mémoire d’octobre 1961

Il faudra attendre les années 1970 puis 1980 pour le réveil des mémoires du 17 octobre 1961, tout d’abord au sein de l’immigration algérienne. Cela grâce à un nouveau groupe porteur de la mémoire qu’identifie l’historien Benjamin Stora, les enfants issus de l’immigration algérienne en France[6]. Ces première et deuxième générations d’immigrés vont chercher, à travers une quête identitaire, à trouver leur appartenance dans la société française. Ce retour de mémoire trouve ses origines dans le passé, dans les évènements vécus par leurs parents. Doucement, la parole des témoins du 17 octobre 1961 devient audible. Le silence n’est pas plus fort que les mots et les parents se confient à leurs enfants, dans une envie de transmettre avant de partir. Ce sont ainsi les mémoires familiales du 17 octobre qui sont les premières à permettre une résurgence de cet évènement, d’abord de manière intime.

Puis, cette résurgence se fait en lien avec le réseau associatif. Plusieurs associations cherchent à faire reconnaître le massacre du 17 octobre et à obtenir une reconnaissance officielle par l’État français. La journaliste Samia Messaoudi et le réalisateur Mehdi Lallaoui créent en 1990 l’association « Au nom de la mémoire » qui travaille sur les questions de l’immigration et de l’antiracisme. Des réseaux de communication comme Radio Beur ou la Revue Algérien en Europe sont porteurs de cette mémoire. Néanmoins, cet aspect est à nuancer. Emmanuel Blanchard parle d’une mémoire « de l’entre-soi[7] » qui ne serait présente que dans certains milieux de la gauche et de l’immigration algérienne. Ce phénomène empêche que cette mémoire ne soit diffusée vers d’autres canaux.

De surcroît, la montée de l’extrême-droite aux élections législatives et municipales de 1983 et la recrudescence des crimes racistes envers de jeunes algériens, sont le vivier de la nécessité d’une mémoire du 17 octobre 1961. Ainsi, en marge de la Marche pour l’égalité et contre le racisme du 15 octobre au 3 décembre 1983 entre Marseille et Paris, le 17 octobre est évoqué pour dénoncer les violences policières. Cette marche constitue ainsi la première commémoration à grande ampleur de l’événement. Pour les immigrés algériens en France qui forment la majorité des marcheurs, le lien est fait entre les violences policières du 17 octobre et la mort d’Algériens tués par la police. Ce continuum historique qui semble perdurer après l’indépendance de l’Algérie est insoutenable. Selon l’historienne Linda Amiri, les crimes envers la communauté maghrébine agissent comme « une caisse de résonance à la guerre d’indépendance algérienne »[8]. Et la percée de l’extrême-droite et d’anciens favorables à l’Algérie française, contraint les porteurs de cette mémoire à parler pour être entendus.

Dans l’Algérie de l’après-indépendance, le massacre du 17 octobre 1961 n’est pas au cœur de la mythification de l’histoire de la guerre d’indépendance voulue par le gouvernement algérien. En effet, l’événement a eu lieu en France métropolitaine, qui a longtemps été considéré par le FLN/ALN comme un front secondaire. Ce n’est qu’à la fin du conflit algérien que le GPRA prend conscience de l’importance de la Fédération de France du FLN et de son implantation en région parisienne en vue des négociations de sortie de guerre avec le gouvernement français.

En France, le 17 octobre 1961 est occulté de la mémoire collective au profit de la manifestation tragique du métro Charonne du 8 février 1962[9]. La répression policière y est sanglante et huit manifestants y trouvent la mort. L’écho médiatique de Charonne est plus important que celui d’octobre 1961. Pendant longtemps, les deux évènements sont confondus puisque ce sont les deux manifestations restées marquantes en métropole pendant la guerre d’Algérie.

De la mémoire à l’écriture de l’histoire

L’artisan du lien entre mémoire et histoire est l’historien. Les travaux de Jean-Luc Einaudi sont pionniers dans la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961. L’historien s’interroge et s’attèle à retracer minute par minute la manifestation au travers de documents d’archives, de témoignages écrits, d’entretiens oraux. L’ouvrage La Bataille de Paris : 17 octobre 1961 de l’historien n’est pas le premier à traiter du 17 octobre. Dès 1961, la militante anticolonialiste Paulette Péju écrit à la demande de la Fédération de France du FLN Ratonnades à Paris[10]. Le documentaire Octobre à Paris de Jacques Panijel est censuré dès sa sortie en 1962. Le film est produit par le Comité Maurice-Audin[11]. Là où le travail d’Einaudi est novateur, c’est qu’il se trouve dans l’approfondissement du travail de recherche à l’aide d’archives administratives. Il nous offre un récit historique précis du soir du 17 octobre qui permet au lecteur de mieux en comprendre les tenants et les aboutissants. Il produit un contre-récit et établit pour la première fois une liste des victimes. L’ouverture des archives pour lesquelles les historiens bataillent depuis des années permet d’approfondir le travail commencé sur la guerre d’Algérie. Les années 1990 sont ainsi celles d’un renouveau. Une histoire consensuelle se dessine autour du 17 octobre 1961 accompagnée de plusieurs productions culturelles qui légitiment les mémoires plurielles. Grâce au travail historique, le massacre apparaît aux yeux de la conscience collective française comme un mensonge d’État façonné pendant des décennies. Jean-Luc Einaudi démontre l’entreprise de désinformation qui a été mise en place par le gouvernement français dans les années 1960.

Des mémoires familiales aux travaux historiques, en passant par le combat du mouvement associatif pour faire reconnaître cet épisode tragique de l’histoire de France, le 17 octobre s’immisce petit à petit vers une reconnaissance officielle française. Au niveau municipal d’abord, plusieurs villes où réside une forte population algérienne comme Nanterre ou La Courneuve commémorent la date anniversaire. Des plaques sont apposées et des rues sont nommées après le 17 octobre. En 1991 a lieu la première manifestation dédiée à la commémoration du 17 octobre 1961. Cette année coïncide aussi avec la sortie de l’important ouvrage La gangrène et l’oubli[12] de Benjamin Stora. L’historien y constate que la guerre d’Algérie n’en finit pas, trente ans après, puisqu’elle n’a pas été assez « nommée, montrée, assumée dans et par une mémoire collective”[13].

La première reconnaissance notable de l’évènement a lieu en 2001 lorsque le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, inaugure une plaque en hommage aux « nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 ». La plaque est symboliquement apposée à côté du pont Saint-Michel, face à la préfecture de police. Le texte choisi est volontairement sobre pour endiguer les vives protestations de la droite. La phrase ne fait mention des forces de l’ordre qui ont réprimé la manifestation. En effet, les mémoires plurielles de la guerre d’indépendance algérienne se réveillent à l’orée de cette inauguration. Pour cette raison, aucune parole officielle n’est prononcée à cette occasion.

Il faudra attendre 2012 pour qu’un chef de l’État, François Hollande nouvellement élu, commémore le 17 octobre 1961 dans un communiqué de presse notant :

« Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes[14]. »

Encore une fois, les quelques phrases restent brèves. Il n’y a aucune prise de parole de la part du président de la République. La reconnaissance n’est donc que partielle, bien que cela reste une avancée importante en ce qui concerne les questions mémorielles liées à la guerre d’Algérie. Il reconnaît la responsabilité de la République dans les crimes du 17 octobre 1961. Emmanuel Blanchard, dans un entretien avec Mogniss H. Abdallah pour le Musée de l’histoire de l’immigration, soutient que ce communiqué aurait été l’occasion d’ouvrir le débat sur les violences policières et les discriminations actuelles[15]. Car les questions mémorielles sont en lien perpétuel avec le présent. Comment la France peut-elle reconnaître un massacre commis par les forces de l’ordre quand des Français, notamment issus de l’immigration, continuent à mourir sous les coups de la police ? Il poursuit en rappelant que àle principe de « contrôle au faciès » est un héritage direct de la guerre d’indépendance algérienne puisque des Français musulmans d’Algérie étaient contrôlés pour le seul fait de ressembler à des Arabes. Le communiqué de presse du président Hollande est bien accueilli en Algérie. Le gouvernement algérien y voit un premier pas vers une repentance et des excuses que demandent l’Algérie depuis son indépendance. Cette déclaration s’inscrit dans le cadre d’un rapprochement diplomatique entre les deux pays, voulu par Hollande.

Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait promis des actes forts. Il reconnaît que la colonisation française en Algérie a été un « crime contre l’humanité[16] » lors d’un voyage sur le territoire algérien en 2017. Puis, dans un tweet du 17 octobre 2018, le nouveau président déclare :

« Le 17 octobre 1961 fut le jour d’une répression violente de manifestants algériens. La République doit regarder en face ce passé récent et encore brûlant. C’est la condition d’un avenir apaisé avec l’Algérie et avec nos compatriotes d’origine algérienne[17]. »

Par cette déclaration, Macron continue le travail mémoriel commencé par Hollande. Toutefois, jusqu’à aujourd’hui, le 17 octobre 1961 n’est toujours pas reconnu comme un crime d’État par la France.

            La reconnaissance officielle du 17 octobre 1961 est aujourd’hui partielle. Cependant, le travail mémoriel derrière est conséquent grâce à plusieurs acteurs qui ont permis de libérer la parole. Le procès de Maurice Papon en 1998 pour crime contre l’humanité est aussi l’occasion d’évoquer la nuit du 17 octobre 1961. Cette reconnaissance juridique crée une explosion mémorielle. Car pour la mémoire, chaque acte, parole, écrit peut être l’occasion de revenir sur des faits passés et de s’interroger. Dans le cadre de la période coloniale et de l’Algérie, les mémoires sont encore passionnées et blessées.

Le rappeur Médine, dans un morceau intitulé 17 Octobre, s’incarne en un immigré algérien qui d’Alger à Marseille puis Paris se retrouve au coeur de la manifestation du 17 octobre où il meurt assassiné :

« 17e jour du mois d’octobre, le FLN a décidé de mettre fin à l’opprobre

En effet, le journal de la veille titrait :

« Couvre feu recommandé pour les immigrés »

Non ! La réaction ne s’est pas faite attendre

Algériens de France dans les rues nous allons descendre

Protester contre leurs lois discriminatoires

Investissons leurs ponts et leurs centres giratoires

Embarqués dans un cortège pacifique, nous réclamons justice pour nos droits civiques

Mais la police ne l’entend pas de cette oreille

En cette période nous sommes un tas de rats rebelles[18]. »

Le 17 octobre fait partie intégrante de la culture populaire et vient encore interroger l’actualité. Le 17 octobre 2020 a été décidée l’entrée en vigueur d’un couvre-feu dans plusieurs villes françaises lors de la crise sanitaire due au coronavirus. Il peut paraître étonnant que le gouvernement ait choisi cette date. Ce hasard met en évidence la non-reconnaissance nationale de cette date dans l’histoire de France. Il est encore temps de s’interroger sur cette date anniversaire du 17 octobre 1961. Comme Emmanuel Macron l’affirmait en 2017 dans un tweet : « 60 ans après, il est temps de réconcilier nos mémoires. C’est la responsabilité de ma génération, qui n’a pas vécu la guerre[19]. »

Bibliographie sur le 17 octobre 1961 :

  • AMIRI Linda, Les fantômes du 17 octobre, Paris, Mémoire Génériques, 2001, 196 p.
  • Association Sortir du colonialisme, Le 17 octobre 1961 par les textes de l’époque, Paris, Les Petits Matins, 2011, 127 p.
  • BLANCHARD Emmanuel, La police parisienne et les Algériens (1944-1962), Paris, Nouveau Monde, 2011, 447 p.
  • Brut., « Le massacre 17 octobre 1961 à Paris », dans Brut., Paris, BRUT, 2018, [en ligne] https://www.brut.media/fr/news/le-massacre-17-octobre-1961-a-paris-7e2526f7-d61d-4051-82a5-10ba445d6b28 (dernière consultation le 17/10/2021)
  • CHALANDON Sorj, « 17 octobre 1961. Il y a du sang dans Paris », dans Libération, Paris, SARL Libération, 1991
  • EINAUDI Jean-Luc, La bataille de Paris : 17 octobre 1961, Paris, Seuil, 1991, 329 p.
  • EL AZZOUZI Rachida, « 17 octobre 1961 : la guerre d’Algérie en France est une histoire “encore en chantier” », dans Mediapart, Paris, Société Editrice de Mediapart (SAS),2020, [en ligne] https://www.mediapart.fr/journal/france/171020/17-octobre-1961-la-guerre-d-algerie-en-france-est-une-histoire-encore-en-chantier?onglet=full (dernière consultation le 17/10/2021)
  • HARBI Mohammed (dir.) et STORA Benjamin (dir.), La guerre d’Algérie : 1954-2004, la fin de l’amnésie, Paris, Robert Laffont, 2004, 728 p.
  • HOUSE Jim et MACMASTER Neil, Paris 1961 : Les Algériens, la terreur d’État et la mémoire, Paris, Tallandier, 2008, 538 p., traduit par JACQUET Christophe
  • LEVINE Michel, Les ratonnades d’octobre : un meurtre collectif à Paris en 1961, Paris, Jean-Claude Gawsewitch, 2011 (1re éd. 1985, Ramsay), 313 p.
  • MOGNISS H. Abdallah, « Le 17 octobre 1961 et les médias. De la couverture de l’histoire immédiate au “travail de mémoire” », Hommes et migrations, n°1128, Paris, Adri, 2000, 157 p., pp. 125-133, [en ligne] https://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_2000_num_1228_1_3617 (dernière consultation le 15/10/2021)
  • MOGNISS H. Abdallah, BANERJEE Joy, BLANCHARD Emmanuel et VOLERY Anne, « Histoire et mémoires de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris », dans Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris, l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée, [en ligne] https://www.histoire-immigration.fr/dossiers-thematiques/integration-et-xenophobie/histoire-et-memoires-du-17-octobre-1961 (dernière consultation le 17/10/2021)
  • PÉJU Paulette, Ratonnades à Paris, Paris, François Maspero, 1961, 79 p.
  • STORA Benjamin, La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1992 (1re éd. 1991), 376 p.

[1] Expression utilisée par l’historien Emmanuel Blanchard dans un entretien avec Mogniss H. Abdallah sur les mémoires du 17 octobre 1961 pour le Palais de la Porte Dorée (Musée de l’histoire de l’immigration). MOGNISS H. Abdallah, BANERJEE Joy, BLANCHARD Emmanuel et VOLERY Anne, « Histoire et mémoires de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris », dans Musée national de l’histoire de l’immigration, Paris, l’Établissement public du Palais de la Porte Dorée, [en ligne] https://www.histoire-immigration.fr/dossiers-thematiques/integration-et-xenophobie/histoire-et-memoires-du-17-octobre-1961 (dernière consultation le 17/10/2021)

[2] Messali Hadj (1898-1974) est un homme politique algérien, fondateur du PPA (Parti du peuple algérien) puis du MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) et du MNA (Mouvement national algérien) en 1954. Il est aujourd’hui considéré comme l’instigateur de l’idée indépendantiste algérienne. Le MNA s’oppose au FLN tout au long de la guerre d’Algérie. Bien qu’aujourd’hui reconnu comme figure majeure de l’histoire en Algérie, les gouvernements algériens post-indépendance occultent sa mémoire pendant des décennies.

[3] L’expression de « guerre larvée » fait référence à une guerre non déclarée. Dans le cadre de la guerre d’Algérie, les combats ont surtout eu lieu sur le territoire algérien. Ainsi la France métropolitaine hérite des dissensions existantes sur l’autre rive de la Méditerranée, et les forces de l’ordre et la Fédération française du FLN s’affrontent de manière indirecte.

[4] Les harkis sont des Français musulmans d’Algérie qui sont aux côtés de la France dans la lutte des Algériens pour leur indépendance.

[5] Propos tenus par Constantin Melnik dans un entretien télévisé en 1991, dont les images sont reprises par le média Brut pour une vidéo « Le massacre 17 octobre 1961 à Paris », Brut., « Le massacre 17 octobre 1961 à Paris », dans Brut., Paris, BRUT, 2018, [en ligne] https://www.brut.media/fr/news/le-massacre-17-octobre-1961-a-paris-7e2526f7-d61d-4051-82a5-10ba445d6b28 (dernière consultation le 17/10/2021)

[6] STORA Benjamin, « 1999-2003, guerre d’Algérie, les accélérations de la mémoire » dans HARBI Mohammed (dir.) et STORA Benjamin (dir.), La guerre d’Algérie : 1954-2004, la fin de l’amnésie, Paris, Robert Laffont, 2004, p. 506.

[7] Expression utilisée par l’historien Emmanuel Blanchard dans un entretien avec Mogniss H. Abdallah sur les mémoires du 17 octobre 1961 pour le Palais de la Porte Dorée (Musée de l’histoire de l’immigration). MOGNISS H. Abdallah, BANERJEE Joy, BLANCHARD Emmanuel et VOLERY Anne, op. cit.

[8] EL AZZOUZI Rachida, « 17 octobre 1961 : la guerre d’Algérie en France est une histoire “encore en chantier” », dans Mediapart, Paris, Société Editrice de Mediapart (SAS), 2020, [en ligne] https://www.mediapart.fr/journal/france/171020/17-octobre-1961-la-guerre-d-algerie-en-france-est-une-histoire-encore-en-chantier?onglet=full (dernière consultation le 17/10/2021)

[9] Le 8 février 1962 est organisée à Paris une manifestation contre les exactions de l’OAS, à l’appel d’organisations de gauche. La violente répression policière fait huit morts au métro Charonne.

[10] PÉJU Paulette, Ratonnades à Paris, Paris, Éditions François Maspero, 1961, 79 p.

[11] Le Comité Audin, créé en 1957, réunit des universitaires qui dénoncent les violences commises par l’armée et les forces de l’ordre françaises durant la guerre d’Algérie. Ce comité est nommé d’après le militant communiste Maurice Audin, torturé et tué par l’armée française après son arrestation en 1957 en Algérie.

[12] STORA Benjamin, La gangrène et l’oubli, la mémoire de la guerre d’Algérie, Paris, La Découverte, 1992 (1re éd. 1991), 376 p.

[13] HARBI Mohammed (dir.) et STORA Benjamin (dir.), op. cit., p. 502.

[14] Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux Algériens tués lors de la manifestation pour le droit à l’indépendance du 17 octobre 1961, à Paris le 17 octobre 2012.

[15] Propos tenu par l’historien Emmanuel Blanchard dans un entretien avec Mogniss H. Abdallah sur les mémoires du 17 octobre 1961 pour le Palais de la Porte Dorée (Musée de l’histoire de l’immigration). MOGNISS H. Abdallah, BANERJEE Joy, BLANCHARD Emmanuel et VOLERY Anne, op. cit.

[16] Expression tenue par le candidat à la présidence la République Emmanuel Macron, dans un entretien à la chaîne algérienne Echorouk News, le 15 février 2017.

[17] Tweet du 17 octobre 2018 publié sur le compte Twitter d’Emmanuel Macron.

[18] Paroles extraites de 17 Octobre, chanson de rap interprétée par Médine, dans son album Table d’écoute sorti en 2006.

[19] Tweet du 15 février 2017 publié sur le compte Twitter d’Emmanuel Macron.

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