Bataille de Pharsale

Le 9 août 48 av. n. è. : la bataille de Pharsale

Introduction contextuelle

Le début des années 40 av. n. è. marqua le célèbre conflit entre les deux hommes les plus puissants de Rome, Cnaeus Pompée et Jules César. Ces deux patriciens, qui avaient entretenu des relations amicales, mais surtout à visée politique, allaient s’affronter sur la scène politique dans un premier temps, avant que les hostilités ne se déplacent sur le champ de bataille.

De 58 à 51 av. n. è., César était occupé en Gaule[1], où il tentait de rétablir l’ordre, après avoir conquis les territoires allant de la Manche à la Méditerranée. Pendant ce temps, Pompée avait assis son pouvoir à Rome. Proche du Sénat, organe décisionnel décisif, le vainqueur de Mithridate[2] commença progressivement à s’inquiéter du pouvoir qu’acquérait son allié triumvir[3]. En 52 av. n. è., Pompée assuma seul la charge de consul et bénéficiait de pouvoirs extraordinaires afin de redresser la cité – ravitaillement en blé, troubles civiques constants, etc. César, quant à lui, à son retour de Gaule, refusa de licencier son armée et de renoncer à son mandat de proconsul. À Rome, le veto[4] de deux tribuns de la plèbe – Marc Antoine et Q. Cassius Longinus – contraint le Sénat à promulguer un sénatus-consulte ultime[5]. Ce dernier octroyait aux consuls les pleins pouvoirs et notamment celui de s’opposer militairement à César et à sa légion, la XIIIe légion :

« Veillent les consuls, les préteurs, les tribuns de la plèbe et les proconsuls qui sont aux abords de la ville, à ce que la République ne subisse aucun dommage. »[6]

Face à ce choix cornélien, César, refusant de lâcher prise, décida de marcher sur Rome et franchit, dans la nuit du 12 au 13 janvier 49 av. n. è., le Rubicon, fleuve symbolisant la limite sacrée entre le territoire étranger et le territoire romain[7].

Représentation du passage du Rubicon
Représentation du passage du Rubicon. Gunduu, 2014, Wikimedia Commons

En 49 av. n. è., César était maître de la péninsule italienne, des Espagnes, de la Sicile et de la Sardaigne. Seuls l’Afrique et l’Orient lui échappaient. L’avancée de César en Italie était pourtant illégale, puisqu’il était interdit par le mos maiorum (« la coutume des ancêtres ») que des soldats romains pénètrent sur le territoire romain. Cette règle morale avait été néanmoins bafouée dès le passage du Rubicon.

Ayant la légalité de son côté, Pompée, accompagné d’une partie du Sénat de Rome et des deux consuls de l’année, avait pris la fuite et s’était réfugié à Dyrrachium. Ce fut là-bas que les deux hommes s’affrontèrent pour la première fois[8]. Après des combats difficiles, comptant énormément de pertes au sein de ses rangs, César abandonna Dyrrachium et partit vers le sud, adoptant une nouvelle stratégie. Il souhaitait empêcher la jonction de l’armée de Pompée, qui avait rejoint la Thessalie, aux renforts envoyés d’Afrique par Scipion[9]. Ce fut un mois plus tard qu’eut lieu la bataille de Pharsale.

La bataille : une victoire décisive pour Jules César

Après Dyrrachium, les deux armées se retrouvèrent en Thessalie. Le lieu exact de la bataille de Pharsale[10] reste aujourd’hui encore incertain, car aucun document archéologique probant n’a été retrouvé. Ce fut à partir des textes littéraires que la localisation fut déterminée, Pompée s’étant probablement installé sur le Krindir, un point en hauteur, tandis que César avait installé son armée en plaine[11].

Après une longue période d’observation des deux camps, placés face à face et chacun cherchant l’épuisement de l’armée adverse, Appien rapporte que

« Pompée, voyant ses alliés agités par l’attente, craignit qu’ils ne prissent avant la bataille l’initiative de rompre les rangs : aussi fut-il le premier à donner le signal du combat et César lui fit écho. »[12]

Les deux armées n’étaient pas équivalentes, Pompée présentant près de 47 000 hommes, tandis que les troupes césariennes ne comptaient que 22 000 hommes[13].

Déploiement initial des troupes dans la plaine de Pharsale
Déploiement initial des troupes dans la plaine de Pharsale. LegionaryIX, 2019, Wikimedia Commons

L’une des astuces de César, dans le placement de ses troupes, fut d’adopter le plan traditionnel du triplex acies, mais en y ajoutant une quatrième couverture de soldats, qui devait intervenir dans un deuxième temps face aux soldats adverses épuisés[14]. La tactique fonctionna. Ce fut d’abord le côté droit de l’armée césarienne qui attaqua, mettant rapidement en déroute la cavalerie pompéienne, tandis que la gauche et le centre de l’armée de Pompée se heurtaient à la quatrième ligne césarienne. Les pompéiens se replièrent vers le camp, rattrapés par les césariens qui mirent à sac tout ce qui tombait entre leurs mains. Furent comptés près de 230 pertes du côté césarien, contre 15 000 hommes dans l’armée de Pompée.

Conséquences et suite de la guerre civile

Vaincu, Pompée partit se réfugier en Égypte où il espérait être protégé par des amis, tandis que ses plus proches soutiens[15] partirent au nord de l’Afrique. À peine arrivé sur les rives du Nil le 28 septembre 48 av. n. è., Pompée fut assassiné et sa tête envoyée à César. Ce dernier exprima sa peine à la perte de son ami et sanctionna ceux[16] qui avaient piégé Pompée.

Le vainqueur s’installa quelque temps en Égypte, où il rencontre la future reine du royaume, Cléopâtre VII, qu’il aida à obtenir le trône au détriment de son frère et mari Ptolémée XIII.

Les années suivantes, César continua à lutter contre les partisans de Pompée, dont ses plus fidèles lieutenants et ses fils. Les batailles les plus célèbres furent récompensées par l’obtention de quatre triomphes en 46 av. n. è.

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Bibliographie :

Appien, Guerres civiles. Livre II, Paris, Les Belles Lettres, 2021, CCLXVII & 214 p., texte édité et traduit par GOUKOWSKY Paul

César, Commentaires sur la guerre civile, Paris, Les Belles Lettres, 2019, LXIV + 216 p., texte édité et traduit par FABRE Pierre

CELS SAINT-HILAIRE Janine, La République romaine (133-44 av. J.-C.), Paris, Armand Colin, 2020, 255 p.

LE BOHEC Yann, Histoire des guerres romaines (milieu du VIIIe siècle av. J.-C.-410 ap. J.-C.), Paris, Tallandier, 2021, 828 p.

MEIER Christian, César, Paris, Éditions du Seuil, 1989, 479 p.


[1] Il mena la conquête de 58 à 53 et s’occupa des révoltes de 53 à 51 av. n. è.

[2] Pompée avait mené la troisième guerre entre Rome et le royaume du Pont de Mithridate VI en Orient (74-63 av. n. è.). Victorieuse, Rome pût récupérer le territoire de la Bithynie, qui avait été envahi, et y joindre l’ancien royaume du Pont pour les transformer en province romaine.

[3] Une alliance politique, entre César, Pompée et Crassus, permettait de maintenir des relations entre les trois hommes. Néanmoins, Crassus fut tué en 53 av. n. è. lors de la guerre contre les Parthes et laissa les deux survivants face à face.

[4] C’est-à-dire l’opposition politique.

[5] CELS SAINT-HILAIRE Janine, La République romaine (133-44 av. J.-C.), Paris, Armand Colin, 2020, 255 p., p. 161

[6] César, Commentaires sur la guerre civile, I, 5, 3, Paris, Les Belles Lettres, 2019, LXIV + 216 p., p. 6, texte édité et traduit par FABRE Pierre : « Dent operam consules, praetores, tribuni plebis, quique pro consulibus sint ad urbem, ne quid res publica detrimenti capiat. »

[7] Il était interdit pour un soldat romain de franchir, armé, les limites sacrées de Rome (le pomerium pour la cité même de Rome, mais aussi la limite entre une province étrangère et le territoire romain).

[8] LE BOHEC Yann, Histoire des guerres romaines (milieu du VIIIe siècle av. J.-C.-410 ap. J.-C.), Paris, Tallandier, 2021, 828 p., p. 380

[9] Proche de Pompée et ennemi farouche de César. Voir ibid., p. 382

[10] Cet événement, représentant un tournant majeur dans l’histoire tardo-républicaine, a été rapporté par plusieurs auteurs, dont Appien (Guerres civiles, II), Plutarque (César, Pompée, Caton, Antoine), César (Commentaires sur la guerre civile), Lucain (Pharsale), Tite-Live (Per. CIX-CXVI) et Suétone (Vie de César).

[11] LE BOHEC Yann, op. cit., p. 384

[12] Appien, Guerres civiles. Livre II, 78, 325, Paris, Les Belles Lettres, 2021, CCLXVII & 214 p., p. 72, texte édité et traduit par GOUKOWSKY Paul : « τὸ συμμαχικὸν ὁ Πομπήιος αὑτοῦ ταρασσόμενον ὁρῶν ὑπὸ τῆς μελλήσεως καὶ δείσας, μὴ πρὸ τοῦ ἀγῶνος ἀταξίας κατάρξειεν, ὑπεσήμαινε πρῶτος, καὶ ἀντήχησε Καῖσαρ »

[13] MEIER Christian, César, Paris, Éditions du Seuil, 1989, 479 p., p. 386

[14] Pour le détail des opérations, voir LE BOHEC Yann, op. cit., p. 385

[15] Notamment son fils Sextus, Caton (d’Utique), Afranius et Scipion.

[16] L’ordre de tuer Pompée avait été donné par le roi Ptolémée XIII.

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