Contexte historique
Le 22 juin 217 av. n. è., la bataille de Raphia[1] opposa l’armée du roi séleucide Antiochos III[2] à celle du roi de l’Égypte lagide, Ptolémée IV[3]. Cette guerre concernait le contrôle du territoire de la Coelé-Syrie[4]. Cette région était disputée depuis la mort d’Alexandre le Grand en 323 av. n. è. par ses successeurs, les diadoques, puis par les successeurs de ceux-ci.
La bataille de Raphia s’inscrit en réalité dans une guerre plus large, à savoir la quatrième guerre de Syrie (219-217 av. n. è.). Des troubles avaient pourtant eu lieu avant 219. En effet, dès l’année 221, Antiochos III avait attaqué la Syrie, mais il n’avait pas les moyens de continuer ses conquêtes avant 218 av. n. è. Cette année-là, le roi séleucide envahit la région limitrophe du royaume lagide, tandis que le roi Ptolémée, conscient de la menace, entraînait ses troupes à combattre selon le modèle de la phalange macédonienne. En outre, il parvint à conserver le contrôle des mers, accès privilégié pour entrer en territoire lagide.
L’affrontement en plusieurs étapes et la fin d’une guerre
La bataille[5] débuta après une longue attente, les deux armées se faisant face pendant au moins cinq jours selon Polybe :
« Après avoir campé cinq jours face à face, les deux rois décidèrent l’un et l’autre de vider la querelle par une bataille. »[6]
Entré en campagne le 13 juin 217, ce ne fut que le 22 juin que furent lancés les combats sur le champ de bataille.
« Comme Ptolémée commençait à faire sortir l’armée de son retranchement, Antiochus mit aussitôt la sienne en ligne. Tous les deux rangèrent les phalanges et les unités d’élite armées à la macédonienne en face les unes des autres. »[7]
Chose assez peu commune, mais présente dans l’histoire antique, des éléphants faisaient partie intégrante des armées[8] et les deux armées de la bataille de Raphia ne firent pas exception, alignant chacune une troupe montée sur ces grands mammifères.
Les éléphants furent d’ailleurs les premiers à combattre. Ceux de Ptolémée, appartenant à l’espèce africaine, furent défaits, peu prompts aux combats et rapidement effrayés par le fracas des armes :
« Mais la plupart des éléphants de Ptolémée refusèrent le combat, suivant l’habitude des éléphants d’Afrique ; car ils ne supportent pas l’odeur et le cri, et même ils redoutent la taille et la force des éléphants indiens »[9]
Face à la déroute des éléphants de Ptolémée, toute son aile gauche fut piétinée et écrasée par l’aile droite de l’armée d’Antiochos. Cependant, la situation était contraire de l’autre côté des armées, celle de Ptolémée démontrant rapidement sa supériorité. La bataille se concentra alors au milieu, à l’endroit où se trouvaient les phalanges. C’est sur elles que les deux rois avaient fondé leurs espoirs. Tandis qu’Antiochos, en guerrier inexpérimenté, poursuivaient les fuyards sur l’aile gauche et pensant que sa phalange était aussi victorieuse, les hommes de Ptolémée bousculèrent la phalange macédonienne, qui prit la fuite. Néanmoins, Antiochos ne comprit pas immédiatement la gravité de la situation :
« voyant que les siens avaient pris la fuite, il battit en retraite sans plus sur Raphia, persuadé que, pour sa part, il était vainqueur et croyant qu’il n’avait perdu toute l’affaire qu’à cause de la couardise et de la lâcheté des autres. »[10]
Le lendemain, Ptolémée rassembla ses troupes, fit enterrer les morts et marcha sur Raphia. Antiochos rassembla, quant à lui, son armée hors de la ville et demanda une trêve pour faire enterrer ses combattants tués[11]. À ce stade du récit, Polybe dresse le tableau des pertes des deux camps :
« Les pertes du côté d’Antiochus s’élevaient à près de dix mille fantassins et à plus de trois cents cavaliers ; plus de quatre mille hommes avaient péri sur place, et deux par suite de leurs blessures. Du côté de Ptolémée, les pertes étaient d’à peu près mille cinq cents fantassins et d’à peu près sept cents cavaliers ; de ses éléphants, seize avaient été tués et la plupart des autres capturés. »[12]
Aucun combat ne suivit cette bataille, le roi Antiochos repartant vers ses territoires, laissant la place vacante à Ptolémée. Ce fut enfin aux ambassadeurs d’intervenir et une trêve d’une année fut conclue entre les deux souverains.
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Bibliographie
AMELING Walter, « Ptolemaeus IV Philopator », dans Brill’s new Pauly : Encyclopaedia of the Ancient World, vol. 12, Boston / Leiden, Brill, 2008, LV p. & 1004 col., col. 138-139
MEHL Andreas, « Antiochos III », dans Brill’s new Pauly : Encyclopaedia of the Ancient World, vol. 1, Boston / Leiden, Brill, 2002, LXI & 1158 col., col. 768-769
Polybe, Histoires, Livre V, Paris, Les Belles Lettres, 1977, 318 p., texte édité et traduit par PEDECH Paul
[1] Il s’agit de l’actuelle ville palestinienne de Rafah, située au sud de la bande de Gaza.
[2] Il régna de 223 à 187 av. n. è. En 188 av. n. è., il fut contraint de signer la paix d’Apamée, marquant la victoire de Rome et la fin de son règne l’année suivante. Voir MEHL Andreas, « Antiochos III », dans Brill’s new Pauly : Encyclopaedia of the Ancient World, vol. 1, Boston / Leiden, Brill, 2002, LXI & 1158 col., col. 768-769
[3] Ce fut le jour de son accession au trône qu’il reçut le surnom Philopator, en 221 av. n. è. Il perdit la vie en 204 av. n. è. et son règne fut négativement rapporté par les auteurs anciens, qui le décrivaient comme un souverain ayant privilégié ses plaisirs personnels à la politique. Voir AMELING Walter, « Ptolemaeus IV Philopator », dans Brill’s new Pauly : Encyclopaedia of the Ancient World, vol. 12, Boston / Leiden, Brill, 2008, LV p. & 1004 col., col. 138-139
[4] Territoire qui correspond à la Syrie actuelle, sauf la partie phénicienne.
[5] Le récit de la bataille nous a été transmis par l’auteur grec Polybe, dans le livre V de ses Histoires.
[6] Polybe, Histoires, V, 82, 1, Paris, Les Belles Lettres, 1977, 318 p., p. 141, texte édité et traduit par PEDECH Paul : « Οἱ δὲ βασιλεῖς πένθ´ ἡμέρας ἀντιστρατοπεδεύσαντες ἀλλήλοις, ἔγνωσαν ἀμφότεροι διὰ μάχης κρίνειν τὰ πράγματα. »
[7] Ibid., V, 82, 2 : « καταρχομένων δὲ τῶν περὶ τὸν Πτολεμαῖον κινεῖν τὴν δύναμιν ἐκ τοῦ χάρακος, εὐθέως οἱ περὶ τὸν Ἀντίοχον ἀντεξῆγον. καὶ τὰς μὲν φάλαγγας ἀμφότεροι καὶ τοὺς ἐπιλέκτους τοὺς εἰς τὸν Μακεδονικὸν τρόπον καθωπλισμένους κατὰ πρόσωπον ἀλλήλων ἔταξαν. »
[8] Nous pouvons noter, de façon anecdotique, que le chef carthaginois Hannibal avait traversé les Alpes avec ses éléphants l’année précédente, dans le but de faire tomber Rome.
[9] Polybe, Histoires, V, 84, 5-6, op. cit., p. 144 : « τὰ δὲ πλεῖστα τῶν τοῦ Πτολεμαίου θηρίων ἀπεδειλία τὴν μάχην, ὅπερ ἔθος ἐστὶ ποιεῖν τοῖς Λιβυκοῖς ἐλέφασι· τὴν γὰρ ὀσμὴν καὶ φωνὴν οὐ μένουσιν ἀλλὰ καὶ καταπεπληγμένοι τὸ μέγεθος καὶ τὴν δύναμιν »
[10] Ibid., V, 85, 13, p. 146 : « καταλαβὼν δὲ τοὺς παρ´ αὑτοῦ πάντας πεφευγότας, οὕτως ἐποιεῖτο τὴν ἀποχώρησιν εἰς τὴν Ῥαφίαν, τὸ μὲν καθ´ αὑτὸν μέρος πεπεισμένος νικᾶν, διὰ δὲ τὴν τῶν ἄλλων ἀγεννίαν καὶ δειλίαν ἐσφάλθαι νομίζων τοῖς ὅλοις. »
[11] Il s’agit d’une norme issue du droit sacré de la guerre dans les territoires grecs. La trêve devait être proclamée par un héraut et durant celle-ci, les combats étaient proscrits.
[12] Polybe, V, 86, 5-6, op. cit., p. 147 : « ἦσαν δ´ οἱ τετελευτηκότες τῶν παρ´ Ἀντιόχου πεζοὶ μὲν οὐ πολὺ λείποντες μυρίων, ἱππεῖς δὲ πλείους τριακοσίων· ζωγρίᾳ δ´ ἑάλωσαν ὑπὲρ τοὺς τετρακισχιλίους. ἐλέφαντες δὲ τρεῖς μὲν παραχρῆμα, δύο δ´ ἐκ τῶν τραυμάτων ἀπέθανον. τῶν δὲ παρὰ Πτολεμαίου πεζοὶ μὲν εἰς χιλίους καὶ πεντακοσίους ἐτελεύτησαν, ἱππεῖς δ´ εἰς ἑπτακοσίους· τῶν δ´ ἐλεφάντων ἑκκαίδεκα μὲν ἀπέθανον, ᾑρέθησαν δ´ αὐτῶν οἱ πλείους. »




