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Frapper l’arrière : profondeur et hybridité dans le conflit en Ukraine

Frapper l’arrière : profondeur et hybridité dans le conflit en Ukraine

L’invasion à grande échelle de l’Ukraine, débuté en 2022, a rapidement été marquée par le développement de systèmes de fortification en profondeur[1]. Les tranchées étaient déjà apparues durant la guerre du Donbass (débutée en 2014), mais les systèmes défensifs se sont complexifiés au fur et à mesure de l’enlisement du conflit. Du côté ukrainien, des lignes de fortifications sont érigées jusqu’à une trentaine de kilomètres à l’arrière de la ligne de contact. Le système défensif russe, quant à lui, associe une ligne de défense avancée avec une ligne de défense principale, laissant une zone de manœuvre pour des unités de contre-attaque.

Le champ de bataille ukrainien est ainsi recouvert de dents de dragons[2], tranchées, douves, fossés antichars, bunkers et fortifications visant à empêcher l’adversaire d’avancer. De fait, après les premiers mois de l’invasion à grande échelle en février 2022, le front semble gelé (à l’exception de quelques contre-attaques importantes sur Kherson et Kharkiv en août et septembre 2022, l’incursion ukrainienne à Koursk en août 2024 et le grignotage russe constant sur les saillants du Donbass[3]). De plus, l’omniprésence des drones garantit une transparence du champ de bataille empêchant les belligérants de déplacer ou de masser leurs troupes avant une offensive. La combinaison de ces facteurs se traduit par un blocage tactique du champ de bataille.

Ce blocage du front ukrainien pousse les belligérants à recourir davantage aux frappes dans la profondeur, faute de résultat tangible « au contact » sur la ligne de front[4]. Les moyens d’atteindre cette profondeur sont nombreux : missiles balistiques[5] ou de croisière[6], drones et munitions téléopérées[7], etc. L’idée inhérente de cette stratégie étant d’atteindre des cibles à haute valeur ajoutée, souvent situées derrière les lignes ennemies, ou a minima de préparer en amont l’affrontement au contact.

Déjà durant la Première Guerre mondiale, la frappe en profondeur devait surmonter le blocage des tranchées[8]. L’accroissement de la portée de l’artillerie et la massification de ces armes délimitaient, en effet, un front et un arrière. Le front étant gelé dès 1915, les combattants étaient poussés à l’innovation pour atteindre des objectifs opérationnels en frappant des cibles loin derrière les lignes ennemies : les centres de commandements, les centres économiques et la population[9]. La Seconde Guerre mondiale et la période de Guerre Froide qui la suit connaissent le développement des premiers missiles. C’est ainsi que finit par apparaître le concept des armes de longues portées (Long Range Strike – LRS) capables de délivrer une charge conventionnelle ou nucléaire dans la profondeur grâce à des technologies avancées lors de frappes de haute précision[10].

Stéphane Spet, officier dans l’armée de l’Air, définit ainsi la frappe en profondeur comme « une action cinétique[11] ou non, […], réalisée avec un armement conventionnel. [Elle vise à produire] des effets de niveau stratégique, en visant les points décisifs et centre de gravités [ou des] effets au niveau opératif ou tactique, neutralisant ou détruisant la cohérence du dispositif adverse pour le fragiliser »[12]. La mention d’action non-cinétique est particulièrement importante. En effet, en inscrivant sa définition dans le cadre de la conflictualité Multi-milieu/Multi-champs (M2MC)[13], l’auteur trace une continuation logique entre frappe dans la profondeur et actions hybrides.

L’hybridité se caractérise par l’utilisation de moyens non-cinétiques (manœuvre d’ingérences, attaques cyber, opérations d’influences, pressions économiques et politiques, etc.) en parallèle d’actions militaires plus classiques. Elle va, de fait, s’attaquer à des cibles situées dans la profondeur, hors de portée des armes conventionnelles, et chercher à atteindre des objectifs stratégiques pour faire s’effondrer un dispositif adverse.

En Ukraine, les actions dans la profondeur et les actions hybrides constituent les deux faces d’une même stratégie, utilisée de part et d’autre de la ligne de front, visant à affaiblir voire à faire s’effondrer le dispositif de combat adverse.

Ce rapprochement entre les deux idées a largement été commenté dans l’évolution de la doctrine de la guerre russe[14]. Le concept de contournement de la lutte armée, mis en avant par Dimitri Minic, fait ainsi d’abord la part belle aux frappes dans la profondeur pour affaiblir l’adversaire avant un choc au contact. Les évolutions doctrinales post-Guerre Froide étendent ensuite la violence aux moyens non-militaires et finissent par être appliquées durant l’annexion de la Crimée combinant action militaire indirecte (dissuasion, utilisation de forces spéciales, etc.) et moyens non-cinétiques (cyberattaques, pressions économiques et diplomatiques, etc.).

Néanmoins, ce type de stratégie semble montrer ses limites en Ukraine et contraste largement avec ce qui avait été observé dans des conflits précédents[15]. Par exemple, lors des opérations Desert Storm et Desert Shield[16] (1991), les frappes en profondeur, la campagne aérienne puis l’importante puissance de feu au contact avaient garanti un effondrement du commandement irakien et une victoire rapide des forces coalisées. Pourtant, vingt ans plus tard, la Russie essaye de déployer une stratégie similaire dans son « opération militaire spéciale » mais se révèle incapable d’obtenir un avantage militaire décisif.

I/ Frapper l’arrière de l’ennemi

A/ Définir la profondeur

Jusqu’aux années 1970, l’OTAN divise l’espace du champ de bataille selon le rôle des unités engagées[17]. Le concept de Air Land Battle divisait les unités terrestres qui combattaient sur la ligne de contact (close) et les unités aériennes qui agissaient dans la profondeur (deep). Cette première répartition rudimentaire permettait déjà dans un premier temps de délimiter l’espace de combat, de coordonner les feux et de permettre aux unités aériennes d’affaiblir l’adversaire avant le choc au contact. La profondeur se définit alors comme un espace privilégié pour dégrader un ennemi en soutien à la manœuvre alliée[18]. Cependant, la profondeur est aussi l’affaire d’unités terrestres.

La définition de la frappe dans la profondeur est, a priori, fortement liée à la géographie et est corrélé à un enjeu de distance. Cependant, il n’y a pas de profondeur absolue et cette dernière n’est que relative aux unités. L’OTAN distingue ainsi la Zone d’opération rapprochée (ZOR) et la Zone d’opération dans la profondeur (ZOP) en fonction des échelons[19]. Doctrinalement, une brigade peut ainsi agir jusqu’à 50 kilomètres derrière les lignes ennemies, une division 150 et un corps d’armée jusqu’à 500. Au-delà, on passe d’une profondeur tactique à une profondeur opérative ou stratégique, souvent réservée aux vecteurs aériens. Cette délimitation correspond à la portée maximale des capacités de chaque échelon, tandis que la division des tâches empêche théoriquement les tirs fratricides.

La diversité des actions dans la profondeur au travers de l’exemple du Corps d’Armée – droits cédés par le Commandement du Combat Futur à titre gracieux- 2026

Même si la dimension géographique apparaît centrale dans nos définitions, la frappe en profondeur peut adopter des approches différentes. Il arrive, en effet, de parler de « frappe dans la profondeur » lorsque celle-ci vise une cible définie pour sa valeur plutôt que pour sa situation géographique[20]. Cette définition se veut davantage stratégique et met l’emphase sur la capacité à cibler des éléments à haute valeur ajoutée. Il ne suffit plus de frapper loin, mais de frapper juste et d’être capable de détecter ces cibles. Une bonne capacité de frappe dépend donc d’une bonne capacité de renseignement pour former des Reconnaissance Strike Complex[21] (RSC) efficaces[22]. L’objectif de la frappe se trouvant le plus souvent en dehors de la zone de vue directe, il est ainsi important pour les belligérants de disposer de solides capacités C4ISR (Command, Control, Communications, Computers, Intelligence, Surveillance, Reconnaissance)[23]

La dimension stratégique peut également être déduite de l’instance qui valide la frappe[24]. Ainsi, une frappe en profondeur, de par l’enjeu de sa cible, est souvent validée par des hautes autorités militaires voire politiques.

La doctrine inter-armée française définit ainsi cette capacité comme étant la possibilité de viser « les points décisifs et les centres de gravité » au niveau stratégique, ou de « détruire la cohérence du dispositif adverse » à un niveau opératif[25]. Là encore, aucune de ces définitions n’explicite la dimension géographique, même si elle doit se lire entre les lignes. De fait, distance et valeur de la cible sont relativement corrélées : une installation critique se trouve le plus souvent loin derrière la ligne de front.

B/ Impact et efficacité théorique

Fondamentalement, l’objectif d’une frappe dans la profondeur est de saper un dispositif adverse en amont du combat au contact afin de faciliter sa destruction. En ce sens, « atteindre la profondeur du dispositif ennemi pour l’affaiblir et faciliter l’obtention d’un résultat opérationnel ou stratégique est un objectif majeur des armées »[26].

Plusieurs types de cibles se distinguent au cœur de cette zone arrière censée être sanctuarisée[27]. Il faut d’abord citer les centres de commandement (désigné « C2 » pour « Command and Control ») ainsi que les systèmes de communications. Différentes doctrines mettent également un point d’honneur à citer les forces aériennes et défense sol-air adverses comme objectif stratégique, car l’acquisition de la supériorité dans ce domaine est souvent un avantage clef dans l’affrontement[28].

Ces deux premiers archétypes de cibles constituent des objectifs militaires. Pourtant, la frappe en profondeur assume également le fait de détruire des infrastructures civiles stratégiques[29]. Les installations de productions clefs (énergie, base industrielle de défense, etc.) constituent ainsi des cibles privilégiées, les infrastructures de transport également. En réalité, dès lors qu’un conflit s’ancre dans la durée, il devient nécessaire de détruire les fondements de l’effort de guerre que l’on retrouve au cœur de la société civile.

Les frappes en profondeur sont ainsi conçues pour saper la volonté et la capacité de l’adversaire afin de soutenir l’affrontement au niveau stratégique[30]. En effet, « si un État est défait au niveau stratégique, alors la victoire au niveau tactique et opérationnel est virtuellement garantie ou ne serait même plus nécessaire »[31]. On parle ainsi d’armes de nature stratégique dès lors qu’elles ont la capacité d’engager les sources du pouvoir (en « sautant » le niveau tactique) et d’assurer une victoire sans pour autant engager le combat au contact[32].

En théorie, la frappe dans la profondeur résout donc le blocage tactique du champ de bataille en le contournant et en atteignant directement les cinq cercles du pouvoir théorisé par le colonel John Warden[33] : Commandement (politique et militaire), éléments essentiels, infrastructures, population et forces armées.

Les 5 cercles dans la théorie de John Warden : la destruction de chacun d’eux a des répercussions indirectes sur les niveaux subalternes – Patrick87 – Wikipedia – CC BY-SA 3.0

La frappe en profondeur répond ainsi à plusieurs fonctions stratégiques, chacune selon une philosophie et un ciblage différent, mais également relevant de théories de la victoire très différentes selon les effets coercitifs associés[34].

Il faut déjà citer les frappes de « contre-population » visant à détruire les infrastructures civiles[35]. Cette idée apparaît déjà durant l’entre-deux guerre et s’appuie sur le postulat affirmant qu’un gouvernement sera plus à même de rechercher la paix pour éviter les troubles domestiques. Même si une analyse approfondie de cette stratégie tend à démontrer que cette dernière est inefficace, voir contre-productive[36], le ciblage des zones résidentielles demeure une pratique courante dans les conflits : la guerre d’Ukraine ne fait d’ailleurs pas exception. Des observations tendent à montrer que ce ciblage est lié aux limitations matérielles des forces russes qui disposent de moins de vecteurs de précision et doivent alors se contenter de cibles plus simples à atteindre, comme les infrastructures civiles. Cette stratégie a cependant évolué et désigne désormais davantage le ciblage d’infrastructures civiles stratégiques, comme le réseau énergétique, qui auront également pour effet de saper le moral d’une population.

Autre stratégie de frappe dans la profondeur : l’interdiction stratégique[37]. Il s’agit ici de priver l’adversaire de ses moyens de combattre en frappant les infrastructures de son économie de guerre. Il est ici question de cibler la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD)[38] mais également les lignes logistiques d’un pays.

Troisième stratégie : le contre-leadership, qui vise les autorités politiques et militaires[39]. Cette dimension de la frappe en profondeur est particulièrement pertinente lorsque l’on évoque le contre-terrorisme et la contre-insurrection. Les frappes de décapitation sont, en effet, susceptibles d’endommager le commandement ennemi, de le paralyser, voire de créer un vide politique susceptible de précipiter le renversement du pouvoir. Le concept est cependant plus vaste que la simple élimination de personnes clef, et inclut la destruction des infrastructures de Command & Control.

Enfin, la frappe en profondeur peut servir, plus simplement, dans une logique de contre-force en ciblant directement les armées adverses[40]. L’avantage des armes à longue portée permet aux forces d’éviter le contact direct pour directement neutraliser une cible loin de la ligne de front. Cependant, ces armes étant coûteuses à utiliser, les cibles à haute valeur ajoutée sont privilégiées de sorte à obtenir un rapport coût-efficacité favorable.

Ces quatre fonctions stratégiques ne sont pas contradictoires les unes avec les autres et fonctionnent, au contraire, de concert. La destruction d’une même cible peut, en effet, s’inscrire au sein de plusieurs stratégies parallèles. Par exemple, le sabotage des infrastructures électriques pourra à la fois atteindre le moral des civils (contre-population) et paralyser la production d’armement (interdiction stratégique). De la même manière, la destruction du réseau de communication pourra isoler le commandement (contre-leadership) tout en rendant inopérante certaines unités avant tout contact (contre-force).

Toutes ces notions renvoient fondamentalement à l’idée de détruire les « centres de gravité » d’une force ennemie[41]. Clausewitz les définissait déjà comme étant « les centres de tout pouvoir et dont tout mouvement dépend ». Les doctrines contemporaines soulignent, par ailleurs, l’importance de ces points stratégiques. La Doctrine for Joint Operation (développée dans les années 1990 aux États-Unis) les définit comme « les caractéristiques, les capacités ou les lieux d’où une force militaire tire sa liberté d’action, sa force physique ou sa volonté de se battre ». En 2002, la Joint Doctrine for Combat Planning met en avant l’idée de capacités globales si importantes que leur perte conduirait à une « défaite irrésistible ».

Les fonctions stratégiques de la frappe en profondeur – Romain Devaux – La Revue d’Histoire Militaire – sur la base des travaux de Fabian HOFFMANN – 2026

II/ La profondeur au cœur de la doctrine russe

A/ Les théories du contournement de la lutte armée

Dans la pensée russe, les réflexions sur la profondeur remontent aux stratèges soviétiques[42]. Ces derniers constatent en effet le blocage de la ligne de front et l’absence de bataille décisive. Ils mettent, au contraire, en avant la nécessité de se préparer à une guerre d’attrition : « la guerre gagne ainsi une profondeur logistique, géographique, industrielle, sociale et politique plus large que les batailles ponctuelles des siècles passés »[43]. L’objectif est alors de contraindre l’adversaire vers un point de rupture pour obtenir des résultats opératifs.

La profondeur devient alors essentielle dans la culture stratégique russe[44]. L’attaque dans la profondeur a alors pour ambition de bouleverser l’ensemble de l’infrastructure adverse, ce qui doit se traduire, in fine, par des gains opératifs importants.

La plupart des vecteurs russes de longue portée sont développés durant les années 1990 et 2000. Les programmes amalgament également les engins destinés à la dissuasion nucléaire et ceux destinées à des armes conventionnelles afin de maintenir une ambiguïté stratégique : un observateur extérieur ne peut alors pas savoir si un missile déployé contient une charge atomique ou conventionnelle[45].

L’organisation des forces armées russe échelonne également leurs forces en fonction de leur profondeur d’action et de leurs objectifs à atteindre[46]. L’échelon stratégique a, doctrinalement, la charge de la dissuasion, tandis que l’échelon opérationnel est missionné pour atteindre la supériorité des feux et cibler les sites névralgiques ennemis. À l’échelon tactique, enfin, il s’agit de détruire les capacités de combat adverses.

La division des tâches, purement doctrinale, ne se reflète cependant pas dans l’équipement utilisé. Il a ainsi été observé que des armes traditionnellement considérées comme « stratégiques » par leur portée, soient utilisées par l’échelon tactique à des fins de contre-force. Par exemple, en mars 2024, c’est un missile Iskander qui est utilisé par les forces armées russes pour détruire des systèmes Patriots[47].

un missile Iskander russe en 2016 – Vitaly V. Kuzmin – Wikipedia Commons – CC BY-SA 4.0

Si la doctrine russe fait déjà la part belle aux frappes dans la profondeur, elle accorde également une place toute particulière aux actions non-cinétiques. En multi-domaine, trois grandes actions dans la profondeur se dessinent : les frappes en profondeur, le déploiement de troupes de contact en grande profondeur (parachutistes et troupes d’assaut héliportés) et les actions irrégulières[48].

Dès les années 1990, l’action indirecte commence à apparaître dans les documents théoriques russes. Elle est alors théorisée comme un outil possible pour priver l’ennemi de ses moyens de combattre sans nécessité d’actions militaires traditionnelles au contact[49]. Les frappes chirurgicales, la suppression électromagnétique (brouillage) et la lutte informationnelle forment un ensemble pour la guerre du futur qui se joue à distance. La Doctrine Militaire, publiée en 2000, assume pleinement cette continuité qui doit servir à paralyser, voir décapiter, l’ennemi sans engager de combats traditionnels.

À partir de la moitié des années 2000, une tendance générale se dessine au sein des textes doctrinaux qui affirment de plus en plus que les guerres modernes seront gagnées par des moyens non-militaires[50]. La guerre informationnelle gagne alors un nouveau souffle et s’érige comme un concept à part entière, éloigné de sa militarité, durant les années 2010[51].

Le foisonnement intellectuel russe sur ces questions est alors particulièrement imprégné des réflexions sur les printemps arabes et sur les révolutions dites « de couleurs »[52]. Ces événements ont révélé l’importance des réseaux sociaux et sont rapidement analysés, par les stratèges russes, comme des conséquences d’ « ingérences occidentales ». Cette période est cruciale dans le développement de la pensée russe sur la question de l’influence et de la guerre informationnelle : d’une part, elle admet que ces outils existent et sont efficaces ; d’autre part, elle s’ancre dans le narratif selon lequel l’Occident mène des actions d’influence dans son Etranger Proche[53] et qui justifie, dès lors, que la Russie investisse ce champ.

En 2014, la Doctrine Militaire évoque « l’utilisation des technologies d’information et de communication à des fins politico-militaires ». L’année suivante, la Stratégie de Sécurité Nationale insiste sur l’impact psychologique pour atteindre des objectifs politiques via la manipulation de la conscience collective et la falsification de l’Histoire. En 2016, la Doctrine de Sécurité Informationnelle est éditée et souligne l’importance de « l’impact psychologique-informationnel » pour déstabiliser la politique intérieure, saper la souveraineté des Etats et violer l’intégrité territoriale[54].

Des soldats sans insignes devant l’aéroport de Simferopol (Crimée) en 2014. Le Kremlin démentait toute implication dans l’opération, mais finit par reconnaître son intervention. – Elizabeth Arrott – Voice of America – 2014

B/ Censées être appliquées en Ukraine

a/ D’abord de manière irrégulière

Le chercheur Dimitri Minic distingue quatre séquences de contournement de la lutte armée en Ukraine[55]. De 2004 à 2014, des pressions non-militaires sont exercées. De 2014 à 2021, un palier est franchi tandis que la Russie pratique une guerre hybride en Crimée et dans le Donbass. Durant les années 2021-2022, un processus de dissuasion stratégique est mis en place pour obtenir des concessions et dissuader une potentielle aide occidentale. Enfin, le 24 février 2022, les plans initiaux d’invasions prévoient une stratégie de contournement de la lutte armée au sein d’une opération militaire spéciale[56].

Les hostilités en Crimée et dans le Donbass (2014-2021) furent un âge d’or du « contournement de la lutte armée » alors jugé très efficace pour obtenir des gains politiques solidifiés par les accords de Minsk (2015)[57]. L’entièreté de l’éventail des actions irrégulières avait alors été déployée : actions informationnelles, pressions économiques, actions diplomatiques, subversion, cyberattaques, utilisation de forces irrégulières, appui militaire dissimulé, etc.

L’opération en Crimée témoigne d’une fine synchronisation entre les moyens militaires de faible intensité et les vecteurs numériques-informationnels[58]. En parallèle des mouvements de troupes, des cyberattaques sont observées : les téléphones des députés ukrainiens sont paralysés au moment d’un vote crucial compte tenu de la situation et un câble de télécommunication est sectionné pour isoler la péninsule du reste du continent. En parallèle, un brouillage est opéré par des bâtiments russes stationnés en mer Noire. Cette action efficace contre les réseaux de communication ukrainiens permet à l’opération russe d’atteindre ses objectifs en une quinzaine de jours.

L’utilisation de la guerre électronique et cyber est également observé lors des premières opérations dans le Donbass[59]. La Russie inaugure alors le ciblage d’infrastructures critiques au travers d’actions non-cinétiques. En décembre 2015, le virus Sandworm[60] (du groupe APT 44[61])provoque une coupure de courant qui affecte 230 000 personnes. Deux ans plus tard, NotPetya[62] paralyse à son tour les secteurs bancaires, énergétiques et gouvernementaux avec des cyberattaques.

A travers ces campagnes, la Russie accélère une tendance jusque-là embryonnaire dans les doctrines d’usage de la force cyber : elle passe en effet du cyber-espionnage au cyber-sabotage, avec une recherche assumée de produire des effets physiques sur son environnement. Les exemples énumérés tendent à montrer que les cinq cercles de la théorie de John Warden (mentionnés plus haut) peuvent être ciblés au travers d’actions non-cinétiques : les théories des frappes en profondeur peuvent s’appliquer aux actions hybrides.

Pourtant, l’Ukraine n’a pas basculé dans le giron d’influence russe malgré les efforts déployés : si le contournement de la lutte armée s’avère efficace, il n’est pas encore décisif.

Néanmoins, les actions irrégulières et non-cinétiques ne disparaissent pas du champ de bataille au lendemain du 24 février 2022. Au contraire, elles s’intègrent parfaitement au cœur d’une stratégie hybride compatible avec la haute intensité. L’attaque Ka-Sat, qui combine guerre électronique et cyberattaques afin de paralyser la chaîne de commandement ukrainienne, en est une parfaite illustration[63]. Le ciblage du C2 n’est, en soi, pas nouveau, mais l’utilisation de moyens non-cinétiques à cette fin est inédite. Cette attaque visait spécifiquement des appareils civils peu résilients (les modem VSAT) mais utilisés par l’armée ukrainienne pour ses communications.

Le fonctionnement du système KaSat et une modélisation de l’attaque – droits cédés par Eva LE GARGASSON à titre gracieux- Sciences Po Lille – 2025

Toutes ces actions n’ont pas permis de faire capituler rapidement l’Ukraine[64]. L’incursion des forces russes, qui s’attendaient très probablement à une défense paralysée voire inexistante à la suite d’un effondrement, se heurte à la résistance de Kiev. L’opération militaire spéciale se transforme en guerre de haute intensité et force Moscou à déployer davantage de troupes et à recourir à des bombardements massifs. En ce sens, la transformation de la guerre hybride en opération militaire spéciale puis en guerre de haute intensité marque l’échec du contournement de la lutte armée[65].

b/ Puis au contact de la haute intensité

Dès le début du conflit, les forces russes mènent des actions dans la profondeur[66]. Ainsi, des troupes aéroportées, les VDV, sont envoyés à Kiev par hélicoptères et parviennent à sécuriser, pour un temps seulement, l’aéroport d’Hostomel. L’opération doit permettre de décapiter le régime ukrainien mais se heurte à la défense ukrainienne : la haute intensité ne permet plus de faire voler des hélicoptères à cause de la saturation des défenses anti-aériennes. L’échec de cette opération est ainsi imputable à une surestimation de l’efficacité de la lutte indirecte (tant les frappes précédentes contre les défenses anti-aériennes que la guerre hybride menée depuis des années)[67].

Les actions russes dans la profondeur se limitent, dès lors, à l’utilisation de frappes via des missiles et des drones. Plusieurs phases de cette stratégie se dessinent au fur et à mesure que la guerre se prolonge[68]. De février à avril 2022, les forces armées russes ciblent prioritairement les aéroports et les défenses anti-aériennes ukrainiennes. Cette première phase constitue une application typique de la doctrine, évoquée plus haut, visant à s’assurer la supériorité aérienne en amont et en soutien des opérations. D’avril à septembre 2022, ce sont les cibles logistiques, telles que les infrastructures de transport, qui sont privilégiées. Enfin, depuis septembre 2022, le ciblage russe se concentre davantage sur les infrastructures civiles, notamment énergétiques. Pour reprendre la typologie développée par Fabian Hoffman (voir le tableau plus haut), les frappes en profondeur russes passent d’une logique de contre-force à une logique de contre-population en passant par une phase d’interdiction stratégique.

Il apparaît que la première phase de ciblage, visant à acquérir la supériorité aérienne, fut un échec[69]. Malgré les quelque 160 frappes de « haute précision » durant les 48 premières heures, la défense anti-aérienne ukrainienne était encore active et efficace, même au bout de 2 semaines. Si la suppression des défenses statiques (des appareils ancrés dans le sol) a été relativement efficace, les défenses mobiles ukrainiennes, quant à elles, furent éparpillées à temps pour éviter leur destruction et ne connurent que des pertes limitées. Cet échec est imputable aux difficultés des forces armées russes à avoir une boucle renseignement-feu rapide et efficace au début de l’invasion[70]. Le renseignement ukrainien estimait en ce sens que la Russie avait besoin de 48 heures entre la détection d’une cible et sa destruction, à cause du manque de moyens et d’une structure de commandement alors trop rigide.

Tandis que les forces armées russes comprenaient qu’elles devaient faire face à un conflit enlisé, elles modifiaient le ciblage de leurs frappes pour se concentrer sur les nœuds logistiques, économiques et pétroliers[71]. Cette seconde phase parvient sûrement à atteindre ses objectifs. Ainsi, l’été 2022 est marqué par une pénurie d’essence du côté ukrainien. Pourtant, ces succès peinent à matérialiser un résultat stratégique plus global : les frappes en profondeur n’ont plus rien de décisif et commencent à entrer dans une logique de grignotage de plus long terme.

Cette logique de long terme se matérialise enfin dans l’adoption d’une stratégie de contre-population. A partir de l’automne 2022, le ciblage russe se concentre de plus en plus sur le réseau électrique[72]. En quelques semaines, un tiers des centrales électriques ukrainiennes sont touchées par des frappes. Cette nouvelle stratégie est grandement permise par l’arrivée des drones Shahed[73] et Geran[74] en octobre 2022[75]. Ces appareils, peu chers à produire, permettent de saturer les défenses ukrainiennes, ce qui limite le taux d’interception.

À l’heure actuelle, il est difficile d’estimer la réussite de cette dernière phase de ciblage (toujours en cours) : l’impact d’une stratégie de long terme est plus diffus qu’une stratégie qui se veut décisive. Quelques données nous permettent cependant d’estimer la résilience ukrainienne[76]. Premièrement, le réseau énergétique est extrêmement dense : 30 distributeurs, 141 stations de transformateurs, 4 centrales nucléaires, une dizaine de centrales hydroélectriques et une douzaine de centrales thermiques forment un maillage complexe et résilient. Deuxièmement, l’efficacité des interceptions ukrainiennes s’est rapidement améliorée : passant de 20-30 % en mars 2022 à 50-60 % en juin. Il est ainsi compliqué pour les forces russes d’impacter concrètement le réseau énergétique.

c/ mais qui se heurte aux contre-mesures ukrainiennes

Le système A2/AD[77] ukrainien s’est montré particulièrement résilient et s’articule sur l’intégralité du spectre[78]. D’abord, des vecteurs sol-air (S300, Patriots) sont d’abord déployés pour intercepter les missiles les plus complexes. Ensuite, une gamme de canons anti-aériens, plus ou moins modernes, forment une ligne parallèle pour intercepter les drones. En parallèle, l’Ukraine a également développé des drones d’interceptions peu coûteux, comme le Sting, pour parfaire son système de défense. Grâce à ce système, l’Ukraine parvient à intercepter les frappes en profondeur russes en optimisant ses coûts, réservant ses intercepteurs de plus haute précision à des cibles à plus haute valeur. Le système est, en effet, coordonné par un mécanisme de gestion des feux. La défense anti-aérienne ukrainienne s’est également réorganisée pour accroître sa résilience[79]. Le commandement s’est rapidement décentralisé avec des états-majors locaux et des stations d’écoutes afin d’améliorer la détection des menaces en approche. C’est également l’efficacité de cette bulle A2/AD qui empêche la Russie d’utiliser ses hélicoptères de combat pour des opérations en profondeur, celle-ci forçant les unités aéromobiles à des rôles de simples fantassins.

De part et d’autre de la ligne de front, le brouillage constitue une ligne de défense efficace face aux frappes dans la profondeur. De fait, un véritable mur de guerre électronique accompagne les défenses anti-aériennes[80]. Les belligérants ont ainsi recours à de la saturation et à des corridors de feu pour percer cet obstacle électromagnétique. Les frappes dans la profondeur sont ainsi appuyées par un emploi diversifié et coordonné de plusieurs vagues de munitions [81]. Des vecteurs de plus courte portée, comme des drones commandés par fibre optique résistant au brouillage, sont ainsi utilisés pour détruire les dispositifs de guerre électronique ou saturer les défenses. Une fois le mur percé, les vecteurs de plus longue portée peuvent évoluer dans la grande profondeur qui est bien moins protégée.

L’Ukraine est ainsi parvenue à frapper les infrastructures pétrolières russes, atteignant ainsi directement l’effort de guerre et l’économie russe par des moyens cinétiques (plutôt que par des sanctions que la Russie parvenait à contourner)[82]. Si ces frappes ont été continues depuis 2022, frappant alors davantage les sites de stockage, le ciblage des raffineries a connu un important essor en 2024 et en 2025[83]. L’impact sur l’économie russe a été mesuré : si les exportations de pétrole brut sont restées relativement stables, l’exportation de production raffinée, elle, a chuté.

Conclusion : profondeur et hybridité, les deux faces d’une même pièce

Le conflit en Ukraine illustre la nécessité de s’attaquer au dispositif ennemi par-delà la ligne de front. Dans cette guerre « à distance », les moyens cinétiques et non-cinétiques sont utilisés pour atteindre les structures adverses.

Ces deux outils fonctionnent en synergie des deux côtés de la ligne de front. L’entreprise Microsoft a ainsi mis en évidence une intensification de l’emploi de capacités cybernétiques en parallèle immédiat d’actions militaires conventionnelles[84]. Par exemple, en mars 2022, les infrastructures gouvernementales de la ville de Vinnytsia sont ciblées par une attaque cyber quelques jours seulement avant le bombardement de l’aéroport. A Dnipro, un schéma similaire est observé quand des bâtiments gouvernementaux sont paralysés par une cyberattaque avant d’être bombardés. Autre cas marquant : l’attaque Industroyer 2.0, menée par le groupe APT44, réputé proche du renseignement militaire russe. Cette attaque cible des installations énergétiques proches de la ligne de front et affecte directement l’état physique du réseau électrique en parallèle des bombardements sur ces mêmes infrastructures.

Les cyberattaques sont effectués en parallèles d’actions militaires – Romain Devaux – La Revue d’Histoire Militaire – sur la base des travaux de Microsoft (2022) – 2026

Les actions irrégulières et non-cinétiques sont ainsi utilisées comme « une sorte d’artillerie plus invisible, capable de frapper des fonctions, des systèmes, et non plus seulement des unités »[85]. La frappe en profondeur et l’action irrégulière sont ainsi deux outils concourant aux mêmes objectifs opérationnels et stratégiques.

Ces deux outils partagent d’ailleurs une théorisation commune et les différents stratèges leur prêtaient une efficacité redoutable, à même de gagner la guerre sans même expérimenter de combat au contact. Pourtant, l’enlisement de la guerre en Ukraine montre bien que ces outils ne suffisent pas à renverser, à court terme, la situation sur le champ de bataille. Harry Halem mettait d’ailleurs déjà en évidence que la frappe en profondeur ne pouvait pas viser une paralysie totale de l’adversaire (même si cela était idéal) mais plutôt chercher à augmenter les coûts de ses actions dans une logique d’attrition[86]. Si on parle parfois de « grignotage » pour parler de l’avancée lente, mais méthodique, des forces russes au niveau tactique, une définition similaire pourrait s’appliquer au niveau opérationnel pour rapprocher l’hybridité et la frappe en profondeur d’une logique de sape visant à fragiliser les fondements d’un effort de guerre.

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Bibliographie

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[1] BOULANGER Philippe, Ukraine : géostratégie d’une guerre moderne, Malakoff, Armand Colin, 2025, 215 p., p. 88

[2] Les dents de dragons sont des obstacles en béton destinés à entraver la progression des engins motorisés (chars d’assaut, véhicules blindés, etc.)

[3] Cet état de fait est à nuancer au regard d’éléments plus récents : en avril 2026, il a été rapporté que cette avancée, lente, avait été arrêtée. Les forces russes semblent, plus globalement, avoir perdu du terrain sur cette même période.

[4] FAYET Héloïse & PÉRIA-PEIGNÉ Léo, « La frappe dans la profondeur : un nouvel outil pour la compétition stratégique ? », dans Focus stratégique, n°121, Paris, IFRI, 2024, 78 p., p. 4, [en ligne] https://www.ifri.org/fr/etudes/la-frappe-dans-la-profondeur-un-nouvel-outil-pour-la-competition-strategique (dernière consultation le 22/08/2025)

[5] Un missile balistique est un type de missile qui adopte une trajectoire en ellipse, utilisant la gravité terrestre et l’espace extra-atmosphérique pour atteindre des cibles parfois très lointaines. Les missiles russes Orechnik et Iskander font partie de cette catégorie

[6] Un missile de croisière, quant à lui, évolue dans l’atmosphère et se déplace en ligne droite grâce à son réacteur. Il peut être lancé depuis le sol, les airs, ou la mer. Sa portée effective est bien plus courte qu’un missile balistique, mais la trajectoire qu’il emprunte le rend plus difficile à intercepter. Les missiles russes KH-55 et Kalibr font partie de cette catégorie.

[7] Contrairement à des drones classiques, les munitions téléopérées (ou « munition rôdeuses ») sont conçues pour des missions à usage unique. Le langage courant les qualifie ainsi de drones kamikazes. Les drones Geran russe et les Shahed iraniens font partie de cette catégorie.

[8] FAYET Héloïse & PÉRIA-PEIGNÉ Léo, op. cit., p. 4

[9] Ibid., p. 16

[10] HOFFMANN Fabian, « The strategic-level effects of long-range strike weapons: a framework for analysis », dans Journal of Strategic Studies, vol. 47, n° 6-7, Oxfordshire, Routledge, 2024, 1079 p., pp. 974-1000, p. 964, [en ligne] https://doi.org/10.1080/01402390.2024.2351500 (dernière consultation le 01/09/2025)

[11] Une action est dite « cinétique » dès lors qu’elle occasionne des dégâts matériels et humains concrets. Par extension, une action « non cinétique » se définit par l’absence de dégâts observables malgré des effets très réels (informationnel, psychologique, politique, économique, etc.). Les actions non-cinétiques sont souvent regroupés sous le parapluie des actions « irrégulières » ou « hybrides ».

[12] SPET Stéphane, « Frappe dans la profondeur terrestre : quel rôle dans les opérations futures françaises ? », dans Revue Défense Nationale, n°HS 13, Paris, Comité d’études de Défense Nationale, 2023, 408 p., pp. 257-271, p. 260, [en ligne] https://doi.org/10.3917/rdna.hs13.0257 (dernière consultation le 29/08/2025)

[13] Le concept M2MC est parfois qualifié (en référence au concept outre-Atlantique) de conflictualité multi-domaine. Il désigne la capacité à mener la guerre dans les milieux (terre, mer, air, espace, cyber) ainsi que dans les champs électromagnétique et informationnel.

[14] MINIC Dimitri, Pensée et culture stratégiques russes : du contournement de la lutte armée à la guerre en Ukraine, Paris, Editions de la Maison des sciences et de l’homme, 2023, 632 p., p. 19

[15] WILLIAMS Ian, Putin’s Missile War: Russia’s strike campaign in Ukraine, Washington DC, Center for Strategic & International Studies, 2023, 68 p., p. 3, [en ligne] https://www.csis.org/analysis/putins-missile-war (dernière consultation le 25/08/2025)

[16] Les opérations Desert Shield et Desert Storm permettent à la coalition internationale de repousser les forces irakiennes durant la Guerre du Golfe. La première opération constitue spécifiquement un volet aérien en amont de l’avancée terrestre

[17] HOCHEVAR Albert (et al.), « Deep strike : the evolving face of war », dans Joint Force Quaterly, n° 9, Washington DC, National Defence University, 1995, 137 p., pp. 81-85, p. 81, [en ligne] https://digitalcommons.ndu.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1105&context=jfq-full-issue (dernière consultation le 30/01/2026)

[18] Ibid., p. 83

[19] FAYET Héloïse & PÉRIA-PEIGNÉ Léo, op. cit., p. 13

[20] Ibid., p. 14

[21] Les francophones parlent parfois de « boucles renseignement-feu ».

[22] HALEM Harry, « Ukraine’s lessons for future combat: unmanned aerial systems and deep strikes », dans The US Army War College Quaterly : Parameters, vol. 53, n° 4, Carlisle, US Army War College Press, 164 p., pp. 19-32, p. 22, [en ligne] https://press.armywarcollege.edu/parameters/vol53/iss4/4/ (dernière consultation le 22/12/2025)

[23] SPET Stéphane, op. cit., p. 263

[24] FAYET Héloïse & PÉRIA-PEIGNÉ Léo, op. cit., p. 14

[25] SPET Stéphane, op. cit., p. 257

[26] FAYET Héloïse & PÉRIA-PEIGNÉ Léo, op. cit., p. 10

[27] HOCHEVAR Albert (et al.), op. cit., p. 84

[28] La destruction de ces éléments constitue une mission à part dans les frappes en profondeur : le JSEAD (Joint Suppression of Enemy Air Defense)

[29] On parle alors d’infrastructures duales car leur utilisation sert à la fois les forces armées et la population civile.

[30] HOFFMANN Fabian, op. cit., p. 965

[31] Ibid., p. 971

[32] Idem.

[33] John Warden est un colonel de l’US Air Force. Sa théorie des cinq cercles considère qu’un adversaire est constitué de différents centres de gravité. C’est la destruction de chacun de ces centres (organisés en cercles concentriques) qui permet d’affaiblir l’adversaire.

[34] Ibid., p. 973

[35] Idem.

[36] Le ciblage de la population civile a, en effet, plutôt tendance à renforcer moralement cette dernière, par exemple en réveillant le sentiment patriotique.

[37] Ibid., p. 974

[38] La base industrielle et technologique de défense (BITD) regroupe l’ensemble des entreprises de défense qui contribuent à concevoir et à produire les équipements pour les armées. Le concept est plus large qu’il n’y paraît car l’industrie de défense est un écosystème bien plus large que la simple fabrication d’armes : matière première, logiciels, pièces intermédiaires etc.

[39] Ibid., p. 975

[40] Ibid., p. 976

[41] BOULANGER Philippe, op. cit., p. 18-19

[42] FAYET Héloïse & PÉRIA-PEIGNÉ Léo, op. cit., p. 17

[43] Idem.

[44] Ibid., p. 41

[45] À titre de comparaison, la France a décidé de suivre un modèle de développement opposé : sa dissuasion conventionnelle et sa dissuasion nucléaire reposent sur des vecteurs différents afin de clarifier ses intentions.

[46] BOULANGER Philippe, op. cit., p. 36

[47] Ibid., p.43

[48] BOULANGER Philippe, op. cit., p. 54

[49] MINIC Dimitri, op. cit., p. 66

[50] Ibid. p. 46

[51] Ibid., p. 48

[52] Les révolutions de couleurs désignent des mouvements de contestations apparu dans d’anciens pays du bloc soviétiques au début des années 2000 : Serbie en 2000, Géorgie en 2003, Ukraine en 2004 (puis 2014 avec Euromaïdan) et Kirghizistan en 2005.

[53] L’Etranger Proche est une expression désignant la zone d’influence traditionnelle de la Russie, cette zone recouvre les anciennes républiques socialistes. Cette zone est souvent sanctuarisée et est considérée comme un jardin privé par le Kremlin qui voit comme une menace le développement de l’influence occidentale dans la région (comme l’entrée des Etats Baltes dans l’OTAN et l’UE en 2004).

[54] Idem.

[55] Ibid., p. 337

[56] Le terme « Opération Militaire Spéciale » (abrégé SVO en russe) interpelle sur le fait que l’outil militaire devait, à la base, ne pas être central pour obtenir des gains en Ukraine.

[57] Ibid., p. 338

[58] LE GARGASSON Eva, La Guerre électronique à l’ère du cyber : effacée des radars mais toujours en onde ? Etude de l’articulation de deux armes invisibles dans la guerre moderne, Lille, Sciences Po Lille, 117 p., p. 78, [en ligne] https://pepite.univ-lille.fr/ori-oai-search/notice/view/univ-lille-47515 (dernière consultation le 09/04/2026)

[59] Ibid., p. 79

[60] Sandworm est un logiciel malveillant affectant les ordinateurs sous Windows. Le terme désigne également le groupe de hacker l’ayant utilisé car c’est souvent le mode opératoire qui permet l’attribution de cyberattaques.

[61] APT 44, réputé proche du GRU (renseignement militaire russe) est un groupe de hacker d’origine russe.

[62] NotPetya est un logiciel malveillant détruisant et cryptant les données

[63] LE GARGASSON Eva, op. cit., p. 82

[64] MINIC Dimitri, op. cit., p. 361

[65] Ibid., p. 343

[66] Ibid., p. 360

[67] Ibid., p. 364

[68] WILLIAMS Ian, op. cit., p. 5

[69] Ibid., p. 5-6

[70] Ibid., p. 17

[71] Ibid., p. 6-7

[72] Ibid., p. 11

[73] Les Shahed 136 est une munition téléopérée (« drone suicide ») d’origine iranienne. Son coût unitaire de fabrication très faible (environ 20 000 $) le rend très facile à produire et à utiliser en masse.

[74] Les drones Geran sont l’équivalent russe, avec quelques améliorations, des drones Shahed.

[75] BOULANGER Philippe, op. cit., p. 149

[76] Ibid., p. 148

[77] Air Defense / Area Denial : l’expression désigne les systèmes de défense sol-air

[78] WILLIAMS Ian, op. cit., p. 22

[79] BOULANGER Philippe, op. cit., p. 150

[80] HALEM Harry, op. cit., p. 26-27

[81] DELPORTE Sébastien, « Enseignements stratégiques du domaine Air & Espace des derniers conflits », dans Revue Défense Nationale, n° HS17, Paris, Comité d’études de défense nationale, 192 p., pp. 35-39, p. 36, [en ligne] https://doi.org/10.3917/rdna.hs17.0036 (dernière consultation le 17/12/2025)

[82] COLLINS Gabriel, « Quantifying Ukraine’s strikes on Russian Energy Infrastructure », dans Rice University’s Baker Institute for Public Policy, [en ligne] https://www.bakerinstitute.org/research/quantifying-ukraines-strikes-russian-energy-infrastructure (dernière consultation le 30/04/2026)

[83] Idem.

[84] LE GARGASSON Eva, op. cit., p. 87

[85] Ibid., p. 90

[86] HALEM Harry, op. cit., p. 28

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