Avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses idées de relance économique émergent, notamment avec les accords de Bretton Wood, en 1944. Les Alliés – la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’URSS – ébauchent un plan d’aide basé sur la création d’une banque de reconstruction d’après-guerre, ainsi que sur la mise en place d’un Fond monétaire international (FMI) visant à garantir une stabilité financière mondiale.
Dès la conférence de Potsdam, en Allemagne, du 17 juillet au 2 août 1945, les tensions entre les États-Unis et l’URSS se cristallisent, pour laisser deviner l’émergence de deux « blocs ». Le 12 mars 1947, la situation entre ces deux Grands prend un nouveau tournant lors du discours du président américain Harry Truman devant le Congrès américain.
De fait, Truman accuse l’URSS de totalitarisme, c’est-à-dire d’une mainmise de l’État sur l’ensemble des activités individuelles. Face aux États-Unis, que le président américain qualifie de « monde libre », autrement dit possédant un système politique démocratique, l’URSS est décrite comme allant à l’encontre des libertés individuelles dû au parti unique. Dans sa volonté de réduire l’influence du système communiste, les États-Unis mettent alors en place la doctrine du containment. Celle-ci repose sur divers éléments, dont un plan économique présenté par le secrétaire d’État américain, le général George C. Marshall.
Le plan Marshall est officiellement présenté le 5 juin 1947 à l’université d’Harvard. Cette aide vise à permettre une reconstruction politique et économique de l’Europe. Trois objectifs sont dans sa ligne de mire : arrêter la progression du communisme (containement) ; faire de l’Europe une vitrine du système libéral ; et lui donner un nouveau souffle économique pour qu’elle devienne un marché potentiel de l’industrie américaine.
Lors de son adoption le 2 avril 1948, il est prévu que le plan Marshall soit actif pendant quatre ans, afin de laisser le temps à l’Europe de redevenir indépendante financièrement. Présenté comme avantageux, 85 % des aides sont offertes à titre gratuit contre 15 % de prêt à long terme. Ce système est contrôlé par deux institutions qui fonctionnent en pyramide. La première, l’Economic Cooperation Administration (ECA), qui se devait de distribuer les crédits, tandis que l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) répartissait les aides. Cette seconde institution donne naissance en 1961 à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui vise à assurer aux membres européens une économie croissante et durable.
Proposé à l’ensemble des pays européens, dont la Turquie, l’URSS et les pays ayant adopté une politique communiste, le plan Marshall ne fait toutefois pas l’unanimité. En 1949, l’URSS met en place le Conseil d’assistance d’économie mutuelle (CAEM) ayant pour but de planifier les industries nationales, en réponse à l’assistance américaine. Les deux aides de reconstruction économique s’opposent et creusent un fossé entre les deux blocs.
Le plan Marshall interroge sur de nombreux points. N’est-il qu’une réponse à la montée du communisme en Europe ? A-t-il seulement été créé pour sortir l’Europe d’une crise économique ?
En juillet 1947, la Tchécoslovaquie refuse le plan Marshall et, avec le coup de Prague en février 1948, après deux semaines de tension politique, le pays bascule dans le « bloc de l’Est ». L’année suivante, en 1949, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), organisation intergouvernementale politico-militaire, se forme en Europe de l’Ouest avec les États-Unis dans le contexte du blocus de Berlin. Ces deux évènements donnent au plan Marshall une image agressive à l’encontre du « bloc de l’Est », bien qu’il soit antérieur à ce regain de tension.
L’expansion du communisme ne laisse pas indifférent les États-Unis et le plan Marshall n’apparaît pas comme une réponse isolée, il n’est qu’une partie d’un tout. En effet, le désordre économique qui pouvait s’installer en Europe était aussi à prendre en considération lors de l’élaboration du plan.
Certes, la France, l’Italie ou l’Allemagne se trouvent confrontés à un manque de nourriture, mais certaines études économiques laissent à penser que la crise de 1947 a été surévaluée. Bien qu’une aide financière était inévitable pour endiguer la faim et la misère, certaines recherches amènent à penser que la plan Marshall avait pour but de conserver les démocraties en Europe. Les États-Unis auraient surtout craint l’expansion du bloc soviétique en Europe.
Le plan Marshall se révèle être l’une des pierres angulaires de l’édifice de deux blocs émergent dans le monde. Cette aide économique pose cependant les bases de nouvelles alliances financières et politiques qui contribueront à la reconstruction de l’Europe.
Si vous avez aimé cet article, nous vous conseillons également :




