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TRACTations pour la liberté ou les désertions des « malgré-nous »

Dans ce second article sur les tracts (pour lire le précédent, cliquez ici !), nous verrons les différents types de propagande envoyés en 1944 par-dessus les lignes ennemies afin de décider les Polonais, incorporés de force dans les unités nazies, à déserter et à rejoindre les Alliés. Ces Polonais, appelés les « malgré-nous », furent forcés de rejoindre l’armée allemande en 1939 sous peine de voir leur famille exécutée.

Il est vrai qu’en cet été 1944, le vent de la liberté tourne dans les plaines de France et d’Italie, et que l’armée allemande commence à accumuler les revers. Ne serait-ce pas le moment de fausser compagnie aux brutes qui ont envahi le pays natal et de rejoindre les rangs des Polonais libres, la division blindée polonaise du général Maczek ou le 2e corps polonais du général Anders ?

Mais comment faire et que dire ? Churchill et les Américains ont pensé à tout, notamment à des tracts. En premier lieu, ces derniers sont imprimés dans les deux langues (Polonais et Anglais) afin qu’ils soient compréhensibles par les Polonais de souche et par les Polonais pratiquant la langue de Shakespeare (volontaires polonais venus des États-Unis par exemple).

Au recto de ces premiers documents, en grand et en gras, l’interpellation personnelle du combattant polonais et la propagande traditionnelle. Toutefois, le but est là : semer le doute sur leur situation actuelle et les décider à agir.

Traduction

« Soldat polonais !
Cesse de combattre pour les Allemands, ennemis mortels de ta nation.
Nous, les Alliés, nous combattons pour la liberté de ton pays.
Des divisions polonaises sont avec nous en Italie!
Les Allemands sont à la limite de leurs forces. !
Pourquoi devrais-tu mourir au dernier moment !
Rejoins-nous ! »

Sur le verso des documents, pour éviter tout malentendu de langage, se trouve un laissez-passer bilingue stipulant la bonne volonté du déserteur polonais, en ne sachant pas sur quel interlocuteur le déserteur tomberait (Anglais, Américain, Canadien, Polonais…).

 

Traduction

« Le soldat présentant le laissez-passer a une volonté sincère de se rendre. Il faut le désarmer, le traiter correctement, le nourrir, le soigner en cas de besoin et l’éloigner le plus vite possible du danger.

LAISSEZ-PASSER »

Au cas où l’un d’entre eux se déciderait, le « mode d’emploi » d’une désertion réussie est également indiqué de façon bilingue par des phrases simples, afin de pallier aux premières difficultés de la fuite, de se faire reconnaître comme évadé, pour le manque de nourriture…

 

Traduction

« Comment passer chez nous

-Profite de chaque occasion. Profite de la pénombre et du brouillard.
-Laisse ton arme (même la baïonnette). Essaie de cacher ton arme pour que les Allemands ne la trouvent pas.
-N’approche les troupes Alliées que par petits groupes – pas plus de trois personnes.
-Lève les bras en l’air et agite quelque chose de blanc, un mouchoir ou ce prospectus suffit.

Quelques expressions utiles en anglais

Le mot anglais   /  prononciation  /  traduction en polonais

Je me rends
Nous nous rendons
Je suis polonais
Mes collègues veulent aussi se rendre
Je suis blessé
J’ai faim
Donne-moi du café (du thé)
As-tu une cigarette ? »

Comme nous pouvons le voir, les Alliés ne reculent pas devant le nombre de variantes et de stratagèmes pour compléter les pertes dans leurs rangs, dont ceux des Polonais qui prennent des proportions dangereuses. Par ailleurs, nous pouvons compter sur plusieurs centres de recrutement polonais, comme celui-ci en France en octobre 1944. Cependant, pour une désertion ratée, c’est le peloton d’exécution allemand ; en cas de combats contre les Alliés en première ligne, peut-être la mort aussi.

 

Traduction

« Le porteur de ce prospectus est un polonais de l’armée allemande, qui passe volontairement du coté des forces Alliées.

Toutes les forces militaires polonaises, anglaises et Alliées sont priées de lui apporter et aux soldats polonais l’accompagnant toute l’aide, en nourriture, aide médicale et l’envoi immédiat vers l’arrière. »

 

Traduction

« Polonais de l’armée allemande
Nous sommes face à toi.

Toi, en uniforme de notre ennemi commun.
Nous, en nos uniformes polonais aimés, avec l’aigle sur nos calots.
Toi, tu portes l’uniforme allemand sous la contrainte, que l’on t’a obligé à porter sous peine de mort.
Jette-le pendant qu’il est temps.
Jette ton arme, avec laquelle on t’oblige à tirer sur tes frères, tes compatriotes.
Détruit-la, avant de passer chez nous.

Nous savons que tu viendras, chaque minute est chère, nous t’attendons. »

Le tract suivant, dont le texte diffère peu de celui présenté dans notre premier article, à ceci près qu’il concerne les Polonais servant en Italie. Les textes sont adaptés selon les besoins et les pays.

Traduction

« Polonais dans l’armée allemande !

On vous a incorporé de force dans les rangs de l’ennemi mortel. On vous a habillé de force de l’uniforme allemand. Les Allemands blessent vos sentiments nationaux et ne vous font pas confiance. Néanmoins, ils vous obligent à combattre avec eux contre les forces de libération, contre vos compatriotes du 2e corps polonais, dont les victoires journalières rapprochent les heures de libération de la Pologne.

Profitez de l’occasion ! Les Allemands reculent. Vos frères polonais, vos amis libérateurs leurs piétinent les talons. Aujourd’hui, vous avez la possibilité de fuir, le devoir de rompre la soumission aux allemands.

Le gouvernement polonais vous appelle.

-Ne tirez pas sur vos frères, soldats de l’armée de libération.
-Si vous devez tirer, tirez à côté.
-Fuyez vers nous à la première occasion, cachez vous en attendant notre arrivée. Immédiatement après le contact avec nous, annoncez votre nationalité polonaise, demandez à être séparé des prisonniers allemands.
La population civile italienne vous aidera. Elle attend l’arrivée des forces de libération.
L’attestation au verso vous aidera à obtenir leur confiance et aider ces personnes. »

En 1944, les troupes polonaises libres étaient importantes pour les combats. Néanmoins, le 8 mai 1945, ils ne sont pourtant pas présents aux défilés de la victoire à Londres…

Documentation : Peter A.

Gilles Lapers

En collaboration avec M. Jean Krakowiecki pour les traductions du polonais au français.

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