Samarcande, de Amin Maalouf

« Samarcande, c’est la Perse d’Omar Khayyam (1048-1131), poète du vin, libre-penseur, astronome de génie, mais aussi celle de Hassan Sabbah (1050-1131), fondateur de l’ordre des Assassins, la secte la plus redoutable de l’histoire »[1]

Amin Maalouf est né le 25 février 1949 à Beyrouth. Il étudie chez les Jésuites et à l’école française dans un univers multiculturel. Après des études d’économie et de sociologie, il devient journaliste et grand reporter durant douze ans. Suite à la guerre au Liban (1975-1990), il quitte le pays et s’installe à Paris en 1976. Il devient rédacteur en chef du journal Jeune Afrique et publie en même temps son premier roman : Les croisades vu par les arabes[2] en 1983. Il écrit de nombreux autres ouvrages dont ledit Samarcande[3] en 1988 et reçoit le Prix Goncourt en 1993 pour son roman : Le rocher de Tanios[4]. Il entre à l’Académie française en 2011 et écrit toujours.

Amin Maalouf (wikimedia commons)

Il est difficile de connaître toute l’histoire de ce que l’Occident appelle l’Orient[5], mais s’il est bien un lieu et une époque où bien des facettes du monde se sont croisées, c’est à Samarcande (actuel Ouzbékistan) au XIe siècle. Grand croisement entre plusieurs civilisations hétéroclytes, la ville connaît l’influence de l’Europe, de l’Extrême-Asie, de l’Eurasie ainsi que du Moyen-Orient. C’est une grande ville de savoir et de commerce par sa position sur la Route de la Soie.

Ce livre est un roman historique, un genre où l’auteur s’appuie sur des faits et des personnages ayant réellement existés mais y ajoute une touche de fiction afin de rendre le récit lisible. Il est ainsi d’autant plus intéressant de lire ce livre, puisqu’il mêle l’histoire complexe de cette large région du monde avec le style littéraire formidable d’Amin Maalouf. La fiction, qui empreint ce roman, sert donc à relier différentes parties dans une histoire prenant place dans un monde en mouvement.

Une œuvre picturale pouvant encore être vue à Samarcande (Pixabay)

C’est dans cette ville, que débutera la quête du manuscrit de Samarcande (fiction), rédigé par l’éminent Omar Khayyam et qui contient tous ses Robaiyat, qui signifie en persan « quatrains » mais que l’on traduit plus facilement par poèmes. Ce dernier, le manuscrit de Samarcande, continue encore aujourd’hui de fasciner les peuples, les savants, les écrivains, les poètes et les astrologues, ce personnage a été bien incompris pendant son époque. Cette quête emmènera le lecteur sur une large période, de l’arrivée d’Omar Khayyam à Samarcande au XIe siècle jusqu’à un Iran dépecé par les grands empires européens au début du XXe siècle.

En effet, Omar Khayyam possède différentes casquettes qui l’ont rendu célèbre. Il est à son époque un éminent savant reconnu de tous. Néanmoins, il est resté dans la mémoire, jusqu’à nos jours, comme l’un des poètes les plus admirés de tous. Ses quatrains ont été repris par nombre d’auteurs, notamment français et britanniques, qui ont très fortement participé à faire découvrir ce poète des temps anciens.

Ce roman revient sur certains grands mythes peu connus, notamment celui des assassins.

Ces derniers ont été des machines à tuer pour leur chef et leur cause. Ils étaient réputés pour être drogués au Haschisch, d’où proviendrait le terme assassin. Ils employaient cette drogue afin de pouvoir passer à l’acte, c’est-à-dire assassiner une personnalité, souvent politique. Ce modèle d’assassinat provoquait la peur chez les dirigeants de l’époque et personne n’étant à l’abris, nombre de ces meurtres étaient exécutés durant les prières du vendredi en pleine mosquée. Le fait de tuer un dirigeant en public, instillait la terreur chez les ennemis des Assassiyoun. Le fondateur de cette secte fondée dans la ville-forteresse d’Alamut, Hassan Sabbah, est l’un des personnages principaux. L’auteur nous dit de lui dans ce livre que :

« On a souvent dit, au vu de ces scènes irréelles, que les hommes de Hassan étaient drogués. On a accrédité la thèse qu’ils agissaient sous l’effet du haschisch. Marco Polo a popularisé cette idée en Occident ; leurs ennemis dans le monde musulman les ont parfois appelés haschichiyoun […] D’après les textes qui nous sont parvenus d’Alamut, Hassan aimait à appeler ses adeptes Assassiyoun, ceux qui sont fidèles au Assass, au “Fondement” (en arabe)[6]. »

Le roman se découpe en deux phases. Une première suit l’histoire d’Omar Khayyam, son périple en Asie centrale et au Moyen-Orient au XIe et XIIe siècle. Il y côtoie les grands de l’époque et les faits importants.

La seconde partie suit l’histoire d’un jeune américain d’origine française (personnage fictif) qui part à la recherche dudit manuscrit de Samarcande. Son voyage l’emmène auprès du Grand Turc à Constantinople puis à un Iran en plein déchirement en cette période de transition d’un siècle à un autre (fin du XIXe, début du XXe). Il sera l’observateur de la voracité des grands empires qui vampirisent l’ancienne Perse. Le pays est en déclin et les puissances européennes interviennent à tous les niveaux politiques et économiques afin d’exploiter au maximum l’Iran du XIXe siècle.

« Le monarque avait besoin d’argent (le Shah). Son trésor était vide comme à l’accoutumée, il avait demandé un prêt au tsar, qui lui avait accordé 22.5 millions de roubles. Rarement un cadeau fut si empoisonné. Pour s’assurer que leur voisin du sud, constamment proche de la banqueroute, rembourserait une telle somme, les autorités de Saint-Pétersbourg exigèrent, et obtinrent, de prendre en charge les douanes persanes et de se faire directement payer sur leurs recettes. Cela pendant soixante-quinze ans ! »[7] Il prendra part à une révolution et son histoire se terminera par le naufrage du plus célèbre des navires, le Titanic.

Ainsi, nous vous recommandons tout particulièrement ce roman, outre le style littéraire d’Amin Maalouf qui rend le récit plaisant à dévorer, l’apport historique de ce dernier est majeur pour tous ceux qui s’intéressent à “l’Orient” ; mais pas exclusivement ! Par ailleurs, nous vous conseillons la lecture des trois autres ouvrages du même auteur, Le rocher de Tanios[8], Les croisades vues par les arabes ainsi que Léon l’Africain[9]. De même que cette analyse de l’oeuvre d’Amin Maalouf :

À lire sans modération, Amin Maalouf, membre de l’Académie française, nous livre avec Samarcande l’un de ses plus grands romans.

Notes

[1]Amin Maalouf, Samarcande, Paris, Editions Jean-Claude Lattès, 1988, 312 pages.

[2]Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, 1983, Paris, Editions Jean-Claude Lattès, 315 pages.

[3]Ibid

[4]Amin Maalouf, Le rocher de Tanios, 1993, Liban/France, Edition Grasset, 277 pages.

[5]Edward W.Saïd, L’orientalisme : L’Orient créé par l’Occident, 2013, Paris, Editions du Seuil.

[6]Amin Maalouf, Les croisades vues par les arabes, page : 123, 1983, Paris, Editions Jean-Claude Lattès.

[7]Amin Maalouf, Samarcande, Paris, Editions Jean-Claude Lattès, 1988, page : 222.

[8]Amin Maalouf, Le rocher de Tanios, 1993, Liban/France, Edition Grasset, 277 pages.

[9]Amin Maalouf, Léon l’Africain, 1987, Editions Jean-Claude Lattès, 476 pages.

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