En France, l’histoire du développement de l’arsenal nucléaire de la République populaire de Chine (RPC) est beaucoup moins connue que les trajectoires américaine, soviétique, britannique et française d’accession à l’arme atomique. Le grand public français a certainement entendu parler du physicien nucléaire américain Oppenheimer qui a joué un rôle essentiel dans la détonation de la première bombe atomique de l’Histoire. Toutefois, des noms comme Nie Rongzhen (聂荣臻), Qian Xuesen (钱学森), Qian Sanqiang (钱三强), Yu Min (于敏) parlent très peu aux gens.
Cet article, réalisé à partir de sources chinoises, vise à apporter un nouveau regard sur la dotation par la Chine de l’arme nucléaire. Le point de vue utilisé est celui de l’historien et non celui du physicien ou de l’ingénieur en armement. Nous nous abstenons donc d’entrer dans des considérations techniques sur les bombes et les vecteurs figurant dans l’arsenal chinois. En outre, pour traiter un sujet si vaste qu’il peut faire l’objet d’une thèse de doctorat, nous devons bien sûr placer quelques limitations. Aussi, notre propos demeure ici général et synthétique. Il ne s’agit pas de traiter avec exhaustivité de l’armement nucléaire chinois. C’est de toute manière impossible, car certaines informations sont marquées du sceau du secret. Sécurité nationale oblige.
En premier lieu, nous retraçons le chemin parfois tortueux de la Chine populaire vers l’obtention de sa première bombe atomique puis hydrogène, mais également du vecteur balistique[1] qui permet son emport. Pays économiquement et technologiquement peu développé, la Chine maoïste a pourtant réussi l’exploit de mettre au point ces armes destructrices. Subséquemment, nous nous penchons sur la réflexion qui accompagne la possession de cette arme nouvelle. Nous notons une fracture dans le rapport à l’arme nucléaire qu’a la Chine du Grand Timonier[2] et la Chine du Petit Timonier[3]. Nous découvrons que la mise en œuvre de la dissuasion nucléaire a en fait été très tardive pour la Chine, en comparaison d’autres pays. C’est ce que confirme, en dernière analyse, notre rapide panorama sur l’édification des forces nucléaires chinoises. Nous y évoquons les transformations qui ont accompagné la constitution de ces forces aussi bien au niveau institutionnel, de la doctrine d’emploi, des défis rencontrés que des armements.
La longue marche vers l’arme atomique
C’est à la suite de la guerre de Corée de 1950-1953, durant laquelle l’Armée populaire de libération (APL – Jiěfàngjūn 解放军) a affronté les forces américaines et sud-coréennes, que la Chine envisage sérieusement de posséder un armement atomique[4]. En effet, le commandant en chef des armées américaines en Corée, le général Douglas MacArthur[5], a envisagé d’utiliser l’arme atomique pour repousser les forces chinoises de la péninsule coréenne. En avril 1956, Mao déclare dans une réunion du bureau politique (zhèngzhì jú 政治局) du comité central du Parti communiste chinois (zhōnggòng zhōngyāng 中共中央) :
« Nous sommes plus forts que par le passé, plus tard nous le serons encore plus que maintenant, il ne faut pas seulement encore plus d’avions et de canons, il faut aussi la bombe atomique. Dans le monde d’aujourd’hui, pour ne plus être intimidés par autrui, nous ne pouvons pas nous passer de cette chose. »[6]
Dès l’année 1953, le physicien chinois responsable du département de physique de l’Académie chinoise des sciences, Qian Sanqiang (钱三强), suggère au comité central du parti communiste chinois d’entreprendre le développement de l’énergie nucléaire[7]. En 1954, suivant les ordres de Zhou Enlai (周恩来), à la fois Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, le bureau géologique chinois prospecte la Chine à la recherche de minerais d’uranium[8]. Les géologues trouvent de cette ressource dans la province du Guangxi, au sud-est du pays. Mao Zedong et Zhou Enlai sont ravis d’apprendre cette découverte[9].
Le 15 janvier 1955, se tient une réunion secrète et très importante à Pékin, à Zhongnanhai[10] (中南海)[11]. Mao Zedong et un certain nombre de compagnons de route de la première heure du Grand Timonier sont présents. Parmi lesquels nous trouvons Liu Shaoqi (刘少奇), Zhou Enlai, Zhu De (朱德), Chen Yun (陈云), Peng Dehuai (彭德怀), Deng Xiaoping (邓小平), Li Fuchun (李富春), etc.[12]. Nous y trouvons aussi des scientifiques qui agissent comme s’ils se trouvaient en face d’un auditoire d’étudiants. Le géologue Li Siguang (李四光) de l’Académie chinoise des sciences fait l’exposé des ressources d’uranium en Chine[13]. Le physicien Qian Sanqiang donne un cours introductif sur la physique nucléaire[14]. Il dresse un état des lieux des avancées en physique nucléaire en Chine, de son développement aux États-Unis, en Union soviétique, au Royaume-Uni, en France…
C’est lors de cette réunion que Mao et le comité central prennent la décision d’engager la Chine sur la voie de la bombe atomique[15]. Mao compte notamment sur le soutien soviétique pour développer le programme nucléaire chinois. En avril 1955, l’accord sino-soviétique sur l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire est signé[16]. La même année, des étudiants chinois sont envoyés en Union soviétique pour étudier les réacteurs nucléaires.
Dans le même temps, la Chine établit une série d’institutions et d’organismes dédiés chargés du développement du programme nucléaire. En juillet 1955, le comité central accorde la direction du programme nucléaire à un groupe de trois personnes, composé de Nie Rongzhen (聂荣臻), Bo Yibo (薄一波) et Chen Yun (陈云)[17]. La même année, le Conseil d’État chinois[18] (guówùyuàn 国务院) institue le troisième bureau responsable de la gestion et de la planification générale de la technologie nucléaire et du développement de l’industrie nucléaire[19]. En juillet 1956, le comité central crée un institut de recherche sur les armes nucléaires basé à Pékin[20]. En 1958 est créé le deuxième ministère de l’industrie mécanique (dì èr jīxiè gōngyè bù 第二机械工业部) chargé de la construction de l’industrie nucléaire et du développement de l’arme atomique[21].

La première base militaire dédiée à la recherche sur les armes nucléaires est fondée dans la province du Qinghai, dans le nord-ouest de la Chine. Ses activités étant des plus secrètes, elle est présentée comme étant un site minier (Qīnghǎi kuàngqū 青海矿区)[22]. Après moult tractations, le site d’essai des armes atomiques est établi dans les plaines désolées de Lop Nur[23] dans la province du Xinjiang, non loin des ruines de la ville antique de Loulan (Lóulán gù chéng yízhǐ 楼兰故城遗址)[24]. Situé à l’extrémité ouest de la Chine, Lop Nur abrite deux sites militaires, respectivement pour les tirs de fusées et les essais atomiques[25].

Si la Chine a des ressources en uranium, indispensables pour la fabrication des armes atomiques, elle a cependant besoin de cerveaux formés à l’étranger pour percer le secret de fabrication de ces armes. Sous l’impulsion de Zhou Enlai, la Chine s’efforce de rapatrier des scientifiques chinois de haut niveau vivant à l’étranger[26]. Entre août 1949 et novembre 1956, plus de 1 536 intellectuels chinois rentrent au pays, dont les deux tiers vivent aux États-Unis. Des scientifiques comme Qian Xuesen (钱学森), Zhao Zhongyao (赵忠尧), Deng Xiangxian (邓像先), Cheng Kaijia (程开甲), etc., ont ainsi apporté une contribution significative au programme nucléaire et au programme balistique chinois[27]. En outre, Zhou Enlai supervise personnellement l’envoi d’étudiants brillants en Union soviétique et en Europe de l’Est, afin de parfaire leur connaissance d’industries de pointe, d’acquérir des savoirs liés à la physique nucléaire et à l’ingénierie[28]. De plus, la Chine s’est procuré dans le plus grand secret[29] des instruments de précision en les achetant à l’Europe de l’Ouest[30].
Dans le même temps, la Chine s’interroge sur la voie à suivre[31] pour développer l’arme atomique[32]. Faut-il faire comme les Soviétiques ou comme les Américains ? Faut-il d’abord développer une industrie aéronautique, puis la bombe atomique et ensuite des fusées balistiques ? Nie Rongzhen pense plutôt que la Chine doit tracer sa propre voie et ne suivre ni la voie soviétique ni la voie américaine[33]. Elle doit rattraper son retard le plus vite possible[34]. Pour ce faire, il lui faut développer simultanément la bombe atomique et les missiles balistiques. C’est la voie des « deux bombes » (liǎng dàn 两弹) adoptée par la commission militaire centrale en 1960[35]. Tout le potentiel scientifique et industriel de la nation est ainsi mobilisé dans le programme des deux bombes[36]. En 1962, 230 scientifiques de haut niveau constituent la colonne vertébrale du programme nucléaire militaire chinois[37]. Des noms comme Wang Ganchang (王淦昌), Peng Huanwu (彭桓武), Guo Yonghuai (郭永怀), Chen Nenkuan (陈能宽), etc.[38].
Cette mobilisation donne des résultats très encourageants pour la fabrication de la première bombe à fission chinoise. En 1958, la Chine met au point le premier calculateur électronique accélérant les opérations de calcul nécessaires dans la conception de la bombe atomique[39]. En 1964, la Chine devient le quatrième pays après les États-Unis, l’Union soviétique et la France à découvrir le procédé de séparation isotopique, passage obligé pour obtenir de l’uranium hautement enrichi, le combustible des armes atomiques[40].
Concernant les missiles balistiques, il n’a pas fallu attendre la décision de 1960 de développer à la fois les armes atomiques et les missiles balistiques pour que la Chine s’intéresse aux seconds. En effet, dès le mois de décembre 1955, le professeur Ren Xinmin (任新民), de l’école d’ingénierie militaire de Harbin, écrit à la commission militaire centrale pour conseiller le lancement d’un programme de recherche sur les systèmes et technologies balistiques[41]. Il est rejoint deux mois plus tard par le scientifique chinois Qian Xuesen qui suggère au Conseil d’État de créer une institution officielle dédiée à la recherche, à la modélisation et à la production, dans le domaine de l’aéronautique[42]. Qian est écouté. La Chine crée le 13 avril 1956 la commission de l’industrie aéronautique (hángkōng gōngyè wěiyuánhuì 航空工业委员会) chargée de diriger les programmes liés à l’aéronautique et aux missiles[43].
Le 10 mai 1956, Nie Rongzhen, dans une note envoyée au Conseil d’État et à la commission militaire centrale, suggère de lancer immédiatement les études sur les missiles et de former du personnel dans cette optique[44]. Deux semaines plus tard, le 26 avril 1956, le comité central entérine la décision de développer des missiles[45]. Le 16 octobre 1958, la commission de l’industrie aéronautique est transformée en commission des sciences et des technologies de la défense nationale (guófáng kēwěi 国防科委)[46]. En 1965 est créé le septième ministère de l’industrie mécanique[47] (Dìqī jīxiè gōngyèbù 第七机械工业部), chargé de la gestion, des recherches, de la modélisation, des essais, de la production du programme de missiles[48]. Le premier missile balistique chinois, une copie du missile à courte portée soviétique P-2, est tiré au début du mois de novembre 1960[49].
Comme nous le voyons, la Chine s’est appuyée sur l’aide technique de l’Union soviétique pour développer la bombe atomique et les missiles balistiques. Des étudiants chinois dans le domaine des sciences exactes sont partis étudier en Union soviétique. En novembre 1958, les Soviétiques livrent des informations techniques sur la bombe à fission aux Chinois[50]. De juin à juillet 1958, l’URSS envoie trois spécialistes des armes atomiques qui inspectent les installations de recherche de la base secrète de Qinghai[51].
Il ne faut toutefois pas surestimer la contribution soviétique dans le développement de la bombe atomique chinoise. Dire que les Soviétiques ont livré les secrets de la bombe A aux Chinois est une affirmation grossièrement simpliste et incorrecte. De fait, la coopération entre les deux géants communistes n’a été que de courte durée[52]. Au plus, les Soviétiques se sont avérés utiles en montrant le chemin initial à suivre aux Chinois. Le successeur de Staline, Nikita Khrouchtchev, regrette d’ailleurs la décision de coopérer avec eux dans le domaine du nucléaire[53]. Le 16 juillet 1960, l’Union soviétique déchire les accords de coopération nucléaire avec la Chine[54]. L’URSS rapatrie unilatéralement la totalité de ses conseillers et spécialistes. Désormais, les Soviétiques se contentent d’accepter quelques étudiants chinois et de vendre un missile balistique de courte portée P-2[55]. Ils ne veulent plus en faire davantage.
En réalité, l’Union soviétique souhaite maintenir un duopole nucléaire avec les États-Unis et garder le monopole de l’arme nucléaire au sein du camp communiste[56]. Pourquoi octroierait-elle l’arme atomique à son grand voisin, susceptible de lui disputer la direction du mouvement communiste mondial ? D’autant plus que, sur le plan idéologique, les Chinois accusent les Soviétiques de révisionnisme et de s’éloigner de l’orthodoxie marxiste-léniniste[57]. Khrouchtchev a, en effet, dénoncé les crimes de Staline et envisage plutôt une forme d’accommodement avec le camp occidental[58] au détriment de la lutte mondiale contre les capitalistes. Pour Mao, c’est inacceptable.
La volonté chinoise de développer l’arme atomique n’est pas seulement contestée sur la scène internationale. En Chine même, des voix au sommet de la hiérarchie politique s’élèvent contre le projet des deux bombes[59]. Les opposants au projet considèrent que ces ambitieux programmes d’armements sont trop dispendieux pour un pays aussi peu développé que la Chine. Ils estiment qu’il faudrait plutôt consacrer les énormes ressources investies à la construction de l’économie nationale et aux armements conventionnels[60]. Lors d’une série de réunions de la commission des sciences et technologies de la défense nationale se déroulant du 18 juillet au 14 août 1961, des membres redoutent le sous-investissement dans les armements conventionnels occasionné par le développement de la bombe atomique et des missiles[61]. Ils considèrent que les ressources devraient être réallouées pour produire des avions et des armes conventionnelles.
Nie Rongzhen reste ferme sur la nécessité de continuer à investir sur le projet des deux bombes[62]. Il ne faut pas abandonner malgré les difficultés rencontrées. Il est confiant quant à un développement prochain de l’arme nucléaire et de son vecteur balistique. Selon lui, la première bombe A doit être mise au point d’ici trois à cinq années[63]. Il estime que ce sont des technologies de rupture qui élèvent la montée en gamme technologique et industrielle de la Chine[64]. Plus fondamentalement, c’est au nom de l’indépendance nationale[65] que la Chine doit s’évertuer à développer sa propre bombe atomique et ses propres missiles[66]. Si la Chine ne développe pas elle-même les dernières technologies militaires, personne ne lui en fournira. La Chine ne peut compter que sur elle-même pour se préserver. Finalement, la position de Nie triomphe sur celle de ses détracteurs. La Chine n’abandonne pas son ambition de disposer de la bombe A et de missiles nucléaires[67].
En 1962, les obstacles techniques à la conception d’une première bombe à fission ont tous été surmontés[68]. Lors d’un rapport du deuxième ministère de l’industrie mécanique et de l’institut de recherche sur les armes nucléaires, Nie Rongzhen affirme que l’idéal est de procéder au premier essai atomique en 1964 pour les quinze ans de la création de la RPC[69]. Le 17 novembre 1962, un comité central spécial (zhōngyāng zhuān wěihuì 中央专委会) est créé, avec la tâche d’accélérer le développement de l’arme atomique, de diriger le travail lié à l’expérimentation et aux technologies de la future bombe[70].
En mars 1963, le modèle théorique de la première bombe A est prêt[71]. En janvier 1964, ce comité informe le comité central que l’essai atomique pourrait être effectué durant le mois d’octobre 1964[72]. Le 23 août 1964, la commission militaire centrale institue une commission pour le premier essai atomique[73]. De surcroît, les Chinois sont très inquiets d’un possible acte de sabotage ou d’un bombardement aérien[74]. Un espion a déjà été découvert sur la base de Qinghai. L’état-major et l’armée de l’air chinois décident de renforcer la sécurité des installations du site d’essai.
Le 21 septembre 1964, Zhou Enlai, informé des préparatifs en cours pour le premier essai atomique, demande à Mao Zedong de trancher définitivement sur la question de la date du premier essai atomique[75]. Plusieurs options ont été émises par le comité central spécial, une explosion en octobre 1964 ou en novembre 1964, voire en 1970[76]. Mao insiste pour un premier essai atomique le plus tôt possible, car il faut effrayer autrui. Ainsi, le comité central décide de conduire le premier essai atomique à la mi-octobre 1964[77]. Le 16 octobre est la date retenue du fait des bonnes conditions météorologiques[78].
Malgré un problème lié au modèle de la bombe, détecté la veille de l’essai nucléaire[79], le 16 octobre 1964, à 15h, la Chine fait exploser son premier engin atomique qui, fixé en haut d’une tour, explose avec succès[80]. Les Chinois ont placé dans un rayon de 60 km autour du site de détonation, des bâtiments, des fortifications, des blindés et plus de 1000 animaux afin d’évaluer les effets de l’explosion. Le soir même, la télévision d’État annonce la nouvelle[81]. Le monde est sous le choc. Comment un pays aussi pauvre que la Chine a-t-il pu acquérir l’arme atomique ? La Chine devient ainsi le cinquième pays au monde après les États-Unis, l’Union soviétique, le Royaume-Uni et la France, à disposer de la bombe[82].

Deux ans plus tard, le 27 octobre 1967, la Chine tire avec succès son premier missile balistique emportant une charge nucléaire[83]. Le missile explose dans l’espace aérien national à l’endroit désigné. L’événement surprend le reste du monde, car la Chine a réussi à miniaturiser une ogive nucléaire en moins de deux ans[84]. Toutes les autres puissances nucléaires ont consacré davantage de temps pour passer du stade du premier essai atomique à celui d’une tête nucléaire suffisamment petite pour être contenue dans un missile. Les États-Unis ont mis treize ans, l’Union soviétique en a mis six.
La Chine ne compte pas s’arrêter à la bombe à fission, mais a prévu dès le début du lancement de son programme nucléaire militaire de développer la bombe à hydrogène[85], beaucoup plus puissante[86]. En effet, en juin 1958, Mao a indiqué : « Il faut la bombe atomique, il faut aussi rapidement la bombe à hydrogène »[87]. En décembre 1960, le physicien nucléaire chinois Qian Sanqiang met en place, à Pékin, un « groupe sur la théorie nucléaire légère » (qīnghé lǐlùn zǔ 轻核理论组), dédié à la recherche théorique sur la bombe thermonucléaire[88]. Il est composé d’une quarantaine de jeunes physiciens brillants travaillant dans le secret absolu. Parmi ses membres nous pouvons citer Huang Zuqia (黄祖洽), Yu Min (于敏), Cai Shaohui (蔡少辉), Sa Benhao (萨本豪), Liu Xianhui (刘宪辉) ou encore He Zuoxiu (何祚庥)[89].
Pendant la même période, le deuxième ministère de l’Industrie mécanique crée le neuvième institut de recherche consacré lui aussi à la recherche fondamentale sur la bombe à fusion[90]. Ces groupes de recherche travaillent de manière isolée, chacun ignorant l’existence de l’autre du fait des règles très strictes de confidentialité[91].

Peu après l’explosion de la première bombe à fission, le groupe sur la théorie nucléaire légère est fusionné au sein du neuvième institut de recherche[92]. Il s’agit de mieux coordonner les efforts de recherche, car la Chine veut développer la bombe à hydrogène le plus rapidement possible. La tâche est ardue, car les scientifiques chinois doivent commencer de zéro leurs recherches[93]. Sans aide étrangère et sans accès à l’information extérieure, les Chinois ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour concevoir la bombe à fusion. Les scientifiques chinois vont jusqu’à décortiquer la presse américaine et soviétique, dans l’espoir d’obtenir des indices sur la fabrication de la bombe[94]. En vain[95].
Vers la fin de l’année 1965, Yu Min[96] effectue cependant une percée dans ses recherches[97]. Il découvre un procédé pour chauffer le combustible nucléaire à très haute température. Les Chinois peuvent alors mettre au point un modèle de bombe à fusion. Le 28 décembre 1966, les scientifiques chinois réussissent un essai atmosphérique d’une bombe à hydrogène de faible puissance à Lop Nur, au Xinjiang[98]. Cet essai permet de confirmer l’exactitude du modèle conçu par les scientifiques. Six mois plus tard, le 17 juin 1967, la Chine procède véritablement à son premier essai d’une bombe thermonucléaire[99]. La bombe, parachutée par avion, explose dans le ciel de Lop Nur et dégage une énergie beaucoup plus importante que la bombe de 1964. La Chine devient le quatrième pays après les États-Unis, l’Union soviétique, et le Royaume-Uni à faire détoner un tel engin. Les Chinois n’ont mis que deux ans et huit mois pour passer de la bombe à fission à la bombe à fusion[100]. Ils sont même fiers d’avoir devancé les Français.
Il est difficile d’expliquer précisément les exploits scientifiques de la Chine dans le développement relativement rapide de missiles nucléaires et de la bombe thermonucléaire. La littérature chinoise sur le sujet a tendance à mettre en avant le labeur acharné des scientifiques et la mobilisation du peuple dans la course vers l’arme atomique.
La réflexion nucléaire chinoise
Pour les chercheurs Rong Yu (荣予) de la prestigieuse université Tsinghua[101] et Hong Yuan (洪源) de l’Académie chinoise des sciences sociales, la réflexion nucléaire chinoise possède sa propre originalité[102]. Elle diffère de la pensée stratégique occidentale sur la question[103]. En outre, il serait malaisé d’utiliser ces théories occidentales[104] pour expliquer le développement de la pensée chinoise en matière d’armes nucléaires[105]. Ces théories ne tiennent pas compte des conditions historiques propres à la Chine qui ont conditionné le cheminement de la réflexion nucléaire de ce pays[106]. Les deux chercheurs distinguent deux périodes dans la pensée stratégique chinoise sur le nucléaire[107]. Une première, allant de 1945 à 1985, ne voit pas la Chine développer une doctrine de dissuasion nucléaire, mais plutôt une réflexion stratégique diamétralement opposée à la dissuasion nucléaire. La seconde, qui commence en 1985 et s’étend jusqu’à aujourd’hui, marque la formulation de la doctrine de la dissuasion nucléaire minimale.
Alors que le monde entre dans l’ère atomique, Mao Zedong, interviewé par un journaliste américain en août 1946, déclare que : « L’arme atomique est un tigre de papier utilisé par les réactionnaires américains pour intimider, en apparence elle fait peur mais, dans les faits, elle ne l’est pas »[108]. Cela ne veut pas dire que Mao néglige l’apport de l’arme nucléaire, mais qu’il accorde la primauté au peuple avant les armes, car c’est le peuple qui est le facteur décisif des guerres[109]. Il croit le peuple chinois plus fort que l’engin nucléaire : « Notre Chine […] est un grand pays, la population est dispersée, l’industrie est dispersée, les armes aussi peuvent être dispersées, une frappe atomique sur un tel pays ne peut pas avoir d’effet »[110].
D’une inspiration marxiste-léniniste et nationaliste, Mao a ainsi impulsé les deux concepts de guerre populaire et de « défense active[111] » (jījí fángyù 积极防御) dans la réflexion stratégique chinoise[112]. D’ailleurs, dès 1955, ce concept ne cesse d’alimenter les débats des plus hautes instances militaires du pays. Elle vise à se prémunir contre la menace nucléaire et à se préparer à une guerre nucléaire. Des années 1950 aux années 1970, la Chine ne cesse de se sentir menacée par les deux superpuissances nucléaires de la guerre froide que sont les États-Unis et l’Union soviétique[113]. Des années 1950 aux années 1960, le danger premier pour la Chine émane des États-Unis, qui sont intervenus dans la guerre de Corée de 1950-1953 et les crises du détroit de Taïwan. Dans les années 1960-1970, la rupture sino-soviétique fait planer le spectre d’une guerre nucléaire sur la Chine.
Dès les années 1950, la Chine rejoint le mouvement mondial pour l’interdiction des armes nucléaires et le nouveau régime cherche à gagner du soutien international[114]. La Chine clame qu’elle s’oppose à l’utilisation des armes nucléaires et appelle à leur interdiction[115]. Pourtant, comme nous l’avons vu plus tôt, l’intervention en Corée et les menaces nucléaires américaines poussent la Chine à redoubler d’efforts pour développer ses propres armes nucléaires. La Chine fait exploser sa première bombe atomique en 1964 et teste son premier missile à tête nucléaire en 1967. Mais il faut attendre les années 1980 pour qu’elle dispose de forces nucléaires crédibles et dissuasives.
Pour Mao, la guerre atomique se profile à l’horizon et il faut s’y préparer. Dans un rapport du 22 octobre 1964, Mao écrit : « il faut se préparer à la guerre, se préparer à une grande guerre, une guerre précoce, une préparation extrême à la guerre, se préparer chaque minute à faire la guerre le plus tôt possible, la grande guerre, la guerre nucléaire »[116]. La pensée stratégique chinoise de l’époque considère donc la guerre atomique comme acquise, il n’est pas question de l’éviter, ce qui est le but de la dissuasion, mais il faut se préparer au mieux à l’affronter.
La Chine met donc en place une stratégie de renforcement des défenses des provinces du nord du pays et en mettant en place une planification consistant en trois lignes de défense[117]. La première ligne de défense est relative aux provinces côtières et frontalières du pays. Elle est la ligne de front. La troisième ligne de défense se rapporte à treize provinces[118] qui constituent l’intérieur du pays. La deuxième ligne est la bande intermédiaire entre la première et la troisième. Entre 1964 et 1980, selon les directives de trois plans quinquennaux, la Chine consacre énormément de ressources et d’hommes pour construire des usines, des industries minières, des instituts de recherche, des écoles techniques dans ces trois lignes. Ces lignes de défense ont pour fonction de mitiger les effets d’une attaque nucléaire en répartissant les productions et les populations sur le territoire. De plus, face à une attaque conventionnelle massive de l’Armée rouge, elles donneraient du retors à l’adversaire soviétique.
En 1969, le leadership chinois considère que la guerre nucléaire est plus proche que jamais. Le temps presse. Le rapport du neuvième congrès du parti communiste chinois indique qu’« il faut se préparer avec l’Union soviétique et avec les États-Unis à faire la guerre le plus tôt possible, faire la grande guerre, faire la guerre nucléaire »[119]. Le pays entier est mobilisé pour construire à grande échelle des abris anti-aériens. Selon des statistiques de la fin des années 1970, 16 millions de m2 d’infrastructures anti-aériennes ont été construites dans 75 moyennes et grandes villes[120]. Elles peuvent abriter 60 % de la population urbaine. Ce programme massif de construction d’abris anti-aériens continue jusqu’au début des années 1980.
Les dirigeants chinois savent que la puissance de feu de l’armée soviétique est écrasante et que l’armée chinoise peut rapidement être annihilée lors des premières frappes soviétiques[121]. La stratégie chinoise repose alors sur la mise à l’abri de l’armée et du peuple, il s’agit d’encaisser au maximum les premières frappes de l’ennemi en sauvegardant ses forces[122]. Puis, il faut tromper l’ennemi pour qu’il pénètre en profondeur dans le territoire national[123]. Enfin, il faut riposter en lançant la guerre populaire. L’entraînement de l’APL de l’époque insiste sur les « trois coups, trois défenses » (sān dǎ sān fáng 三打三防)[124]. C’est-à-dire frapper les tanks, les avions et les troupes aéroportées ; se défendre contre les armes atomiques, les armes chimiques et biologiques. Dans le même temps, une intense campagne d’information sensibilise tous les échelons de la société chinoise à la défense contre les armes nucléaires[125].
Les leaders chinois étaient si inquiets qu’ils doutaient de la sincérité des Soviétiques à vouloir négocier un accord sur la délimitation des frontières afin de mettre fin aux accrochages meurtriers entre l’Armée rouge et l’APL[126]. Vers la fin du mois d’octobre 1969, à la veille des négociations, les forces nucléaires chinoises (que l’on appelle alors la « seconde artillerie ») ont reçu l’ordre secret de se tenir en état d’alerte maximale[127]. C’est là la preuve que la Chine de l’époque n’a pas appliqué de stratégie de dissuasion nucléaire.
En fin de compte, pour Rong et Yan, la première génération de leaders chinois, dont Mao est le meilleur représentant, n’a pas mis en place de stratégie de dissuasion nucléaire[128]. Au contraire, la réflexion stratégique de l’époque témoigne plutôt d’une « stratégie de contre-dissuasion nucléaire » (fǎnhé wēishè zhànlüè 反核威慑战略). Elle a quatre grandes orientations[129]. D’abord, agiter l’opinion mondiale contre les armes nucléaires, entretenir le tabou sur les armes nucléaires. Ensuite, augmenter la probabilité de représailles nucléaires en développant son propre arsenal. Puis, prendre des mesures défensives renforcées pour réduire les conséquences de la menace nucléaire. Il s’agit de minimiser les dommages d’une attaque nucléaire sur ses propres forces. Enfin, gagner la guerre nucléaire.
En résumé, compte tenu de la faiblesse quantitative et qualitative de son arsenal nucléaire, la Chine essaie de se prémunir au mieux d’une attaque nucléaire, en comptant sur elle-même[130]. Mêlant approche défensive et réactive, moyens militaires et non-militaires[131], la stratégie nucléaire chinoise de l’époque se distingue de celle des autres grandes puissances nucléaires de la guerre froide. La Chine n’adhère pas à la doctrine nucléaire américaine de la « destruction mutuelle assurée » en cas de guerre nucléaire. Au contraire, elle croit en la possibilité de gagner une guerre nucléaire par la guerre populaire et la défense active.
À la fin des années 1970, la situation internationale évolue[132]. Les relations sino-américaines se normalisent en 1979. Celles entre la Chine et l’URSS s’apaisent. Avec Deng Xiaoping (邓小平), arrive au pouvoir la deuxième génération de leaders qui délaisse l’orthodoxie idéologique pour promouvoir le développement pacifique (hépíng fāzhǎn 和平发展)[133]. L’année 1985 marque un tournant dans la réflexion stratégique chinoise, il ne s’agit plus de « faire la guerre le plus tôt possible, faire la grande guerre, faire la guerre nucléaire », mais d’impulser le développement économique[134]. Dans le même temps, comme nous l’étudions plus loin, l’arsenal nucléaire chinois devient suffisamment mature pour être dissuasif.
En 1984, les forces nucléaires chinoises ne sont déjà plus placées en état d’alerte[135]. La même année, Deng Xiaoping énonce que : « nous devons développer quelques armes nucléaires, mais il y a une limite à leur développement. […] En regardant sur le long terme, l’arsenal nucléaire chinois est seulement symbolique […] si la Chine dispose d’une force trop importante dans ce domaine, elle se restreindra d’elle-même »[136]. En septembre 1986, Deng Xiaoping déclare que : « aujourd’hui la Chine a la puissance pour protéger la patrie, en cas d’attaque nucléaire d’un pays étranger, nous sommes capables de représailles nucléaires contre ce pays »[137]. Pendant la même période, il avance que « les armes stratégiques et la puissance dissuasive intimident l’ennemi, il ne faut surtout pas frapper en premier, mais le fait de les avoir joue un rôle »[138].
Selon Rong et Hong, nous retrouvons dans les mots de Deng les tenants de la doctrine nucléaire de la RPC qui demeure inchangée encore aujourd’hui, celle de la dissuasion nucléaire minimale[139]. Pour les deux chercheurs, cette doctrine revêt une particularité qui place la Chine à part parmi les puissances nucléaires[140]. Elle est la résultante des réflexions stratégiques et des politiques de défense actées par les dirigeants chinois pendant la guerre froide[141].
Ainsi, la Chine se refuse à utiliser l’arme nucléaire en premier[142]. Elle n’utiliserait son armement atomique que pour riposter à une attaque nucléaire. Elle ne considère pas l’arme nucléaire comme le moyen ultime. Un petit stock d’armes nucléaires est estimé suffisant. En somme, la doctrine nucléaire chinoise est purement défensive[143]. Cependant, il faut noter que la terminologie employée demeure vague. La Chine ne mentionne pas de plafonnement quantifié de son arsenal nucléaire. Le critère de ce qui est dissuasif est laissé à l’appréciation de la Chine[144]. Ainsi, cette doctrine n’exclut pas un réarmement nucléaire potentiel de la Chine si elle estime que le contexte international a évolué, et que sa sécurité demeure menacée.
Là où la Chine se démarque particulièrement dans sa doctrine par rapport à d’autres puissances nucléaires (États-Unis, Russie, France, Royaume-Uni), c’est sur son refus de recourir à l’arme nucléaire, sauf en cas d’agression nucléaire de la part d’une autre puissance. De cette façon, même si les intérêts vitaux de la Chine, voire son existence même, sont menacés par les forces conventionnelles d’une autre puissance, la Chine promet de ne pas utiliser l’arme nucléaire. Par ailleurs, même si la Chine était en phase d’agrandissement de son arsenal nucléaire comme nous l’évoquons plus loin, le stock d’armes nucléaires de la Chine resterait très inférieur aux deux grandes puissances nucléaires que sont la Russie et les États-Unis. La Chine ne cherche pas la parité numérique avec la Russie et les États-Unis, bien qu’elle ait un immense territoire et une énorme population à protéger.
Le développement des forces nucléaires chinoises
La composante terrestre
Partant de zéro, la création et le développement des forces nucléaires chinoises se sont faits très progressivement. Si, initialement, la Chine populaire peut compter sur l’aide technique et militaire de son grand voisin soviétique, cette aide cesse rapidement du fait du schisme sino-soviétique. La RPC ne peut alors que compter sur elle-même pour constituer ses propres forces nucléaires, ce qu’elle fait très progressivement. La Chine a en tout premier lieu envisagé l’emport de l’arme nucléaire par le biais de missiles relevant des unités d’artillerie de l’armée de terre. Au sein de la triade nucléaire, c’est donc le vecteur terrestre qui a été historiquement privilégié dans le programme nucléaire militaire chinois. Il faut attendre le début des années 1980 pour que les forces nucléaires chinoises deviennent pleinement opérationnelles en démontrant leur capacité à mettre en œuvre les vecteurs de l’arme nucléaire. Nous relatons ici quelques grandes étapes du développement de ces forces.
En décembre 1957, la commission de l’artillerie militaire (jūnwěi pàobīng 军委炮兵) dépendant de la commission militaire centrale[145] (zhōngyāng jūnshì wěiyuánhuì 中央军事委员会) et le cinquième institut de recherche du ministère de la défense[146] (guófáng bù dì wǔ yán jiù yuàn 国防部第五研究院), décident d’ouvrir à Beijing, une formation portant sur les missiles[147]. En janvier 1958, les cours débutent officiellement[148]. Parmi ses apprenants, nous trouvons des commandants d’unités de tous les échelons, des officiers d’état-major et des techniciens. Formés par des instructeurs soviétiques, ils doivent à leur tour devenir les enseignants des futures unités de missiles de l’armée chinoise[149]. Le matériel d’entraînement est également soviétique : le missile à courte portée P-2 a été acheté par les Chinois aux Soviétiques[150]. Les officiers soviétiques n’encadrent pas leurs élèves chinois plus d’un semestre car, au mois d’avril 1958, ils doivent déjà rentrer dans leur pays[151]. Désormais seuls, les Chinois continuent à se former par leurs propres moyens, pour constituer la brigade d’instruction sur les missiles (dǎodàn jiàodǎo dàduì 导弹教导大队)[152].
Au mois d’octobre de la même année, la commission militaire centrale décide de la création de deux écoles d’artillerie pour dispenser des formations sur les missiles[153]. En avril et en septembre 1959, l’école d’artillerie de Wuwei et l’école technique spéciale d’artillerie de Xi’an (plus tard rebaptisé collège d’artillerie de Xi’an) sont fondées[154]. Au mois de novembre 1959, la brigade d’instruction des missiles est transformée en premier bataillon de missiles (dì yī gè dǎodàn yíng 第一个导弹营), rattaché à l’école de Wuwei[155]. En mars 1960, un deuxième bataillon de missiles rattaché à l’école de Xi’an voit le jour[156]. Leur tâche est double, car ces bataillons de missiles doivent à la fois former et s’entraîner à manipuler des matériels dont la Chine ne maîtrise même pas encore la technologie de fabrication[157] !
Le tout premier missile à courte portée chinois est tiré le 5 novembre 1960, il n’est qu’une imitation du missile P-2 vendu par les Soviétiques[158]. Il faut attendre encore trois années pour que le premier missile chinois à courte portée DF-2 (dōngfēng 东风 2) effectue avec succès son premier tir[159]. Dans le même temps, les effectifs des unités de missiles ne cessent d’augmenter. En 1961, l’état-major général (zǒng cānmóu bù 总参谋部) et la commission militaire centrale autorisent la création de trois autres bataillons de missiles, portant le total à cinq bataillons[160]. Au début de l’année 1964, les cinq bataillons de missiles sont transformés en cinq régiments de missiles, ce qui témoigne de la massification des effectifs[161].

Concomitamment, les plus hautes autorités militaires du pays ordonnent la création de bases pour héberger ces nouvelles unités avec leurs précieuses armes[162]. Elles sont d’une importance vitale pour que la Chine puisse riposter à une attaque nucléaire. Elles doivent être assez solides pour résister à une attaque nucléaire et assurer la sauvegarde de l’équipement et des hommes[163]. Au début de l’année 1963, la commission militaire centrale décide officiellement de la création de bases pour les forces de missiles[164]. En novembre 1964, la première base est créée. D’autres suivent. Au mois de décembre 1969, nous dénombrons un total de six bases dédiées aux forces nucléaires[165].
Si 1964 a été une date charnière du fait de l’explosion du premier engin atomique de la Chine, 1966 est aussi une date décisive pour l’histoire des forces nucléaires de la RPC. Comme nous l’avons vu précédemment, le 27 octobre 1966, la Chine effectue avec succès son premier tir d’un missile à tête nucléaire. Par ailleurs, le 6 juin 1966, les plus hautes instances politiques et militaires décident la création d’un organe dirigeant des missiles stratégiques[166]. Le 1er juillet 1966, sous l’impulsion de Zhou Enlai, la force de la seconde artillerie (Dì èr pàobīng 第二炮兵) est officiellement créée[167]. Placée sous les ordres directs de la commission militaire centrale, la seconde artillerie est pendant 50 ans l’épine dorsale des capacités nucléaires de la Chine. Elle a sous son commandement les bases et régiments de missiles et d’ingénieurs qui antérieurement relevaient de la commission de l’artillerie militaire.
Les forces de la seconde artillerie ne cessent de prendre de la masse avec la création entre 1968 et 1970 de plusieurs régiments de missiles[168]. Les bases et régiments de missiles profitent également de l’addition de nouveaux éléments spécialisés dans les communications, la météorologie, les calculs, la guerre chimique, l’ingénierie militaire, le stockage, etc. Ce sont les « unités de protection » (bǎozhàng fēnduì 保障分队)[169]. Ces transformations témoignent de la complexification des compétences à la disposition des unités nucléaires chinoises.
Dans la même période, une grande attention est accordée à l’entraînement et à la professionnalisation de ces unités. Entre 1967 et 1976, le principe des « trois capacités » (sān zhǒng nénglì 三种能力) c’est-à-dire les capacités de survie, de réponse rapide et de combat avec mobilité, guide l’entraînement des forces[170]. Les militaires de la seconde artillerie doivent être capables d’agir avec stabilité, précision, rigueur, méticulosité[171]. Ils ne doivent plus seulement s’entraîner pour maîtriser les technologies, mais aussi acquérir des tactiques militaires[172]. Il est question d’élever le niveau du commandement et la maîtrise des technologies par les troupes. L’objectif visé est de pouvoir tirer les missiles de manière autonome[173]. Cet objectif est atteint lors de manœuvres militaires se déroulant au mois de mars 1977, les soldats de la seconde artillerie qui s’exercent pour la première fois en dehors de leur base, ont réussi à tirer des missiles à moyenne portée DF-3 (dōngfēng 东风 3) avec succès[174]. Ce succès se répète lors d’un autre exercice l’année suivante[175]. Il faut donc attendre la fin des années 1970 pour que les forces de la seconde artillerie témoignent d’une réelle autonomie dans leur capacité à tirer des missiles.
L’année 1981 marque une réforme de l’entraînement des forces de la seconde artillerie avec l’annonce d’un plan de formation sur cinq ans[176]. Il insiste sur la préparation technologique de base, la focalisation sur les officiers en tant que colonne vertébrale, la protection nucléaire et la riposte à une attaque nucléaire[177]. Du 22 août au 19 septembre 1983, un grand exercice militaire se déroule, auquel assistent de très hauts gradés de l’armée chinoise. C’est un succès retentissant, car les missiles de la seconde artillerie ont réussi à toucher leur cible. Ce succès atteste de la préparation théorique et opérationnelle des troupes des forces nucléaires[178].
En 1985, l’organisation de la seconde artillerie est profondément réformée. Les unités d’ingénierie sont réduites, les unités de missiles augmentent, les unités de protection sont perfectionnées[179]. Les instituts de recherche sont renforcés, les couches institutionnelles sont amoindries et fusionnées. Tout cela participe à une rationalisation de la structure institutionnelle de la seconde artillerie[180]. L’entraînement des forces est lui aussi revu, l’accent est mis sur la mobilité opérationnelle, la gestion du découpage entre vétérans et recrues a été renouvelée, le matériel de simulation d’entraînement a été modernisé[181].
En 1984, la seconde artillerie a pu présenter ses dernières dotations lors du 35e anniversaire de la RPC. Les missiles DF-3, DF-4 (dōngfēng 东风 4), DF-5 (dōngfēng 东风 5) reflètent le progrès technologique de la Chine en matière d’armement balistique[182]. En 1988, elle expérimente des missiles longue portée et intercontinentaux.
En outre, plusieurs étapes importantes marquent la fin des années 1980 et le début des années 1990, pour les forces nucléaires chinoises. D’une part, le développement de la propulsion solide pour les fusées. En décembre 1984, la Chine tire son premier missile à propulsion solide[183]. Contrairement aux missiles à propulsion liquide normalement utilisés par la seconde artillerie, la propulsion solide permet de réduire le temps nécessaire à la préparation au tir des missiles. Quatre ans plus tard, la Chine dévoile son premier missile à propulsion solide, le DF-21 (dōngfēng 东风 21)[184]. Par conséquent, les forces nucléaires chinoises sont plus à même de riposter plus rapidement à une frappe nucléaire, renforçant la crédibilité de la dissuasion chinoise[185]. D’autre part, le gigantesque projet d’un complexe militaire enfoui sous les montagnes (chángchéng gōngchéng 长城工程) est enfin finalisé à la fin de l’année 1994[186]. Construit dans l’éventualité d’une frappe nucléaire, il doit permettre aux hommes et aux armes de la seconde artillerie de survivre face à une attaque nucléaire massive. Ce qui permet à la Chine d’accroître sa capacité de seconde frappe.
De plus, en 1988, la commission militaire centrale prend une décision structurante pour la seconde artillerie[187] : celle de lui octroyer aussi des capacités conventionnelles. Les missiles de la seconde artillerie ne sont plus ainsi nécessairement destinés à délivrer des charges nucléaires, mais aussi des charges explosives classiques. Le 23 novembre 1993, la seconde artillerie tire son premier missile conventionnel[188]. Par ce nouveau développement, la Chine renforce sa capacité à frapper des cibles à longue distance tout en restant en deçà de l’escalade nucléaire. Il pérennise l’utilité des forces nucléaires depuis la fin de la guerre froide, en leur confiant de nouvelles responsabilités. Par exemple, au mois de mars 1996, les forces de la seconde artillerie ont procédé à plusieurs tirs de missiles DF-15 (dōngfēng 东风 15) afin de dissuader les forces politiques à Taïwan, en pleine campagne présidentielle, de s’orienter dans une direction indépendantiste[189].
Sous la cinquième génération de dirigeants chinois, les forces de la seconde artillerie subissent une transformation majeure. Le 31 décembre 2015, le président Xi Jinping (习近平) annonce la création de la force des fusées[190] (huǒjiàn jūn 火箭军)[191].
L’expert militaire chinois Song Zhongping (宋忠平) considère que ce changement de nom a des implications profondes[192]. Il est synonyme de plus de transparence. En effet, le nom de seconde artillerie indique avec clarté le caractère nucléaire de l’armement de cette force[193]. La Chine imite ainsi d’autres puissances nucléaires comme la Russie par la création d’une force de missiles stratégiques bien distincte[194]. Song considère que cela facilite les échanges militaires de la Chine avec d’autres pays[195]. Par ailleurs, la force des fusées constitue maintenant une branche de l’armée chinoise à part entière aux côtés de l’armée de terre, de la marine, de l’armée de l’air et de la force de soutien stratégique nouvellement créée[196]. A contrario, la seconde artillerie est englobée dans l’armée de terre. Par conséquent, la force des missiles est composée de différentes catégories de troupes. Elle a des structures de commandement, des écoles, des instituts de recherches et un système logistique qui lui sont propres[197]. L’expert chinois estime que, par cette réforme, les forces nucléaires chinoises accroissent leur combativité[198]. Bien entendu, la force des fusées reste sous le commandement direct de la commission militaire centrale[199].
Les avis des experts divergent sur les tâches qui sont attribuées à la force des fusées[200]. Certains estiment que cette force se contente de la dissuasion nucléaire et des frappes nucléaires stratégiques ; les capacités des frappes tactiques conventionnelles de courte et moyenne portée seraient transférées à d’autres unités de l’armée de terre. D’autres attribuent à la force des missiles un éventail plus important de compétences. Non liée par le traité de désarmement[201] sur les forces nucléaires intermédiaires signées en 1987 par les Américains et les Soviétiques, la Chine dispose d’un arsenal important de missiles de courte et moyenne portée[202]. La force des fusées se démarque des forces nucléaires d’autres pays par ses capacités plus étendues. Outre les frappes nucléaires, elle peut effectuer des frappes conventionnelles de précision et des frappes anti-navires[203].
Le missile nucléaire le plus avancé dont dispose la force des fusées est le DF-41 (dōngfēng 东风 41)[204]. Pouvant frapper plusieurs cibles simultanément à plus de 15 000 km de distance, il s’agit d’un missile mirvé[205] composé de dix têtes nucléaires indépendantes. Ayant une vitesse maximale de 25 mach[206], le DF-41 ne peut être que difficilement intercepté. Le DF-41 est beaucoup plus performant que les missiles intercontinentaux précédents à la disposition des forces nucléaires chinoises comme le DF-5 ou le DF-31 AG (dōngfēng 东风 31 AG)[207]. Par exemple, le DF-5, malgré sa puissance et sa portée, est un missile à carburant liquide qui est vulnérable dans sa phase de lancement. Le DF-31 AG compense ce défaut en utilisant un carburant solide. Il peut donc être lancé plus rapidement mais sa puissance et sa portée sont moindres par rapport au DF-5. Le DF-41 cumule les points forts du DF-5 et du DF-31.
La composante maritime
Tout comme les fusées, la Chine a dû compter sur l’aide technique soviétique pour acquérir ses premiers sous-marins conventionnels[208]. Nous n’évoquons pas ici la formation de la force de sous-marins conventionnels de la marine chinoise, car cela sort du cadre de cet article. Nous nous intéressons plutôt au développement tardif et problématique des sous-marins nucléaires de la marine de l’APL. En effet, la Chine a rencontré beaucoup de difficultés pour mettre au point des sous-marins à propulsion nucléaire. La route a davantage été semée d’embûches pour développer ces machines extrêmement complexes que sont les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE)[209]. Cependant, la Chine n’a pas ménagé ses efforts pour produire par elle-même ses propres sous-marins nucléaires, elle n’en a pas eu le choix. À la suite du refroidissement des relations sino-soviétiques, les Soviétiques n’ont aucunement aidé les Chinois à concevoir des sous-marins nucléaires[210]. Les Occidentaux (y compris les Français, plutôt sinophiles) ont refusé pour des raisons idéologiques et stratégiques de livrer des technologies si sensibles à la RPC. Quoi qu’il en soit, Mao Zedong a dit que, même s’il faut 10 000 années, le sous-marin nucléaire doit être développé[211].
En novembre 1968, la RPC lance la construction de son premier sous-marin à propulsion nucléaire type 091, de classe Han (汉级)[212]. Le 26 décembre 1970, le sous-marin est mis à l’eau avec succès. S’ensuit alors la phase d’équipement du submersible, puis la phase d’essais en mer. Le 1er août 1974, il entre officiellement au service actif dans la marine chinoise sous le nom de Changzheng 1 (长征1号, littéralement « Longue Marche 1 »). La Chine devient ainsi le cinquième pays au monde à disposer d’un sous-marin à propulsion nucléaire. En tout, cinq sous-marins de cette classe sont construits. Les technologies embarquées ont toutes été développées nationalement[213]. D’un déplacement de 5 500 tonnes et d’une vitesse de 25 nœuds[214], les sous-marins de classe Han ne pouvaient emporter que des torpilles de 533 mm. Ce sont des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA)[215]. En 1990, tous les sous-marins de classe Han ont été retirés du service actif[216].
Dans le même temps, la Chine lance en octobre 1970 la construction de son premier SNLE type 092 de classe Xia (夏级)[217]. Il reprend à l’identique le design des sous-marins de classe Han tout en ajoutant douze tubes pour les missiles stratégiques. En avril 1981, le premier SNLE chinois est mis à l’eau[218]. En août 1983, le SNLE entre au service actif sous le nom de Changzheng 6 (长征6号), sauf qu’il est dépourvu de missiles[219] ! Il faut attendre plus de cinq ans et plusieurs tirs d’essais pour que la Chine acquiert une capacité de frappe nucléaire mer-sol[220]. En effet, en 1985, le tir d’essai d’un missile nucléaire à partir du Xia échoue. En août et septembre 1988, le Xia réussit enfin deux tirs d’essais. La Chine n’a dévoilé que peu d’informations sur les sous-marins de classe Xia[221]. Il est estimé qu’elle en a construit entre un et trois exemplaires. Comparativement aux autres grandes puissances nucléaires du Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine est la dernière à disposer de SNLE pleinement opérationnels. Il faut noter aussi que c’est seulement vers la fin de la guerre froide que la Chine obtient une telle capacité.
En 1998, la Chine débute la construction de la deuxième génération de sous-marin nucléaire d’attaque type 093 de classe Shang (商级)[222]. En 2002, le premier submersible de la classe est mis à l’eau. En 2006, il entre au service actif sous le nom de Changzheng 7 (长征7号). Un deuxième SNA entre au service actif en 2008 sous le nom de Changzheng 8 (长征8号). La construction d’une deuxième série de type 093 a été lancée en 2012, possédant une propulsion et une acoustique améliorée. Ce sont les types 093A et 093B.
Le type 093 a un design en forme de goutte d’eau[223]. D’une longueur accrue par rapport aux type 091, il a une vitesse de 30 nœuds. Comme son prédécesseur, il conserve six tubes lance-torpilles de 533 mm. Toutefois, il a la capacité de tirer des missiles anti-navires YJ-82 (yīngjī 鹰击-82) et YJ-84 (yīngjī 鹰击-84).
Concomitamment, la Chine initie le renouvellement de ses SNLE par le lancement de la construction d’un premier SNLE de deuxième génération type 094 de classe Jin (晋级) en 1999[224]. En 2002-2003, il est mis à l’eau. En 2004, sa construction est terminée. En 2018, six sous-marins de cette classe figurent dans les rangs de la marine chinoise. Par rapport aux SNLE de première génération, il présente des avancées notables en matière de discrétion et de détection. Il dispose aussi d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération plus sûr et à plus longue durée de vie[225]. Il a une vitesse maximale de 45 nœuds et embarque douze tubes lance-missiles pouvant tirer des missiles JL-2 (jùlàng 巨浪-2).
La troisième génération de SNA type 095 et de SNLE type 096 ainsi que le missile nucléaire JL-3 (巨浪-3) sont en cours de développement[226]. Le JL-3 est estimé avoir des performances considérablement supérieures au JL-2. Il est présumé qu’il a une portée de 10 000 km et est équipé de plusieurs têtes nucléaires mirvées. Le SNLE type 094A (une version améliorée du type 094) pourrait emporter 16 missiles de ce type[227]. Le SNLE de nouvelle génération type 096 pourrait être équipé de 24 missiles JL-3[228].

La composante aérienne
Il y a peu d’informations disponibles sur la composante nucléaire de l’armée de l’air chinoise. Les forces aériennes chinoises disposent de leur première arme nucléaire vers la fin des années 1960 dans un contexte de relations tendues entre la Chine populaire et l’Union soviétique[229]. En effet, les Soviétiques ont déployé des forces conventionnelles massives en Mongolie, à la frontière du Xinjiang et à la frontière Nord-Est chinoise[230]. La Chine a déjà en sa possession un bombardier stratégique à long rayon d’action, le H-6 (hōng 轰-6)[231]. Ayant une grande capacité d’emport, il a été utilisé dans le cadre du premier essai de la bombe à hydrogène chinoise en 1967[232].
Toutefois, les stratèges chinois ont convenu que l’emploi du H-6 n’a que peu d’utilité face aux forces blindées soviétiques massées aux frontières du pays. Si le H-6 peut emporter une arme aussi puissante et terrifiante que l’énorme bombe à fusion de quatre tonnes, il est peu agile et aisément vulnérable aux défenses anti-aériennes adverses[233]. Face aux tanks soviétiques, la Chine doit disposer d’une capacité de frappe aérienne nucléaire tactique.
L’avion d’attaque au sol Q-5 (qiáng 强-5) dont les premiers exemplaires sont produits en 1968 arrive à un moment propice[234]. Modifié, le Q-5 Jia (强-5甲) devient la première plateforme aérienne d’emport de la première bombe nucléaire tactique kuang biao-1 (狂飙-1号)[235]. Mesurant 2 m de long pour 0,5 m de diamètre et pesant 210 kg, ses dimensions sont considérablement plus raisonnables que le modèle de la première bombe à hydrogène. Le Q-5 est, quant à lui, un avion spécialisé dans l’attaque au sol à basse altitude, rapide et agile, il est certainement plus apte à abattre pour la défense anti-aérienne adverse[236]. Doté d’un rayon d’action de 400 km, les stratèges chinois le considèrent comme l’arme de choix contre les tanks soviétiques.
L’imposant bombardier H-6, malgré son ancienneté, demeure toujours actif au sein des forces aériennes de la Chine. La variante H-6N est une version modifiée du H-6K dans le dessein d’effectuer des frappes nucléaires[237]. D’un rayon d’action de 3 500 km et pouvant être ravitaillé en l’air, le rayon d’action du H-6N peut être prolongé à 6 500 km[238]. Il peut emporter des missiles nucléaires à longue portée[239]. Il peut aussi être équipé de missiles anti-navires[240].

Conclusion
Malgré des débuts très difficiles et un chemin semé d’embûches (économie peu développée, retard technologique, embargo technologique imposé par les États-Unis, tensions sino-américaines et sino-soviétiques), la RPC a tout de même pu accéder à l’arme atomique de manière autonome. Toutefois, il faut attendre les années 1980, soit bien plus tard que les autres grandes puissances nucléaires, pour que les forces de la seconde artillerie deviennent effectivement crédibles. Nous pouvons dire que la dissuasion nucléaire chinoise ne prend véritablement corps que vers la fin de la guerre froide.
Jusqu’à cette date, la Chine populaire n’a pas accordé d’importance à la dissuasion nucléaire compte tenu de l’arsenal nucléaire embryonnaire en sa possession et de la doctrine marxiste-léniniste de guerre populaire. Il ne s’agit pas d’éviter la guerre nucléaire, mais de la gagner en mobilisant l’énorme population du pays pour la construction d’ouvrages défensifs contre les frappes nucléaires qui permettent la sauvegarde des forces nationales et le lancement ultérieur de la guerre populaire. En bref, la guerre populaire et la défense populaire doivent triompher de l’arme nucléaire.
Après 1985, la Chine commence véritablement à formuler une doctrine nucléaire et à attacher de l’importance à la dissuasion nucléaire. La doctrine chinoise de la dissuasion nucléaire minimale est avant tout défensive. La Chine promet de ne pas utiliser l’arme nucléaire en premier et de n’y avoir recours que si elle subit une attaque nucléaire. Elle avance qu’elle ne recherche pas la supériorité nucléaire, mais qu’elle se contente d’un arsenal nucléaire réduit qui suffit à assurer la sécurité du pays. Il n’y a pas de chiffres officiels émanant de l’État chinois sur la taille de son arsenal nucléaire. Cependant, le chiffre couramment relayé par les think tanks (comme le SIPRI) est celui d’environ 300-350 têtes nucléaires[241], soit un arsenal nucléaire de dimension similaire à celui de la France.
Pourtant, pour le département de la Défense américain, l’expansion de l’arsenal nucléaire chinois est très récente[242]. Dans un rapport sur la puissance militaire chinoise adressé en 2022 au Congrès, les militaires américains estiment que la Chine l’a augmenté pour atteindre 400 têtes nucléaires[243]. En 2023, une nouvelle version de ce rapport indique que la Chine dispose maintenant de 500 têtes nucléaires et ambitionne de détenir 1 000 têtes en 2030[244]. Selon des images satellitaires, les Américains affirment que la Chine construit dans l’ouest de son territoire un grand nombre de silos de lancement[245]. Ils considèrent que le nombre de missiles intercontinentaux chinois a dépassé celui des Russes[246]. Pour les Américains, ces nouveaux développements sont très inquiétants, car ils estiment leur posture militaire menacée en Indopacifique, mais également sur le territoire américain lui-même[247].
Le porte-parole du ministère chinois de la Défense, Wu Qian (吴谦), a vivement réagi en critiquant le caractère spécieux des affirmations américaines[248]. Pour le ministère chinois de la Défense, les Américains déforment et mésinterprètent la politique de défense de la Chine, tout en exagérant la « menace militaire chinoise », qui n’existerait pas[249]. La balle est renvoyée dans le camp américain. La Chine dénonce l’interventionnisme des États-Unis à l’étranger et un double standard sur les questions nucléaires[250]. Pour la Chine, sa doctrine nucléaire n’a pas changé, les forces nucléaires sont juste suffisantes pour la sécurité du pays[251]. La montée en puissance de l’armée chinoise n’est pas dirigée contre un pays tiers[252]. Au contraire, pour les militaires chinois, ce sont les États-Unis qui prolifèrent dans le domaine nucléaire en se retirant des traités de désarmement, en plaçant des missiles en Europe et en Asie-Pacifique, en fournissant des sous-marins nucléaires à leur allié australien[253].
Se positionner sur la compétition sino-américaine sort du cadre de cet article et peut donner lieu à un débat interminable et stérile. Nous nous abstenons de donner raison ou tort à quelconque des deux parties. Nous nous contentons de conclure en soulignant que les menaces sont avant tout une affaire de perception et de croyance. Ces armes peuvent aussi bien servir à l’offensive qu’à la défensive. Sortir de la spirale vers la confrontation militaire suppose le dialogue continu, la transparence et la clarification des intentions de chacun.
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Bibliographie
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Chuàngzuòzhě_S38D 创作者_S38D, « Jiěfàngjūn kōng shè hé dǎodàn bèi xiè, dǎodàn zhēnshí xìngnéng yìwài pīlù, duì měiguó běntǔ fāqǐ hé wēishè » 解放军空射核导弹被泄,导弹真实性能意外披露,对美国本土发起核威慑 (« Fuite d’un missile nucléaire aéroporté de l’APL, révélation accidentelle des performances réelles du missile, lancement de la dissuasion nucléaire contre le continent américain »), dans 163.com, Hangzhou, NetEase, 2020, [en ligne] https://www.163.com/dy/article/FPV6OEVV0535PGPZ.html (dernière consultation le 05/01/2024)
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Wangyi 网易, « Wǎngyì yuèbīng dì 63 qī: Dì èr pàobīng cóng zǔjiàn dào hé cháng jiānbèi » 网易阅兵第63期:第二炮兵从组建到核常兼备 (« Wangyi parade militare n°63 : La deuxième artillerie, de sa création à sa possession d’une double capacité nucléaire et conventionnelle »), dans 163.com, Hangzhou, NetEase, 2009, [en ligne] https://www.163.com/news/article/5K7V6G8N0001124J_all.html (dernière consultation le 05/01/2024)
Zhōnghuá rénmín gònghéguó guófáng bù 中华人民共和国国防部, « Guófáng bù xīnwén fāyán rén wú qiān jiù měiguó guófáng bù 2023 nián “zhōngguó jūnshì yǔ ānquán fāzhǎn bàogào” fābiǎo tánhuà » 国防部新闻发言人吴谦就美国国防部2023年《中国军事与安全发展报告》发表谈话, (« Le porte-parole du ministère de la Défense nationale, Wu Qian, a fait une déclaration sur le rapport 2023 “Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China” du ministère américain de la Défense»), dans Zhōnghuá rénmín gònghéguó guófáng bù 中华人民共和国国防部 (« Ministère de la Défense nationale de la République populaire de Chine »), Beijing, Ministère de la défense nationale de la République populaire de Chine, 2023, [en ligne] http://www.mod.gov.cn/gfbw/qwfb/16261516.html (dernière consultation le 05/01/2024)
[1] En des termes simples, un vecteur est un moyen d’emport et de projection d’une bombe nucléaire. Une bombe atomique sans un vecteur ne revêt pas une grande utilité. Parmi les différents types de vecteurs, nous trouvons les bombes aéroportées larguées par avion ou les missiles tirés depuis des plateformes terrestres (lance-missile, silo à missile), aérienne (bombardier), sous-marine (sous-marin lanceur d’engin).
[2] Le Grand Timonier désigne Mao Zedong (毛泽东), qui dirige la « Nouvelle Chine » (xīn zhōngguó 新中国) de sa fondation, en 1949 à sa mort, en 1976.
[3] Le Petit Timonier désigne Deng Xiaoping (邓小平), qui prend les rênes de la Chine dans les années 1980. Ancien compagnon de route de Mao, il est victime de la révolution culturelle et écarté du pouvoir. Il fait son retour politique grâce à la fin de l’orthodoxie maoïste et la répression de la bande des quatre (sìrénbāng 四人帮). Il est mondialement connu pour être l’impulseur de la politique de réformes économiques et d’ouverture de la Chine.
[4] SHU Yun 舒云, « Zhōngguó dǎodàn héwǔqì fāzhǎn lìchéng jiēmì » 中国导弹核武器发展历程揭秘 (« L’histoire du développement des missiles et des armes nucléaires chinoises révélée »), dans Dǎng shǐ bólǎn 党史博览 (« Revue générale du parti communiste chinois »), n°2005/04, Zhengzhou, “Dǎng shǐ bólǎn” zázhì shè, 2005, pp. 4-11, [en ligne] https://chn.oversea.cnki.net/KCMS/detail/detail.aspx?dbcode=CJFD&dbname=CJFD2005&filename=DSBL200504000&uniplatform=OVERSEA&v=ns258Cx3oMmLglO_7z4oWyrpLOsWRGVo12-JyN3KCQUVciSMaJ4UpNFWcs6J8nmd (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[5] Le président américain de l’époque, Harry S. Truman est fermement opposé à l’emploi d’armes atomiques en Corée. En sérieux désaccord avec l’autorité présidentielle, MacArthur est par suite révoqué de son poste de commandant en chef des forces américaines en Corée.
[6] CE Hua 策划, CHEN Yu 陈瑜, DOU Peng 都芃 et SUN Yu 孙瑜, « Cóng yuánzǐdàn dào qīngdàn liǎng nián líng bā gè yuè bèihòu de chuàngxīn qíjī» 从原子弹到氢弹两年零八个月背后的创新奇迹, (« Le miracle de l’innovation qui a permis de passer de la bombe atomique à la bombe à hydrogène en deux ans et huit mois»), dans chinanews.com, Beijing, Chinan News Service, 2022, [en ligne] https://www.chinanews.com.cn/sh/2022/06-17/9781871.shtml (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[7] SHU Yun, op. cit., p. 4
[8] Ibid., p. 4
[9] Ibid., p. 4
[10] Zhongnanhai est la résidence officielle des plus hauts dignitaires du régime chinois, elle est l’équivalent de l’Élysée, de la Maison Blanche ou du Kremlin.
[11] Ibid., p. 4
[12] Ibid., p. 4
[13] Ibid., p. 4
[14] Ibid., p. 4
[15] Ibid., p. 4
[16] Ibid., p. 5
[17] Ibid., p. 5
[18] Le Conseil d’État correspond à l’appareil d’État chinois, il comprend les ministères et les administrations étatiques. Il se distingue des institutions du parti communiste chinois.
[19] Ibid., p. 5
[20] Ibid., p. 5
[21] Ibid., p. 5
[22] Ibid., p. 5
[23] L’appellation Lop Nor existe aussi.
[24] Ibid., p. 5
[25] Ibid., p. 5
[26] Ibid., p. 5
[27] Ibid., p. 5
[28] Ibid., p. 6
[29] Il ne faut pas oublier qu’à l’époque nombre de pays occidentaux ont suivi les États-Unis et placé la Chine communiste sous un strict embargo technologique. Dès la fin de 1947 et le début de 1948, les États-Unis mettent sous embargo l’Union soviétique et ses satellites par le biais du mécanisme du COCOM. Par la suite, le COCOM sera élargi à la Chine populaire. Entre 1952 et 1957, la Chine populaire fera même l’objet d’un mécanisme d’embargo dédié, le CHINCOM.
[30] Ibid., p. 5
[31] La Chine des années 1950-1960 est très en retard économiquement et technologiquement par rapport aux Américains, aux Russes et aux Européens de l’Ouest. Son complexe militaro-industriel est peu développé et repose principalement sur la fabrication de matériel militaire d’inspiration soviétique. La Chine de l’époque ne peut pas développer de manière indigène une gamme complète d’équipements militaires. La question de la direction à privilégier pour le développement de la bombe atomique et des vecteurs associés se pose. Si la projection de la bombe atomique doit se faire par avion alors il faut développer en conséquence des chaînes de production de bombardiers stratégiques. Au contraire, si ce sont les missiles balistiques qui doivent emporter l’arme atomique, il faut investir dans la production de fusées. Ultimement, la Chine privilégie l’option des missiles à tête nucléaire comme l’épine dorsale de sa force nucléaire.
[32] Ibid., p. 5
[33] Ibid., p. 5
[34] Ibid., p. 5
[35] Ibid., p. 6
[36] Ibid., p. 6
[37] Ibid., p. 6
[38] Ibid., p. 6
[39] Ibid., p. 6
[40] Ibid., p. 6
[41] Ibid., p. 6
[42] Ibid., p. 6
[43] Ibid., p. 6
[44] Ibid., p. 7
[45] Ibid., p. 7
[46] Ibid., p. 7
[47] En 1982, ce ministère est rebaptisé ministère de l’Industrie aérospatiale (Hángtiān gōngyè bù 航天工业部).
[48] Ibid., p. 7
[49] Ibid., p. 7
[50] Ibid., p. 8
[51] Ibid., p. 8
[52] Ibid., p. 8
[53] Ibid., p. 8
[54] Ibid., p. 8
[55] Ibid., p. 8
[56] Ibid., p. 8
[57] Le schisme sino-soviétique trouve son origine dans le XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique qui se tient en 1956, durant lequel Nikita Khrouchtchev condamne les crimes de son prédécesseur. Dans les années qui suivent, Chinois et Soviétiques critiquent les errements idéologiques de l’un et de l’autre. Chacun accusant l’autre de révisionnisme. Les Soviétiques estiment que la politique du Grand Bond en avant et la création des communes populaires en Chine, ne sont pas la voie à suivre pour l’édification du socialisme. Les Chinois critiquent le soutien soviétique à l’Inde avec laquelle la Chine a un contentieux frontalier. En outre, pour les Chinois, Khrouchtchev a renoncé à la guerre mondiale contre le camp capitaliste. En acceptant de cohabiter avec le camp occidental, les Soviétiques ont donc trahi la cause du communisme en pactisant avec la bourgeoisie capitaliste. Lors du XXIIe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique d’octobre 1961, la rupture est définitivement consommée entre Chinois et Soviétiques qui se perçoivent désormais comme ennemis.
[58] C’est d’ailleurs sur le plan nucléaire que Soviétiques et Américains commencent à initier une forme d’entente préliminaire, notamment suite à la crise de Cuba de 1962. Khrouchtchev craint que la prolifération nucléaire chinoise affecte les négociations américano-soviétiques sur l’interdiction des essais atomiques.
[59] Ibid., p. 8
[60] Ibid., p. 8
[61] Ibid., p. 8
[62] Ibid., p. 8
[63] Ibid., p. 8
[64] Ibid., p. 8
[65] Nous pouvons noter que c’est l’une des raisons qui poussèrent la France du général de Gaulle à développer l’arme atomique. Les Français ne jugent pas le parapluie nucléaire américain en Europe fiable. Est-ce que les Américains consentiraient à une riposte nucléaire en cas d’attaque massive de l’Armée rouge en Europe, au risque de voir le territoire américain vitrifié par les armes nucléaires soviétiques ? De plus, les Américains ont proposé des armes nucléaires aux Français, à la condition que Washington conserve un droit de regard sur leur emploi. C’est inacceptable pour la France gaulliste. Sur ce point, les Français et les Chinois refusent d’être sous la tutelle des deux superpuissances américaine et soviétique.
Par ailleurs, Chinois et Français s’opposent au traité de 1963 sur l’interdiction partielle des essais nucléaires, les deux pays y voient une tentative des Américains et des Soviétiques de maintenir un duopole de l’arme nucléaire. En s’opposant à la logique des blocs, en mettant l’accent sur l’indépendance nationale renforcée grâce à l’arme nucléaire, la France et la Chine ont une perspective similaire sur l’état des relations internationales pendant la guerre froide. En bref, nous voyons que, hormis sur le plan idéologique, Chinois et Français partagent une même vision du monde. Cette convergence de vue mène au rapprochement diplomatique entre la Chine maoïste et la France gaulliste avec l’établissement de relations diplomatiques en 1964. La France est le premier grand pays occidental à reconnaître la Chine populaire. Cette reconnaissance est essentielle pour la Chine dans sa quête de légitimité internationale. Elle est une étape importante dans la fin de son isolement diplomatique.
Pour ceux qui désirent en savoir plus sur les relations franco-chinoises pendant la guerre froide, vous pouvez vous référer au très bon article synthétique de LIU Kaixuan, « Les relations politiques franco-chinoises de 1949 à 1983 : entre mythe et réalité », dans Monde chinois, n°59, Paris, Eska, 2019, 178 p., pp. 14-25, [en ligne] https://www.cairn.info/revue-monde-chinois-2019-3-page-14.htm (dernière consultation le 05/01/2024)
[66] CE Hua, CHEN Yu, DOU Peng et SUN Yu, op. cit., p. 7
[67] Ibid., p. 9
[68] Ibid., p. 9
[69] Ibid., p. 9
[70] Ibid., p. 9
[71] Ibid., p. 9
[72] Ibid., p. 10
[73] Ibid., p. 10
[74] Ibid., p. 10
[75] Ibid., p. 10
[76] Ibid., p. 10
[77] Ibid., p. 10
[78] Ibid., p. 10
[79] Ibid., p. 11
[80] Ibid., p. 11
[81] Ibid., p. 11
[82] Ibid., p. 11
[83] Ibid., p. 11
[84] Ibid., p. 11
[85] Contrairement à la bombe A qui repose sur la fission d’atomes d’uranium ou de plutonium (d’où le nom de bombe à fission) pour générer une réaction en chaîne et libérer une quantité massive d’énergie, la bombe H repose sur le principe de la fusion. La bombe à fusion met en œuvre le même type de réaction physique qui a lieu dans les étoiles de notre système solaire. Des rayons X sont utilisés pour forcer la fusion d’atomes d’hydrogène. Ainsi, la bombe thermonucléaire génère une quantité beaucoup plus grande d’énergie que la bombe à fission.
[86] Ibid.
[87] Ibid.
[88] Ibid.
[89] Ibid.
[90] Ibid.
[91] Ibid.
[92] Ibid.
[93] Ibid.
[94] Ibid.
[95] Ibid.
[96] En Chine, il est fréquent de considérer Yu Min comme le père de la bombe H, du fait de ses contributions essentielles à la conception de cette arme. Toutefois, Yu Min se défend d’un tel titre : pour lui, la bombe à hydrogène est avant tout un effort collectif. Il n’est qu’un rouage dans la machine.
[97] Ibid.
[98] Ibid.
[99] Ibid.
[100] Ibid.
[101] L’université Tsinghua et l’université de Pékin sont les deux institutions d’enseignement supérieur les plus réputées de toute la Chine. L’admission y est extrêmement sélective. Elles forment l’élite scientifique, intellectuelle et politique du pays.
[102] HONG Yuan 洪源 et RONG Yu 荣予, « Cóng fǎnhé wēishè zhànlüè dào zuìdī hé wēishè zhànlüè: Zhōngguó hé zhànlüè yǎnjìn zhī lù » 从反核威慑战略到最低核威慑战略:中国核战略演进之路 (« De la stratégie de contre-dissuasion nucléaire à la stratégie de dissuasion nucléaire minimale : l’évolution de la stratégie nucléaire chinoise »), dans Dāngdài yàtài 当代亚太 Contemporary Asia-Pacific Studies (« Études sur l’Asie-Pacifique contemporaine »), n°2009/03, Beijing, Dāngdài yàtài zázhì shè, 2009, pp. 120-132, [en ligne] https://chn.oversea.cnki.net/KCMS/detail/detail.aspx?dbcode=CJFD&dbname=CJFD2009&filename=DDYT200903011&uniplatform=OVERSEA&v=ENWf-KE1SoeuK3vJSuNsyD85eKVjiU1S7pnboTu0X2UTXlDyx5IpV51SS9w05X1T (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[103] Ibid., p. 120
[104] Le point de vue des auteurs est intéressant et recevable. Toutefois, comme trop souvent chez les auteurs chinois, l’Occident est considéré comme un bloc monolithique représenté par les États-Unis. Quid de la réflexion stratégique française pendant la guerre froide qui a établi le concept de « dissuasion du faible au fort » ? Les auteurs n’en parlent pas et se limitent aux penseurs américains de la dissuasion nucléaire. Rong et Hong oublient que l’Occident est composé d’une myriade de pays, de peuples, de langues et de cultures différentes. La civilisation occidentale trouve ses racines en Europe et non en Amérique. Nous imputons cette vision myopique à la méconnaissance d’autres langues européennes que l’anglais et à une ignorance de l’histoire européenne sur la longue durée.
[105] Ibid., p. 122
[106] Ibid., p. 122
[107] Ibid., p. 122
[108] Ibid., p. 123 (traduction personnelle)
[109] Ibid., p. 123
[110] Ibid., p. 123 (traduction personnelle)
[111] Le concept de défense active perdure jusqu’à aujourd’hui dans la littérature et les discours officiels sur la stratégie de défense de la Chine.
[112] Ibid., p. 124
[113] Ibid., p. 124
[114] Ibid., p. 124
[115] Ibid., p. 124
[116] Ibid., p. 125 (traduction personnelle)
[117] Ibid., p. 125
[118] Les provinces du Sichuan (四川), Guizhou (贵州), Shaanxi (陕西), Gansu (甘肃), Ningxia (宁夏), Qinghai (青海), Shanxi (山西), Henan (河南), Hunan (湖南), Hubei (湖北), Guangdong (广东), Guangxi (广西).
[119] Ibid., p. 125
[120] Ibid., p. 125
[121] Ibid., p. 126
[122] Ibid., p. 126
[123] Ibid., p. 126
[124] Ibid., p. 126
[125] Ibid., p. 126
[126] Ibid., p. 127
[127] Ibid., p. 127
[128] Ibid., p. 128
[129] Ibid., p. 122
[130] Ibid., p. 128
[131] Ibid., p. 123
[132] Ibid., p. 128
[133] Ibid., p. 128
[134] Ibid., p. 128
[135] Ibid., p. 129
[136] Ibid., p. 129 (traduction personnelle)
[137] Ibid., p. 129 (traduction personnelle)
[138] Ibid., p. 129 (traduction personnelle)
[139] Ibid., p. 129
[140] Ibid., pp. 131-132
[141] Ibid., pp. 131-132
[142] Ibid., p. 129
[143] Ibid., p. 129
[144] Ibid., p. 130
[145] La commission militaire centrale chapeaute la chaîne de commandement de l’entièreté des forces armées chinoises. Elle est l’institution militaire de décision suprême composée de très hauts gradés. Elle délibère et prend des décisions très importantes sur des sujets relatifs à la défense nationale (emploi des forces, réformes, programmes d’armement, etc.). Tout président chinois est chef des armées en sa qualité de la commission militaire centrale. Il existe deux commissions militaires centrales virtuellement identiques, celle du parti communiste chinois et celle de l’État.
[146] Cet institut de recherche a été créé le 8 octobre 1956, il est le premier institut de recherche créé par le gouvernement chinois pour étudier les technologies des missiles.
[147] Wangyi 网易, « Wǎngyì yuèbīng dì 63 qī: Dì èr pàobīng cóng zǔjiàn dào hé cháng jiānbèi » 网易阅兵第63期:第二炮兵从组建到核常兼备, (« Wangyi parade militare n°63 : La deuxième artillerie, de sa création à sa possession d’une double capacité nucléaire et conventionnelle »), dans 163.com, Hangzhou, NetEase, 2009, [en ligne] https://www.163.com/dy/article/FPV6OEVV0535PGPZ.html (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[148] Ibid.
[149] Ibid.
[150] Ibid.
[151] Ibid.
[152] Ibid.
[153] Ibid.
[154] Ibid.
[155] Ibid.
[156] Ibid.
[157] Ibid.
[158] Ibid.
[159] Ibid.
[160] Ibid.
[161] Ibid.
[162] Ibid.
[163] Ibid.
[164] Ibid.
[165] Ibid.
[166] Ibid.
[167] Ibid.
[168] Ibid.
[169] Ibid.
[170] Ibid.
[171] Ibid.
[172] Ibid.
[173] Ibid.
[174] Ibid.
[175] Ibid.
[176] Ibid.
[177] Ibid.
[178] Ibid.
[179] Ibid.
[180] Ibid.
[181] Ibid.
[182] Ibid.
[183] Ibid.
[184] Ibid.
[185] Ibid.
[186] Ibid.
[187] Ibid.
[188] Ibid.
[189] Ibid.
[190] La traduction au sens littéral est « force des fusées », mais la traduction en « force des missiles » existe aussi.
[191] Ganbuwenzhai 干部文摘, « Zhōngguó “èr pào” wèihé gēngmíng huǒjiàn jūn » 中国“二炮”为何更名火箭军 (« Pourquoi la “seconde artillerie” chinoise a-t-elle changé son nom en force des fusées ? »), dans Dǎng zhèng lùntán 党政论坛 (« Forum des partis et du gouvernement »), n°2016/03, Zhōnggòng shànghǎi shìwěi dǎngxiào, 2016, p. 40, [en ligne] https://www.cnki.net/KCMS/detail/detail.aspx?dbcode=CJFD&dbname=CJFDLASN2016&filename=DZGW201603037&uniplatform=OVERSEA&v=S6vU2PWcriP1m8RVScPd7yQa1HAStX6IcVCeK7DVYbIvzVPYn2ul8MsDJ84OB9gx (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[192] Ibid.
[193] Ibid.
[194] Ibid.
[195] Ibid.
[196] Ibid.
[197] Ibid.
[198] Ibid.
[199] Ibid.
[200] Ibid.
[201] Il faut noter que même si la France et le Royaume-Uni ne sont pas signataires de ce traité, elles ont aussi désarmé leurs vecteurs de courte et moyenne portée pouvant emporter l’arme nucléaire, au lendemain de la guerre froide. Le Royaume-Uni ne retient plus qu’une capacité de frappe nucléaire stratégique par le biais de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. La France a retiré du service ses systèmes d’armes nucléaires terrestres à courte portée Pluton et Hades. Cependant, la France conserve une capacité de frappe nucléaire tactique aérienne par le biais du missile ASMP embarqué à bord d’avions de chasse.
[202] Ibid.
[203] Ibid.
[204] Shizuoy 史座y, « Zhōngguó zuì xiānjìn de héwǔqì yǒu 3 zhǒng, chúle dōngfēng-41 zhī wài, lìngwài 2 zhǒng shì shénme? » 中国最先进的核武器有3种,除了东风-41之外,另外2种是什么?, (« La Chine possède trois armes nucléaires de pointe, quelles sont les deux autres, outre le Dongfeng-41 ? »), dans baidu.com, Beijing, Baidu, 2024, [en ligne] https://baijiahao.baidu.com/s?id=1778159155048653363&wfr=spider&for=pc (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[205] Mirvé est un anglicisme. MIRV est une abréviation de l’anglais Multiple Independently Targetable Reentry Vehicle. Pour faire simple, un missile mirvé est constitué de plusieurs ogives nucléaires indépendantes pouvant être chacune programmée pour suivre une trajectoire spécifique. Bref, un missile mirvé est encore plus destructeur, car il peut frapper plusieurs cibles simultanément. Il pose plus de difficultés à la défense anti-aérienne pour son interception.
[206] Un mach équivaut à 1234,8 km/h.
[207] Ibid.
[208] WANG Jiajia 王甲甲, « Zhōngguó hǎijūn “zhǎngzǐ” de chéngzhǎng zhī lù——rénmín hǎijūn gè xíng qiántǐng de fǎ zhǎn » 中国海军“长子”的成长之路——人民海军各型潜艇的发展, (« Le chemin de croissance du « fils aîné » de la marine chinoise – le développement de divers types de sous-marins de la marine populaire »), dans jfdaily.com, Shanghai, Shangguan, 2019, [en ligne] https://baijiahao.baidu.com/s?id=1778159155048653363&wfr=spider&for=pc (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[209] Ibid.
[210] Ibid.
[211] Ibid.
[212] Ibid.
[213] Ibid.
[214] Un nœud est l’équivalent de 1,85 km/h.
[215] Ibid.
[216] Ibid.
[217] Ibid.
[218] Ibid.
[219] Ibid.
[220] Ibid.
[221] Ibid.
[222] Ibid.
[223] Ibid.
[224] Ibid.
[225] Ibid.
[226] Ibid.
[227] Ibid.
[228] Ibid.
[229] Dageyoudianwei 达哥有点味, « Qiáng-5 jiǎ hédàn tóuzhí jī: Zhōngguó zuìzǎo de hé wēishè lìliàng » 强-5甲核弹投掷机:中国最早的核威慑力量, (« Le lanceur de bombes nucléaires Qiang-5A : la plus ancienne force de dissuasion nucléaire de la Chine »), dans baidu.com, Beijing, Baidu, 2023, [en ligne] https://baijiahao.baidu.com/s?id=1778159155048653363&wfr=spider&for=pc (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[230] Ibid.
[231] Ibid.
[232] Ibid.
[233] Ibid.
[234] Ibid.
[235] Ibid.
[236] Ibid.
[237] Chuàngzuòzhě_S38D 创作者_S38D, « Jiěfàngjūn kōng shè hé dǎodàn bèi xiè, dǎodàn zhēnshí xìngnéng yìwài pīlù, duì měiguó běntǔ fāqǐ hé wēishè » 解放军空射核导弹被泄,导弹真实性能意外披露,对美国本土发起核威慑, (« Fuite d’un missile nucléaire aéroporté de l’APL, révélation accidentelle des performances réelles du missile, lancement de la dissuasion nucléaire contre le continent américain »), dans 163.com, Hangzhou, NetEase, 2020, [en ligne] https://www.163.com/dy/article/FPV6OEVV0535PGPZ.html (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[238] Ibid.
[239] Ibid.
[240] Ibid.
[241] Stockhol International Peace Research Institute (SIPRI), SIPRI Yearbook 2022 Résumé en français, Stockholm, SIPRI, 2022, 26 p., [en ligne] https://www.sipri.org/sites/default/files/2022-10/yb22_summary_fra.pdf (dernière consultation le 13/01/2024)
[242] Keluoliaofu 科罗廖夫, « Zhōngguó yǒu duōshǎo hédàntóu? Měifāng qíngbào jīngquè dào gè wèi shù, wǒguó zhǐ huífùle 6 gè zì » 中国有多少核弹头?美方情报精确到个位数,我国只回复了6个字, (« Combien d’ogives nucléaires la Chine possède-t-elle ? Les renseignements américains sont précis à un chiffre près, et notre pays n’y répond que par 6 mots »), dans sohu.com, Beijing, Sohu, 2023, [en ligne] https://www.sohu.com/a/729829784_121462986 (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[243] Ibid.
[244] Ibid.
[245] Ibid.
[246] Ibid.
[247] Ibid.
[248] Zhōnghuá rénmín gònghéguó guófáng bù 中华人民共和国国防部, « Guófáng bù xīnwén fāyán rén wú qiān jiù měiguó guófáng bù 2023 nián “zhōngguó jūnshì yǔ ānquán fāzhǎn bàogào” fābiǎo tánhuà » 国防部新闻发言人吴谦就美国国防部2023年《中国军事与安全发展报告》发表谈话, (« Le porte-parole du ministère de la Défense nationale, Wu Qian, a fait une déclaration sur le rapport 2023 “Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China” du ministère américain de la Défense»), dans Zhōnghuá rénmín gònghéguó guófáng bù 中华人民共和国国防部 (« Ministère de la Défense nationale de la République populaire de Chine »), Beijing, Ministère de la défense nationale de la République populaire de Chine, 2023, [en ligne] http://www.mod.gov.cn/gfbw/qwfb/16261516.html (dernière consultation le 05/01/2024) (traduction personnelle)
[249] Ibid.
[250] Ibid.
[251] Ibid.
[252] Ibid.
[253] Ibid.

3 réflexions sur “La dissuasion nucléaire de la République populaire de Chine”