Hollywood et la guerre : l’image au service d’un pays

Le cinéma naît à la fin du XIXe siècle. Il permet de diffuser une suite d’image qui forme un film. Dès le début du XXe siècle les premières salles apparaissent, ainsi que des studios de production comme Pathé et Gaumont en France. A travers le monde ce sont environ 10 000 films qui sont produits chaque année[1]. Le cinéma est une industrie avec des codes spécifiques à chaque genre et chaque pays. Au cours des années 1910, Hollywood devient le premier producteur cinématographique au monde et prend une nouvelle impulsion dans les années 1930, avec la standardisation des films américains destinés à un public large. Les acteurs deviennent des vedettes qui rentrent dans le quotidien visuel de la population. Avant d’être une industrie, le cinéma repose avant tout sur des images. Mais qu’est-ce-qu’une image ?

“L’image est une projection de la réalité, qui se veut aussi ressemblante que possible à celle-ci; elle apparaît comme une simili-réalité mais devient par extrapolation une hyper vérité, au-delà de la vérité : une méta-réalité. […] l’image n’approche qu’une forme de la réalité qu’elle veut montrer car une image est subjective et représente finalement “autre chose” qu’elle même.”[2]

L’image a donc pour but de conforter le spectateur dans sa propre représentation ou d’en créer une nouvelle chez lui. Par ce mécanisme, celle-ci et le cinéma servent un intérêt, humoriste ou sérieux, politique ou pacifique…

En manque d’une “mémoire collective”, les films américains apparaissent vite comme un moyen de réécrire l’Histoire du pays. De l’individualisme, il faut passer au collectif patriotique. Le cinéma devient le vecteur d’une diffusion d’idées et d’une transmission historique. Après la première guerre mondiale (1914-1918) les films de guerre américain tournent principalement autour du patriotisme. Bien qu’on observe les violences de la guerre, le soldat américain, porteur de ses valeurs, reste le centre de l’attention. Sorti en 1925, Big Parade de King Vidor (Gif ci-dessous, représentant une charge américaine) démontre l’omniprésence de ce thème dans les productions cinématographiques de l’époque.

 

Au début des années 1930, le cinéma américain évoque à demi mot les changements politiques européens, dont le régime nazi, dès 1933, par peur d’offenser les Allemands et Autrichiens vivant au Etats-Unis. Blockade (1938) de William Dieterle, traitant de la Guerre Civile Espagnole (1936-1939), démontre à Franklin D. Roosevelt (président des Etats-Unis de 1933 à 1945) l’influence du cinéma. C’est ce conflit qui fait entrer le cinéma américain dans une “guerre d’image”. En juin 1942, The United States Office of War Information[3] a la charge d’informer la population américaine des avancés de l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale[4] grâce à l’ensemble des médias (journaux, radios, cinéma etc…). Ce dispositif permet de contrôler les productions cinématographiques pour qu’elles soient conformes au patriotisme et à l’effort de guerre voulus. 1945 n’apparaît pas uniquement comme la victoire des armes, elle est aussi la victoire de l’image[5]. Dès ces années là, le film de guerre américain est omniprésent sur la scène internationale. Sans forcément être mis au premier plan dans toutes les productions, le soldat ou la figure de l’armée est présente sous différentes formes. Les films regorgent de héros ayant un mari, un frère, un cousin ou bien un simple ami engagé pour servir son pays en temps que soldat ou agent au FBI ou encore à la CIA. Le modèle américain mais aussi les engagements (politiques, diplomatiques…) et les valeurs du pays peuvent ainsi être valorisés et légitimés à travers ces productions. La période de la guerre froide paraîtrait donc propice pour la diffusion de tels messages. Mais il y eut le Vietnam. La guerre du Vietnam marque une rupture entre les studios de production et l’armée. Les premières années du conflit sont marquées par la sortie de quelques films présentant le conflit sans forcément l’expliquer ou alors justifiant même l’intervention américaine, comme The Green Berets en 1968, réalisé par Ray Kellogg et John Wayne. Mais la situation s’inverse rapidement.  Vivement critiquée par une partie de la population américaine et internationale, cette guerre ne fait pas rêver Hollywood. De plus en plus de films questionnant et critiquant ce conflit sont progressivement réalisés :  en 1978 The Deer Hunter de Michael Cimino, en 1979 Apocalyspe Now de Francis Ford Coppola, la trilogie d’Oliver Stone (Platoon en 1986, Born on the Fourth of July en 1989 et Heaven and Earth en 1993), Full Metal Jacket de Stanley Kubrick en 1987… 

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Robert de Niro dans Voyage au Bout de l’Enfer (The Deer Hunter). Trois amis vont combattre au Vietnam et n’en reviendront pas indemnes. Cette scène de roulette russe est depuis devenue une référence populaire.

 

Qu’importe le point de vue emprunté, la production de films de guerre ne s’est pas arrêtée avec ce conflit. Ont-ils pour autant un véritable impact sur la population ? L’exemple le plus marquant est celui de Top Gun de Tony Scott, sorti en 1986, en pleine guerre froide. Les mois suivants la projection du film, l’armée enregistra une hausse de fréquentation de 40%  dans les bureaux de recrutement[6] ( L’US Navy elle-même aurait noté une hausse de 500% concernant le nombre de jeunes gens souhaitant être pilotes dans l’aéronavale). Après les attentats du 11 septembre 2001, Karl Rove, proche conseiller de Georges W. Bush organise une réunion avec une cinquante de studio Hollywoodiens afin que le 7ème art soutienne la nouvelle guerre dans lequel s’engageait les États-Unis. Hollywood se mit alors à produire des films et séries (24H, NCIS, The Agency) sur le terrorisme et la force des Etats-Unis. En ont découlé une vision assez fantasmée de certains métiers ou événements.

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Affiche publicitaire de la série Seal Team, crée par Benjamin Cavell. On ne compte plus le nombre de séries et films traitant des aspects sécuritaires et militaires américains, qu’importe le point de vue emprunté (authentique, critique, élogieux…)

Il n’empêche que les films contestataires ou critiques sur le militarisme américain n’ont pas pour autant disparu : l’adaptation par Sam Mendes de l’ouvrage Jarhead qui aborde partiellement le sujet du conditionnement des combattants en est un bon exemple.

 

Par ces instruments que sont le cinéma, le pouvoir économique et la culture hollywoodienne, peut on plutôt parler de propagande ou de militantisme ? Dans le livre War in Our Time, Hans Speier n’associe pas la propagande de guerre à quelque chose de péjoratif, pour lui : “la propagande de guerre moderne est le produit de la société moderne. […] Elle n’est pas l’apanage d’un pays donné ou d’une forme spécifique de gouvernement. Elle est inséparable de la guerre moderne; elle en constitue la partie intégrante et a son origine dans la structure de la société moderne en temps de paix”. En somme, nos sociétés modernes vivraient donc dans le “au cas où”.

 

[1] http://uis.unesco.org/fr/news/indicateurs-pour-lindustrie-du-cinema

[2] Jérôme Bimbenet, Film et Histoire, Collection U, Armand Colin, Paris, 2007, page 11

[3] Bureau américain de l’information sur la guerre

[4] Les Etats-Unis entrent en guerre en 1941

[5] Jérôme Bimbenet, Film et Histoire, Collection U, Armand Colin, Paris, 2007

[6] Rabino Thomas, De la guerre en Amérique : essai sur la culture de guerre, Perrin, Paris, 2011

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