Duel dans le Pacifique

Voilà un singulier film de guerre que ce Duel dans le Pacifique !

Sorti en août 1969 dans les salles françaises, Duel dans le Pacifique (Hell in the Pacific) est le troisième film réalisé par John Boorman, réalisateur britannique à la filmographie pour le moins éclectique et passionnante – et accessoirement ponctuée de films cultes tels que Délivrance et Excalibur

Se déroulant en 1944, soit en pleine guerre du Pacifique, Duel dans le Pacifique est singulier en ce qu’il ne met en scène que deux personnages : un aviateur américain et un marin japonais. Deux soldats ennemis qui, ayant tous deux échoué sur la même île inhabitée du Pacifique, vont découvrir leur existence mutuelle… et les conflits intérieurs qui en résultent. 

Que faire, perdu sur une île déserte, avec pour seul compagnon un adversaire idéologique ? Un adversaire, que si l’on ne tue pas, qui peut lui tenter de nous tuer ? Prendre l’initiative de le combattre – au risque d’y perdre la vie – ou bien tenter de coopérer – au risque que lui en profite pour nous abattre à la première occasion ? Et si coopération il doit finalement y avoir, à quelle fin ? S’ils parviennent tous les deux à s’entendre, à construire ensemble un radeau puis à le piloter, qu’adviendra-t-il pour chacun d’eux lorsqu’un groupe (américain ? japonais ?) enfin les récupèrera ?

Tous les deux ont besoin de l’autre pour s’en sortir, mais peuvent-ils s’en sortir tous les deux ?

Là est tout le drame de ce film, qui se caractérise par ailleurs par une économie surprenante de dialogues (Boorman ayant initialement pour idée de réaliser un film muet, la première demi-heure du film est, à l’exception de quelques grognements, muette) comme de scènes d’action (si bien que, sur ordre de la production, deux scènes d’affrontements physiques seront tournées dans un seul but promotionnel – l’affiche française allant même jusqu’à présenter une explosion et des soldats absents du film).

Enfin, Duel dans le Pacifique ne mettant en scène que deux personnages, il fallait évidemment deux pointures pour les interpréter. Qu’à cela ne tienne : ce seront Lee Marvin et Toshirô Mifune – deux acteurs ayant par ailleurs servi leur pays respectif pendant la guerre du Pacifique ! Le premier, consacré par un Oscar quatre ans plus tôt, était alors en pleine gloire aux Etats-Unis, quand le second était alors lui l’acteur japonais le plus populaire dans son pays. Deux grands noms, deux gueules fascinantes, rivalisant ici de charisme dans ce duel impitoyable à l’issue jusqu’au bout incertaine.

Autant de bonnes raisons de (re)découvrir aujourd’hui ce film, en somme assez radical dans son approche du film de guerre – on pourrait en fait presque parler d’anti-film de guerre – et dans son traitement… jusqu’à son final, pour le moins déconcertant. Que l’on vous laisse découvrir !

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