Introduction
Dans le courant de l’année 2024, la République de Pologne dépasse officiellement la France en nombre de soldats dans ses forces terrestres : 202 000 contre 200 000[1]. Elle peut dès lors prétendre au titre de « première armée d’Europe », même si le leadership français passe par d’autres chemins (expertise, capacité de projection, place dans les institutions, etc.).
La Pologne émerge ainsi comme un nouvel acteur de poids à l’est de l’Europe et a initié une réflexion pour redéfinir son rôle dans la région. Nous aborderons donc les nouvelles modalités de la puissance polonaise. Cet article s’appuie notamment sur un entretien en novembre 2023 avec Witold Jan Waszczykowski, alors député européen et ancien ministre des Affaires étrangères. Nous citerons également diverses déclarations formulées par des personnalités polonaises durant le Paris Defence and Strategy Forum (13-14 mars 2024).

Les modalités d’un réarmement
Depuis son indépendance retrouvée à l’occasion de l’effondrement du bloc soviétique en 1989, la Pologne a consacré un « retour à l’Europe »[2]. Elle intègre ainsi les grandes structures euro-atlantiques que sont l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en 1999 et l’Union européenne (UE) en 2004. Si le début de la transition vers l’économie de marché avait signifié des difficultés pour l’industrie de défense nationale (avec une chute des dépenses militaires passant de 7,95 milliards de dollars en 1989 à 4,58 milliards en 1992), les dépenses de défense n’ont de cesse d’augmenter depuis cette date. En 2014, la Pologne prend l’engagement de respecter le critère otanien des 2 % du PIB consacré à la Défense : la promesse est tenue dès 2018.
Cette promesse faite est largement due à l’évolution du contexte international dans son voisinage immédiat : l’annexion de la Crimée en 2014 fait ré-émerger un consensus national sur la nécessité de renforcer la défense du pays[3]. À ce titre, la Fédération de Russie est explicitement définie comme une menace en 2017 à l’occasion de la rédaction du Concept de défense (Koncepcja Obrona Rzeczypospolitej Polskiej[4]), puis à nouveau en 2020 au sein de la Stratégie de sécurité nationale (Strategia Bezpieczenstwa Narodowego Rzeczypospolitej Polskiej[5]).
À une menace spécifique, réponds ensuite une organisation de la Défense spécifique : les forces armées polonaises sont particulièrement développées sur leur volet territorial, avec la plupart des investissements dirigés vers l’armée de Terre[6]. La Pologne met, par ailleurs, un point d’honneur à disposer de ses propres forces pour assurer sa défense et souhaite être la plus indépendante possible de ses alliés[7].
Le pays est cependant membre de l’OTAN et y demeure très attaché. Son adhésion à l’alliance permettait à la fois de remédier à un vide sécuritaire, d’intégrer une communauté de valeur, de maintenir une présence américaine en Europe et, enfin, de se protéger de la Russie[8]. Cette intégration est doublement marquée par un rapprochement avec les États-Unis au travers de l’achat de F-16 ou d’un soutien lors de l’invasion de l’Irak en 2003[9]. Il est également important de souligner un investissement (limité) dans les structures de sécurité et de défense de l’UE, particulièrement lors des gouvernements libéraux (Donald Tusk, puis Ewa Kopacz) de 2007 à 2015[10].
Suivant les recommandations de l’OTAN, la Pologne a modernisé son armée depuis une dizaine d’année[11]. Motivé par le tournant stratégique de 2014, le pays investit massivement dans des blindés, de l’artillerie, mais aussi dans des technologies de pointe et dans des capacités cyber. De 2013 à 2022, différents programmes consacrent l’achat de matériel interopérable avec l’OTAN (Harpia pour l’achat de F-16, Narew pour de la défense anti-aérienne ou encore Kruk pour l’acquisition d’hélicoptères de combat)[12]. La priorité est alors donnée pour les équipements couvrant le flanc oriental du pays. C’est également en 2013 qu’est créé le Polska Grupa Zbrojeniowa (PGZ) (« Groupement polonais d’armement »), un conglomérat d’industriel dirigeant la Base industrielle et technologique de défense (BITD) polonaise[13]. Ce groupe n’est, certes, pas très puissant en comparaison d’autres BITD européennes (seulement 76e entreprise mondiale de défense), mais il permet à la Pologne de satisfaire ses besoins nationaux.
L’invasion de l’Ukraine en 2022, si elle est effectivement un bouleversement stratégique, arrive donc dans un contexte de réindustrialisation et de réarmement déjà bien initié[14]. Profitant de son inertie, la Pologne va approfondir ses initiatives. L’objectif affiché pour les dépenses de défense arrive aux 3 % du PIB pour 2023 et même jusque 4 %. C’est d’ailleurs à l’occasion du Paris Defense and Strategy Forum (PDSF) qu’Aleksandra Wisniewska, députée polonaise de la majorité parlementaire, déclare : « Les 2 % sont un seuil, pas un plafond. La Pologne s’engage en ce sens : plus de 4 % du PIB est consacré à la défense […]. Nous sommes prêts à initier une réflexion sur notre rôle de garant de la sécurité en Europe centrale et orientale »[15].

Cette augmentation des dépenses passe essentiellement par la signature de contrats d’armement[16], mais la plupart d’entre eux sont des acquisitions extra-européennes[17] auprès des États-Unis (59 %) ou de la Corée du Sud (18 %), le reste étant couvert par l’industrie nationale. Ce choix de partenaire répondait surtout à une logique d’urgence, avec des achats « sur étagère » (ou « buy where you can buy it ») permettant d’acquérir une grande quantité d’équipement en un temps relativement court.
L’acquisition de matériel américain, en plus de l’urgence, permet également d’acheter des gages supplémentaires pour maintenir la garantie de sécurité des États-Unis sur l’Europe[18]. Chaque achat garantit, de fait, une coopération de long terme entre les deux parties, par exemple sur les questions d’entretien ou de formation. La Pologne fait d’une pierre deux coups pour assurer sa sécurité : non seulement elle modernise son armée, mais en plus elle s’assure de bonnes relations avec les États-Unis. Les deux combinés forment une stratégie complète pour se défendre et/ou dissuader la Russie.
Ces liens étroits avec les États-Unis vont au-delà de simples contrats pour des chars Abrams ou des pièces d’artillerie Himars[19]. Par exemple, le site Aegis Ashore, qui sert à la défense antimissile de la Pologne, est une base américaine. De la même manière, un poste de commandement avancé permanent de l’US Army V à Poznan garantit une forte présence américaine dans le pays : une présence qui s’accroît en 2023 avec la création d’une garnison permanente (USAG-P)[20]. Le cas polonais est assez révélateur d’une autre scission en Europe par rapport au retrait américain : si les Américains multipliaient effectivement les signes de désintérêt vis-à-vis des pays de l’Europe occidentale sous l’ère Trump, les partenariats avec l’Europe centrale, eux, se développaient de manière importante.
Un autre partenaire important pour la Pologne est la Corée du Sud[21]. Le ministre de la Défense résumait un tel choix par trois facteurs : « l’efficacité des équipements, le rythme des livraisons et les bénéfices pour l’industrie »[22]. Cette dernière notion est très importante. En effet, la Pologne adopte une stratégie de « polonisation » lors de ces contrats passés. En clair, ses appels d’offres mentionnent la nécessité de faire participer l’industrie polonaise (avec des compensations) et prévoient des transferts de technologie. Par exemple, sur le millier de char K2 commandés auprès de la Corée, 180 seraient livrés « sur étagère », 320 seraient fabriqués en Corée et 500 le seraient sur le territoire national. Ces mêmes accords prévoient également de faire de la Pologne un important hub logistique pour exporter le matériel coréen vers d’autres pays d’Europe centrale (qui seraient les plus à même de commander un matériel moins cher et surtout interopérable avec la Pologne).
Lors de notre entretien, M. Waszczykowski résumait : « Nous essayons de moderniser nos forces armées avec des armes nouvelles. La plupart viennent des États-Unis ou de Corée du Sud car leurs offres sont bien meilleures : il n’y a pas d’autres alternatives. […] Premièrement, nous achetons les meilleurs équipements du marché. Deuxièmement, d’un point de vue économique, ils proposent les meilleurs accords […] avec des plans de financement. […]. Enfin, un autre point crucial, la vitesse de livraison : les armes qui ont été commandées sont déjà acheminées vers la Pologne »[23].
Il reste maintenant à déterminer si cette stratégie polonaise de réarmement est tenable[24]. Si elle a effectivement commandé près de 500 Himars[25], la Pologne n’a pas encore le nombre de soldats nécessaire pour tous les opérer, même si une hausse des effectifs est programmée. De plus, la diversité des acquisitions risque de poser des problèmes d’interopérabilité interne entre les chars K2 coréens, les Abrams américains ou les Léopards allemands. Cette stratégie d’achat sur étagère a également été pensée « à la hâte » pour pallier les problèmes de la BITD polonaise[26] et peut se faire au détriment de cette dernière. Elle souffrait d’ailleurs déjà d’un manque important d’investissement en Recherche & Développement (l’opposition critiquait déjà une mauvaise gestion des faiblesses identifiées par le gouvernement du PIS[27]).
Un leadership régional à l’est
La peur polonaise de la Russie, ancrée dans son histoire et dans sa culture stratégique, a motivé le pays à maintenir une armée conséquente tandis que le reste du continent se désarmait. Le décalage est tel qu’un officiel de l’US Army déclarait que la Pologne était devenue le partenaire le plus important des États-Unis sur le Vieux Continent[28]. Si on devait la comparer à l’Allemagne, la différence est très nette en faveur de la Pologne qui dispose de plus de matériels et de plus d’homme, en plus d’une culture nationale clairement favorable à ses forces armées[29].
Par sa géographie même, la Pologne est l’un des pays otanien et européen le plus concerné par la menace russe[30]. Le pays a plusieurs fois souffert des attaques hybrides provenant de son flanc oriental, notamment au travers des vagues d’immigration instrumentalisées par la Biélorussie. Il est également frontalier de l’Ukraine et est, de ce fait, devenu une plateforme logistique cruciale pour acheminer l’aide militaire et humanitaire occidentale.
Le soutien à l’Ukraine fait ainsi partie des priorités stratégiques les plus importantes pour la Pologne, qui s’illustre en étant son soutien le plus important[31]. Ce soutien, qui relèverait presque de la logique de proxy[32], est d’une importance vitale si la Pologne souhaite maintenir la Russie loin de ses propres frontières[33]. L’envoi de char, de véhicule blindés, d’hélicoptères et même d’avions de chasse participe d’ailleurs à la construction d’un « capital social » insistant sur le narratif d’une solidarité polonaise[34] s’étendant à toute l’Europe orientale (notamment en jouant sur les liens passés et sur une histoire commune). En 2008, le président Lech Kaczynski déclarait en ce sens : « Aujourd’hui la Géorgie, demain l’Ukraine, après-demain les pays baltes et peut-être qu’il sera temps pour mon pays : la Pologne »[35].

L’orientation euro-atlantique de la Pologne génère des tensions avec la Russie dès 1993[36], mais les contestations de Moscou ne font que motiver Varsovie à accélérer son intégration. En découle alors une augmentation croissante des crises depuis les années 2000 du fait de plusieurs actions hostiles de la Russie : l’invasion de la Géorgie (2008), les exercices Zapad (2009, 2017, 2021), la qualification de l’OTAN comme menace principale et l’annexion de la Crimée (2014). La Russie s’oppose également au déploiement de missiles anti-balistique américain en Pologne par l’administration Bush (2001-2009). Plus tard, le président Obama modifie les modalités de ce déploiement pour transformer les silos statiques en silos mobiles (permettant une désescalade)[37]. En 2014, la Stratégie nationale polonaise considère que la sécurité régionale est impactée par la reconstruction de la puissance militaire russe.
La Pologne développe en ce sens une doctrine de voisinage particulière : la doctrine Giedroyc[38]. Cette dernière affirme l’abandon polonais de revendications territoriale[39] à l’est de l’Europe au profit du soutien à l’indépendance de ses voisins. Elle affirme ainsi un principe selon lequel la protection de la souveraineté de ces États assure la protection de la souveraineté polonaise. Par extension, l’espace est-européen devient un espace de lutte entre la Pologne et la Russie, ce qui se traduit, par exemple, par le soutien de la première aux révolutions de couleurs[40].
Symbole de cette forte implication à l’est, une brigade multinationale rassemblant la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine (Litpolukrbrig) a été formée et participe à la coopération de ces membres avec l’OTAN[41]. La Pologne commence déjà à se considérer comme un leader régional, c’est en tout cas ce qu’affirmait le chercheur Bartolomej Kot à l’occasion du PDSF : « Nous pensons que la Pologne devrait être un garant de sécurité dans la région [Baltique] »[42].

Un contre-modèle européen
Un point intéressant et révélateur à propos du réarmement de la Pologne est que ce dernier passe par un chemin législatif spécifique et entre en contradiction avec des directives européennes[43]. En effet, la procédure d’attribution de marchés publics est censée être régie par la loi PZP de 2019… qui n’est qu’une traduction de la directive européenne 2009/81. Ladite procédure est censée limiter l’utilisation de mécanismes de compensation (tels que ceux qui existent dans la stratégie de polonisation évoquée plus haut) car ces derniers relèvent de pratiques discriminatoire et contraire au principe de concurrence libre et non faussé. Or, ladite directive prévoit une exception à cette règle si l’État parvient à mettre en évidence un « intérêt essentiel pour sa sécurité » (article 346 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne[44]).
Dès lors, la Pologne a systématiquement mis en place une procédure pour expliciter ces derniers derrière chaque contrat d’armement (elle invoque la nécessité de se protéger de la Russie). De plus, les contrats passés de gouvernement à gouvernement ne sont pas régis par cette directive européenne, ils sont donc un format particulièrement apprécié par Varsovie.
La Pologne, sous le gouvernement du PIS, un parti eurosceptique, ne cache pas sa défiance vis-à-vis des institutions européennes. Mateusz Morawiecki, alors Premier ministre, appelait en ce sens à « réduire le nombre de domaine de compétence de l’UE »[45], marquant ainsi sa claire opposition aux projets européens de défense. À la base de cette position, se trouve également un souhait de ne pas faire de l’ombre à l’OTAN et à la relation transatlantique. En 2019, le ministre des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, déclarait en ce sens : « La soi-disant autonomie stratégique de l’Union Européenne ne peut, à notre avis, se faire qu’au détriment de l’OTAN et de l’affaiblissement des liens transatlantiques »[46].
La Pologne participe d’ailleurs très peu aux projets européens[47]. Elle ne rejoint la Coopération structurée permanente[48] qu’avec réticence en 2017 pour ne participer qu’à 13 projets (sur 68), tous axés sur la défense du flanc Est. De la même manière, au sein du Fond européen de défense (FED)[49], elle ne coordonne qu’un seul projet (sur 41) en 2023.
Cependant, le « pilier européen de l’OTAN » est largement compatible avec la vision de Varsovie[50]. L’autonomie n’est pas rejetée en bloc, tant qu’elle est perçue comme une variable d’ajustement de la relation transatlantique. La Pologne a bien conscience qu’un renforcement européen lui est favorable et concourt à la sécurisation du flanc Est. Néanmoins, le développement de la BITD européenne (BITD-E) risque de déplaire : un tel projet menacerait la diplomatie d’armement polonaise (et par extension ses liens privilégiée avec Washington) et viendrait contraindre la stratégie de polonisation (qui ne souhaite pas se priver d’opportunité extra-européenne)[51]. De plus, elle craint que la BITD-E ne se développe de manière déséquilibrée en privilégiant les fleurons européens au détriment des BITD nationales moins performantes[52].
La relation avec la France, l’Allemagne et l’UE depuis 2015 a d’ailleurs été relativement compliquée, malgré les quelques démarches de coopération (comme le triangle de Weimar[53]). Durant longtemps, Varsovie a fustigé les attitudes complaisantes des deux pays vis-à-vis de la Russie[54]. La dépendance énergétique allemande, notamment le projet Nord Stream II[55], a souvent été pointée du doigt. De la même manière, l’attitude française de « main tendue » vis-à-vis de la Russie passe également particulièrement mal : l’affaire de la vente de Mistral (2010-2014)[56] est encore très vive dans les mémoires et la visite d’Emmanuel Macron à Vladimir Poutine quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine sonne comme une fausse note[57].
Cette série d’épisodes marque, aux yeux de la Pologne, la perception de l’Europe comme un allié très peu fiable face à la menace russe, surtout en comparaison des États-Unis. Witold Waszczykowski illustre ce décalage en abordant la guerre en Ukraine : « Imaginez la situation, il y a deux ans [en 2022], quand la Russie a lancé son invasion. Les Américains ont tout de suite répondu en nous protégeant. Pendant ce temps, Scholtz et Macron ont passé des appels téléphoniques avec Poutine pour le persuader d’arrêter l’attaque »[58].
Parallèlement, la Pologne a amélioré ses relations avec d’autres États d’Europe centrale et orientale, elle va jusqu’à composer un bloc politique à part pour proposer une « Europe d’États souverains » (« Europe des nations »)[59]. Sa relation conflictuelle avec Bruxelles[60], sur fond de questionnement constitutionnel par rapport à la conformité de son système juridique aux normes européennes, la prive certes de certains fonds européen (notamment de relance post-Covid), mais la place également en fer de lance d’un contre modèle européen. Les tensions existantes sont donc au cœur d’une double dynamique qui va, à la fois, placer Varsovie en porte à faux vis-à-vis de l’Europe, mais également en faire un champion à l’est.
Cependant, les évènements politiques récents et l’élection en décembre 2023 du libéral pro-européen Donald Tusk au poste de Premier ministre pourraient changer la donne. Un réchauffement des relations avec l’UE est à prévoir, en témoigne une multiplication des rencontres du triangle de Weimar en 2024. Ces élections ont peut-être modifié quelques paramètres et ont sans doute permis à la Pologne de se débarrasser de frictions néfastes à son leadership. Néanmoins, « un revirement majeur semble improbable »[61] quant à la stratégie qui a été adopté jusque-là, tant le consensus national sur l’effort de défense est important dans ce pays.
Conclusion
La Pologne a émergé comme nouvelle puissance militaire dans l’Est du continent européen. Forte d’une politique de défense que les années n’ont pas amoindrie, son réarmement sur la période 2022-2024 ne vient que confirmer une avance prise sur ses partenaires. Multipliant les partenariats extra-européens, sa stratégie d’acquisition lui a permis de monter très rapidement en puissance, tout en consolidant son appareil industriel national. La Pologne se place ainsi en leader régional et multiplie les signaux vers ses voisins immédiats, galvanisés par la menace russe ré-émergente. Son leadership tient également à un modèle politique spécifique qui va à rebours de la Défense européenne tel qu’on l’entend traditionnellement.
Cet ultime point pourrait freiner la Pologne pour asseoir son leadership régional, mais les élections de décembre 2023 et la nomination d’un gouvernement libéral en janvier 2024 viennent faire sauter ces derniers verrous. Des partenariats avec la France et l’Allemagne (au sein du Triangle de Weimar) sont revigorés, et ont le potentiel pour former la défense européenne de demain.
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Bibliographie
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[1] GLOBAL FIREPOWER, « Comparison of France and Poland Military Strengths (2024) », dans globalfirepower.com, 2024, [en ligne] https://www.globalfirepower.com/countries-comparison-detail.php?country1=france&country2=poland (dernière consultation le 07/10/2024)
[2] SOUVERBIE Louise, « La stratégie de réarmement et de montée en puissance industrielle de la Pologne dans le contexte de la guerre en Ukraine », dans Les Notes de l’IRIS, n°18, Paris, Institut des relations internationales et de la stratégie, 2023, 26 p., p. 1, [en ligne] https://www.iris-france.org/wp-content/uploads/2023/07/18_ProgEurope_LSouverbie.pdf (dernière consultation le 16/09/2024)
[3] Ibid., p. 1
[4] MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE DE LA RÉPUBLIQUE DE POLOGNE, « Koncepcja obronna kraju », dans gov.pl, Varsovie, Kancelaria Prezesa Rady Ministrów, 2017, [en ligne] https://www.gov.pl/web/obrona-narodowa/koncepcja-obronna-krajuu (dernière consultation le 19/09/2024)
[5] BUREAU DE LA SÉCURITÉ NATIONALE DE LA RÉPUBLIQUE DE POLOGNE, « Strategia Bezpieczeństwa Narodowego rzeczypospolitej polskiej », dans bbn.gov.pl, Varsovie, Kancelaria Prezesa Rady Ministrów, 2020, [en ligne] https://www.bbn.gov.pl/ftp/dokumenty/Strategia_Bezpieczenstwa_Narodowego_RP_2020.pdf (dernière consultation le 19/09/2024)
[6] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 2
[7] ZIMA Amélie, « La Russie vue de Pologne : entre crainte, concurrence et poids de l’Histoire », dans Revue Défense Nationale, n°802, Paris, Comité d’études de défense nationale, 2017, 252 p., pp. 141-146, p. 143, [en ligne] https://shs.cairn.info/revue-defense-nationale-2017-7-page-141?lang=fr (dernière consultation le 16/09/2024)
[8] Ibid., p. 143
[9] JUBELIN Alexandre (prod.), « La Pologne, nouvelle superpuissance militaire ? », dans Le Collimateur, Paris, Binge Audio, 2023, 1h 23 min, min. 13, [en ligne] https://soundcloud.com/le-collimateur/la-pologne-nouvelle-superpuissance-militaire (dernière consultation le 16/09/2024)
[10] ZIMA Amélie, op. cit., p. 143
[11] WOJCIECHOWSKI Slawomir, « The Polish military in the Zeitenwende », dans EPIC, n°1, Strasbourg, Quartier général de l’Eurocorps, 2023, 80 p., pp. 28-32, p. 29, [en ligne] https://www.eurocorps.org/wp-content/uploads/2023/08/EPIC-ONLINE.pdf (dernière consultation le 16/09/2024)
[12] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 2
[13] Ibid., p. 3
[14] Ibid., p. 4
[15]« 2% is a floor, it’s not a ceiling. Poland is stepping up: over 4% of GDP on military spending […] We are ready to start thinking about ourselves as the security providers to the whole of Central and Eastern Europe. ». Intervention de WISNIEWSKA Aleksandra au Paris Defence and Strategy Forum en mars 2024.
[16] ALAN-LEE Nathan et JOHNSON Matthew, « L’évolution du rôle de la Pologne dans la géopolitique européenne : analyse de sa position régionale », dans Institut d’étude de géopolitique appliquée, Paris, Institut d’étude de géopolitique appliquée, 2023, 17 p., p. 5, [en ligne] https://www.institut-ega.org/l/levolution-du-role-de-la-pologne-dans-la-geopolitique-europeenne-analyse-de-sa-position-regionale/ (dernière consultation le 16/09/2024)
[17] SOUVERBIE Louise, op. cit., pp. 5-6
[18] Ibid., p. 9
[19] ROGERS Mike, « NATO’s got a new backbone », dans Foreign Policy, Washington D. C., The Washington Post Company, 2023, [en ligne] https://foreignpolicy.com/2023/05/12/ukraine-russia-nato-united-states-poland-war-military-spending-alliance/#cookie_message_anchor (dernière consultation le 16/09/2024)
[20] MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE DE LA RÉPUBLIQUE DE POLOGNE, « Increasing the US military preseince in Poland », dans gov.pl, Varsovie, Kancelaria Prezesa Rady Ministrów, 2023, [en ligne] https://www.gov.pl/web/national-defence/increasing-the-us-military-presence-in-poland (dernière consultation le 19/09/2024)
[21] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 10
[22]GRAF Jedrzej, « Polska kupi 1000 czołgów. Błaszczak: “planujemy pozyskanie dodatkowych F-35 lub F-15” [WYWIAD] » (« La Pologne achètera 1 000 chars. Błaszczak : “nous prévoyons d’acquérir des F-35 ou des F-15 supplémentaires” [Interview]»), dans Defence24, Varsovie, D24, 2022, [en ligne] https://defence24.pl/polityka-obronna/polska-kupi-1000-czolgow-blaszczak-planujemy-pozyskanie-dodatkowych-f-35-lub-f-15-wywiad (dernière consultation le 19/09/2024)
[23] « We are trying to modernize our forces with new weapons, mostly from the United States and South Korea, because they offer the best conditions: there is no other alternative. […] First, we are buying the best things on the market. Second, from the economic point of view, they offer the best deal […] with finance plans. […] A last point is timing, speed of delivery: weapons ordered from those countries are coming to Poland already. ». Entretien mené par DEVAUX Romain avec WASZCZYKOWSKI Witold en novembre 2023.
[24] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 16
[25] À titre de comparaison, les États-Unis n’en opèrent « que » 360.
[26] SOUVERBIE Louise, op. cit., pp. 17-19
[27] Prawo i Sprawiedliwość (Droit et Justice) est un parti de droite conservatrice. Il gouverne notamment la Pologne de 2015 à 2023 (gouvernements de Szydlo puis de Morawiecki, sous la présidence d’Andrzej Duda).
[28] KARNITSCHNIG Matthew et KOSC Wojciech, « Meet Europe’s coming military superpower: Poland », dans Politico, Bruxelles, Politico, 2022, [en ligne] https://www.politico.eu/article/europe-military-superpower-poland-army/ (dernière consultation le 23/09/2024)
[29] Ibid.
[30] WOJCIECHOWSKI Slawomir, op. cit., p. 29
[31] HAROCHE Pierre, « L’avenir de la défense européenne passe par le couple franco-polonais », dans Le Monde, Paris, Société éditrice du Monde, 2023, [en ligne] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/16/l-avenir-de-la-defense-europeenne-passe-par-le-couple-franco-polonais_6165683_3232.html (dernière consultation le 23/09/2024)
[32] Nous utilisons ici le terme « proxy », ou « guerre par procuration », pour souligner le fait que le combat Ukrainien a lui seul répond aux impératifs stratégiques polonais, justifiant donc un soutien important.
[33] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 6
[34] ALAN-LEE Nathan et JOHNSON Matthew, op. cit., p. 8
[35] Ibid.
[36] ZIMA Amélie, op. cit., p. 141
[37] L’anecdote nous a été confiée à l’occasion d’un entretien avec Witold Jan Waszczykowski en novembre 2023. Il était alors ministre des Affaires étrangères de Pologne et avait travaillé sur ce dossier précis.
[38] Ibid., p. 144
[39] À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne a perdu des territoires orientaux annexé par l’URSS (aujourd’hui en Lituanie, en Lettonie, en Biélorussie et en Ukraine).
[40] Ibid.
[41] Ibid., p. 145
[42] «We believe that Poland should be a security provider in the region ». Intervention de KOT Bartolomej au Paris Defence and Strategy Forum en mars 2024.
[43] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 8
[44] « Tout État membre peut prendre les mesures qu’il estime nécessaires à la protection des intérêts essentiels de sa sécurité et qui se rapportent à la production ou au commerce d’armes, de munitions et de matériel de guerre ; ces mesures ne doivent pas altérer les conditions de la concurrence dans le marché intérieur en ce qui concerne les produits non destinés à des fins spécifiquement militaires », Article 346 TFUE
[45] Ibid., p. 11
[46] Ibid.
[47] Ibid., p. 14
[48] La CSP (PESCO en anglais) est une structure créée par le traité de Lisbonne afin d’offrir une plateforme de coopération aux Etats membres dans le domaine de la Défense.
[49] Le FED est un fond économique créé par l’Union européenne pour financer des projets de Défense commun (recherche, développement et acquisition).
[50] Ibid., p. 12
[51] Ibid.
[52] Ibid., p. 15
[53] Le Triangle de Weimar est un espace tripartite de coopération entre l’Allemagne, la France et la Pologne. Il s’agit d’un espace relativement informel pour échanger sur différents sujets.
[54] JUBELIN Alexandre, op. cit., à 1h 5 min
[55] Le projet Nord Stream II était un gazoduc sous-marin qui reliait la Russie à l’Allemagne. Cette dernière souhaitait bénéficier des prix avantageux du marché gazier russe. Ledit gazoduc a finalement été saboté en septembre 2022 : des rapports et révélations contradictoires accusent tour à tour la Russie, l’Ukraine, les Etats Unis ou encore les pays scandinaves.
[56] L’affaire des Mistral est une polémique entre la Russie et la France après le refus de cette dernière de livrer des porte-hélicoptères commandés par la première à la suite de l’annexion de la Crimée. Le simple fait qu’une telle commande puisse être passée en premier lieu avait surpris beaucoup de pays d’Europe de l’Est.
[57] Les critiques formulées à l’égard de la France et de l’Allemagne nous ont été rapportées par monsieur Waszczykowski à l’occasion de notre entretien de novembre 2023. De manière générale, il en ressortait une défiance généralisée vis-à-vis des deux pays.
[58] « Imagine the situation, two years ago, when Russia started its invasion. America responded immediately: protecting us. Scholtz and Macron started to call Putin and tried to persuade him through telephone conversation to stop the aggression. ». Entretien mené par DEVAUX Romain avec WASZCZYKOWSKI Witold en novembre 2023.
[59] ALAN-LEE Nathan et JOHNSON Matthew, op. cit., p. 6
[60] Ibid., p. 9
[61] SOUVERBIE Louise, op. cit., p. 21

Une réflexion sur “La Pologne : nouvelle puissance dans l’Est de l’Europe”