La crise de Bizerte : l’engagement de l’ancien colonisé contre l’ancienne puissance coloniale.

Aux origines : un enjeu stratégique et une décolonisation inachevée.

Le 31 juillet 1954, Pierre Mendès France prononce à Tunis son « discours de Carthage » : il y affirme l’autonomie interne de la Tunisie, qui à échéance sera indépendante le 20 mars 1956 soit deux ans plus tard. Durant deux ans, la défense tunisienne restera à charge de la France selon les accords passés entre les gouvernements tunisien et français, ce dernier ne voulant pas s’en aller trop vite. Pourtant la puissance coloniale, la France, reste présente militairement en Tunisie jusqu’en 1963, engendrant même un conflit armé et sanglant contre la toute nouvelle république tunisienne. Celle-ci s’engage sur un chemin d’unité nationale, proclamée par le président Bourguiba en 1957. La base militaire de Bizerte, source d’enjeux majeurs pour la France et de moindre mesure, pour l’Otan, reste occupée par l’armée française entre 1956 et 1963.

Dès lors se pose une question : la Tunisie s’engage-t-elle dans un rapport de force avec son ancienne puissance coloniale afin de parfaire son unité ?

Année 1956. La Tunisie et le Maroc, protectorats français, se voient accorder leur indépendance. Dans un même temps, la guerre fait rage en Algérie depuis deux ans déjà. Le gouvernement français cherche à disposer d’une base militaire, proche de sa plus grande possession d’Afrique du Nord, lui permettant de ravitailler et de préparer ses forces face à ce conflit qui s’enlise. En parallèle, en pleine Guerre Froide, les deux blocs se font face et le président Bourguiba, chef du nouvel État tunisien, ne cache pas son alignement avec l’Occident. Néanmoins, il ne veut pas se brouiller avec les États arabes. Avec au premier plan la Libye voisine, l’Égypte de Nasser et l’Algérie en pleine guerre d’indépendance. Cette situation place la Tunisie dans un contexte diplomatique des plus ardus. D’une part, elle appuie la révolution algérienne depuis son territoire et d’autre part héberge sur son territoire le second belligérant de ce conflit sanglant, soit son ancienne puissance occupante. La base militaire de Bizerte a pris la poussière lors de la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début de la Guerre Froide, mais elle se voit à nouveau projetée sur le devant de la scène avec un renouveau de sa  position stratégique face à une percée soviétique en Europe de l’Est et dans le contrôle de la Méditerranée.

En effet, les États-majors occidentaux réalisent, seulement quelques années après la Seconde Guerre mondiale, que les Soviétiques pourraient envahir l’Europe de l’Ouest en fondant depuis l’Allemagne défaite, et les Européens se trouveraient obligés de traverser la Méditerranée pour trouver refuge en Afrique du Nord. Cette situation entendait que des infrastructures soient prêtes à accueillir les forces militaires européennes de l’Otan et que certains points stratégiques soient tenus, avec au premier plan le canal de Suez et la base de Bizerte, donnant alors le contrôle sur le canal de Sicile. Cela aurait permis de tenir un axe Suez-Gibraltar en mesure de repousser l’aviation soviétique et en prévision d’une reconquête de l’Europe de l’Ouest. Pourtant, si pour l’Otan la base a un intérêt stratégique important dans sa position face à l’URSS, pour la France il s’agit principalement d’enjeux nationaux et de moindre mesure en faveur du bloc occidental. Le conflit algérien enfle de jour en jour et l’implantation française, malgré un climat anti-colonial de plus en plus affirmé, permet de conserver une certaine maîtrise de l’Afrique du Nord et du bassin méditerranéen. Dans l’Antiquité, les Phéniciens avaient déjà installé un port, appelé A’kra, à l’emplacement de la future base française. Avec les Romains, la zone devint Hippo Diarrhytus que  les conquérants arabes  baptisèrent Ben-Zert. A la fin du XIXe siècle, Bizerte est un petit port du Nord de la Tunisie qui deviendra, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, une des bases françaises les plus importantes en Méditerranée. Le site est en effet extrêmement intéressant du fait de sa localisation géographique :

Il s’agit du port le plus septentrional d’Afrique du Nord et est un point de passage obligé pour les navires transitant entre Gibraltar et Suez. Par ailleurs, son positionnement permet le contrôle du canal de Sicile où passent les lignes de communications entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée. La zone comporte également l’un des plus grands lacs d’Afrique du Nord, permettant à l’armée présente de mettre à l’abri son artillerie,  tandis que des navires de guerre ennemis faisaient le siège du port. Dès 1887, six ans seulement après le Traité du Bardo[1]entérinant le protectorat[2] français de Tunisie, l’armée française s’intéresse à y installer une base militaire. D’importants moyens financiers sont débloqués pour aménager le conséquent chenal reliant le lac à la mer et dès lors, la base militaire française de Bizerte commence à prendre vie.

Carte de la ville de Bizerte en 1888, Wikimedia Commons, guides Joanne, Hachette & Cie.

Ville de Bizerte en 1916, avec vue sur le canal et le goulet ainsi que les principales infrastructures de la ville, Wikimedia Commons, Guides Joanne-Hachette & Cie.

A partir de 1945, la base est nommée « Roland Garros », près de l’endroit où le fameux aviateur français avait achevé sa traversée de la Méditerranée en avion alors qu’il ne lui restait plus que quelques litres de carburant.

Néanmoins, à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle la base de Bizerte a subi de nombreux remous[3], et les installations vétustes datant du début du siècle sont complètement dépassées. De plus, l’avantage d’un lac permettant de mettre à l’abri ses navires de guerre, est devenu un désavantage face à la démocratisation de l’aviation. Au vu de sa position stratégique de par sa position idéale, les membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique-Nord décident d’un effort financier commun pour maintenir et réhabiliter la base, alors que la France est  économiquement à bout de souffle dans la sortie de guerre. L’expérience des conflits maritimes acquise par les Alliés durant la Grande Guerre, Pearl Harbor, Toulon et même cette base de Bizerte, poussera la France à envisager de nouvelles tactiques afin de rendre ce site moins vulnérable à l’aviation notamment  en réorganisant la logistique de la base, de manière à ce que les installations vitales soient enfouies sous terre.

En effet, la Marine française, ayant connu un triste sort durant la Seconde Guerre Mondiale, initie une politique « des bases ». Les amiraux décident de prioriser la reconstruction et les améliorations des bases françaises dans le monde, en attendant de pouvoir reconstruire une flotte digne de ce nom. Néanmoins, la faiblesse budgétaire de l’époque bloque les ambitions de la Marine française et la base de Bizerte ne sera que « remise en état » sans subir de modification dans l’ère du temps. Elle décida de porter une grande partie des financements disponibles sur la base de Mers-el-Kebir, près d’Oran en Algérie, jugée plus moderne et reléguant la base de Bizerte à un rôle secondaire.

Malgré un regain d’intérêt dès 1950-1951 pour moderniser la base face à une possible invasion soviétique[4], le manque de moyens financiers bloque totalement la mise en place d’une structure puissante. En 1955, seulement un an avant l’indépendance de la Tunisie et après un financement massif de l’Otan, la base est enfin réhabilitée. Ce qui peut, en partie, expliquer l’engagement de la France à conserver la base, ne voulant pas la céder juste après avoir enfin réussi à la remettre en état.

La crise de Bizerte est l’affrontement entre deux hommes, le Général De Gaulle, sauveur de la France, et le Président Bourguiba, le combattant suprême. C’est aussi le face à face entre deux systèmes, l’ancienne puissance coloniale qui ne veut rien lâcher et la nouvelle République qui veut tout. De fait, la situation politique est extrêmement compliquée en Tunisie : Salah Ben Youssef, ancien dauphin de Bourguiba, est devenu son adversaire le plus acharné. Il est réfugié au Caire et est largement soutenu par le gouvernement égyptien de Nasser. Les pays arabes[5], tout juste créés, voient d’un mauvais œil cette nouvelle République qui se veut progressiste, un brin laïque,ouverte sur l’Occident et donc le bloc de l’Ouest. D’autant plus que la Tunisie de Bourguiba a adhéré à la Ligue arabe en 1958 et l’a quitté peu de temps après, suite à une tentative d’assassinat contre sa personne. Bourguiba accuse le Caire et Ben Youssef d’avoir prémédité cet évènement. Par ailleurs, le FLN algérien[6] (Front de Libération Nationale) reproche au Maroc et à la Tunisie d’avoir négocié leurs indépendances et de ne pas avoir participé à la guerre de libération initiée par l’Algérie.

La Tunisie est prise en étau entre deux géants, l’Égypte du président Nasser, au summum de sa puissance[7] avec son rôle prédominant dans le Mouvement des non-alignés, et l’Algérie, dont Bourguiba qui se méfie des tentations hégémoniques au Maghreb. Il est de notoriété publique que le Raïs[8] égyptien désire placer Ben Youssef à la tête de la Tunisie, qui est l’un des principaux soutiens de l’Algérie en cours d’indépendance. Dans cette situation, le président tunisien craint, à juste raison, d’être écrasé par les deux mastodontes d’Afrique du Nord.

Bizerte est un enjeu de souveraineté pour la Tunisie nouvelle, l’unité du pays n’étant toujours pas accomplie. La jeune nation tunisienne se dresse de plus en plus face à la présence française en Afrique du Nord, notamment suite au bombardement de Sakiet Sidi Youssef, petit village tunisien à la frontière tunisienne.

Article du journal l’Echo d’Alger relatant les événements, Wikimedia Commons, Bertrand Bouret

En effet, ce village a une importance capitale sur les opinions publiques mais également au sein de la communauté internationale. Il se trouve que Sakiet Sidi Youssef était en réalité une base arrière du FLN. Le 11 janvier 1958, un accrochage a lieu entre une patrouille de 50 soldats français et 300 combattants algériens en provenance du petit village tunisien. Quatorze soldats français décèdent lors de l’attaque, deux sont blessés et quatre sont fait prisonniers. En réponse, l’armée française bombarde le village de Sakiet Sidi Youssef, provoquant la mort de 70 personnes, dont douze élèves d’une école primaire et provoque près de 300 blessés.

Le 12 février 1958, Bourguiba use de cette tragédie afin de passer à l’offensive : il ordonne le blocus de la base et la fermeture de son goulet, la Tunisie étant toujours sous un statu quo concernant la présence militaire française sur son territoire. C’est le retour du Général De Gaulle aux affaires qui permet la fin du blocus de la base en juin 1958 et le début de l’évacuation des troupes françaises de Tunisie, mis à part la base de Bizerte.

Néanmoins, la base militaire n’est pas directement évoquée entre les deux hommes lors du retour du général au pouvoir. En 1958, alors que les combats sont à leur apogée en Algérie, la base de Bizerte compte près de 13 000 militaires français.

En 1959, les Américains se retirent de leurs bases marocaines, ce qui a pour effet de relancer la question de la base française de Bizerte. Principalement parce que la France n’est plus le seul interlocuteur de la Tunisie indépendante, les Américains sont de plus en plus présents diplomatiquement à Tunis et sont assez proches du président Bourguiba. Pour la France, alors empêtrée dans le conflit algérien, un abandon de la base serait désastreux. D’une part, les opérations menées par les troupes françaises en Algérie seraient considérablement affaiblies par l’absence de cette plateforme de déploiement et de ravitaillement. D’autre part, si durant la guerre d’Algérie la France venait à s’exécuter devant les revendications tunisiennes, alors tout juste indépendante et voisine de l’Algérie en guerre, ce serait un terrible aveu de faiblesse auquel le gouvernement français ne peut consentir.

Bourguiba est dans une situation des plus périlleuses : la guerre fait rage à ses frontières, l’ancienne puissance coloniale entretient le conflit depuis son sol tout juste indépendant et ses opposants au Caire, Ben Youssef et le FLN algérien, font front commun et pression sur le chef de l’État tunisien. Le 4 janvier 1960, une demande officielle de restitution de la base de Bizerte arrive à Paris. En effet, Bourguiba subit de terribles pressions de la part de la RAU, la République Arabe Unie[9], fondée seulement deux ans plus tôt en 1958 et dominée par les Egyptiens, ceux-là même qui soutiennent le nationaliste Ben Youssef.

La réponse du Général De Gaulle est la suivante : ‘« Jamais le gouvernement français n’a contesté que Bizerte appartienne à la Tunisie. Ce qui est en cause, c’est un problème stratégique. Le monde est en danger de guerre […] La France doit donc se défendre, en même temps que contribuer à la défense de l’Occident, dont Monsieur Bourguiba, a reconnu lui-même, que la Tunisie en faisait partie. La situation de la base de Bizerte impose dès lors à la France le devoir de l’entretenir et d’en disposer. Une telle intention, ne signifie nullement que la France veuille dominer la Tunisie […] S’il devait arriver que, du côté tunisien, on en vienne à des actes hostiles à l’égard des forces françaises, elles y répondraient aussitôt’» [10]

En pleine Guerre Froide, le ton est clair : la France n’a pas l’intention de se retirer de si tôt de Tunisie et joue la carte de la protection de la jeune Nation entourée d’ennemis. Si le Gouvernement français a de bonnes raisons de craindre la déstabilisation de la Tunisie, avec au premier plan la ligue arabe plus proche du bloc de l’Est que de l’Ouest et la guerre d’Algérie qui déborde des frontières franco-tunisiennes, l’on comprend bien qu’il s’agit principalement d’un prétexte pour faire de Bizerte la base arrière de l’armée française en Afrique du Nord. Néanmoins, il est vrai que les paroles du Président Bourguiba en faveur de l’Occident et son alignement à l’Ouest donnent à la France des arguments en faveur de son maintien sur la base de Bizerte. 

Le Président Bourguiba menace de mener une action militaire contre la France afin de récupérer la base de Bizerte. Les pays occidentaux sont indignés que la Tunisie, qui se prétend alliée de l’Occident, désire entreprendre une action armée qui va nécessairement affaiblir le bloc de l’Ouest durant cette période de vives tensions internationales.

En effet, le président tunisien joue un jeu trouble : il sait que si l’Algérie devient indépendante, les négociations seront plus compliquées avec son grand voisin de l’Ouest qu’avec la France. Bourguiba a pour idée de demander à la France de redessiner les frontières de son Sahara, poussant un peu plus au sud et à l’ouest pour se voir accorder des ressources pétrolifères[11] qui seraient d’une importance cruciale pour la fragile économie tunisienne.

Principales zones d’énergies fossiles en Afrique du Nord, Wikimedia Commons, Historicair, CC BY-SA 3.0.

Les revendications de la Tunisie portent notamment sur le gisement de Edjeleh mais s’intéressent aussi à Hassi Messaoud, dont des ressources en pétrole, inexistantes en Tunisie, pourraient se trouver assez près de sa frontière de 1956.

Aussi, il faut le souligner, dans les années 60, Bizerte était la quatrième ville de Tunisie, avec près de cinquante mille habitants qui subsistaient pour la plupart grâce aux deux à trois milliards d’anciens francs que générait, au niveau local, la base de Bizerte. Un départ de la France n’était donc pas à l’avantage des Bizertins. 

A partir d’ici, un enchaînement d’évènements, qu’il est nécessaire d’aborder chronologiquement, vont précipiter la Tunisie et la France dans un conflit sanglant et inégal : la crise de Bizerte.

  L’engagement global de la jeune république dans une crise nationale et régionale

Dans ses mémoires, Hedi Baccouche, ancien premier ministre tunisien (entre 1987 et 1989) et gouverneur et secrétaire du comité de coordination de Bizerte en 1960 dit :  «₍’Bourguiba n’ignorait pas que le départ des troupes françaises de Bizerte, même s’il prenait encore quelques années, était inéluctable. Mais il avait un autre objectif plus urgent qui ne pouvait plus attendre. Il s’agit de la révision des frontières avec l’Algérie, avant que celle-ci ne recouvre son indépendance. Il ne s’en cachait pas.’ »[12]

Le 27 février 1961, Habib Bourguiba et le Général De Gaulle se rencontrent à Rambouillet, en Ile-de-France, et les deux hommes vont enfin pouvoir parler et négocier en face à face. Le président tunisien sait que l’indépendance de l’Algérie est pour bientôt, mais avant que cela ne se produise il désire obtenir de la France la partie du Sahara qu’il convoite. Mais les deux hommes n’arrivent pas à se mettre d’accord, Bourguiba se présentant à Rambouillet avec une liste de revendications bien trop importantes : il désire l’évacuation de Bizerte, la modification du tracé des frontières sud au niveau du Sahara (où il espère mettre la main sur des réserves de pétrole) et souhaite également se placer comme un acteur majeur du processus de décolonisation de l’Algérie. Il en ressortira que le Raïs tunisien, n’obtiendra absolument rien. En effet, De Gaulle souhaite conserver l’initiative de l’évacuation de la base tandis que Bourguiba ne l’accepte pas, Bizerte étant son ultime enjeu de souveraineté.

Le 3 Mars 1961, Ben Youssef et Bourguiba se rencontrent à Zurich, mais comme à Rambouillet, ils n’arrivent pas à s’accorder. De plus, les tensions avec une Algérie au plus près de son indépendance restent très vives. Pour la France, les choses s’accélèrent également et la tension est à son comble en Algérie. Le 21 avril 1961, seulement deux mois après la rencontre entre De Gaulle et Bourguiba, a lieu le putsch des généraux. Reniant la politique algérienne du Général De Gaulle, quatre généraux de l’armée française entrent en rébellion afin de s’affirmer contre l’abandon de l’Algérie française. Les renégats s’emparent du pouvoir à Alger mais perdent la main seulement cinq jours plus tard, le 26 avril 1961. Cet épisode est assez inédit dans l’histoire française et montre bien à quel point les positions de la France en Afrique du Nord sont de plus en plus intenables.

Le 20 mai 1961 s’ouvre la conférence d’Evian, rassemblant les négociateurs français et des membres du GPRA, le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne. Bien que cette rencontre, qui durera jusqu’au mois de juin, n’ai pas été un réel succès, les deux parties ont commencé à discuter de la question des rapatriements. Qui dit rapatriement, dit évacuation de l’Algérie ; très vite, Bourguiba en est informé et il sait que l’indépendance algérienne n’est qu’une question de temps. S’il veut agir et mener un coup d’éclat contre la France, il se doit de le faire présentement.

Pour la France, l’enjeu militaire et stratégique de l’Algérie est gargantuesque : elle  mène ses expérimentations nucléaires[13] dans le Sahara algérien mais y détient également sa plus grande infrastructure militaire d’Afrique du Nord, la base de Mers-el-Kebir. Dans cette situation, pressé par les rencontres d’Evian et la situation politique intenable en métropole et dans les colonies, le gouvernement français réfléchit déjà à l’après Algérie. Face à la probable perte de la base de Mers-el-Kebir, le gouvernement français ne semble pas vouloir abandonner son site de Bizerte.

Au sein de la base de Bizerte, le gouvernement français décide de rénover la piste aérienne de Sidi Ahmed. Bourguiba sait qu’il doit saisir ce prétexte pour intervenir mais son gouvernement craint également que l’allongement de la piste aérienne afin de pouvoir déployer des avions plus performants n’accroisse encore plus les capacités militaires françaises sur son sol. En juillet 1961, les tensions atteignent leur paroxysme, Bourguiba demande l’abandon total de la base de Bizerte par la France et menace d’une action militaire. Paris répond qu’en cas d’attaque, l’armée française répondra militairement et la faute en incomberait aux Tunisiens. Néanmoins, Bourguiba est bien conscient du rapport de force et du désastre militaire que serait une confrontation directe avec la France. Il espère donc éviter le conflit armée en manipulant l’opinion publique et en obligeant le Général De Gaulle à s’asseoir à la table des négociations. Aussi, les lettres adressées par le Raïs tunisien au président français ne recevront jamais de réponse. Ce conflit entre deux hommes est la marque d’une incompréhension totale.

Aussi Bourguiba, en plein conflit idéologique avec Ben Youssef, et accusé d’être trop proche de l’Occident et de ne pas se soucier des pays arabes frères, est en perte de vitesse en Tunisie. Un coup de force contre la France serait un très bon moyen pour le combattant suprême de s’allier les faveurs des nationalistes tunisiens et arabes. De plus, la situation économique de la Tunisie est très mauvaise à l’indépendance : les salaires baissent et les familles ont du mal à subvenir à leurs besoins, engendrant un grand mécontentement populaire. En outre, à cette période, les forces françaises et les révolutionnaires algériens profitent du territoire tunisien en toute impunité. Ils mènent une guerre sans merci qui fait passer Bourguiba pour un président impuissant, ce qui est extrêmement paradoxal. Le président Bourguiba étant le principal décideur, c’est lui qui commande réellement le nouvel État et arrête la politique tunisienne selon ses choix. Il veut par ailleurs redorer son blason sur la scène internationale, redevenant le combattant suprême bataillant pour les peuples oubliés du Tiers-Monde.

Tout au long du mois de juin 1961, de nombreux incidents font monter les tensions entre les Français et les Tunisiens de Bizerte. Les ouvriers travaillant à l’allongement de la piste aérienne de la base se voient sans cesse sommés par les forces de sécurité tunisiennes de cesser les travaux, sous peine que les soldats aient recours à leurs armes à feu. De même, les militaires français se voient contraints à présenter un laissez-passer pour sortir du gouvernorat de Bizerte. Même l’Amiral Amman, chef de la base, se verra interdire la sortie de Bizerte.

Le président tunisien avait jusque-là préféré éviter la confrontation directe avec la France, sachant que le rapport de force n’est pas en sa faveur. Il prend conscience, suite à la série d’événements secouant les six premiers mois de 1961, qu’il n’est plus en mesure d’éviter un conflit ouvert s’il souhaite obtenir un gain politique avant l’indépendance algérienne. Le Néo-Destour, parti politique du président Bourguiba régnant sur la Tunisie, voit ses membres se rencontrer le 3 juillet 1961 à Zurich, en Suisse. Abdelmajid Chaker, porte-parole du parti, déclare : ’« le bureau politique du Néo-Destour a décidé de donner la priorité à la question de Bizerte et à sa base militaire dans les préoccupations du gouvernement et du peuple tunisien[14]. Il a pris un ensemble de mesures concrètes que le gouvernement se chargera de mettre à exécution, le cas échéant’ ».

Le même jour, près de 1 500 volontaires tunisiens commencent à creuser des tranchées autour de la base française et l’Amiral Amman fait discrètement limiter le nombre de permission de ses soldats afin de gonfler ses effectifs.

La France se prépare à la crise à venir. Dans une note du 11 juillet 1961, l’Amiral Amman et le Premier Ministre Michel Debré écrivent :  ‘« Le gouvernement français ne peut accepter la menace que font peser sur la base les mesures de mobilisation tunisienne ; le commandant de la base stratégique a pour instructions de répondre par la force à toute opération de force’ »[15]. La messe est dite : une masse de volontaires tunisiens s’achemine vers la base française de Bizerte, les jeunesses sont mobilisées par le gouvernement tunisien qui se prépare à mettre à exécution ses menaces proférées depuis 1956.

Le 12 juillet 1961, dans une allocution, le Général de Gaulle annonce : ‘« Le bon sens, le but, le succès, s’appelle la décolonisation. Il s’agit qu’elle se fasse, également, en Algérie. »’[16]

Le jour même, une lettre ultimatum est adressée par Bourguiba au Général, qui, le 17 juillet, déclare se voir contraint de prendre toutes les dispositions nécessaires afin d’assurer la protection de la base de Bizerte. Le gouvernement tunisien rompt ses relations diplomatiques avec Paris.

Le 19 juillet 1961, les volontaires tunisiens assiègent la base, montent des barrages et empêchent toutes circulations entre l’intérieur de la base de Bizerte et la ville. La situation du blocus de février 1958 semble se reproduire. Néanmoins, très vite, des milliers de tunisiens, principalement des jeunes en provenance bien souvent de provinces éloignées, s’agglomèrent et creusent des tranchées aux alentours de la base. L’armée tunisienne installe de l’artillerie lourde et est prête à faire feu sur la base. De leur part, les militaires françaises dressent des barricades pour empêcher une foule de 10 000 personnes d’entrer de force dans l’enceinte française. Un avion militaire français essuie des tirs de la part de forces tunisiennes. L’Amiral Amman, conjointement aux ordres de Paris, décide qu’il faut dégager la base des éléments faisant son siège et permettre à nouveau la circulation vers la ville. Les forces françaises ripostent : c’est un massacre. Les porte-avions français de classe Arromanche mouillant près de la base lancent les premiers avions qui ont pour objectif de dégager les abords de l’aérodrome, les bombes pleuvent et la cimenterie de Bizerte utilisée par les troupes tunisiennes est détruite. Puis les paras sortent de la base et en dégagent les abords directs avant de s’enfoncer dans la ville.

 Civils tunisiens devant des militaires (JeuneAfrique, L’autre côté de la colline: Bizerte 1961, la dernière bataille coloniale de la France (lautrecotedelacolline.blogspot.com))

Dans un même temps, des forces tunisiennes pénètrent en territoire officiellement partie intégrante de l’Algérie, à Garet-el-Hamel, afin de s’approcher des champs de pétrole et faire pression sur la France. Mais les troupes tunisiennes sont facilement repoussées par l’armée française.

La bataille de Bizerte sera somme toute très brève – seulement deux jours – et incroyablement meurtrière. Aujourd’hui encore, les sources ne sont pas d’accord sur le nombre de victimes. Néanmoins, l’une estime que près de 2000 tunisiens ont perdu la vie face aux balles françaises, tandis qu’une autre dénombre[17] 27 soldats français morts, 632 tunisiens décédés dont seulement la moitié faisaient partie de l’armée, une centaine de blessés côté français et près de 1 500 du côté tunisien. Les militaires tunisiens tentent d’empêcher le carnage, mais trop inexpérimentés, ils échouent. Le traumatisme est grand, les forces françaises n’ont pas fait que dégager les alentours de la base, mais  la ville de Bizerte elle-même  a été reprise. Les Tunisiens sont sous le choc, énormément des leurs ont été envoyés au devant d’un massacre annoncé, sans avoir été préparés et sans armes.

Plusieurs avis d’historiens divergent quant à savoir ce à quoi s’attendait Bourguiba lorsqu’il a envoyé les engagés tunisiens assaillir la base française. Certains estiment que le Raïs avait tout à fait conscience que la France risposterait, ce qui lui permettrait de revendiquer pour la Tunisie un rôle de martyr lors des guerres de décolonisation. D’autres pensent que le président tunisien n’avait absolument pas envisagé que l’armée française ouvrirait réellement le feu et qu’il désirait accentuer sa pression sur la France.

Le 21 juillet 1961, deux jours seulement après le début des hostilités, tout est fini. La diplomatie tunisienne dépose une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU et invite le secrétaire général de l’ONU, Dag Hammarkjöld à se rendre à Bizerte constaté l’état des lieux.

Bourguiba avait certainement sous-estimé le contexte de tension que connaît la France en 1961. Entre les décolonisations, une révolte de ses militaires et une fragmentation de sa société, mais aussi l’affrontement avec le bloc de l’Est qui se profilait à grande vitesse. La crise de Berlin a lieu à cette période, et en août 1961, juste après nos évènements, le mur de Berlin est construit.

Bourguiba sort au niveau international et notamment arabe auréolé de gloire car il a fait face à l’occupant. Néanmoins, la population n’arrive pas à comprendre comment le Combattant Suprême a pu envoyer son propre peuple au devant d’une mort certaine. De plus, l’armée tunisienne, envoyée au front sous-équipée et sans informations, lui en tient rigueur. Ils ont été humiliés et ont subi une défaite cuisante. En décembre 1962, des officiers et des maquisards tunisiens d’obédience Yousséfiste préparent un coup d’État,  avorté avant sa mise à exécution. Concernant Ben Youssef, l’ancien dauphin et plus grand adversaire du président Bourguiba, il est fait assassiner par son ancien mentor dans un hôtel à Zurich, en Allemagne, le 12 août 1961, seulement quelques semaines après la bataille de Bizerte. 

Aussi, le mouvement des non-alignés est gêné par le coup d’éclat du président Bourguiba, qui a montré qu’il ne reculerait devant rien pour la souveraineté de son pays et que son engagement n’avait pas de limite. Ce que les dirigeants des États « non-alignés » voient d’un mauvais œil, c’est que le Raïs tunisien risque de leur « voler la vedette » sur le plan international. Du côté des chancelleries occidentales, les retours sont unanimes : les chefs d’États désapprouvent l’attitude de la Tunisie et mettent en avant l’opportunisme du président Bourguiba, qui n’a amorcé ce coup de force que pour obtenir de la France une modification du tracé des frontières et redorer son blason auprès des États arabes. De plus, les Algériens comprennent aisément la manœuvre et en conserveront une certaine rancœur à l’égard de Bourguiba. Autre problème, la France suspend son aide financière à la Tunisie. De plus, les coopérants et les enseignants quittent progressivement le territoire, entraînant une grande crise du système économique et éducatif tunisien.

Du côté français, au lendemain de la crise, l’emprise sur Bizerte est désormais presque totale. Néanmoins, la base avait perdu son importance capitale dès que le Général De Gaulle avait pris la décision de l’indépendance algérienne début 1961. Par ailleurs, la France avait acquis la bombe atomique dès février 1960 et le gouvernement ne voulait plus s’embêter avec cette base vieillissante et inadaptée aux nouveaux enjeux mondiaux.

De Gaulle, dans une allocution le 5 septembre 1961[18], évoque Bizerte en des termes non belliqueux, calmant les tensions avec Tunis. A partir de là, l’Algérie qui s’approche de plus en plus de son indépendance pousse le gouvernement français à amorcer son retrait de la base de Bizerte. En janvier 1962, le site aéronaval de la base est rendu à l’armée tunisienne et le 1er juillet 1962, l’arsenal de la base est évacué, réduisant drastiquement la présence française à Bizerte.

Le 20 juillet 1962, seulement deux semaines après l’indépendance algérienne et un an après la crise de Bizerte, les relations diplomatiques entre la France et la Tunisie reprennent. Il faudra attendre le 15 octobre 1963 pour que le dernier soldat évacue la base. Le départ s’est fait dans un calme et dans un climat d’apaisement, contrastant avec la violence des trois jours de bataille.

Bourguiba organise le 13 décembre 1963 une importante célébration pour fêter l’unité accomplie de la Tunisie. Il parade dans la ville entouré du président égyptien Nasser, du premier président algérien Ben Bella, du prince héritier du royaume de Libye Hassan Ridha et du représentant du roi marocain Hassan II, Abdelhadi Boutaleb. Le succès est total : il est encensé par les États arabes et s’épanche dans un discours dans lequel il déclare notamment : « Les martyrs de Bizerte auront servi, au-delà de la cause nationale, celle de la Nation arabe, celle de l’humanité ». Le président Bourguiba n’aura jamais réussi à faire fléchir la France concernant le tracé des frontières mais aura finalement réussi à redorer son blason sur la scène arabe. Il restera président de la Tunisie jusqu’en 1987, régnant très exactement trente ans sur le pays.

Aujourd’hui encore, les bombardements de Sakiet Sidi Youssef sont commémorés conjointement par les Tunisiens et les Algériens, et sont toujours au programme des manuels d’histoires français concernant la décolonisation algérienne. Mais la crise de Bizerte, si elle est également toujours commémorée en Tunisie, est totalement absente des mémoires françaises et peu de gens en ont entendu parler alors que cette crise mérite une place d’honneur dans les récits de la décolonisation.

Bibliographie :

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[1] La Tunisie connaît une banqueroute d’État et les créanciers européens font pression sur le jeune pays. Par ailleurs, la Tunisie est coincée entre l’Algérie, colonie française depuis 1830 et la Libye, qui deviendra une colonie italienne en 1911. Le traité du Bardo est signé le 12 mai 1881 et entérine le protectorat français de Tunisie.

[2] Il faudra en réalité attendre les Conventions de la Marsa en 1883 pour voir le mot Protectorat employé.

[3] La base de Bizerte a connu de nombreux soubresauts durant la Seconde Guerre Mondiale, pour plus de détails sur cette période, lire : CORDIER-FERON Damien, « La base navale stratégique de Bizerte », dans Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 213, Paris, Presses Universitaires de France, 2004, 140 p., pp. 39-62, [en ligne] https://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2004-1-page-39.htm (dernière consultation le 15/10/2021)

[4] L’URSS dispose de la bombe nucléaire à partir de 1949 et, la même année, le blocus de Berlin vient de prendre fin

[5] L’éclatement de l’Empire ottoman à la sortie de la Première Guerre mondiale avait été un espoir pour les peuples arabes voulant se constituer en États. Mais les pays arabes verront leurs apparitions à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

[6] Fondé en octobre 1954, le FLN est une organisation nationale qui s’engage à chasser la puissance coloniale française d’Algérie. Le FLN est devenu un parti politique, qui est toujours à la tête de l’Algérie de nos jours.

[7] Fondé lors de la déclaration de Brioni du 19 juillet 1956, notamment par le président égyptien Nasser qui est l’une des grandes figures de ce mouvement, qui se veut « non-aligné sur l’un des blocs », que ce soit l’Est ou l’Ouest. En réalité, ce mouvement va avoir un jeu trouble durant toute la Guerre Froide.

[8] Raïs signifie président en arabe.

[9] Union entre la Syrie et l’Egypte, et qui est composée du Yémen pendant un court laps de temps. Ce sera finalement un échec cuisant et cette union prend fin dès 1961.

[10] DE GAULLE Charles, Lettres, notes et carnet, vol. 8, Paris, Plon, 1985, 520 p., pp. 324-325.

[11] Pour en savoir plus sur cette ressource pétrolière, notamment d’Edjeleh, lire : JACOB Alain, « Les accords franco-tunisiens sur l’évacuation du pétrole d’Edjelé mettent-ils en danger l’unité du Maghreb ? », dans Le Monde diplomatique, Paris, Le Monde diplomatique SA, 1958, pp. 1 et 4, [en ligne] https://www.monde-diplomatique.fr/1958/08/JACOB/22674 (dernière consultation le 19/10/2021)

[12] MOUSSA Tarek, « Tunisie : les Mémoires d’Hédi Baccouche », dans Jeune Afrique, Paris, Société Jeune Afrique Media Group Société, 2018, [en ligne] https://www.jeuneafrique.com/mag/553268/politique/tunisie-les-memoires-dhedi-baccouche/ (dernière consultation le 19/10/2021)

[13] Dans le sud algérien, la France a procédé à des essais nucléaires, dont quatre explosions aériennes. C’est aujourd’hui un enjeu de mémoire entre la France et l’Algérie.

[14] DEBBASCH Charles, « La base militaire de Bizerte, survivance d’un régime ancien ou avènement d’un ordre nouveau », dans Annuaire Français de Droit International, vol. 7, Paris, Centre National de la Recherche Scientifique, 1961, 1225 p., pp. 870-903, [en ligne] https://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_1961_num_7_1_1127 (dernière consultation le 19/10/2021)

[15] EL MACHAT Samya, « La crise de Bizerte 1960-1962 », dans Outre-Mers : Revue d’histoire, t. 87, n°328-329, Paris, Société Française d’Histoire des Outres-Mers, 2000, 399 p., pp. 299-326, [en ligne] https://www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_2000_num_87_328_3819 (dernière consultation le 15/10/2021)

[16] BERNSTEIN Serge et DE GAULLE Charles, « Allocution du 12 juillet 1961 », dans Charles de Gaulle – paroles publiques, Bry-sur-Marne, Institut National de l’Audiovisuel, 1961, [en ligne] https://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00219/allocution-du-12-juillet-1961.html (dernière consultation le 19/10/2021)

[17] CORDIER-FERON Damien, op. cit.

[18] DE GAULLE Charles et VASSALO Aude, « Conférence de presse du 5 septembre 1961 », dans Charles de Gaulle – paroles publiques, Bry-sur-Marne, Institut National de l’Audiovisuel, 1961, [en ligne] https://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00380/conference-de-presse-du-5-septembre-1961.html (dernière consultation le 19/10/2021)

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