Un soldat allemand pose devant la porte Est du Temple du Ciel à Pékin, au lendemain de la rébellion des Boxeurs (1899 - 1901)

Le rêve mongol de l’Allemagne : l’expédition Pappenheim (1914-1915)

L’expansionnisme russe et la Chine

Jusqu’à la chute de l’empire en 1911 et malgré près d’un siècle de prédation étrangère, la Chine recouvre encore les « dix-huit provinces » héritées de la dynastie des Ming 明 – la Chine « propre » – ainsi que plusieurs « provinces extérieures » acquises durant la dynastie des Qing 清, à savoir la Mandchourie, la Mongolie, le Turkestan chinois ou oriental (en chinois : Xinjiang 新疆) et le Tibet. Sous pression de l’Empire britannique au sud (Kashgarie, Tibet, Yunnan 云南) et de l’Empire russe au nord et à l’ouest (Turkestan chinois, Mongolie, Mandchourie), elle perd néanmoins le contrôle de certains territoires au cours du XIXe siècle. En 1858, elle doit céder à la Russie la région au nord du fleuve Amour (en chinois : Heilongjiang 黑龙江), correspondant aux actuels oblasts de l’Amour et autonome juif, ainsi qu’à la moitié sud de l’actuel kray[1] de Khabarovsk. En 1860, la Russie annexe encore le territoire côtier situé entre ces nouvelles acquisitions et la frontière coréenne, formant l’actuel kray du Primor’e. Elle occupe aussi temporairement la vallée de l’Ili, à l’actuelle frontière sino-kazakhe, de 1871 à 1877[2].

La Chine en 1914
La Chine en 1914, croquis effectué par Mathieu Gotteland, 2025, La Revue d’Histoire Militaire

Cette politique expansionniste prend un nouvel élan à la fin du siècle avec la construction du Transsibérien. Celle-ci commence en 1891, à la fois depuis Chelyabinsk – dans l’Oural, à 1500 km à l’est de Moscou – et Vladivostok – la « dominatrice de l’Est », sur l’océan Pacifique et près des frontières chinoise et coréenne. La ligne de l’Oussouri reliant Vladivostok à Khabarovsk est complétée en 1897. Le chemin de fer relie Moscou à Chita via Chelyabinsk dès 1900 – sauf la section contournant le lac Baïkal. La voie la plus courte mais aussi la plus praticable pour relier Chita à Vladivostok traverse le territoire chinois. La concession pour la construction du Transmanchourien est obtenue en 1896 et les travaux sont terminés en 1903. Ce dernier est aussi un moyen de pénétration pacifique dans le nord-est de la Chine. Il s’accompagne d’une occupation militaire, ainsi que de zones minières et urbaines sous administration russe[3].

Le Transsibérien en 1914
Le Transsibérien en 1914, croquis effectué par Mathieu Gotteland, 2025, La Revue d’Histoire Militaire. En bleu, le Transmanchourien, sous contrôle russe. En rouge, le Sud-Mandchourien, sous contrôle japonais.

À cet impérialisme ferroviaire s’ajoute une politique d’influence à Beijing 北京. La défaite de la Chine lors de la Première Guerre sino-japonaise (1894-1895) met en danger les intérêts russes naissants en Mandchourie et en Chine du Nord. C’est ce qui motive la Russie à intervenir conjointement avec l’Allemagne et la France pour obtenir du Japon qu’il renonce à la péninsule du Liaodong 辽东, en Mandchourie du sud. Alors que la Russie cimente son amitié avec la Chine par un traité secret d’alliance (1896), l’Allemagne se paye par l’occupation puis la cession à bail de la baie de Jiaozhou 胶州, dans la province de Shandong 山东 (1897-1898). Elle donne ainsi le signal de la curée. La Russie en bénéficie indirectement, en obtenant la cession à bail… du Liaodong (1898), avec le port commercial de Dalian 大连 (en russe : Dal’niy, en japonais : Dairen 大連) et la base navale de Lüshunkou 旅顺口 (en russe : Port-Artur, en japonais : Ryojunkō 旅順口)[4].

Tout cela est partiellement soldé lors de la guerre russo-japonaise (1904-1905). Le territoire à bail du Liaodong passe sous le contrôle du Japon, avec le chemin de fer le reliant à la ville de Changchun 长春 (qui devient le Sud-Mandchourien). La prépondérance japonaise en Corée est désormais incontestée, et les belligérants s’entendent rapidement afin de protéger mutuellement leurs zones d’influence : japonaise en Mandchourie du sud et russe dans le nord. Le Japon reconnaît à l’occasion de cet accord les intérêts de la Russie en Mongolie extérieure (1907). Japon et Russie coordonnent leurs politiques chinoises et renoncent à leur concurrence pour le contrôle de la Mandchourie (nouvel accord bilatéral en 1910)[5].

Le Transmanchourien et le Sud-Manchourien en 1914
Le Transmanchourien et le Sud-Manchourien en 1914, croquis effectué par Mathieu Gotteland, 2025, La Revue d’Histoire Militaire. En bleu, le Transmanchourien, sous contrôle russe. En rouge, le Sud-Mandchourien, sous contrôle japonais.

La Chine, la Mandchourie et la Mongolie en 1914

À la suite de la révolution républicaine en Chine (octobre 1911), tant la Mongolie que le Tibet déclarent leur indépendance, notamment en réaction à la colonisation han[6]. Cette nouvelle situation resserre encore l’entente russo-japonaise. En 1912, la Russie signe un accord avec la Mongolie indépendante ou extérieure. Elle y reconnaît et soutient l’autonomie de la région. Dans le même temps, un nouveau traité russo-japonais (1912) est signé afin de déterminer les zones d’influence de chacun en Mongolie intérieure, restée chinoise et qui ne s’est pas jointe au nouveau khanat mongol – les deux zones étant délimitées par le méridien de Beijing. Notons ici que Mandchourie et Mongolie intérieure se recoupent partiellement. Certaines définitions intègrent alors à la Mongolie intérieure tout le territoire mandchou à l’ouest du Transmanchourien et du Sud-Mandchourien[7].

Bogd Khan, chef d'État de la Mongolie extérieure de 1911 à 1924, 8e Jebtsundamba Khutuktu, le lama le plus important de Mongolie et détenant le troisième rang dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain
Bogd Khan, chef d’État de la Mongolie extérieure de 1911 à 1924, 8e Jebtsundamba Khutuktu, le lama le plus important de Mongolie et détenant le troisième rang dans la hiérarchie du bouddhisme tibétain, auteur inconnu, entre 1911 et 1924, Wikimedia Commons

Mongolie et Tibet reconnaissent mutuellement leur indépendance par un traité d’amitié et d’alliance en 1913. Le plénipotentiaire tibétain ayant signé ce dernier document est un sujet russe. Une invasion par la Mongolie extérieure de la Mongolie intérieure en 1913 tourne court sous la pression de la Russie, dont l’influence est assurée et qui cherche à résoudre amicalement avec la Chine la question mongole. La Mongolie indépendante est d’ailleurs amputée du Tannu Uriankhai (nord-ouest, auj. république de Tyva), devenu protectorat russe en avril 1914[8]. En somme, deux des provinces extérieures chinoises sont en guerre avec Beijing au moment où se déclenche le conflit mondial, prises en étau entre les influences et les appétits britannique, chinois et russe[9].

La Mongolie en 1914
La Mongolie en 1914, croquis effectué d’après une Carte de la Mongolie compilée par l’Institut cartographique A. Il’ina, d’après les données de I.YA. Korostovets[10], par Mathieu Gotteland, 2025, La Revue d’Histoire Militaire. En bleu, le Transsibérien, sous contrôle russe. En pointillé, la Grande Muraille, frontière symbolique entre la Chine d’une part, la Mandchourie et la Mongolie (intérieure) d’autre part.

Lorsqu’à l’été 1914 la guerre éclate en Europe, la Chine est l’un des rares pays d’Asie où l’Allemagne peut maintenir une présence diplomatique, voire militaire et coloniale – avec l’Afghanistan, le Siam, les colonies américaines, néerlandaises et portugaises. L’Allemagne y profite d’avantages certains : le territoire à bail de Jiaozhou, capitale Qingdao 青岛 – qui capitule en novembre 1914 – mais aussi des microcolonies urbaines à Hankou 汉口 (auj. Wuhan 武汉) et Tianjin 天津, un petit corps d’occupation en Chine du nord, le privilège de l’extraterritorialité, ainsi que le versement par la Chine à la deutsch-asiatische Bank – détenue par un consortium de banques privées allemandes – de fortes indemnités[11]. Les consulats allemands présents dans les pays neutres participent aussi à une guerre décidément et mondiale et totale, y compris par l’organisation de services de renseignements qui sont aussi des services d’action : sabotage, corruption, soutien aux factions régionales ou locales hostiles à l’Entente, notamment[12].

Les contradictions inhérentes à la neutralité d’un pays subissant l’impérialisme de multiples nations étrangères – y compris tous les principaux belligérants[13] – se ressent particulièrement en Mandchourie. La confusion est telle concernant les droits de la Russie en Mandchourie du nord que la mobilisation y est d’abord proclamée le 1er août 1914, avant d’être annulée le lendemain. Les consuls allemands et austro-hongrois ainsi que les nationaux de ces deux États sont priés de quitter tant le nord (4 août) que le sud (26 août). Militaires et réservistes sont faits prisonniers de guerre dans le nord et envoyés à Irkutsk. Lors de l’entrée en guerre de l’Empire ottoman, ses nationaux sont eux aussi expulsés de la zone d’influence russe[14].

Le Transsibérien est enfin appelé à transporter armes et munitions dans un sens et prisonniers de guerre dans l’autre, en application du traité d’alliance sino-russe de 1896. La construction d’un chemin de fer dit Transamour, c’est-à-dire reliant Chita à Vladivostok en contournant le territoire chinois, est entreprise dès 1907, après la guerre russo-japonaise, mais n’est achevée qu’en 1916, avec le franchissement du fleuve Amour[15]. Or, l’approvisionnement américain et japonais tant en céréales qu’en matériel de guerre se révèle vital pour l’effort de guerre russe, et ce dès la fin 1914. En raison du blocus allemand dans la mer Baltique et turc dans la mer Noire, la Russie a pu être comparée à une maison dont la porte et les fenêtres sont barricadées. Seuls les ports d’Arkhangelsk, sur la mer Blanche, et de Vladivostok permettent de maintenir le contact avec le monde extérieur[16].

L’expédition Pappenheim

Dans les premiers mois de la guerre, l’attention allemande est accaparée par la campagne de Qingdao, conséquence de l’entrée en guerre du Japon et du refus allemand de négocier avec la Chine une rétrocession du territoire à bail allemand. Sa valeur militaire lors d’un conflit majeur étant à peu près nulle – il a plutôt été acquis afin d’être un vecteur de puissance et d’influence – le choix de la résistance face au Japon répond à une question d’honneur et de prestige[17]. Les militaires, réservistes, matériel de guerre et navires allemands et austro-hongrois sont redirigés vers Qingdao, en dépit de la neutralité chinoise[18].

Après la capitulation de ce territoire, le 7 novembre 1914, les Allemands de Chine reviennent à une manière de « normalité » – aidée par un retour des communications avec la métropole via le continent américain, un temps totalement interrompu. Comme tous les postes diplomatiques allemands, la légation à Beijing et les consulats doivent participer à l’effort de guerre, tant par la diplomatie et le renseignement que par la propagande et la guerre secrète. Le ministère de la guerre et l’état-major allemand chargent donc l’attaché militaire à Beijing d’une mission dont l’ampleur et la couverture médiatique, le fantastique et la naïveté font l’une des principales affaires d’espionnage de la guerre.

Le 1er décembre 1914, le capitaine Rabe von Pappenheim reçoit l’ordre de Berlin « de détruire le Transsibérien par tous les moyens ». Contre l’avis du ministre d’Allemagne par intérim, le baron von Maltzan, contre celui du commandant de la garde de la légation allemande, l’explorateur Walther Stötzner, connaisseur de la Mandchourie, de la Mongolie et du Tibet, Pappenheim accepte[19]. Le ministre d’Autriche-Hongrie à Beijing, qui lors d’occasions similaires a donné des preuves de son indépendance, refuse son concours, tant l’entreprise lui « paraît insensée »[20]. Cette position lui vaut les remontrances de l’état-major austro-hongrois.

Lors du mois suivant, Pappenheim réunit une équipe hétéroclite. Lui-même, Werner Arthur Herbold Rabe von Pappenheim, fils du baron von Pappenheim, connaît bien l’Extrême-Orient. Engagé volontaire dans le 1er régiment d’infanterie est-asiatique, déployé en Chine du Nord de 1900 à 1903, il participe à plusieurs expéditions punitives contre des « villages boxeurs »[21], ainsi que contre Zhangjiakou 张家口. Après sa formation à l’école de guerre, il suit de 1907 à 1909 un séminaire de langues orientales à l’université Frédéric-Guillaume de Berlin, puis est nommé attaché militaire à Tōkyō 東京 en 1910, puis à Beijing en 1912. Il participe aux préparatifs de défense de Qingdao en 1914[22].

Les noms des Européens l’accompagnant nous sont connus par son épouse, Magdalene von Pappenheim, qui en 1931 obtient qu’une stèle commémorative soit installée à la légation allemande à Beijing. Le sous-lieutenant allemand Hermann Berger, ainsi que les lieutenants autrichiens Heinz Werrlein et Zagoričnik[23] sont des réfugiés des camps de prisonniers de Sibérie. Les sous-officiers de réserve allemands Wilhelm Müller, commerçant à Tianjin, et Fritz Pferdekämper, commerçant à Shanghai 上海, ainsi que l’ingénieur Friedrich Quappe, employé du chemin de fer allemand au Shandong et le contremaître Ludwig Ruf, ayant travaillé dans les mines allemandes de la même province, ont tous échappé à la capture par les Japonais après la campagne de Qingdao. Notons ici que Müller connaît bien la Mongolie, et que Pferdekämper, polyglotte, a été interprète à l’école allemande à Jinan 济南. Pour être disparate, la petite troupe n’en est donc pas moins compétente pour l’immense tâche à accomplir[24].

Ces officiers, artificiers et experts sont accompagnés de quatre Chinois et d’un Mongol dont les noms ne nous sont pas parvenus, ainsi que d’un nombre indéterminé de « barbes rouges » (en chinois : honghuzi 红胡子, en russe et d’après le chinois : khunkhuzy). Ces derniers, bandits, déserteurs et/ou soldats démobilisés, se prêtent volontiers au mercenariat, au même titre que les « pirates » en Chine du sud[25]. Les Japonais leur livraient des armes depuis 1912. C’est désormais le tour de l’Allemagne, qui font d’eux leur principal soutien en Chine du nord-est[26].

« Barbes rouges » durant la bataille de Shenyang
« Barbes rouges » durant la bataille de Shenyang, photographie d’un correspondant de guerre de Collier, 1904, dans The Russo-Japanese war; a photographic and descriptive review of the great conflict in the Far East, gathered from the reports, records, cable despatches, photographs, etc., etc., of Collier’s war correspondents , New York, P. F. Collier & son, 1905, Wikimedia Commons

En tout état de cause, il est impossible que Pappenheim ait réussi à s’adjoindre les quelques 800 « barbes rouges » qu’il espérait initialement recruter[27]. La bande se rend d’abord en chemin de fer de Beijing à Zhangjiakou, le 29 décembre 1914. Le 23 janvier 1915, l’épouse de Pappenheim reçoit de lui, par l’intermédiaire du baron von Maltzan, la confirmation que tout est en ordre avant de quitter Zhangjiakou. Les lingots d’argent, armes et explosifs sont chargés à dos de chameaux[28].

La Grande Porte Nord (vers la Mongolie) à Zhangjiakou
La Grande Porte Nord (vers la Mongolie) à Zhangjiakou, photographie de Leo Dudeney, de 1902 à 1907, Université de Bristol

Les services de renseignement russes croient par ailleurs que le chargement inclut deux avions en pièces détachées[29]. Cette crainte est probablement la conséquence d’une vaste campagne anti-aéroplanes lancée en 1914-1915 à travers la Sibérie et la Mandchourie du Nord, sur la base de multiples rapports faisant état d’aéronefs non-identifiés – et, en tout état de cause, inexistants[30]. Ni la Chine ni la Sibérie n’étaient alors équipés en aviation, tandis qu’à Qingdao, l’Allemagne ne possédait que trois monoplans, dont deux furent détruits dès le mois d’août 1914[31].

Caravane dans le désert de Gobi
Caravane dans le désert de Gobi, auteur inconnu, de 1922 à 1924, dans Natural History, vol. 24 New York, American Museum of Natural History, 1924, Wikimedia Commons

Mystère et scandale

Le 12 mars 1915, le Peking Times, journal britannique de Beijing, rend publique l’existence de l’expédition. Du 12 au 23 mars 1915, les journaux allemands, britanniques, français, russes de Chine bruissent de toutes sortes de rumeurs. L’information est bientôt reprise par de grands journaux américains, européens et japonais. Les superlatifs abondent. Dans la presse de l’Entente, on parle d’affaire « sensationnelle », « ridicule », de « folie », de « farce », de « flibusterie », en plus des qualificatifs habituels de la propagande. Le correspondant beijingois du North China Daily News recommande le sujet au célèbre écrivain britannique Putnam Weale pour son prochain livre[32].

En tout état de cause, l’incident a des répercussions considérables sur le plan psychologique, en bien comme en mal, tant en Chine, qu’en Asie et dans le monde. Il participe à ancrer chez les Alliés la perception de services allemands qui font « du roman policier »[33]. Il renforce chez les Russes la crainte déjà aigüe d’une cinquième colonne. Rappelons ici que le procès de Myasoedov, le Dreyfus russe, condamné à tort et exécuté pour haute-trahison, a lieu au même moment (mars 1915). Des pogroms anti-allemands surviennent deux mois plus tard à Moscou[34].

La manœuvre est volontaire : les journaux étrangers de Chine sont, déjà en temps de paix, les organes des postes diplomatiques. Malgré les dérapages causés par l’engouement médiatique et les besoins de la propagande, plusieurs éléments sont initialement partagés que seuls des services de renseignement peuvent détenir et intriguent par leur exactitude. Parmi ceux-ci, le passeport délivré à l’attaché militaire allemand par les autorités chinoises pour une partie de chasse en Mongolie intérieure orientale. L’information publiée, le ministre de Russie à Beijing proteste énergiquement contre une violation évidente de la neutralité chinoise. Sa démarche est soutenue par les représentants britannique et japonais dans la capitale[35].

Sensationnalisme, communiqués allemands et parallèles avec d’autres affaires tout aussi romantiques qu’improbables brouillent les pistes. Trois versions au moins circulent. Les premiers rapports laissent entendre que le sabotage du Transmandchourien entre Haila’er 海拉尔 (auj. Hulunbei’er 呼伦贝尔) et Qiqiha’er 齐齐哈尔 était l’objectif de l’expédition (voir la carte « Le Transmandchourien en 1914 »), voire que Pappenheim serait parvenu jusqu’au tunnel de Boketu 博克图, près de la frontière russe. Là, il aurait tenté sans succès de soudoyer un fonctionnaire chinois avant de fuir en direction de la steppe mongole, où sa caravane aurait été exterminée. Un journal japonais le croit au contraire enfui en Sibérie, où les prisonniers de guerre allemands et austro-hongrois sont très nombreux et difficilement contrôlables[36].

Le nouveau ministre d’Allemagne à Beijing, l’amiral von Hintze, lui-même amateur d’intrigues politiques et d’espionnage et récemment arrivé du Mexique en toute clandestinité, déclare que Pappenheim est « en route pour le front ». En conséquence, journalistes comme services de renseignement resserrent leur vigilance, sur terre comme sur mer. Pappenheim est signalé au Turkestan oriental ou en Perse. Le 16 mai 1915, la Deutsche Zeitung für China le dit arrivé sain et sauf à Constantinople avec son groupe. Cette hypothèse est moins farfelue qu’il y paraît au premier abord. La voie de terre entre la Chine et l’Europe, par la Mongolie intérieure, le Turkestan chinois, l’Afghanistan, la Perse et l’Empire ottoman a été parcourue dans les deux sens pendant la Grande Guerre, malgré les difficultés évidentes d’une telle option[37].

Magdalene von Pappenheim embarquant à Shanghai sur le vapeur Korea afin de retourner en Allemagne via les États-Unis d’Amérique, certains pensent que son époux, ayant miraculeusement survécu, serait monté clandestinement à bord. La possibilité est suffisamment sérieuse ou la confusion assez générale pour que Japon comme Russie la placent sous surveillance, et à Beijing, et à Shanghai, et durant son séjour en Amérique[38].

La suspicion qui pèse sur elle est notamment le résultat de son ignorance apparente du décès de son mari. Et pour cause ! Elle est elle-même à la recherche d’informations fiables. Le père du capitaine, le député et baron Carl Rabe von Pappenheim, est informé confidentiellement par l’état-major de l’armée que son fils serait « sain et sauf à la frontière entre la Mongolie et le Tibet », information qui serait tenue d’un télégramme de l’amiral von Hintze. Alors que les journaux étrangers de Chine oscillent entre la thèse de l’évasion par voie de terre ou de mer et le massacre de l’expédition en Mongolie, une lettre du 3 janvier 1916 du même Hintze affirme à Magdalene von Pappenheim que « les investigations se poursuiv[ai]ent »… Elle n’est reçue par sa destinataire que le 3 mai 1922. Cette dernière va jusqu’à se rendre à Constantinople, sur la foi d’une fausse information allemande, espérant y retrouver son époux vivant[39].

L’enquête continue néanmoins auprès de voyageurs, hommes de l’ombre et diplomates allemands familiers des provinces extérieures, et notamment de la Mandchourie et de la Mongolie. Werner Otto von Hentig, à la tête de la mission à Kaboul[40], et qui en 1917 a rejoint Shanghai par la voie de terre, Hugo Witte, ancien consul à Shenyang 沈阳 et impliqué dans un réseau d’aide aux réfugiés des camps de Sibérie durant la guerre, prennent contact avec elle en 1919, mais ne connaissent l’affaire que par ouï-dire. En mars 1922, un ancien représentant de la Croix-Rouge en Sibérie lui transmet la copie inexacte d’un rapport russe sur le destin de l’expédition. En 1927, c’est Walther Stötzner qui lui soumet une nouvelle variante, elle aussi erronée. Aucun de ces récits ne laisse de doute quant au destin tragique du capitaine Pappenheim cependant[41].

La destruction de l’expédition

Les informations du Peking Times et de certains autres journaux étrangers de Chine ont très probablement été fournies par les légations[42] britannique et russe à Beijing. La publication du 12 mars suit de près les rapports de Khionin, consul général de Russie à Urga (auj. Ulaanbaatar, capitale de la Mongolie indépendante), expédiés les 9 et 10 mars à Saint-Pétersbourg, au centre administratif du Transmandchourien (à Ha’erbin 哈尔滨) et à la légation de Russie à Beijing, ainsi que celui d’Usatiy, vice-consul de Russie à Haila’er, destiné à la même légation et envoyé le 10 mars.

Cela explique les approximations, qui correspondent à l’appréhension russe de la situation à cette date, notamment quant au permis de chasse du capitaine von Pappenheim, la cible proposée pour une opération de sabotage, ou encore la tentative de paiement de 50 000 roubles-or. Ces approximations sont ensuite reprises dans la protestation russe au gouvernement chinois[43]. Les Japonais, qui soutiennent la démarche russe, émettent un mandat d’arrêt contre Pappenheim[44].

Le ministère chinois des Affaires étrangères est surpris et sceptique, comme le révèlent des télégrammes confidentiels interceptés par les services de renseignement russes à Ha’erbin. Il demande des informations aux généraux provinciaux ou jiangjun 將軍 des provinces du nord-est (Mandchourie), tout en suggérant qu’il s’agisse de « rumeurs […] sans fondement ». Les réponses des jiangjun du Heilongjiang Zhu Qinglan 朱慶瀾 et du Jilin 吉林 Meng Enyuan 孟恩遠 sont aussi interceptées par les Russes. Le premier répond qu’il n’a aucune information, qu’il s’agit effectivement d’une « rumeur », mais qu’il a donné l’ordre de retenir la caravane, afin de préserver la neutralité chinoise. Le second prétend que des rumeurs de sabotage du Transmandchourien ont été colportées par des Chinois espérant une récompense du contre-espionnage russe. Voyant cela, des Allemands les auraient imités[45].

Sur la base des informations du rapport transmis à Beijing le 10 mars, le vice-consul à Haila’er décide de l’envoi d’une quinzaine d’hommes du 5e régiment de cavalerie Transamour (en russe : Zaamurskiy) le 14 mars 1915. Parallèlement, Usatiy envoie un télégramme à Urga demandant la coopération des chefs mongols locaux avec les forces russes. Le détachement est approvisionné par les autorités mongoles indépendantes, qui fournissent aussi les chevaux de poste. Yegüzer Khutagt, gouverneur du sud-est de la Mongolie extérieure, et Bavuujav, commandant des forces mongoles anti-chinoises en Mongolie intérieure, sont notifiés[46].

Yegüzer Khutagt
Yegüzer Khutagt, auteur inconnu, Wikimedia Commons

Usatiy tient ses renseignements des commerçants russe Grigoriy Shadrin et Abram Berkovich. Le premier, de passage au camp de Bavuujav – à Üzemchin (en chinois : Wuzhumuqin 乌珠穆沁) dans le Shiliin Gol (en chinois : Xilin Guole 錫林郭勒) – à la mi-janvier, remarque la caravane allemande. Le chef mongol lui raconte alors que Pappenheim lui aurait proposé 50 000 roubles en échange de quelques 300 de ses hommes, afin de saboter le Transmandchourien entre Haila’er / Boketu et Qiqiha’er et d’empêcher ainsi le transport sur le front est d’armes achetées par la Russie au Mexique. Un large butin lui est promis en surplus du salaire proposé. Shadrin aurait aussi assisté à l’entraînement par les Austro-Allemands des soldats mongols au maniement des explosifs.

Bavuujav
Bavuujav, auteur inconnu, entre 1913 et 1916, Монголын түүх

Bavuujav remet à Shadrin divers objets comme éléments de preuve : une carte de visite et un livret en allemand, une carte en chinois, une carte et une lettre en langue mongole, ainsi qu’un obus explosif. Ces objets sont amenés à Usatiy. Après examen, l’obus s’avère contenir de la mélinite, un composé chimique plus puissant que le TNT. Les documents en mongol sont destinés aux chefs mongols de Haila’er et prescrivent d’empêcher les Allemands d’atteindre leur but, de surveiller leurs mouvements, d’informer les autorités russes afin de préserver l’amitié russo-mongole. Ces instructions émanent de Yegüzer Khutagt, en réponse aux demandes d’instructions de Bavuujav au gouvernement mongol à Urga. Étrangement, la rumeur concernant les avions en pièces détachées que transporterait la caravane y figure déjà[47].

Le trajet de l'expédition Pappenheim
Le trajet de l’expédition Pappenheim, croquis de Mathieu Gotteland, 2025, La Revue d’Histoire Militaire.

Rentrés à Haila’er le 13 avril, les cavaliers russes – guidés par Shadrin – n’ont pas dépassé le monastère de Yegüz. Là, Berkovich leur apprend comment les évènements se sont accélérés après le départ de Shadrin du camp de Bavuujav. Berkovich avait envoyé une lettre au commandant mongol le 3 mars, enjoignant de retenir les Allemands à Üzemchin. En réponse, il lui est demandé de venir en personne. Bavuujav lui explique que, le 18 février, Pappenheim avait envoyé un messager à Beijing. Une escorte lui a été accordée, qui l’a assassiné en chemin. Le lendemain, 19 février, la caravane allemande a pris la route de Qiqiha’er, accompagnée de deux hommes de Bavuujav, nommés Danminbu et Tumur. L’expédition est massacrée. Pappenheim, d’abord seulement blessé, est parvenu à tuer un des soldats mongols et à en blesser un second avant de succomber[48].

Les raisons de l’échec

Le destin tragique de la mission Pappenheim fait suite au refus de Bavuujav de servir la cause de l’Allemagne contre le Transmandchourien, mais non uniquement. Les instructions venues d’Urga par l’intermédiaire de Yegüzer Khutagt ne parlent que de surveiller et de retenir les Austro-Allemands, et non de les faire assassiner. Cela explique que Bavuujav ait dans un premier temps laissé partir la caravane d’Üzemchin, avant d’ordonner sa destruction. Il semble que la proposition des officiers de Bavuujav de capturer les Austro-Allemands et de les mener à Urga ait par ailleurs été refusée par leur commandant, au motif que le khanat avait ordonné de s’abstenir de toute violence à l’égard des étrangers[49].

Le khanat mongol, fraîchement formé, espère encore à cette date la reconnaissance par un gouvernement autre que le Tibet. La Russie elle-même, pour ne pas froisser son alliée chinoise, s’est abstenue de reconnaître l’indépendance de la Mongolie. Il est donc hors de question de se faire une ennemie de l’Allemagne ou de toute autre nation étrangère. Hommes, animaux, explosifs et documents sont pour l’essentiel brûlés sur le lieu de l’incident, pour les mêmes raisons.

Seuls les crânes, le papier-monnaie et quelques papiers d’importance secondaire – sinon qu’ils identifient formellement Pappenheim – sont conservés et présentés aux Russes. Il semble que le capitaine allemand se soit targué à Bavuujav de bénéficier de la protection du président chinois Yuan Shikai 袁世凯 et que sa présence en Mongolie intérieure soit justifiée par un permis de chasse, délivré par les autorités beijingoises. Au vu des télégrammes chinois interceptés par le contre-espionnage russe, mentionnés plus haut, il est probable qu’il ne s’agisse que d’une fiction – sauf à ce que le président Yuan ait agi à l’insu de son ministère des Affaires étrangères.

Parmi les papiers conservés par Bavuujav et transmis aux Russes, on remarque d’ailleurs plusieurs permis de chasse allemands datés de 1907 et 1908, ainsi qu’un passeport émis par le consul d’Allemagne à Tianjin au nom de Pappenheim, en langue chinoise. Il n’est pas impossible que ces documents aient participé à consolider un vaste coup de bluff de la part de la mission allemande. Si Bavuujav demande à transmettre ces informations en personne à Berkovich, c’est aussi pour mieux maintenir le secret quant à sa responsabilité dans la mort de l’attaché militaire allemand à Beijing et éviter ainsi les représailles tant de la Chine que de l’Allemagne[50].

De fait, il est difficile de se figurer comment les Allemands, qui bénéficient du conseil et du soutien de connaisseurs de la Mandchourie et de la Mongolie – Stötzner à Beijing, Müller et Pferdekämper dans la petite troupe – ont pu concevoir et tenter, non seulement un plan aussi fantastique – car il y a 850 km de Beijing à Üzemchin et 600 km d’Üzemchin à Qiqiha’er – mais aussi voué à l’échec au point de vue politique. Bavuujav, on l’a vu, dépend du gouverneur du sud-est et donc du khanat d’Urga. À travers lui, c’est une alliance avec la Mongolie extérieure que recherche l’Allemagne, dirigée contre la Russie et le Japon.

Or, si les Japonais se sont bien appuyés sur les Mongols pendant la guerre qu’ils ont menée contre les Russes en 1904, la situation a depuis entièrement changé. La Russie, en 1914-1915, est le principal soutien des indépendantistes mongols, leur rempart contre la Chine, voire l’espoir des pan-mongolistes qui espèrent le rattachement au nouvel État de la Mongolie intérieure. La déception causée par l’invasion de cette dernière en 1913, qui tourne court à la suite des pressions exercées par Saint-Pétersbourg, ne peut remettre en cause l’alliance avec le grand voisin russe.

Pire, Bavuujav a pour motivation profonde sa haine des colons d’ethnie han[51]. Certes, les agents de l’Allemagne ont l’habitude, sur le modèle donné au sommet de l’État, de soutenir et d’exacerber les sentiments religieux et/ou nationalistes ainsi que les mouvements politiques des populations locales, afin de s’en servir comme arme contre les intérêts de l’Entente, et ce à travers le monde[52]. Proposer à ce chef, commandant d’un régime pro-russe et en guerre contre la Chine, en rébellion contre la colonisation chinoise de son pays, l’union de la Chine et de la Mongolie (intérieure) contre la Russie et le Japon ne relève pas que du fantasme, mais de l’erreur la plus grossière.

Épilogue et autres actions allemandes à destination des Mongols

Notons d’ailleurs l’intérêt pris pour l’affaire aux plus hauts échelons de l’Empire russe, comme l’attestent non seulement les mentions manuscrites sur les rapports du ministre de la Guerre Sukhomlinov à Nicolas II (« Sa Majesté a bien voulu lire »), mais aussi les demandes d’informations supplémentaires de l’empereur concernant Bavuujav[53]. Cet intérêt fait écho aux craintes russes – très exagérées au vu des moyens allemands, mais non de leurs intentions – de l’ouverture d’un deuxième front en Chine et à la conscience aiguë de l’importance stratégique comme de la grande vulnérabilité du Transsibérien et notamment du Transmanchourien.

Dans un dernier rebondissement, Sergey Polikarpov, attaché à la légation de Russie à Beijing au moment des faits, donne sa propre version des événements dans le journal Zarya de Ha’erbin en 1935. Celle-ci corrobore en grande partie les archives et rapports qui se trouvent dans les fonds mongols et russes, y compris concernant le rôle de Shadrin et du vice-consulat à Haila’er. Elle s’en éloigne par certains détails cependant : les lingots d’argent transportés par Pappenheim et proposés à Bavuujav pour ses services, les instructions des cavaliers russes partis de Haila’er, qui auraient été de détruire la troupe austro-allemande, ou encore les explosifs, qui auraient été de la simple nitroglycérine contenue dans des bouteilles en verre.

Ces éléments supplémentaires sont très improbables néanmoins et il semble bien que la disparition des Allemands, Autrichiens, Chinois et Mongol de l’expédition soit imputable à la seule initiative de Bavuujav. Cela explique peut-être une nouvelle intervention de Stötzner jetant le doute sur la version de Polikarpov dans les Dresdner Neueste Nachrichten – et recommandant de s’en remettre au commerçant Berkovich pour établir la vérité. À l’appui de ses dires, Polikarpov produit une boîte contenant des fragments d’un crâne qu’il présente comme étant celui du capitaine allemand – par la suite rendue à sa famille. Le consul d’Allemagne à Ha’erbin fait de son côté les démarches nécessaires pour retirer d’un musée de la ville une lame présentée par Polikarpov comme ayant servi à décapiter Pappenheim[54].

De manière intéressante, Polikarpov mentionne une enquête entreprise par Usatiy concernant le sort de la mission Pappenheim, dès mars 1915. Bavuujav aurait présenté à ce nouveau détachement le cratère provoqué par l’incendie des matières explosives, ainsi que divers petits objets, boutons, morceaux de tissu, tessons de bouteilles et fragments osseux. Cela expliquerait que le Journal de Pékin et le Novosti Sham de Ha’erbin aient publié la nouvelle de la mort de Pappenheim comme étant tenue de source sûre, respectivement les 29 avril et 3 mai 1915. D’autres sources tendent cependant à placer ce voyage en septembre – mais à cette date, Bavuujav n’est plus à Üzemchin. Une autre enquête, demandée par le ministre de Russie à Beijing à Agvan Dorzhiev, un moine bouddhiste de nationalité russe, à l’occasion d’un voyage en Mongolie intérieure, aboutit en juin 1915. La mort de Pappenheim et de tous les membres de l’expédition ne fait plus alors aucun doute pour les autorités russes, bien que l’information reste tenue secrète… sauf pour le Peking Daily News qui bénéficie d’une nouvelle fuite le 21 juillet 1915[55].

Le gouvernement du khan est convaincu du sort de la mission allemande dès la fin du mois de février. En conséquence, Bogd Khan confère à Bavuujav divers titres mongols et récompenses, dont celui de terguun (ou commandant) et otgo (ou insigne) pour avoir « renforcé l’amitié entre les peuples [mongol et russe] ». Le commandant mongol reçoit de plus les titres chinois de jiangjun et celui de beizi 贝子 (ou prince du quatrième rang) en juillet sur une demande de la Russie à Urga. Shadrin et Berkovich sont décorés de l’ordre de Saint-Stanislas et reçoivent une gratification. Enfin, divers cadeaux sont destinés par la Russie à Bavuujav : une montre en or, ainsi que les révolvers et munitions conservés au vice-consulat de Haila’er[56].

La disparition de l’extraordinaire expédition du jeu géopolitique complexe en Mandchourie et en Mongolie ne permet pas au khanat d’Urga ni à Bavuujav de faire valoir leurs revendications à Saint-Pétersbourg. Au contraire, le traité de Kyakhta signé le 7 juin 1915 entre la Chine, la Mongolie et la Russie consacre une solution de compromis : la Mongolie extérieure obtient une large autonomie en échange de la reconnaissance de la suzeraineté chinoise et de l’abandon de ses revendications sur la Mongolie intérieure.

Bavuujav est le principal perdant de la nouvelle combinaison et refuse de démobiliser ses quelque 3 000 hommes. Il se voit bientôt lâché par le gouvernement du khan, pour qui il n’est plus qu’un « bandit ». En octobre 1915, il est défait par les troupes chinoises, qui le poursuivent en Mongolie extérieure. Là, ils se saisissent de son patron au monastère de Yegüz, qui doit servir de monnaie d’échange. La sympathie du gouvernement russe pour Bavuujav, due à la destruction de l’expédition Pappenheim, se manifeste une dernière fois en décembre par un effort de médiation. Il bute néanmoins sur « l’obstination » du commandant mongol.

En effet, ce dernier se décide au même moment pour l’alliance avec le Japon – ou plutôt avec le Kokuryūkai 黒龍会 ou Société du Dragon noir[57]. Il devient commandant-en-chef des forces mongoles du parti de la restauration impériale, en faveur du prince Su (en chinois : Su qinwang 肅親王), alors à Lüshunkou. Réfugié dans la région de Haila’er, Bavuujav se rend en Mandchourie du sud à l’été 1916, afin de soutenir un soulèvement pro-japonais à Changchun. Celui-ci ayant été réprimé, il doit faire demi-tour. Attaqué par l’armée chinoise à Linxi 林西, il y trouve la mort[58].

La mission Pappenheim est la tentative d’alliance germano-mongole à la fois la plus célèbre et la plus étudiée. Malgré cet échec retentissant, elle n’est pas la seule. Ainsi, deux autres Allemands, Fritz Klicker et Carl Nimz ou Nimtz, quittent Beijing le 4 avril 1915. Repérés non loin de Haila’er, ils reviennent sur leurs pas et retrouvent la capitale chinoise en juillet, après avoir parcouru quelque 2 500 km[59]. Bavuujav lui-même semble avoir averti les Russes quant à d’autres expéditions allemandes, information tenue du carnet d’un des membres de la mission Pappenheim. Au surplus des enquêteurs allemands envoyés s’assurer du sort de cette dernière, les archives russes font mention d’autres étrangers suspects partis de Zhangjiakou à destination de la Mongolie intérieure, dont d’anciens policiers allemands de Qingdao. Au moins trois tentatives sont ainsi recensées.

À la même époque (avril-mai 1915), le consul allemand Witte est à la tête d’un service d’action à Shenyang qui s’appuie tant sur les barbes rouges et sur les Coréens que sur les Mongols. Son programme d’action est très vaste : aide aux réfugiés des camps de Sibérie, sabotage du Transmanchourien, obstacle à l’approvisionnement russe (céréales, bétail) en Mandchourie et en Mongolie, propagande (notamment par la publication d’un journal), renseignement et assassinats. Cette organisation, Jingwei tuan 警卫团 (en français : corps de garde) ou Gongwei tuan 公卫团 (en français : corps de salut public), dépend de l’amiral von Hintze à Beijing.

Teintée de pan-asiatisme, elle vise à l’unification du peuple chinois – y inclus les Mongols – et à l’expulsion des Japonais et des Russes de Mandchourie. L’échec prévisible de Pappenheim auprès de Bavuujav n’incite donc pas l’Allemagne à changer de ligne politique dans cette région, mais plutôt de public. Désormais, il s’agit de s’adresser directement à la population mongole du nord-est. Des professeurs de langue mongole, de nationalité chinoise comme mongole, sont d’ailleurs adjoints au Gongwei tuan. En 1919, l’Autriche décerne à Witte une décoration militaire pour services rendus[60].

Enfin, peu avant que Bavuujav trouve la mort à la bataille de Linxi, un détachement de 70 Allemands (!) et 30 Chinois semble former l’avant-garde ennemie. Elle est mise en déroute et doit se replier vers Zhangjiakou. Le chiffre est si élevé qu’il paraît impossible que tous aient été allemands. Il semble plus probable que les 70 Européens soient issus des larges contingents polonais, tchèque et ukrainien installés en Mandchourie dans la zone russe[61].

Si vous avez aimé cet article, nous vous conseillons également :

Bibliographie :

ARIGA Nagao, La Chine et la Grande Guerre européenne au point de vue du droit international, Paris, A. Pedone, 1920, 342 p.

AYRAPETOV Oleg Rudol’fovich АЙРАПЕТОВ Олег Рудольфович, « « Delo Myasoedova ». XX vek nachinaetsya… « Дело Мясоедова ». XX век начинается. . . » (« « L’affaire Myasoedov ». Le XXe siècle commence… »), dans Vestnik Ryazanskogo gosudarstvennogo universiteta im. C. A. Esenina Вестник Рязанского государственного университета им. С. А. Есенина (« Bulletin de l’université S.A. Esenin de Ryazan »), n° 24, Ryazan, Ryazanskogo gosudarstvennogo universiteta im. S. A. Esenina Рязанского государственного университета им. С. А. Есенина, 2009, pp. 110-129

BURMEISTER Helmut, « Der geheimnisvolle Tod des Werner Rabe von Pappenheim: Der Liebenauer Baron und sein Schicksal in China » (« La mort mystérieuse de Werner Rabe von Pappenheim : Le baron de Liebenau et son destin chinois »), dans BURMEISTER Helmut (éd.), JÄGER Veronika (éd.), China 1900, Der Boxeraufstand, der Maler Theodor Rocholl und das « alte China » (« La Chine en 1900, La révolte des Boxeurs, le peintre Theodor Rocholl et la « vieille Chine »), Hofgeismar, Verein für hessische Geschichte und Landeskunde e. V., 2000, 184 p., pp. 109-123

FERETTI Valdo, « Japan and the Russian Entente of 1912 », dans Rivista degli studi orientali, vol. 56, Roma, Sapienza – Università di Roma, 1982, 236 p., pp. 161-175

GARBUTT P. E., « The Trans-Siberian Railway », dans The Journal of Transport History, vol. 1, n° 4 (1954), Thousand Oaks, Californie, SAGE Publications, 260 p., pp. 238-249

GOTTELAND Mathieu, L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie en Chine, 1895-1918, thèse de doctorat, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2021, 481 p.

GOTTELAND Mathieu, « Le Haut-Laos, front oublié de la Première Guerre mondiale », dans La Revue d’Histoire Militaire, Les Lilas, La Revue d’Histoire Militaire, 2024, [en ligne] https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2024/10/30/le-haut-laos-front-oublie-de-la-premiere-guerre-mondiale-1914-1916/ (dernière consultation le 25/02/2025)

GREKOV Nikolay Vladimirovich ГРЕКОВ Николай Владимирович, Russkaya kontrarazvedka v 1905-1917 godakh – shpionomaniya i real’nye problemy Русская контрразведка в 1905-1917 годах – шпиономания и реальные проблемы (« Le contre-espionnage russe en 1905-1917 – espionnite et problèmes réels »), Moskva, Moskovskiy obshchestvennyy nauchnyy fond Московский общественный научный фонд, 2000, 82 p.

GREKOV Nikolay Vladimirovich ГРЕКОВ Николай Владимирович, « Zashchita Transsibirskoy magistrali ot diversiy v gody pervoy mirovoy voyny Защита Транссибирской магистрали от диверсий в годы первой мировой войны » (« La protection du Transsibérien contre le sabotage pendant la Première Guerre mondiale »), dans Voprosy istorii Вопросы истории (« Questions historiques »), n° 10, Moskva, Voprosy istorii Вопросы истории, 2014, 175 p., pp. 15-30

GROCHOWSKI Kazimierz, Polacy na Dalekim Wschodzie (« Les Polonais en Extrême-Orient »), Harbin, Harbin Daily News Press, 1928, 222 p.

HAPPEL Jörn, « Eine Karte voller Ziele. Deutsche Sabotageträume in Russland während des Ersten Weltkriegs » (« Une carte pleine de cibles, Rêves allemands de sabotage en Russie pendant la Première Guerre mondiale »), dans VON WERDT Christophe (éd.), HAPPEL Jörn (éd.), Osteuropa kartiert – Mapping Eastern Europe, Berlin, LIT Verlag, 2010, 394 p., pp. 61-83

KAMINSKI Gerd et UNTERRIEDER Else, Von Österreichern und Chinesen (« À propos des Autrichiens et des Chinois »), Wien, Europa Verlag, 1989, 1084 p.

KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, « Uryankhayskiy vopros i mongolo-tuvinskie otnosheniya v nachale XX v Урянхайский вопрос и монголо-тувинские отношения в начале ХХ в » (« La question d’Uriankhai et les relations mongolo-touvaines au début du XXe s. »), dans Oriental Studies, n° 41, Elista, FGBUN « Kalmytskiy nauchnyy tsentr Rossiyskoy akademii nauk » ФГБУН « Калмыцкий научный центр Российской академии наук », 2018, 104 p., pp. 38-52

KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, « Bavuzhav protiv Pappengeyma: unichtozhenie nemetskoy diversionnoy gruppy mongol’skimi povstantsami v 1915 godu Бавужав против Паппенгейма: уничтожение немецкой диверсионной группы монгольскими повстанцами в 1915 году » (« Bavuujav contre Pappenheim : La destruction d’un groupe de saboteurs allemands par les rebelles mongols en 1915 »), dans Vostochnyy arkhiv Восточный архив (« Archives orientales »), n° 41, Moskva, Institut vostokovedeniya Rossiyskoy akademii nauk (IV RAN) Институт востоковедения Российской академии наук (ИВ РАН), 2020, 104 p., pp. 38-52

LARUELLE Marlène, « “The White Tsar”: Romantic Imperialism in Russia’s Legitimizing of Conquering the Far East », dans Acta Slavica Iaponica, vol. 25 (2008), Sapporo, Hokkaido University, 238 p., pp. 113-134

MEHRA Parshotam, « The Mongol-Tibetan Treaty of January 11, 1913 », dans Journal of Asian History, vol. 3, n° 1, Wiesbaden, Harassowitz Verlag, 2005, 1969 p., pp. 1-22

NAKAMI Tatsuo, « Babujab and His Uprising: Re-examing the Inner Mongol Struggle for Independence », dans Memoirs of the Research Department of the Tōyō Bunko, vol. 57, Tōkyō, Tōyō Bunko, 1999, pp. 137-153

PÖHLMANN Markus, « Le renseignement allemand en guerre : structures et opérations », dans Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 232(4), Paris, Presses universitaires de France, 2008, 161 p., pp. 5-24

RABL Hans, Der Tod in der Steppe, Die Kriegstaten des Hauptmanns Rabe von Pappenheim (« Mort sur la steppe, Les faits de guerre du capitaine Rabe von Pappenheim »), Braunschweig / Berlin / Hamburg, Georg Westermann, s.d. (1943), 88 p.

SCHMIDT Jürgen W., « The Diversionary Operation of A German Military Attaché in China in 1915 », dans International Intelligence History Study Group Newsletter, vol. 7, n° 2, Erlangen, Universität Erlangen, 1999, 53 p., pp. 25-26

SCHMIDT Jürgen W., « Die Beschaffung geheimer Informationen durch amtliche Einrichtungen des Deutschen Reiches in China, 1896-1917 » (« L’obtention d’informations secrètes à travers les représentations officielles de l’Empire d’Allemagne en Chine, 1896-1917 »), dans SPAKOWSKI Nicola (éd.), NATHANSEN MILWERTZ Cecilia (éd.), Women and Gender in Chinese Studies, Berlin, LIT Verlag, 2006, 159 p., pp. 102-121

SERGEEV Yuriy Nikolaevich СЕРГЕЕВ Юрий Николаевич, « Novye materialy o deyatel’nosti germanskoy agentury v Kitae protiv Rossii v 1914-1915 gg. Новые материалы о деятельности германской агентуры в Китае против России в 1914-1915 гг. » (« Nouveaux documents sur les activités des agents allemands en Chine contre la Russie en 1914-1915 »), dans Novaya i Noveyshaya istoriya Новая и Новейшая история (« Histoire moderne et contemporaine »), n° 4, Moskva, Institut rossiyskoy istorii RAN Институт российской истории РАН, 1998, 224 p., pp. 177-181

SHULATOV Yaroslav Aleksandrovich ШУЛАТОВ Ярослав Александрович, « Bor’ba s germanskim shpionazhem na Dal’nem Vostoke vo vremya Pervoy mirovoy voyny: rossiysko-yaponskoe sotrudnichestvo Борьба с германским шпионажем на Дальнем Востоке во время Первой мировой войны: российско-японское сотрудничество » (« La lutte contre l’espionnage allemand en Extrême-Orient pendant la Première Guerre mondiale : La coopération russo-japonaise »), dans Rossiya i ATR Россия и АТР (« Russie et Asie-Pacifique »), n° 84, Vladivostok, Institut Istorii, Arkheologii I Etnografii Narodov Dal’nego Vostoka Dal’nevostochnogo Otdeleniya Ran Институт истории, археологии и этнографии народов Дальнего Востока ДВО РАН (Institut d’histoire, d’archéologie et d’ethnographie des peuples d’Extrême-Orient de la branche extrême-orientale de l’Académie des sciences de Russie), 2014, 220 p., pp. 33-51

SINICHENKO Vladimir Viktorovich СИНИЧЕНКО Владимир Викторович et TOKAREVA Galina Sergeevna ТОКАРЕВА Галина Сергеевна, « Rabota pravookhranitel’nykh ogranov Rossii po protivodeystviyu predpolagaemym diversiyam na Transsibe v gody Pervoy mirovoy voyny Работа правоохранительных органов России по противодействию предполагаемым диверсиям на Транссибе в годы Первой мировой войны » (« La travail de lutte des services de répression russes contre les tentatives de sabotage du chemin de fer transsibérien pendant la Première Guerre mondiale »), dans Izvestiya Laboratorii drevnikh tekhnologiy Известия Лаборатории древних технологий (« Actes du laboratoire de technologie ancienne »), n° 2 (35), Irkutsk, Irkustkiy natsional’nyy issledovatel’skiy tekhnicheskiy universitet Иркутский национальный исследовательский технический университет, 2020, 249 p., pp. 153-163

ŠMITEK Zmago, « Grob v mongolski stepi » (« Une tombe dans la steppe mongole »), dans Zgodovina za vse (« L’histoire pour tous »), Celje, Zgodovinsko društvo Celje, 2006, 124 p., pp. 42-48

XU Guoqi, China and the Great War: China’s Pursuit of a New National Identity and Internationalization, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, 316 p.

ZHIGALOV Boris Stepanovich ЖИГАЛОВ Борис Степанович, « KVZhD v dal’nevostochnoy politike Rossii (1906-1914 gg.) КВЖД в дальневосточной политике России (1906-1914 гг.) » (« Le Transmandchourien dans la politique extrême-orientale de la Russie (1906-1914) »), dans Vestnik Tomskogo gosudarstvennogo universiteta. Istoriya Вестник Томского государственного университета. История (« Bulletin de l’Université d’État de Tomsk. Histoire »), n° 1 (2), Tomsk, Tomskiy gosudarstvennyy universitet Томский государственный университет, 2008, 133 p., pp. 24-44


[1] Mot russe signifiant « région », avec la connotation de « marche-frontière ». Parfois romanisé kraï ou krai en français.

[2] GOTTELAND Mathieu, L’Allemagne et l’Autriche-Hongrie en Chine, 1895-1918, thèse de doctorat, Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2021, 481 p., pp. 5-6

[3] GARBUTT P. E., « The Trans-Siberian Railway », dans The Journal of Transport History, vol. 1, n° 4, Thousand Oaks, Californie, SAGE Publications,1954, 260 p., pp. 238-249

[4] GOTTELAND Mathieu, op. cit., pp. 3, 34-36

[5] ZHIGALOV Boris Stepanovich ЖИГАЛОВ Борис Степанович, « KVZhD v dal’nevostochnoy politike Rossii (1906-1914 gg.) КВЖД в дальневосточной политике России (1906-1914 гг.) » (« Le Transmandchourien dans la politique extrême-orientale de la Russie (1906-1914) »), dans Vestnik Tomskogo gosudarstvennogo universiteta. Istoriya Вестник Томского государственного университета. История (« Bulletin de l’Université d’État de Tomsk. Histoire »), n° 1 (2), Tomsk, Tomskiy gosudarstvennyy universitet Томский государственный университет, 2008, 133 p., pp. 24-44

[6] Les Hans forment l’ethnie majoritaire en Chine.

[7] FERETTI Valdo, « Japan and the Russian Entente of 1912 », dans Rivista degli studi orientali, vol. 56, Roma, Sapienza – Universita di Roma, 1982, 236 p., pp. 161-175. Cette région est incluse dans l’actuelle région autonome de Mongolie intérieure.

[8] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, « Uryankhayskiy vopros i mongolo-tuvinskie otnosheniya v nachale XX v Урянхайский вопрос и монголо-тувинские отношения в начале ХХ в » (« La question d’Uriankhai et les relations mongolo-touvaines au début du XXe s. »), dans Oriental Studies, n° 41, Elista, FGBUN « Kalmytskiy nauchnyy tsentr Rossiyskoy akademii nauk » ФГБУН « Калмыцкий научный центр Российской академии наук », 2018, 104 p., pp. 38-52

[9] MEHRA Parshotam, « The Mongol-Tibetan Treaty of January 11, 1913 », dans Journal of Asian History, vol. 3, n° 1, Wiesbaden, Harassowitz Verlag, 2005, 1969 p., pp. 1-22

[10] Ivan Yakovlevich Korostovets a notamment été ministre plénipotentiaire russe en Mongolie indépendante de 1912 à 1913.

[11] GOTTELAND Mathieu, op. cit.

[12] Ibid., pp. 189-380 ; PÖHLMANN Markus, « Le renseignement allemand en guerre : structures et opérations », dans Guerres mondiales et conflits contemporains, n° 232(4), Paris, Presses universitaires de France, 2008, 161 p., pp. 5-24 ; SCHMIDT Jürgen W., « Die Beschaffung geheimer Informationen durch amtliche Einrichtungen des Deutschen Reiches in China, 1896-1917 » (« L’obtention d’informations secrètes à travers les représentations officielles de l’Empire d’Allemagne en Chine, 1896-1917 »), dans SPAKOWSKI Nicola (éd.), NATHANSEN MILWERTZ Cecilia (éd.), Women and Gender in Chinese Studies, Berlin, LIT Verlag, 2006, 159 p., pp. 102-121

[13] Il suffit de relever qu’à l’été 1914, l’Allemagne, la France, le Japon et le Royaume-Uni possèdent en Chine des territoires à bail ; que l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, la France, l’Italie (neutre jusqu’en 1915), le Japon, le Royaume-Uni et la Russie y possèdent des concessions ; et que l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, les États-Unis (neutres jusqu’en 1917), la France, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et la Russie y entretiennent des corps d’occupation.

[14] Ibid., pp. 189-192

[15] ARIGA Nagao, La Chine et la Grande Guerre européenne au point de vue du droit international, Paris, A. Pedone, 1920, 342 p., pp. 191-193

[16] GREKOV Nikolay Vladimirovich ГРЕКОВ Николай Владимирович, Russkaya kontrarazvedka v 1905-1917 godakh – shpionomaniya i real’nye problemy Русская контрразведка в 1905-1917 годах – шпиономания и реальные проблемы (« Le contre-espionnage russe en 1905-1917 – espionnite et problèmes réels »), Moskva, Moskovskiy obshchestvennyy nauchnyy fond Московский общественный научный фонд, 2000, 82 p., p. 68

[17] À propos des négociations sino-allemandes concernant la rétrocession du territoire à bail de la baie de Jiaozhou et du chemin de fer Qingdao-Jinan 济南, voir XU Guoqi, China and the Great War: China’s Pursuit of a New National Identity and Internationalization, Cambridge, Cambridge University Press, 2005, 316 p., pp. 89-90

[18] GOTTELAND Mathieu, op. cit., pp. 197-199

[19] BURMEISTER Helmut, « Der geheimnisvolle Tod des Werner Rabe von Pappenheim: Der Liebenauer Baron und sein Schicksal in China » (« La mort mystérieuse de Werner Rabe von Pappenheim : Le baron de Libenau et son destin chinois »), dans BURMEISTER Helmut (éd.), JÄGER Veronika (éd.), China 1900, Der Boxeraufstand, der Maler Theodor Rocholl und das « alte China » (« La Chine en 1900, La révolte des Boxeurs, le peintre Theodor Rocholl et la « vieille Chine »), Hofgeismar, Verein für hessische Geschichte und Landeskunde e. V., 2000, 184 p., pp. 114-115 ; RABL Hans, Der Tod in der Steppe, Die Kriegstaten des Hauptmanns Rabe von Pappenheim (« Mort sur la steppe, Les faits de guerre du capitaine Rabe von Pappenheim »), Braunschweig / Berlin / Hamburg, Georg Westermann, s.d. (1943), 88 p., pp. 18-19

[20] KAMINSKI Gerd et UNTERRIEDER Else, Von Österreichern und Chinesen (« À propos des Autrichiens et des Chinois »), Wien, Europa Verlag, 1989, 1084 p., p. 539

[21] Le mouvement dit des Boxeurs (en chinois : yihequan 义和拳) est une société secrète xénophobe et anti-chrétienne. Sa montée en puissance est une autre conséquence directe de l’obtention de Qingdao par l’Allemagne. En 1900, le gouvernement chinois s’allie à eux afin de mettre fin à la présence étrangère en Chine du Nord. Le chemin de fer et le télégraphe sont sabotés, les canonnières sur le Haihe 海河 ainsi que les concessions de Tianjin sont bombardées (juin-juillet), les légations sont assiégées (juin-août). Le mouvement est réprimé par une coalition internationale dont l’Allemagne obtient le commandement en chef.

[22] BURMEISTER Helmut, op. cit., pp. 111-114 ; HAPPEL Jörn, « Eine Karte voller Ziele. Deutsche Sabotageträume in Russland während des Ersten Weltkriegs » (« Une carte pleine de cibles, Rêves allemands de sabotage en Russie pendant la Première Guerre mondiale »), dans VON WERDT Christophe (éd.), HAPPEL Jörn (éd.), Osteuropa kartiert – Mapping Eastern Europe, Berlin, LIT Verlag, 2010, 394 p., pp. 61-83, pp. 69-70

[23] De cet officier au nom à consonnance slovène, nous ne connaissons pas même le prénom. L’historien slovène Zmago Šmitek n’est pas parvenu à retrouver sa trace dans les archives militaires austro-hongroises. ŠMITEK Zmago, « Grob v mongolski stepi » (« Une tombe dans la steppe mongole »), dans Zgodovina za vse (« L’histoire pour tous »), Celje, Zgodovinsko društvo Celje, 2006, 124 p., pp. 42-48

[24] BURMEISTER Helmut, op. cit., p. 115

[25] voir GOTTELAND Mathieu, « Le Haut-Laos, front oublié de la Première Guerre mondiale », dans La Revue d’Histoire Militaire, Les Lilas, La Revue d’Histoire Militaire, 2024, [en ligne] https://larevuedhistoiremilitaire.fr/2024/10/30/le-haut-laos-front-oublie-de-la-premiere-guerre-mondiale-1914-1916/ (dernière consultation le 25/02/2025)

[26] SHULATOV Yaroslav Aleksandrovich ШУЛАТОВ Ярослав Александрович, « Bor’ba s germanskim shpionazhem na Dal’nem Vostoke vo vremya Pervoy mirovoy voyny: rossiysko-yaponskoe sotrudnichestvo Борьба с германским шпионажем на Дальнем Востоке во время Первой мировой войны: российско-японское сотрудничество » (« La lutte contre l’espionnage allemand en Extrême-Orient pendant la Première Guerre mondiale : La coopération russo-japonaise »), dans Rossiya i ATR Россия и АТР (« Russie et Asie-Pacifique »), n° 84, Vladivostok, Institut Istorii, Arkheologii I Etnografii Narodov Dal’nego Vostoka Dal’nevostochnogo Otdeleniya Ran Институт истории, археологии и этнографии народов Дальнего Востока ДВО РАН (Institut d’histoire, d’archéologie et d’ethnographie des peuples d’Extrême-Orient de la branche extrême-orientale de l’Académie des sciences de Russie), 2014, 220 p., pp. 33-51, p. 36

[27] ARIGA Nagao, op. cit., pp. 268-271 ; HAPPEL Jörn, « Eine Karte voller Ziele. Deutsche Sabotageträume in Russland während des Ersten Weltkriegs » (« Une carte pleine de cibles, Rêves allemands de sabotage en Russie pendant la Première Guerre mondiale »), dans VON WERDT Christophe (éd.), HAPPEL Jörn (éd.), Osteuropa kartiert – Mapping Eastern Europe, Berlin, LIT Verlag, 2010, 394 p., pp. 61-83, p. 69

[28] RABL Hans, op. cit., p. 31

[29] SERGEEV Yuriy Nikolaevich СЕРГЕЕВ Юрий Николаевич, « Novye materialy o deyatel’nosti germanskoy agentury v Kitae protiv Rossii v 1914-1915 gg. Новые материалы о деятельности германской агентуры в Китае против России в 1914-1915 гг. » (« Nouveaux documents sur les activités des agents allemands en Chine contre la Russie en 1914-1915 »), dans Novaya i Noveyshaya istoriya Новая и Новейшая история (« Histoire moderne et contemporaine »), n° 4, Moskva, Institut rossiyskoy istorii RAN Институт российской истории РАН, 1998, 224 p., pp. 177-181, p. 179

[30] GREKOV Nikolay Vladimirovich ГРЕКОВ Николай Владимирович, « Zashchita Transsibirskoy magistrali ot diversiy v gody pervoy mirovoy voyny Защита Транссибирской магистрали от диверсий в годы первой мировой войны » (« La protection du Transsibérien contre le sabotage pendant la Première Guerre mondiale »), dans Voprosy istorii Вопросы истории (« Questions historiques »), n° 10, Moskva, Voprosy istorii Вопросы истории, 2014, 175 p., pp. 15-30, pp. 24-25

[31] GOTTELAND Mathieu, op. cit., pp. 197-198

[32] BURMEISTER Helmut, op. cit., p. 116 ; GOTTELAND Mathieu, op. cit., p. 207

[33] Ibid., p. 385

[34] AYRAPETOV Oleg Rudol’fovich АЙРАПЕТОВ Олег Рудольфович, « « Delo Myasoedova ». XX vek nachinaetsya… « Дело Мясоедова ». XX век начинается. . . » (« « L’affaire Myasoedov ». Le XXe siècle commence… »), dans Vestnik Ryazanskogo gosudarstvennogo universiteta im. C. A. Esenina Вестник Рязанского государственного университета им. С. А. Есенина (« Bulletin de l’université S.A. Esenin de Ryazan »), n° 24, Ryazan, Ryazanskogo gosudarstvennogo universiteta im. S. A. Esenina Рязанского государственного университета им. С. А. Есенина, 2009, pp. 110-129

[35] SERGEEV Yuriy Nikolaevich СЕРГЕЕВ Юрий Николаевич, op. cit., p. 180

[36] HAPPEL Jörn, op. cit., p. 69 ; KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, « Bavuzhav protiv Pappengeyma: unichtozhenie nemetskoy diversionnoy gruppy mongol’skimi povstantsami v 1915 godu Бавужав против Паппенгейма: уничтожение немецкой диверсионной группы монгольскими повстанцами в 1915 году » (« Bavuujav contre Pappenheim : La destruction d’un groupe de saboteurs allemands par les rebelles mongols en 1915 »), dans Vostochnyy arkhiv Восточный архив (« Archives orientales »), n° 41, Moskva, Institut vostokovedeniya Rossiyskoy akademii nauk (IV RAN) Институт востоковедения Российской академии наук (ИВ РАН), 2020, 104 p., p. 45

[37] BURMEISTER Helmut, op. cit., p. 116 ; GOTTELAND Mathieu, op. cit., pp. 306-316 ; KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, op. cit., p. 46 ; RABL Hans, op. cit., p. 30

[38] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, op. cit., p. 46

[39] BURMEISTER Helmut, op. cit., pp. 116-117, 123

[40] À propos de la mission diplomatique indo-allemande en Afghanistan, voir GOTTELAND Mathieu, op. cit., pp. 306-309

[41] BURMEISTER Helmut, op. cit., p. 117 ; SCHMIDT Jürgen W., « Die Beschaffung geheimer Informationen » (« L’obtention d’informations secrètes »), p. 118

[42] Mission diplomatique de rang inférieur à une ambassade.

[43] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, « Bavuzhav protiv Pappengeyma Бавужав против Паппенгейма » (« Bavuujav contre Pappenheim »), op. cit., pp. 39-40

[44] GOTTELAND Mathieu, op. cit., p. 203

[45] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, « Bavuzhav protiv Pappengeyma Бавужав против Паппенгейма » (« Bavuujav contre Pappenheim »), p. 43

[46] Ibid., p. 41

[47] Ibid., pp. 41-42

[48] Ibid., p. 44

[49] Ibid., p. 40

[50] Ibid., p. 44

[51] NAKAMI Tatsuo, « Babujab and His Uprising: Re-examing the Inner Mongol Struggle for Independence », dans Memoirs of the Research Department of the Tōyō Bunko, vol. 57, Tōkyō, Tōyō Bunko, 1999, p. 138

[52] GOTTELAND Mathieu, op. cit., pp. 189-380

[53] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, op. cit., pp. 42-43

[54] BURMEISTER Helmut, op. cit., pp. 119-123

[55] Ibid., p. 122 ; KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, op. cit., pp. 46, 48

[56] Ibid., pp. 44, 47

[57] Le Kokuryūkai est un groupe paramilitaire, ultranationaliste et pan-asiatiste qui a recours à l’espionnage et au terrorisme tout en influant sur la politique de l’armée et de l’État japonais. Son nom fait référence au fleuve Amour.

[58] NAKAMI Tatsuo, op. cit., pp. 146-149

[59] ŠMITEK Zmago, « Grob v mongolski stepi » (« Une tombe dans la steppe mongole »), dans Zgodovina za vse (« L’histoire pour tous »), Celje, Zgodovinsko društvo Celje, 2006, 124 p., p. 45

[60] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, op. cit., pp. 38-39, 49 ; SCHMIDT Jürgen W., « Die Beschaffung geheimer Informationen » (« L’obtention d’informations secrètes »), pp. 118-119 ; SHULATOV Yaroslav Aleksandrovich ШУЛАТОВ Ярослав Александрович, op. cit., pp. 40-44

[61] KUZ’MIN Sergey L’vovich КУЗЬМИН Сергей Львович, op. cit., p. 49

Laisser un commentaire