Adaptation approuvée par l’auteur de l’article paru initialement en italien dans « Cultura in Friuli VII Settimana della cultura Friulana / Setemane de culture furlane », 18-28 octobre 2020, 6-16 mai 2021, par Marta Varutti et Maria Chiara Visintin, Udine, Società Filologica Friulana. Traduit de l’italien par Marco Citta.
Auteur: Gregorio Grasselli
Introduction
Après la formation de la ligue de Cambrai (10 décembre 1508), Venise et le Saint-Empire romain germanique s’affrontent au Frioul, région au nord-est de Venise, confinant avec l’Autriche et la Slovénie. La bataille de Manzinello (1511) est un épisode de ces affrontements, auquel participa Luigi da Porto, capitaine de l’armée vénitienne.

Luigi da Porto (né à Vicence le 10 août 1485) est connu pour être l’auteur de la première version de l’histoire de Roméo et Juliette publiée en 15311 sous forme de nouvelle. Il était lié au Frioul: il avait des liens familiaux avec les Savorgnan, famille noble frioulane très importante, favorable à Venise. Sa mère Elisabeth était soeur d’Antonio Savorgnan2. Il dédia son récit à sa cousine Lucina Savorgnan (son modèle supposé pour Juliette3).
Issu d’une famille noble de Vicence, da Porto s’engagea à vingt-quatre ans dans l’armée de la République de Venise et participa à la guerre de la ligue de Cambrai (1508-1516) à la tête de cinquante arbalétriers à cheval. Début 1510, il fut transféré au Frioul. Son séjour s’y arrêta brusquement, en juin 1511, lorsqu’il fut blessé dans un affrontement avec un détachement impérial à Manzinello (près de Manzano). La blessure causa une paralysie qui empêcha la poursuite de son activité militaire. Ce fût l’événement décisif qui le poussa à se consacrer à l’écriture4: la nouvelle « Roméo et Juliette », de la poésie et une volumineuse histoire des guerres de la ligue de Cambrai, sous forme épistolaire5.
La bataille de Manzinello a été souvent décrite6 en se servant exclusivement de sources disponibles en Vénétie7. Cette étude résume la bataille en se référant à des sources non prises en compte jusqu’à présent, disponibles dans les bibliothèques et les archives du Frioul.
La date
La date de la bataille varie selon les divers récits. Girolamo Porto, descendant indirect de Luigi da Porto, rapporte8: « le jour XI des calendes de juillet 1511 » c’est-à-dire le 21 juin 1511. L’auteur italien Giacomo Milan reprend l’information de Porto mais, ne connaissant pas le calcul des calendes, il donne le 10 juillet 15119. L’historien Carlo Rapozzi reprend ensuite cette date mais avec une année erronée10 (1510). L’abbé et professeur Francesco Spagnolo pense à la replacer au 11 juillet11.
Gioachino Brognoligo, critique et historien de la littérature italienne, dénonce l’erreur de Milan12, mais calcule mal les calendes et arrive au dimanche 22 juin, date qu’il estime impossible par référence à un compte-rendu de Antonio Savorgnan daté du même jour 13:
« Mercredi, vers 23 heures, les ennemis, environ 40 cavaliers et 160 fantassins, partirent de Cormons et saccagèrent quatre villages, dont deux brulèrent, un des deux était le mien, et emportèrent presque tout le bétail, tout particulièrement celui de mon village, appelé Sammardenchia. La ville de Udine fut alarmée par les villages en feu. Les ennemis s’en retournèrent à Cormons avec un énorme butin. Ces ennemis s’enhardirent: connaissant le nombre important de soldats basés à Gradisca, mais qui n’étaient pas intervenus, hier, ils sortirent plus nombreux, 100 cavaliers et 400 fantassins, et saccagèrent deux autres villages, Basaldella et Zugliano, à un mille et demi de Udine, où ils prirent un butin important tant en bétail qu’en prisonniers…. messire Alvise14 da Porto est blessé à la gorge, d’un coup de lance, et si messire Dieu ne l’aide pas, il mourra, ce qui sera certainement un très grave malheur, car c’est un homme très valeureux… L’état de messire Alvise s’est aggravé… »
Sur base de ce compte-rendu, Brognoligo place la bataille dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 1915, sans s’apercevoir que le mercredi est lié à une incursion impériale sans connexion avec la bataille en question. En effet, Savorgnan écrit que la bataille suit une deuxième incursion survenue un jour ultérieur. Savorgnan encore semble spécifier que cette deuxième incursion a commencé le jour précédant sa lettre16. Pourtant il n’est pas clair que la parole « hier » se rapporte au jour où « on ne leur a pas fait violence » ou au jour où ils « sortirent ». De plus, la présence de la double référence à la blessure de da Porto semble indiquer que la lettre ait été écrite à des moments ou peut-être des jours différents, rendant incertaines les références temporelles.
Dans sa thèse de doctorat, l’historien britannique Cecil H. Clough fixe pour la bataille la nuit du 20 juin17, renvoyant le lecteur à ses notes restées inédites, présentes aujourd’hui sous forme manuscrite dans la Bibliothèque Bartoliana de Vicence. Clough y mentionne le 21 juin18(sic!).
Dans son article de 1993 sur da Porto, Clough mentionne l’après-midi du 20 juin à deux reprises19, mais ailleurs, le 21 juin20, date basée sur une lettre du même jour du lieutenant vénitien Gradenigo21, mais dans laquelle on ne fait référence à aucune date.
Pour terminer ce tour d’horizon, mentionnons que dans le Fonds Joppi de la Bibliothèque civique de Udine se trouve le témoignage, ignoré par les chercheurs précédents, de Nicolò Monticoli, un contemporain de Luigi da Porto22, qui confirma la date initialement donnée par Girolamo Porto: le 21 juin 151123. En outre, Monticoli spécifie correctement qu’il s’agissait d’un samedi et ajoute que la bataille eut lieu aux environs de la neuvième heure24.
Le lieu

Aucun des chercheurs cités n’a émis d’hypothèses sur l’emplacement précis de la bataille, qui a cependant été identifié par les organismes locaux sur base des maigres indications données par da Porto. L’écrivain nous dit en effet que les éclaireurs vénitiens ont repéré le contingent impérial du haut du mont de Manzano25, que l’armée vénitienne a traversé à gué la rivière Natisone pour faire face à l’ennemi, qui garda « l’infanterie à gauche vers le mont26 » et que da Porto, blessé, a été emmené dans une église voisine27. Le site de la bataille a été identifié ainsi à proximité de l’église de San Martino, via Fornasarig à Manzano28 où une plaque commémorative a été placée le 20 juin 201129.
Cependant, l’analyse de sources supplémentaires révèle que la bataille a eu lieu loin de ce point. Nicolò Monticoli note que les impériaux et les Vénitiens « se sont rencontrés dans une bourgade appelée Manzinello30».
Manzinello est également mentionné dans le récit de Giovanni Battista Cergneu31, aussi contemporain de da Porto, qui diffère des autres à bien des égards et qui doit donc être consulté avec beaucoup de prudence. Par exemple, il indique comme date de la bataille le 14 juillet 1511, mais aucune autre source ne mentionne de victoires aussi importantes pour les Vénitiens pendant ce mois32. Il doit donc s’agir d’un rapport peu fiable, recueilli à partir de nombreux récits oraux.
L’indication de Manzinello nous éloigne de la ville de Manzano et nous permet de prendre en considération un autre élément mentionné par da Porto: les impériaux se barricadèrent derrière leurs chariots placés « sur une route droite et large33». Il y a en fait une route parfaitement droite située entre Manzano et Manzinello qui, bien que longue de seulement 1200 mètres, a été nommée Gran Strada34, ce qui laisse supposer qu’elle était considérée comme « large » par rapport aux autres.
D’une visite sur place, on peut également constater que da Porto ne pouvait pas utiliser comme référence le mont de Manzano, car à cette distance son hauteur apparente est inférieure à celle des collines voisines et est à peine identifiable. En d’autres mots, le mont de Manzano n’était pas une référence valable pour da Porto. À quel mont fait donc référence da Porto? Notons que l’indication « vers le mont » pourrait ne pas indiquer un mont précis, mais une direction générale, le contraire de « vers la plaine » ou « vers la mer ». En ce lieu, les Alpes forment un arc parfaitement visible, du ouest/nord-ouest à l’est/nord-est. C’est cette direction que da Porto pourrait indiquer.
Il y a maintenant deux hypothèses possibles pour préciser à quel endroit de la Gran Strada les impériaux auraient pu se placer.
Hypothèse 1. Si nous interprétons littéralement la phrase de da Porto « ils ont placé de nombreux chariots chargés de butin sur une route droite et large qui se trouvait là», alors les chariots devaient être positionnés le long de la route afin de former une barricade. Ils devaient donc se trouver au carrefour avec la route appelée « Cormonese », qui à travers le gué sur le Natisone aurait ramené les impériaux à Cormons, la forteresse d’où ils étaient sortis la nuit précédente, route que, à ce moment-là, les forces vénitiennes remontaient. Le déploiement de toute l’infanterie sur leur gauche, comme spécifié par da Porto, implique que le flanc droit devait être protégé d’une autre façon des charges de la cavalerie ennemie. Il faut donc supposer qu’il y avait une barrière adéquate au sud des forces impériales (par exemple un champ cultivé avec des vignes) ou qu’ils étaient positionnés presque contre les bâtiments de San Lorenzo. Dans les deux cas, le flanc droit aurait été protégé d’une charge de cavalerie ou d’une attaque d’infanterie en formation ordonnée, et il serait donc défendable avec seulement les hommes à cheval qui étaient protégés derrière les chariots.

Hypothèse 2. Si au contraire une phrase ultérieure de da Porto est interprétée littéralement, « ces chariots qu’ils avaient placés en travers de la route susmentionnée35 », alors nous devons conclure que tous les chariots n’étaient pas sur la route mais que la barrière qu’ils formaient la traversait. Dans ce cas, le point le plus avantageux sur la Gran Strada aurait été près du canal de la Manzanizza. Ici, le flanc droit des impériaux comme leurs arrières auraient été protégés par le canal ou la végétation qui l’entourait. Dans le sens de cette interprétation il s’avère que Monticoli et Cergneu ont nommé Manzinello plutôt que San Lorenzo. Le rapport de Cergneu également, pour peu fiable qu’il soit par rapport aux autres, met l’accent sur le fait que les impériaux furent attaqués sur la rive d’un cours d’eau, qui serait ainsi identifié à la Manzanizza. Nous utiliserons cette hypothèse pour la reconstitution de la bataille.

La bataille
Les principaux affrontements de la guerre de la Ligue de Cambrai se déroulèrent loin du Frioul qui, en juin 1511, était le théâtre de modestes escarmouches frontalières depuis des mois. La stratégie des deux camps consistait à user l’adversaire et son territoire avec des attaques soudaines et des incursions. Le chroniqueur Giovanni Partenopeo rappelle la férocité particulière du commandant impérial Christoph Purgstaller de Tersatz36 qui, depuis la forteresse de Cormons, lançait sur les villages frioulans des attaques qui se terminaient par des assassinats gratuits et des tortures pour extorquer toutes les richesses possibles37.
Le soir du 18 juin38, comme le raconte Antonio Savorgnan39, 140 hommes à pied et 40 à cheval40 quittèrent Cormons et pillèrent quatre villages, dont Sammardenchia et Terenzano41. Dans deux villages, quelques maisons furent brûlées et les flammes alarmèrent Udine. Il n’y eut pas, à ce moment, une réaction des Vénitiens stationnés à Gradisca.
Dans la nuit du vendredi 20 juin, Purgstaller quitta Cormons avec un nombre encore plus important d’hommes. Voici les chiffres rapportés par chacune des sources:

Notons à quel point les chiffres de da Porto diffèrent fortement des autres sources. La tendance de da Porto à exagérer et à romancer ce qu’il écrit s’observe à plusieurs reprises42 et nous en tiendrons compte dans l’exposé.
Les Impériaux parcoururent la route de Cormonese, traversèrent le Natisone au gué de Bolzano – San Nicolò et se dirigèrent vers Zugliano et Basaldella pour les saccager43. Entre-temps, la garnison vénitienne de Gradisca avait été prévenue et un important contingent quitta la forteresse sous le commandement de Giovanni Vitturi et de Baldassarre Scipione, respectivement provéditeur (gestionnaire) et gouverneur du Frioul pour Venise. Teodoro Dal Borgo était également présent. Luigi da Porto faisait partie des forces mobilisées, en tant que capitaine de cinquante arbalétriers à cheval44.
Le contingent arriva à Bolzano et, ne connaissant pas la destination de l’ennemi, attendit son retour au gué. Selon da Porto, les Vénitiens recherchèrent les Impériaux toute la nuit et une grande partie du jour suivant, mais il est peu probable qu’ils aient divisé leurs forces en unités plus petites et plus vulnérables, de même qu’il est irréaliste qu’ils les aient déplacées toutes ensemble à l’aveuglette.
Des postes de guet furent placés sur le mont de Manzano, mais l’attente continua en vain pendant le reste de la nuit. Dans la matinée du samedi, Vitturi fut convaincu que les Impériaux devaient être allés piller quelques villages au sud, et qu’ils reviendraient à Cormons par le gué de Tapogliano. Toute l’armée fut ainsi obligée de se diriger dans cette direction. Ils se trouvaient entre Bolzano et Viscone lorsque les guetteurs sur la montagne rapportèrent avoir aperçu les impériaux45 qui, à la hauteur de Manzinello, descendaient le long du Cormonese avec les prisonniers et les chariots chargés de butin46.
Les Vénitiens retournèrent à Bolzano. Les deux armées, désormais conscientes de la présence de l’autre, commencèrent à envoyer de la cavalerie légère en reconnaissance pour prendre la mesure de leur adversaire. Il devait donc être clair pour Purgstaller qu’il était clairement en infériorité, tant en termes de nombre de cavaliers que du fait de la pauvre armure de ses fantassins47, dont beaucoup n’étaient que des paysans armés48. Tant l’attaque que la fuite auraient été suicidaires. Le seul espoir était de pouvoir opposer suffisamment de résistance pour décourager ou fatiguer l’adversaire. Purgstaller identifia ainsi une zone abritée près d’un coude du canal Manzanizza, qui protégerait l’arrière et le flanc droit de son déploiement. Il fit disposer les chariots en barricade, en travers de la Gran Strada que les Vénitiens devaient emprunter pour les atteindre. Pour défendre le flanc gauche, il avait ses fantassins positionnés avec leurs piques. Les cavaliers se positionnèrent derrière les chariots, gardant les prisonniers mais prêts à une sortie. Les armes à feu49 étaient placées en ligne avec les chariots. Les Vénitiens, ayant constaté le choix défensif des impériaux, franchirent à gué le Natisone50et s’approchèrent.
Il n’est pas clair à ce stade si la dynamique décrite par da Porto peut être considérée comme entièrement fictive. Selon Partenopeo, qui n’a pas assisté personnellement à la bataille, le premier affrontement eut lieu entre les cavaleries, et la retraite des chevaliers impériaux découragea l’infanterie au point qu’elle fut mise en déroute à la première pluie de projectiles. Les détails ajoutés par da Porto ne sont pas exempts d’une certaine exagération mais décrivent aussi des circonstances de valeur apparemment impartiales, qui ne flattent ni la situation ni la valeur de da Porto et qui méritent donc d’être prises en considération, ne serait-ce que parce qu’elles sont relatées par le seul témoin présent personnellement et qui en parle longuement.
Selon da Porto, Vitturi envoya donc initialement la cavalerie légère pour provoquer l’infanterie ennemie, dans le but de lui faire rompre les rangs. La contre-tactique la plus prudente face à la résistance acharnée de Purgstaller était en effet d’essayer de disloquer les défenses ennemies. Cependant, les fantassins impériaux restaient en ligne derrière les piques, notoirement mortelles pour la cavalerie.
Vitturi déplaça alors contre eux les fantassins vénitiens pendant que Scipione, avec une partie de la cavalerie lourde, se jeta sur les chariots pour essayer de les déplacer et ouvrir des brèches. Les Impériaux déchargèrent leurs arquebuses sur les armures des chevaliers vénitiens avec comme seul résultat de désorienter les chevaux. Purgstaller tenta de profiter de ce moment de confusion, il fit sortir une partie de ses propres cavaliers de la barricade. Ils chargèrent le groupe de Scipion et le dispersèrent. Scipion se réfugia parmi l’infanterie vénitienne qui combattait. L’infanterie avait désormais son flanc gauche exposé à la cavalerie ennemie.

Da Porto et les cinquante cavaliers qu’il commandait51 se dépêchèrent pour protéger les fantassins qui, entre-temps, s’étaient tellement rapprochés des soldats ennemis qu’ils abandonnèrent leurs piques au profit des épées. Se précipitant à la rencontre de la cavalerie ennemie, ils en absorbèrent l’attaque. Il en résulta une grande mêlée. Pendant ce temps, le reste des cavaliers vénitiens répéta l’attaque sur les chariots, provoquant l’intervention des cavaliers impériaux restés derrière eux. Ils furent obligés de descendre de leurs chevaux et monter dans les chariots pour les défendre, et furent rapidement tués.
L’infanterie impériale subissait également de lourdes pertes. Beaucoup de leurs cavaliers durent s’en rendre compte et décidèrent de tenter de s’échapper, en comptant sur la vitesse de leurs montures. L’infanterie, dès qu’elle s’aperçut qu’elle avait été abandonnée, se débanda.
L’affrontement était terminé; il ne restait que la chasse aux fuyards qui se dirigeaient à toute vitesse vers le Natisone. Partenopeo nous informe que Vitturi s’était déjà préparé à la poursuite en plaçant un cordon de paysans armés pour couper toutes les possibilités de fuite52. La défaite se transforma en un complet anéantissement.
Il est possible que cet événement soit resté gravé dans la mémoire locale pendant une bonne partie du XVIe siècle, comme le suggère la toponymie. Les lieux à l’est de la Gran Strada ont en effet pris les noms de « Brayda Rotta » et « Là de Rotta » (rotta: déroute), deux toponymes qui n’ont pas d’explication documentée53. De plus, les quelque quatre cents cadavres auraient pu être enterrés sous une croix et, toujours au XVIe siècle, le toponyme « Sot crôs » (sous la croix) est présent54.
Purgstaller fut légèrement blessé, capturé et emmené à Venise. Plus tard cette année-là, il serait renvoyé dans l’Empire en échange d’autres prisonniers55.
La supériorité numérique des attaquants et la capacité de Vitturi à l’exploiter avaient été telles que les Vénitiens n’avaient subi qu’une poignée de pertes. Parmi eux se trouvait da Porto. Vitturi, qui avait une relation très étroite avec celui-ci 56, lorsqu’il apprit cela, déchaîna encore plus ses hommes contre les ennemis vaincus57.
La blessure
Da Porto, qui combattait en armure, raconta qu’il reçut une estocade qui lui transperça la gorge jusqu’à la nuque, entre le menton et le gorgerin de fer58. Le terme « estocade » peut désigner n’importe quelle arme blanche, mais beaucoup ont supposé qu’il s’agissait d’une lance59. Le lieutenant Gradenigo a également parlé dans son rapport « d’une lance », mais s’est immédiatement corrigé et a précisé « mais ce fut une rapière60 ». Il est très particulier et contre-intuitif qu’un cavalier soit frappé à la gorge avec une rapière, une arme généralement courte, et pour cette raison, il semble que la clarification de Gradenigo doive être prise en considération. Pietro Bembo, qui a fréquenté da Porto pendant de nombreuses années61, rapporte également qu’il s’agissait d’une épée et ajoute que la plaie cicatrisée était très petite62, comparable à la section fine d’une rapière.
L’estocade provoqua une paralysie immédiate chez da Porto. Elle a probablement touché la moelle épinière, provoquant ce qu’on appelle un « choc spinal ». Da Porto tomba face à terre et fut retrouvé par ses compagnons après que l’ennemi eut pris la fuite. Il fut conduit dans une église voisine, qui peut être identifiée comme l’église de S. Margherita di Manzinello. Il y reçut les premiers soins d’un médecin d’Udine63 qui se trouvait par hasard dans la région, Marco Lazara. Le médecin n’avait sans doute pas les bons remèdes avec lui car il a simplement revigoré da Porto avec du vin et un jaune d’œuf obtenu au village. C’est Vitturi qui lui fournit le médicament providentiel, c’est-à-dire un « emplâtre de plomb » (un mélange hémostatique à base de savon de plomb) qu’il portait toujours sur lui et qui arrêtait l’hémorragie.
Da Porto fut transporté à Udine sur l’une des charrettes utilisées par les impériaux, escorté par Vitturi. Pendant quelques jours, il fut hospitalisé dans la maison de son oncle Antonio Savorgnan, mais il fut décidé que son état64 nécessitait les soins de médecins de haut niveau, car il fut bientôt transféré. Ses lettres des années suivantes partent de Venise et de la ville universitaire de Padoue. On peut se faire une idée des soins qu’il a dû subir à partir de l’un des traités médicaux les plus avancés de l’époque, la « Prattica in arte chirurgica » de Giovanni da Vigo (1514)65. Le choc médullaire se résorba normalement mais pour le reste de sa vie, da Porto subit des séquelles permanentes à cause de la blessure, restant partiellement paralysé du côté gauche de son corps66.
Cependant, cette invalidité ne l’immobilisa pas. Il voyageait avec une béquille67, occupa une fonction publique68 et se rendit au moins une fois à Rome69. Il mourut le 10 mai 1529 de maladie, laissant son projet de lettres historiques inachevé. L’histoire de Roméo et Juliette n’avait jusqu’alors vu le jour que sous la forme d’un manuscrit circulant entre amis.
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1 DA PORTO L., Historia novellamente ritrovata di due nobili amanti con la pietosa loro morte intervenuta già nella città di Verona nel tempo del sig. Bartolommeo dalla Scala, (« Histoire récemment retrouvée de deux nobles amoureux et de leur lamentable mort survenue dans la ville de Vérone déjà au temps de monsieur Bartolomeo dalla Scala »), Venezia, Bendoni, ca.1531. L’histoire de Roméo et Juliette fut ensuite écrite par le clerc et écrivain italien Matteo Bandello (1554), par le traducteur et écrivain français Pierre Boaistuasu (1559), par le poète anglais Arthur Brooke (1562) et enfin par William Shakespeare (vers 1594).
2 BROGNOLIGO G., Studi di storia letteraria (« Études d’histoire littéraire »), Roma – Milano, Tip. Fava e Garagnani, 1904, 243 p., pp. 14-15.
3 DA PORTO L., Historia novellamente ritrovata di due nobili amanti con la pietosa loro morte intervenuta già nella città di Verona nel tempo del sig. Bartolommeo dalla Scala, Op. Cit., pp. 1-2. Cecil H. Clough suppose que certains passages de l’histoire soient inspirés de l’amour existant entre da Porto et Lucina Savorgrani (CLOUGH C.H., « Love and war in the Veneto: Luigi da Porto and the True Story of Giulietta e Romeo », in War, Culture and Society in Renaissance Venice: Essays in Honour of John Hale, Londres, A&C Black, 1993, 248p., pp. 113-127).
4 « c’est pour cette raison qu’il se détourna des armes pour les lettres et la poésie », DA PORTO L., Rime, (« Rimes »), Venezia, Marcolini, 1539., p. 1.
5 Il existe trois éditions intégrales des lettres: par Bartolommeo Bressan (1857), Cecil H. Clough (2014) et Andrea Bucella (2018). Cette dernière est la seule qui recouvre toutes les copies manuscrites connues.
6 TORRI A. (aux soins de), Giulietta e Romeo, novella storica di Luigi da Porto di Vicenza, (« Juliette et Roméo, nouvelle historique de Luigi da Porto di Vicence »), Pisa, Nistri, 1831, 204 p. ; SPAGNOLO F., Elogio di Luigi da Porto, (« Èloge de Luigi da Porto »), Vicenza, Longo, 1874, ; BROGNOLIGO G., Studi di storia letteraria (« Études d’histoire littéraire »), Op. Cit. ; RAPOZZI C., Il novelliere di Giulietta e Romeo in Friuli, («L’auteur de la nouvelle de Roméo et Juliette au Frioul »), «Sot la nape», 14 (1962) 1, pp. 29-33 ; CLOUGH C.H., « Love and war in the Veneto: Luigi da Porto and the True Story of Giulietta e Romeo », in War, Culture and Society in Renaissance Venice: Essays in Honour of John Hale, Op. Cit. ; CLOUGH C. H. (aux soins de), Luigi da Porto: lettere storiche 1509-1513: un’edizione critica, (« Luigi da Porto: lettres historiques 1509-1513, une édition critique»), Costabissara, Angelo Colla Editore, 2014, 673 p.
7 BEMBO P., Historia veneta (« Histoire vénitienne »), Venezia, Eredi di Aldo, 1551, 203 p. ; BRESSAN B. (aux soins de), Lettere storiche di Luigi da Porto, Vicentino, dall’anno 1509 al 1528 (« Lettres historiques de Luigi da Porto, de Vicence, de 1509 à 1528 »), Firenze, Le Monnier, 1857, 446 p. ; SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), tome XII, Venezia, Visentini, 1886.
8 ZORZI M. (aux soins de), Rime e prosa di Messer Luigi da Porto colla vita del medesimo, (« Rimes et prose de Monsieur Luigi da Porto ainsi que sa biographie »), Vicenza, Lavezari, 1731, 83 p. (+ VIII), p. 8.
9 TORRI A. (aux soins de), Giulietta e Romeo, novella storica di Luigi da Porto di Vicenza, (« Juliette et Roméo, nouvelle historique de Luigi da Porto di Vicence »), Op. Cit., p. 4 ; GAMBA B., Lettere storiche scritte dall’anno MDIX al MDXII da Luigi da Porto vicentino, (« Lettres historiques écrites de 1509 à 1512 par Luigi da Porto, de Vicence »), Venezia, Alvisopoli, 1832, 256 p. (+XXXIII), p. XIX et BRESSAN B. (aux soins de), Lettere storiche di Luigi da Porto, Vicentino, dall’anno 1509 al 1528 (« Lettres historiques de Luigi da Porto, de Vicence, de 1509 à 1528 »), Op. Cit., p. 9.
10 RAPOZZI C., Il novelliere di Giulietta e Romeo in Friuli, («L’auteur de la nouvelle de Roméo et Juliette au Frioul »), Op. Cit., p. 32.
11 SPAGNOLO F., Elogio di Luigi da Porto, (« Èloge de Luigi da Porto »), Op. Cit., p. 8.
12 BROGNOLIGO G., Studi di storia letteraria (« Études d’histoire littéraire »), Op. Cit., p. 47.
13 SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 261.
14 En vénitien, Luigi se dit Alvise.
15 « la nuit de mercredi, les ennemis, à 23 heures, partirent de Cormons (SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 26).
16 « connaissant le bon nombre de soldats à Gradisca, et que on ne leur a pas fait violence, hier, ces ennemis sortirent en plus grand nombre qu’auparavant » Ibid.
17 CLOUGH C. H. (aux soins de), Luigi da Porto: lettere storiche 1509-1513: un’edizione critica, (« Luigi da Porto: lettres historiques 1509-1513, une édition critique»), Op. Cit., p. 297.
18 CLOUGH C.H. (curator), A critical edition of Le lettere storiche 1509-1513 di Luigi da Porto vicentino, thesis submitted for the degree of doctor of philosophy in the University of Oxford, vol. 3.2 (5 vol.), Oxford, University of Oxford, 1960, 927 p., p. 519.
19 CLOUGH C.H., « Love and war in the Veneto: Luigi da Porto and the True Story of Giulietta e Romeo », in War, Culture and Society in Renaissance Venice: Essays in Honour of John Hale, Londres, A&C Black, 1993, 248p., p. 102 et p. 107.
20 Ibid., note 42.
21 SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 255.
22 Par hasard, Nicolò Monticoli était un descendant direct des Montecchi de Vérone, comme affirmé par da Porto lui-même dans la nouvelle de Roméo et Juliette (DA PORTO L., Historia novellamente ritrovata di due nobili amanti con la pietosa loro morte intervenuta già nella città di Verona nel tempo del sig. Bartolommeo dalla Scala, (« Histoire récemment retrouvée de deux nobles amoureux et de leur lamentable mort survenue dans la ville de Vérone déjà au temps de monsieur Bartolomeo dalla Scala »), Venezia, Bendoni, ca.1531., p. 6).
23 MONTICOLI N., Spoglio della Cronaca universale de’ suoi tempi (1464-1551), (« Dépouillement de la chronique universelle de son temps (1464-1551) »), Fondo Joppi 67.VIII, Biblioteca Civica di Udine, c.135
24 Ibid., c.135 v; à mi-chemin entre midi et le coucher du soleil, c’est-à-dire, au mois de juin, vers quatre heures de l’après-midi.
25 BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Venezia, Università Ca’ Foscari, 2018, 468 p., p. 243.
26 Id., p. 244.
27 Id., p. 245.
28 VERONESI V., « Romeo e Giulietta, una storia friulana » (« Roméo et Juliette, une histoire frioulane »), imagazine.it, 2011.
29 Targhe commemorative, Comitato Giulietta e Romeo in Friuli, 2017 [en ligne] https://comitatogiuliettaeromeoinfriuli.wordpress.com/2017/07/28/targhe-commemorative/
30 BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Op. cit., p. 272.
31 CERGNEU G.B., Cronaca delle guerre dei Friulani coi Germani dal 1507 al 1524, (« Chronique des guerres des Frioulans contre les Allemands de 1507 à 1524 »), aux soins de Vincenzo Joppi et Vincenzo Marchesi, Udine, Doretti, 1895, 81p., p. 52.
32 Par contre, la victoire de juin est mentionnée plusieurs fois par Sanudo (voir aussi la note de Fantin Memmo dans Sanudo (SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 259).
33 BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Op. cit., p. 244.
34 BELTRAME F. / PERUZZI V. / PUNTIN M., Antichi toponimi del Comune di Manzano (« Anciens toponymes de la commune de Manzano »), Manzano, Comune di Manzano, 2002, 214 p., carte XVe-XVIe siècle. Aujourd’hui: rue Pietro di Brazzà-rue Giotto-rue Michele Thonet.
35 BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Op. cit.,, p.244.
36 Partenopeo l’appelle Cristoforo Postiler. Concernant Purgstaller, voir aussi Hammer-Purgstall (HAMMER-PURGSTALL (VON) J., Die Purgstalle, in Steiermärkische Zeitschrift, Neue Folge, IV Jahrgang, I Heft, Gratz, Direction des Lesevereins am Joanneum, 1837, p. 77), Morelli Di Schönfeld (MORELLI DI SCHOENFELD C., Istoria della Contea di Gorizia, (« Histoire du comté de Gorizia »), vol. III, Gorizia, Edizioni della Laguna, 1855, 374 p., p. 47), Constantin von Wurzbach (WURZBACH C. (von), Biographisches Lexikon des Kaiserthums Oesterreich (Dictionnaire biographique de l’Empire autrichien), vol. 24, Vienne, Verlag L.C.Zamarski, 1872, 434 p., p. 86). Purgstaller était aux commandes de Cormons quand Bartolomeo D’Alviano occupa la forteresse en 1508, et y fut blessé.
37 TASSINI D. (aux soins de), La guerra del Friuli contro i tedeschi (1508-1513), cronaca di G. Partenopeo, (« La guerre du Frioul contre les Allemands (1508-1513), chronique de G. Partenopeo »), Udine, Del Bianco, 1916, 84 p. (+XXXIX), pp. 58-61.
38 Savorgan précise « à 23 heures », c’est-à-dire une heure avant le coucher du soleil, selon la notation des heures à cette époque. Sur base d’un pas ferme de 5 km/h, les soldats impériaux seraient arrivés au gué de Bolzano une demi-heure après le coucher du soleil et en vue de leurs objectifs vers minuit, au moment du dernier quart de lune (ESPENAK F., Phases of the Moon: 1501 to 1600Universal Time, Astropixels.com). En tenant compte du temps nécessaire au saccage, ils auraient franchi le gué après le lever du soleil.
39 SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 261.
40 Savorgnan les appelle simplement « ennemis ». Dans les autres récits on les présente comme « Bohèmes » (Palladio Degli Olivi, Monticoli, Partenopeo), “Croates” (Gradenigo, Scipione), “Allemands” (Cergneu, Partenopeo). Da Porto utilise les trois appellations.
41 Terenzano n’est pas nommé par Savorgnan mais par Palladio degli Olivi (PALLADIO DEGLI OLIVI G.F., Historie Della Provincia Del Friuli, (« Histoire de la province du Frioul »), vol. 2, Udine, 1660, 334 p., p. 109). Le lieutenant Gradenigo affirme que trois villages furent pillés (SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 245).
42 CLOUGH C.H., « Love and war in the Veneto: Luigi da Porto and the True Story of Giulietta e Romeo », in War, Culture and Society in Renaissance Venice: Essays in Honour of John Hale, Op. Cit., p. 103.
43 SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 261.
44 SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), tome XI, Venezia, Visentini, 1884, col. 474 ; SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 318.
45 TASSINI D. (aux soins de), La guerra del Friuli contro i tedeschi (1508-1513), cronaca di G. Partenopeo, (« La guerre du Frioul contre les Allemands (1508-1513), chronique de G. Partenopeo »), Op. Cit., p. 66.
46 MONTICOLI N., Spoglio della Cronaca universale de’ suoi tempi (1464-1551), Op. Cit., c. 135 r. Partenopeo ne dévoile pas la nature des signaux, mais ils devaient être codés de façon spécifique puisque, comme le souligne Partenopeo, Vitturi a été constamment informé de la position de l’ennemi. Selon la reconstitution de Luigi da Porto, les Vénitiens découragés étaient sur le point de rentrer à Gradisca quand les vigies abaissèrent la branche d’un arbre pour signaler les Impériaux, et da Porto même vit le signal le premier. Qui essaierait, de Bolzano, de distinguer un arbre des autres arbres du mont de Manzano pourrait douter ici aussi de cette affirmation de da Porto.
47 BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Op. cit., p. 245.
48 TASSINI D. (aux soins de), La guerra del Friuli contro i tedeschi (1508-1513), cronaca di G. Partenopeo, (« La guerre du Frioul contre les Allemands (1508-1513), chronique de G. Partenopeo »), Op. Cit., p. 65.
49 Deux fauconneaux selon Antonio Savorgan, cent arquebuses pour da Porto. Le récit de Cergneu parle de la pluie qu’un nuage solitaire fit tomber uniquement sur le camp impérial, mouillant toutes les poudres.
50 Mais da Porto raconte qu’ils restèrent longtemps en attente sur le fleuve, comme si les forces impériales étaient capables de combattre en remontant le fleuve.
51 Mais Da Porto écrit « j’ai été avec deux cents chevaux ».
52 TASSINI D. (aux soins de), La guerra del Friuli contro i tedeschi (1508-1513), cronaca di G. Partenopeo, (« La guerre du Frioul contre les Allemands (1508-1513), chronique de G. Partenopeo »), Op. Cit., p. 67.
53 « Rotta » pourrait aussi signifier un débordement du fleuve, à un partage d’hérédité ou au nom d’une famille. L’utilisation d’un mot italien au lieu du frioulan pour désigner un lieu est rare mais se retrouve dans d’autres endroits au Frioul. Je remercie Mr Maurizio Puntin pour ces précieuses explications.
54 BELTRAME F. / PERUZZI V. / PUNTIN M., Antichi toponimi del Comune di Manzano (« Anciens toponymes de la commune de Manzano »), Op. Cit., carte XVe-XVIe siècle.
55 HAMMER-PURGSTALL (VON) J., Die Purgstalle, in Steiermärkische Zeitschrift, Neue Folge, Op. Cit., p. 77. Cependant, selon Partenopeo, il passa le reste de sa vie dans les prisons vénitiennes. Il n’y a pas d’autres informations concernant Purgstaller après 1511. Morelli di Schönfeld (MORELLI DI SCHOENFELD C., Istoria della Contea di Gorizia, (« Histoire du comté de Gorizia »), Op. Cit., p. 47), mentionne un Christoph Purgstaller vice-gouverneur de Carniola en 1534 – mais ce devrait être le même que celui que présente Hammer- Purgstall en 1543, bien éloigné du nôtre dont nous suivons l’activité depuis 1482.
56 BEMBO P., Historia veneta (« Histoire vénitienne »), Op. Cit., p. 180.
57 TASSINI D. (aux soins de), La guerra del Friuli contro i tedeschi (1508-1513), cronaca di G. Partenopeo, (« La guerre du Frioul contre les Allemands (1508-1513), chronique de G. Partenopeo »), Op. Cit., p. 68.
58 BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Op. cit., p. 245.
59 Antonio Savorgnan (SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), tome XII, Venezia, Visentini, 1886, col. 261), Marzari (MARZARI G., La historia di Vicenza, (« L’histoire de Vicence »), Vicenza, G. Greco, 1604, 214 p., p. 159), Patrizi (PATRIZI G., « Luigi da Porto », dans Dizionario biografico degli Italiani, (« Dictionnaire biographique des Italiens »), vol. 32, Roma, Istituto dell’Enciclopedia italiana, 1986), Clough (CLOUGH C.H., « Love and war in the Veneto: Luigi da Porto and the True Story of Giulietta e Romeo », in War, Culture and Society in Renaissance Venice: Essays in Honour of John Hale, Op. Cit., p. 107), Comelli & Tesei (COMELLI A. / TESEI F., Giulietta e Romeo. L’origine friulana del mito, (« Juliette et Roméo. L’origine frioulane du mythe »), Santa Margherita Ligure, Tigulliana, 2015. , 141 p., p. 49).
60 SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 256).
61 PATRIZI G., « Luigi da Porto », dans Dizionario biografico degli Italiani, (« Dictionnaire biographique des Italiens »), Op. Cit.
62 « ut vix pellem gladius perforarit» (BEMBO P., Historia veneta (« Histoire vénitienne »), Op. Cit., p. 180) – « la peau fut à peine perforée par une épée ».
63 Nous savons que le jour précédent la Zobia Grassa, Antonio Savorgnan a envoyé des hommes loger dans la maison de Marco Lazara (PITTIANI, Note sulla guerra dell’Imp.re Max.no in Friuli. Dagli spogli di G. Batta Pittiani Dott., (« Notes sur la guerre de l’Empereur Maximilien en Frioul. Des récits du Docteur G. Batta Pittiani »), Fondo Joppi 592, Biblioteca Civica “V. Joppi”, Udine, c. XIV r).
64 Outre la paralysie, le choc spinal induit aussi de la spasticité. En effet, Da Porto note que Lazara eut des difficultés à lui faire avaler le vin et l’oeuf car ses dents restaient serrées (BUCELLA A. (aux soins de), Epistole della guerra di Luigi Da Porto. Edizione critica (« Lettres de guerre de Luigi da Porto. Édition critique»), Op. cit., p. 246). Antonio Savorgnan souligna le danger de mort à cause des « spasmes et la grande blessure » SANUDO M., I diarii, (« Les cahiers »), Op. Cit., col. 261).
65 « Ici, Galène disait que les accidents à la nuque sont semblables aux accidents au cerveau. Pour empêcher les spasmes il faut oindre tous les jours le dos et l’épine dorsale avec de l’huile préparée avec de la camomille, de l’aneth et de la graisse de poule, mélangés à un bouillon de vers de terre […]. Dans les premiers jours, viennent en aide les massages et les ligatures des extrémités faites avant le diner et le souper. De même, on fait de saignées et on pose des ventouses sur les épaules […]» (DA VIGO G., La prattica universale in chirugia, (« L’exercice universel de la chirurgie»), Venezia, Ginammi, 1647, p. 119).
66 MARZARI G., La historia di Vicenza, (« L’histoire de Vicence »), Op. Cit., p. 159.
67 CLOUGH C.H., « Love and war in the Veneto: Luigi da Porto and the True Story of Giulietta e Romeo », in War, Culture and Society in Renaissance Venice: Essays in Honour of John Hale, Op. Cit. p. 108.
68 BROGNOLIGO G., Studi di storia letteraria (« Études d’histoire littéraire »), Op. Cit., p. 53.
69 id., p. 56.
