Charlot sur le front : Charlot soldat – Charlie Chaplin (1918)

Nous vous présentions en février dernier Le Mécano de la Générale, du génial Buster Keaton, dont l’action se déroulait pendant la guerre de Sécession. Coup de projecteur aujourd’hui sur un autre film de guerre américain écrit, réalisé et interprété par un autre grand nom du cinéma muet – Charlie Chaplin : Charlot soldat.

Sorti en octobre 1918 aux USA, soit neuf ans avant le film de Buster Keaton, ce Charlot soldat (Shoulder Arms en VO) prend pour cadre le conflit alors en cours… qui n’est autre que la Première Guerre mondiale, dans laquelle sont engagés depuis avril 1917 les États-Unis de Woodrow Wilson. 

Se déroulant dans une France en pleine guerre, le court-métrage de 45 minutes met en scène le personnage culte de son auteur – l’inénarrable Charlot – et se décompose implicitement en deux parties : une première consacrée à la formation puis au quotidien dans les tranchées du soldat Charlot, puis une seconde à sa mission d’infiltration en territoire ennemi.

L’apprentissage du pas cadencé et de la tenue d’un fusil, d’abord. L’arrivée dans les tranchées ensuite, et avec elle la découverte de la chambrée et de la vie communes, le tour de garde et la réception du courrier, les bombardements et les inondations… La première moitié du film consiste essentiellement en une succession de sketchs burlesques, exposant des situations où les personnages sont livrés aux facéties et pitreries du maladroit et candide Charlot. Chacune de ces situations, pour le moins sérieuse – voire pénible – sur le papier, est ainsi tournée en dérision et désormais sujette au rire, toujours bienveillant. 

Plan du film Shoulder Arms – Charlie Chaplin (1918, USA)

À cette première partie consacrée au quotidien des soldats dans les tranchées en succède une seconde, qui voit le soldat Charlot envoyé sur les lignes ennemies en mission de reconnaissance. Seul, désarmé et seulement vêtu d’un costume d’arbre comme camouflage, le personnage va braver le danger à plus d’une reprise et se retrouver bien malgré lui empêtré dans de nombreuses situations cocasses : il y rencontrera successivement un camarade prisonnier des Allemands, une jeune Française dont la maison a été bombardée, et rien de moins que l’état-major de l’armée allemande… qui donnera au troufion gaffeur une occasion inédite de s’illustrer pour son héroïsme ! 

Une seconde partie qui, derrière ses atours plus légers (on quitte l’enfer des tranchées pour une mission en plein air), est tout de même l’occasion d’évoquer – plus ou moins frontalement – d’autres sujets graves relatifs aux conflits armés, comme par exemple le fusillement des prisonniers ou bien le viol de guerre (subtilement effleuré par certains regards et gestes déplacés des Allemands envers la jeune Française lorsque Charlot et elle seront capturés).

Complémentaires et tout aussi réussies l’une que l’autre, les deux parties du film font en tout cas de ce Charlot Soldat une belle pièce de la – vaste – filmographie de son auteur. S’il n’est de loin pas son opus le plus connu, le film, très court (trois quarts d’heure), s’avère en tout cas rythmé de bout en bout et suffisamment inventif pour rester efficace jusqu’à son terme. Le spectacle est amusant et la dénonciation pertinente : Chaplin réussit à nous faire rire de la guerre !

Un exercice – le plaidoyer anti-guerre – réussi, donc, que Chaplin réitéra vingt-deux ans plus tard avec son célèbre Dictateur

Plan du film Shoulder Arms – Charlie Chaplin (1918, USA)

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