Les Mélophores

La puissance de l’armée perse achéménide s’est principalement illustrée lors des guerres médiques. Créée sous Cyrus le Grand dans le but d’étendre et de protéger l’empire, elle connaît de nombreuses modifications et améliorations, notamment sous Darius 1er, jusqu’à devenir une armée professionnelle (spāda).

La division de l’armée achéménide suivait un système décimal. Il existait quatre unités. La plus petite, dathambam, était composée de dix hommes dirigés par un datapati. La deuxième était une formation de cent hommes, satabam, commandée par un satapati. Les deux plus importantes étaient le hazarabam et le baivarabam qui comptaient respectivement mille et dix milles soldats.

Les Immortels étaient le plus connu des baivarabam, le corps d’élite de l’armée perse achéménide (گارد جاویدان, gârd-e jâvidân, « garde éternelle » en persan). Ils sont également connus sous le nom « Mélophores », venant du grec ancien μηλοφόροι (mêlophoroi) (et) signifiant « porteurs de pommes». Les sources concernant ce corps restent peu nombreuses et principalement grecques. Ainsi, il subsiste certains doutes quant à leur composition et à leurs caractéristiques.

Hérodote rapporte que les Immortels étaient au nombre de dix mille répartis en dix divisions de mille hommes, chacune commandée par un chiliarque[1]. Un élément très particulier permettait de distinguer une division des neuf autres : la pomme, ou grenade selon les versions, qui se trouvait sur la crosse des lances des soldats. En effet, mille d’entre eux avaient une pomme en or. Il s’agirait de « l’élite de l’élite », choisie parmi les nobles perses.

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Salle de l’Apadana, Persépolis (Iran), escalier nord (2013). Un guerrier mède et un guerrier persan en vêtements de cérémonie. Il s’agirait des Immortels ( Happolati, Wikimedia Commons).

Cette garde a été créée sous Cyrus le Grand et fortement développée sous Darius Ier, dans sa dynamique de restructuration de l’armée achéménide. Les Mélophores faisaient partie de l’infanterie lourde des forces perses et formaient une troupe permanente, ce qui n’était pas habituel pour l’époque. Le nom d’« Immortels » qui leur est attribué par Hérodote s’explique par le fait que si l’un des soldats mourrait ou tombait malade, il était immédiatement remplacé.

L’un des traits caractéristiques sur lequel les auteurs grecs ont insisté est l’impressionnante richesse de ce corps d’élite. En effet, Quinte-Curce[2] parle d’un « luxe d’une opulence inouïe ». Il est rapporté que ces soldats portaient d’importants ornements en or (colliers et autres bijoux) ainsi que des robes et des tuniques parées d’or ou de pierres précieuses. Leurs tenues étaient très colorées, jaunes ou pourpres, accompagnées de turbans.

Les Immortels étaient armés de lances, d’acinaces (sorte de poignards), de sagaris (hache ou marteau de combat), d’arcs ou encore de javelots. Ils étaient protégés par des boucliers en osier, des cuirasses travaillées en écailles de poisson et de hautes bottes en cuir. D’après les récits, les mille soldats à la pomme d’or étaient des lanciers (doryphoroi en grec) tandis que les neuf mille autres étaient archers même s’ils restaient polyvalents.

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Représentation d’Immortels aux alentours des Ve et IVe siècles avant Jesus-Christ (illustration pour la marque de modélisme Zvezda)

Leur rôle de garde rapprochée du Roi s’observe notamment lors de la bataille de Gaugamèles qui se déroule le 1er octobre 331 avant notre ère. Pour rappel, Philippe de Macédoine est assassiné en 336 et Alexandre lui succède. Ce dernier se lance comme objectif de conquérir la Perse. Débute alors une série de batailles contre les Perses desquelles il sort vainqueur comme celles du Granique et d’Issos.

C’est sur la plaine de Gaugamèles, près d’Arbèles, qu’Alexandre et Darius III s’affrontent. Le rapport de force qui s’établit lors de la bataille laisse présager la victoire de Darius III. Ses troupes sont bien plus nombreuses que celles d’Alexandre, ces dernières alignant environ quarante mille soldats et sept mille cavaliers, et sa logistique est impressionnante. En effet, il dispose d’une infanterie importante (pasti) composée d’environ trois cent mille fantassins, d’une cavalerie lourde et légère (asabāri «à cheval»), de quinze éléphants de guerre et de deux cents chars. Tous les peuples soumis à la puissance achéménide font partie intégrante de l’armée (Scythes, Arméniens, Bactriens …). On y trouve également des mercenaires grecs. De plus, apprenant de ses erreurs passées notamment à Issos, Darius prend connaissance du terrain à l’avance pour en tirer le plus d’avantages possibles. La plaine est d’ailleurs parfaitement adaptée à l’immensité de son armée ; il fait même retirer des plantes et des pierres pour qu’elle soit encore plus praticable.

Cependant, malgré la stratégie d’enveloppement de Darius, les cavaliers perses se retrouvent en trop grand nombre sur l’aile gauche ce qui ouvre une faille au centre de la force d’infanterie achéménide et permet à Alexandre d’attaquer sur l’aile droite. Ce revirement de situation entraîne la fuite de Darius qui est extrait par les Immortels. Malgré un rôle qui n’est pas décisif lors de la bataille, ils restent fidèles au Roi et assurent sa survie.

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Détail de la Bataille de Gaugamèles, XVIIIe siècle, musée archéologique de Madrid (Luis García (Zaqarbal), Wikimedia Commons).

L’armée achéménide et le développement du rôle des Immortels en garde personnelle du Roi témoignent de l’importance du territoire de l’empire perse, de la nécessité de le protéger et de maintenir une union entre les peuples. La période achéménide est synonyme de richesse pour l’armée perse. Les Mélophores sont d’ailleurs si imposants et impressionnants qu’ils seront plus tard intégrés à l’armée d’Alexandre.

RRDJ

[1] Le terme chiliarque est utilisé par les historiens grecs pour désigner le commandant d’une division de mille soldats (χίλιοι, khilioi « mille » et ἀρχή, arkhê, « le commandement »).

[2] Historien romain du Ier siècle de notre ère. Il écrit l’Histoire d’Alexandre le Grand dans laquelle il relate la bataille de Gaugamèles.

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