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Le personnel militaire français et le dispositif contre-insurrectionnel à l’ouest-Cameroun (1956-1967) 

Par Ferdinand Marcial Nana.

La guerre d’indépendance qui éclata au Cameroun à partir de 1956, quoique mal nommée, opposa, d’une part les forces nationalistes de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) après son exclusion du champ politique camerounais en 19551, porte-étendard de la contestation, de la dénonciation du colonialisme et « avant-garde du mouvement de résistance à la politique d’assimilation de la France » au Cameroun2 à, d’autre part, l’autorité coloniale française qui soutint par la suite le gouvernement postcolonial3 à travers l’armée camerounaise créée le 11 novembre 19594. Ainsi, l’UPC affrontait l’autorité coloniale, puis post-coloniale. Le président du Conseil Edgar Faure, par le décret du 13 juillet 1955, mettait un terme aux espoirs de conquête pacifique du pouvoir5 par l’UPC. Cette formation n’avait pas prévu, au départ, l’option de l’accès au pouvoir par les armes. Elle s’était donné les moyens politiques pour s’imposer. Son exclusion arbitraire déboucha sur un conflit sanglant, dénouement des tensions idéologiques et politiques, expression de la volonté des forces nationalistes d’obtenir l’indépendance immédiate du Cameroun6. Contraints à la clandestinité, l’UPC et ses partisans choisirent de continuer la politique par le « boycott actif », par la voie des armes et la méthode violente. Des actes de sabotage étaient entrepris dans la Sanaga-Maritime, le pays Bamiléké et les grandes villes du pays. L’insurrection armée7 fut déclenchée en réaction à l’exclusion programmée et au harcèlement des forces de maintien de l’ordre.

Ainsi, contrairement aux conflits de haute intensité au cours desquels se confrontent des États ou des entités politiques distinctes8, la guerre d’indépendance du Cameroun opposait au départ les forces armées coloniales françaises aux forces nationalistes. C’était un affrontement marqué par la « coexistence sur un même territoire national de différents ordres sociaux entretenant une relation violente »9. Il s’agissait d’une violence asymétrique avec, d’une part, une armée bien structurée et, de l’autre, les forces nationalistes qui adoptaient la clandestinité et la guérilla comme stratégie de lutte. Ayant senti « le vent du boulet » tourner à travers la montée de l’escalade et soucieuse de rétablir l’ordre, la France répliqua violemment. Elle choisit l’option d’une répression brutale et mit en branle les différents plans de mobilisation conçus autrefois pour pallier toute éventualité en cas d’agression ou de risques sécuritaires graves au Cameroun10. Le choix de l’engagement colonial français d’en découdre avec les forces nationalistes entraîna un cycle d’insécurité, conséquence directe des tensions sociopolitiques entre nationalistes et colonisateurs au Cameroun11.

À l’intérieur du Cameroun, la situation n’était pas reluisante. Le climat politique délétère n’augurait point de meilleurs lendemains sur le plan sécuritaire. La politique antifrançaise de l’UPC préoccupait la France. C’est pourquoi le général de division Louis Dio, commandant supérieur des forces armées de la zone du Cameroun12, précisait que la politique menée par cette formation y constituait le principal défi sécuritaire de la France. Il soulignait de ce fait :

Au Cameroun, l’échec de l’UPC aux élections de l’Assemblée territoriale de décembre a mis en lumière son orientation délibérée vers une organisation clandestine avec toute la gamme des formes classiques de rébellion. Cette organisation n’a été que partiellement détruite et n’aura pas de peine à se reconstituer à la faveur de l’autonomie concrétisée par un nouveau statut. Les nouvelles institutions risquent de ne pas donner aux autorités élues les moyens de défense suffisants contre le développement d’une opposition souterraine qui se manifestera par un terrorisme plus ou moins lavé13.

Ainsi, les stratèges militaires français misaient sur une victoire rapide sur le front militaire, y voyant un impératif pour lever définitivement le risque d’une indépendance totale comme voulue par les nationalistes. Des événements internationaux majeurs suscitèrent une prise de conscience des enjeux et de l’importance de la mise en place des dispositifs sécuritaires dans les territoires sous domination française. En effet, la crise de Suez, la sensibilité des frontières libyennes et soudanaises et la situation en Algérie constituaient autant de menaces pour les possessions et le prestige de la France en Afrique14.

En réaction, pour éviter le triomphe des idées nationalistes, la France actualisa la stratégie contre-insurrectionnelle expérimentée en Algérie et en Indochine. Des manuels d’orientation, notamment le manuel tactique pour le groupe de l’Afrique Occidentale Française (AOF)15, étaient édités et mis au service des soldats pour préparer les opérations et maximiser les résultats.

La région de l’Ouest-Cameroun, principalement le pays bamiléké, zone investie par les forces nationalistes à travers les différents maquis dissimulés autour des directions centrales16, retenait particulièrement l’attention de l’armée française qui y déploya un dispositif impressionnant. En effet, dans ce dispositif dit de pacification, des soldats aguerris venus de la métropole, ainsi que certains ayant fait leurs preuves sur d’autres fronts où l’armée française était engagée, furent associés aux forces en provenance de l’AOF et des supplétifs camerounais. Ce renforcement des effectifs ne relevait pas uniquement de la brutalité, mais d’une recherche d’adaptation des forces opérationnelles à l’évolution de la situation et la progression des forces nationalistes. En effet, les forces nationalistes ne cessaient, malgré les moyens de lutte modestes, d’enregistrer «  un succès jamais atteint ». L’opposition rencontrée par les troupes coloniales françaises encourageait la métropole à mobiliser plus de soldats17. Le personnel militaire, et particulièrement les officiers, représentaient le fer-de-lance du principal dispositif sur lequel reposait la stratégie de musèlement du nationalisme au Cameroun. Il devait intervenir en dernier ressort, après le débordement d’autres forces du dispositif sécuritaire18.

Le regain d’intérêt accordé à l’historiographie sur le processus de décolonisation et la lutte armée au Cameroun observé depuis quelques années encourage les chercheurs à produire des écrits sur la lutte nationaliste dans son ensemble. Il existe, à ce sujet, une littérature riche et variée qui documente l’opposition entre nationalistes de l’UPC et les forces françaises. En plus du caractère généraliste des travaux, la démarche prosopographique se précise à travers la description de certains acteurs clés du dispositif contre-insurrectionnel français. Outre des mémoires et des thèses, il existe des travaux de Lionel Noumbou Noumowe et de Karine Ramondy19. En effet, la mise en place de la commission de recherche sur la guerre du Cameroun marque une étape importante dans la recherche de la responsabilité des soldats métropolitains dans la répression qui y sévit. Le rapport qui en est issu contribue à l’enrichissement de la littérature qui existe sur le sujet20. Des travaux récents retracent également la contribution de l’armée française à l’entreprise coloniale. Les travaux de Julie d’Andurain, pour ne citer que ceux-ci, vont dans ce sens et montrent que les troupes coloniales constituaient un « outil de défense »21. D’autres s’intéressent aux forces en action dans l’armée française, le processus de formation des officiers et les missions qui leur sont dévolues, notamment ceux de Morgane Barey22, Alain Valtaud23 et Lionel Noumbou Noumowe24. Enfin, certains travaux soulignent la contribution des soldats français dans le processus de pacification du Cameroun25.

Notre démarche ambitionne de montrer que la France a mobilisé son personnel militaire dans la guerre qui l’oppose aux partisans de l’UPC et que, malgré le nombre relativement faible des militaires français dans ce dispositif, ce personnel était entreprenant dans la mise en place de différentes stratégies implémentées dans d’autres théâtres d’opérations. Ce travail privilégie « l’approche par le bas » et s’inscrit dans le prolongement des travaux antérieurs portant sur le rôle joué par les forces supplétives dans les victoires de l’armée contre les maquisards26. Sur cette base, la préoccupation centrale de cette réflexion est de cerner le rôle déterminant joué par les militaires français dans l’anéantissement des forces nationalistes au Cameroun. Quelles sont les stratégies de mobilisation, les enjeux et les missions du personnel militaire français dans le dispositif global de lutte contre les partisans de l’UPC ?

Nos enquêtes de terrain et les recherches dans des centres de documentation nous ont permis de mobiliser un corpus regroupant les thèses, les mémoires, les ouvrages, les articles et les archives. Le travail se subdivise en deux parties. La première articulation questionne les différentes stratégies mises sur pied par la France pour riposter au dispositif insurrectionnel de l’UPC. La seconde questionne l’apport de celles-ci et les enjeux.

Briser l’élan nationaliste par la mobilisation et le renforcement des capacités opérationnelles

Le dispositif déployé par la France dans l’Ouest-Cameroun visait principalement à briser l’élan du nationalisme, à renforcer les capacités opérationnelles et à réorganiser l’approche stratégique française.

Le personnel militaire français dans le dispositif contre-insurrectionnel

Dans une entrevue en pleine guerre d’indépendance du Cameroun le général de Gaulle faisait remarquer à Ahmadou Baba Toura Ahidjo, Président du Cameroun que « l’ampleur des opérations de guerre était telle qu’on pouvait penser que sans la présence des troupes françaises, le gouvernement d’Ahidjo aurait les plus grandes difficultés à se maintenir au pouvoir »27. Cette remarque confirme le rôle stratégique de la France dans la pacification du Cameroun. Dans le cadre de la répression du nationalisme, la France engagea une guerre par procuration. Elle préféra associer les soldats issus des colonies et en assurer l’encadrement par des soldats métropolitains bien formés. Elle ne voulait pas donner l’impression à l’opinion publique, au sortir du désastre indochinois et du déclenchement de la guerre d’Algérie, qu’un nouveau front était ouvert au Cameroun. Le choix se porta sur des officiers expérimentés, aguerris et à même d’étouffer par la force les partisans de la lutte armée de l’UPC. La France s’en tenait à un dispositif constitué d’officiers, de sous-officiers et parfois de soldats de rang encadrant les soldats indigènes.

Les effectifs du personnel militaire français étaient relativement faibles au départ. Les stratèges tentèrent de les revoir à la hausse sans toutefois rattraper le nombre des adjuvants et supplétifs. En 1955, les rapports faisaient état de la présence, dans les rangs de l’armée de terre du contingent métropolitain, de 33 officiers européens avec 17 officiers de services, 80 sous-officiers, dont 32 pour les services. À ce personnel de commandement, s’associaient des soldats de rang qui étaient de l’ordre de 80 avec 32 pour les services28. Ce dispositif se renforça à partir de 1956, lorsque la situation sécuritaire devint délétère. Le dispositif militaire en service au Cameroun était estimé au déclenchement de la lutte armée en décembre 1956 à 4300 réservistes. L’armée de terre comptait 503 officiers, l’aviation disposait de 108 officiers et 297 sous-officiers et les hommes de troupe. La marine avait 43 officiers et 285 sous-officiers29.

Unités d’intervention
En activité
BataillonsConstitution
HommesArmesVéhicules
1 bataillon1055 hommes1176 armes152 véhicules
1 bataillon610 hommes654 armes85 véhicules
En création
1 bataillon402 hommes427 armes47 véhicules
1 bataillon402 hommes427 armes47 véhicules
Renfort éventuel
1 bataillon702 hommes727 armes91 véhicules
Total3271 hommes3411 armes422 véhicules
Unités territoriales
Constitution16 sections de commandement de 45 sections de protection : 2900 hommes, 2856 armes, 382 véhicules.
Le tableau ci-dessus met en exergue les éléments d’intervention et les unités territoriales du dispositif militaire qui relevaient des autorités françaises en 1957.
Source : SHD, 6H239, Plan de défense intérieur du Cameroun, cité par Kouékam Demonster-Ferdinand, « Les forces supplétives dans la lutte contre-insurrectionnelle et antinationaliste au Cameroun (1957-1971), Thèse de Doctorat en Histoire, Université de Douala, 2020, p.93

En mai 1957, l’ensemble des soldats français engagés dans la pacification des zones troubles représentait le cinquième de l’effectif total des soldats mobilisés et était d’environ 600 personnes regroupées au sein de deux bataillons30. Des efforts furent consentis au niveau de la solde pour booster le moral et améliorer les rendements sur le terrain. Le personnel militaire bénéficiait des augmentations en vertu du décret n°57-1009 du 14 septembre 195731. Concernant la gendarmerie, dont la mission était de veiller à la sécurité et maintenir l’ordre, les effectifs n’étaient pas très importants. Pour la compagnie de gendarmerie du Cameroun dirigée par le chef d’escadron Teuliere en 195632, les effectifs étaient fixés par le décret n° 49-1366 du 23 août 1949.

Désignation du personnelÀ réaliser au 31-12-1956RéalisésPrésent O. MDifférence
OffS-offOffS-offOffS-offOffS-off
Chef d’escadron111

Capitaines566
+1
Lieutenants211
– 1
Sous- lieutenant
Adjudants-chefs766– 1
Adjudants171916+2
Maréchal des logis-chefs474740
Gendarmes119147137+28
Total819082198199
Le tableau ci-dessus décompte le personnel européen à la date du 15 novembre 1956.
SHD, Rapport confidentiel du Chef d’escadron Teuliere, commandant la compagnie de gendarmerie du Cameroun, n° 437/4 du 19 novembre 1956, pp. 2-3.

L’analyse comparative de l’armée de terre et de la gendarmerie, deux corps du dispositif répressif français au Cameroun travaillant en étroite collaboration33, dénote la faible proportion du personnel militaire français. En effet, le personnel mobilisé n’avait pas forcément vocation à monter à l’assaut des forces nationalistes pour en découdre : il devait, au regard du dispositif de pacification, encadrer les soldats du rang issus de différents territoires d’Afrique francophone en mission au Cameroun et les forces d’appoint recrutées dans les zones en proie à la rébellion. Pour ce qui est des officiers de l’armée française, leurs compétences étaient un atout. Ils étaient formés pour mener des missions dans des conditions rudes avec, qui plus est, l’expérience engrangée par certains sur les théâtres algériens et indochinois.

Au plus fort de la lutte, le personnel militaire français en charge de la répression du nationalisme partageait deux caractéristiques communes. En plus de leur opposition notoire au communisme, le personnel militaire, pour l’essentiel des officiers supérieurs, était composé d’anciens de l’Algérie et de l’Indochine, formés aux nouvelles stratégies de la doctrine de la guerre révolutionnaire (DGR) et à l’action psychologique. Ces deux caractéristiques furent très déterminantes dans les différentes actions qu’ils menèrent sur le terrain pour débusquer et réduire à néant les forces nationalistes. Néanmoins, l’effectif français commence à décliner progressivement avec la mise en place des forces armées camerounaises. Le nombre d’officiers et de sous-officiers est passé de 150 en 1961 à 28 en 1970, preuve que la formation et la transmission du savoir–faire opérationnel avait atteint les objectifs escomptés et permis de mettre en déroute les forces nationalistes.

Années19611996219631964196519661967196819691970
Officiers20181410666554
Sous-officiers1301303335333533282524
Total1501484745394139333028
Le tableau ci-dessus fait ressortir l’évolution du personnel militaire français au Cameroun de 1961 à 1970.
Source : DUVAL Eugène Jean, Le sillage militaire de la France au Cameroun 1914-1964, Paris, L’Harmattan, 2004, 374 p., p. 216.

Le recours aux forces « indigènes34 » était à la fois une exigence stratégique et conjoncturelle35. En effet, le nombre des militaires de rang français au Cameroun ne suffisait pas à assurer une couverture optimale à même de garantir un quadrillage systématique des zones en trouble. Les soldats de rang qui étaient affectés à la lutte antinationaliste, contrairement aux officiers, qui avaient connaissance du niveau stratégique, ne maîtrisaient pas forcément les enjeux que représentait le Cameroun pour l’avenir de la France en Afrique. De surcroît, les soldats « indigènes » pouvaient mieux comprendre les us, les coutumes et les réalités socio-anthropologiques des populations locales. Enfin, ceux-ci n’avaient pas connaissance de l’organisation des forces nationalistes ni des contraintes naturelles36.

Du renforcement des capacités opérationnelles à la réorganisation stratégique du personnel militaire

En plus du choix d’un personnel adapté à la tâche, la France organisait régulièrement des opérations de renforcement des capacités. Cette démarche avait un double objectif : renforcer les compétences opérationnelles sur le champ de bataille qu’ils ne maîtrisaient pas toujours et préparer ceux-ci à travers l’instauration des mesures visant à faciliter le cycle de décision et l’opérationnalité des forces. De ce fait, la France donnait aux administrateurs en poste au Cameroun des moyens pour prendre des décisions sur le plan sécuritaire. À partir de 1954, le ministère de la France d’Outre-mer dirigé par Louis Jacquinot créa un corps chargé des renseignements. Ce corps des Officiers des Affaires Africaines mettait à la disposition des administrateurs « des officiers dont la formation les prédispose à préparer les plans de défense et à proposer des solutions pour lutter contre les protestations »37. Certains officiers, avant leur affectation au Cameroun, avaient bénéficié dans ce cadre des formations particulières dans la lutte contre-insurrectionnelle. Ce fut le cas de Bonaventure Escoffet qui avait reçu, sous les ordres du colonel Charles Lacheroy, durant plusieurs mois une formation au Centre d’Études Asiatiques et Africaines (CEAA), rebaptisé Centre militaire d’information et de spécialisation pour l’outre-mer (CMISOM)38.

Pour aider le personnel militaire dans la prise des décisions et renforcer les capacités opérationnelles dans le processus de maintien de l’ordre, des outils intellectuels et technologiques de contrôle étaient fournis en plus de la formation qu’il recevait39. Aucun ne fut construit au Cameroun. Toutefois, le personnel issu de ces centres d’incubation à l’action contre-insurrectionnelle y était envoyé en opération. C’est le cas du centre d’instruction à la pacification et à la contre-guérilla (CIPCG) établi à Arzew en Algérie en 1956, pour inculquer au sein des forces combattantes la doctrine contre-révolutionnaire française40 dans la lutte d’indépendance qui opposait les Algériens aux Français. Le programme général de la formation était axé sur les données empiriques relatives à la situation révolutionnaire, ainsi que sur les stratégies et les tactiques militaires. Trois éléments étaient pris en compte à partir de 1960 : la nature du conflit militaire, le contexte sociopolitique de la guerre avec ses dimensions interne et externe, et les théories de la guerre révolutionnaire et leur application41. Les officiers ayant suivi différentes formations étaient chargés de diffuser auprès de leurs soldats les enseignements qu’ils avaient acquis, en plus de les encadrer pour mettre à profit cette expérience sur le terrain et renforcer leurs capacités opérationnelles.



Militaires français (supposément le lieutenant Lefebvre – à côté de la lampe tempête – et son adjoint Raymond Bosbœuf) en pleine instruction des élèves officiers de l’école interarmes du Cameroun en 1960.
Source : Archives Nationales de Yaoundé.

Outre le personnel chargé d’orienter les administrateurs coloniaux dans la matérialisation des stratégies de répression, un dispositif militaire fut mis en place et confié aux soldats aguerris42. Celui-ci était placé sous le commandement du général Max Louis Briand qui disposait de cinq bataillons, d’un escadron blindé et d’un escadron de chasseurs bombardiers T2643. La personnalité de cet officier en dit long sur sa détermination à en découdre avec les poches de résistance nationaliste. Ces forces furent réparties sur deux fronts en pays bassa44 et en pays bamiléké.

Dans le pays bamiléké, Maurice Delaunay avait obtenu de Pierre Mesmer, haut-commissaire de la France au Cameroun, un dispositif constitué d’une vingtaine de pelotons des troupes stationnées à Koutaba45. Force est donc de constater que la hiérarchie de l’armée était dominée par les soldats venus de la métropole et, en particulier, par les officiers. Les hommes de combat étaient recrutés pour la majorité dans les colonies46. Par exemple, en pays bamiléké, le colonel Griblin en charge de la répression avait reçu des soldats tchadiens, d’ethnie Sara47 et des Centrafricains envoyés en renfort aux effectifs sur le terrain. À la tête des différentes unités se trouvait le personnel militaire français. C’est le cas du lieutenant Archambaud placé à la tête du commando de chasse à l’Ouest-Cameroun48.

De la mobilisation de l’élite militaire à l’anéantissement du nationalisme

Le personnel militaire français affecté au Cameroun pour lutter contre la guérilla marqua sa présence à travers des opérations aux résultats retentissants, mais aussi par le recours à la torture et au confinement des populations. Ces méthodes concoururent à l’édification et au moulage des premiers officiers camerounais.

Les officiers de l’implémentation du musèlement du nationalisme

Des travaux, notamment ceux de Karine Ramondy, historienne française, membre de la commission sur la restitution du rôle de la France dans la guerre du Cameroun et de Lionel Noumbou Noumowe, historien camerounais, analysent les carrières des officiers ayant utilisé l’Algérie et l’Indochine comme tremplin pour leur imprégnation à la doctrine de la DGR49. En effet, l’Algérie et l’Indochine furent des laboratoires d’expérimentation de nouvelles techniques répressives qui furent reprises plus tard avec un succès retentissant au Cameroun contre la guérilla upéciste. Dans un esprit revanchard et ayant appris de leurs erreurs, « revenant d’Indochine, où l’armée française avait essuyé une cuisante défaite, les responsables militaires français, humiliés à Diên Biên Phu, décidèrent de recourir à tous les moyens possibles pour garder ce qui restait de l’Empire »50. Cette tâche d’implémentation des stratégies contre-révolutionnaires revenait aux officiers supérieurs de la coloniale. Certains n’avaient pas combattu au Cameroun, mais leurs pensées furent déterminantes dans les opérations menées dans ce pays. C’est le cas de Roger Trinquier51 et du colonel Charles Lacheroy52.

En revanche, d’autres officiers furent des acteurs et des bras séculiers de la mise en déroute des forces nationalistes, notamment ceux affectés au Cameroun en pleine campagne dite de pacification. Les stratèges français envoyaient au Cameroun des officiers supérieurs ayant servi sur d’autres théâtres d’opérations où la méthode subversive était employée. Ils misaient sur la somme des expériences pour garantir une victoire rapide et peu coûteuse des forces coloniales sur les forces nationalistes. Nous nous intéressons à ceux qui ont marqué les esprits par leur implication dans la lutte contre les upécistes. Ainsi, le général de division Louis Dio, responsable des forces françaises en AEF, était le supérieur hiérarchique des officiers affectés au Cameroun. On y retrouvait également le général de brigade Max Louis Briand et le colonel Jean-Marie Lamberton, deux militaires qui retiennent notre attention au regard de leurs états de service.

Le général de division Louis Dio était considéré comme l’un des plus jeunes généraux de l’armée française. Né à Vannes dans le Morbihan le 14 octobre 1908, il entra à Saint-Cyr en 1926 dans la promotion Pol Lapeyre. Son choix à la sortie était orienté vers l’infanterie coloniale et il fut affecté successivement au sud-tunisien, au Soudan, en Mauritanie et au Tchad. Devenu capitaine, il rallia le 27 août 1940 la compagnie du colonel Leclerc et la France libre. En effet, il commandait les tirailleurs tchadiens présents à Douala lorsque débarquèrent Leclerc et Hettier de Boislambert53. Nommé successivement commandant civil et militaire du Sud tunisien, commandant des troupes en Extrême-Orient et haut-commissaire de la République au Cambodge, il fut rappelé en métropole comme auditeur à l’Institut des hautes études de la Défense nationale et au centre des études militaires54. Devenu général de division en 1955, il fut nommé adjoint de la 1re Région militaire. Enfin, il revint comme commandant supérieur des forces en Afrique-Équatoriale française à Brazzaville, position qui fit du général Louis Dio hiérarchiquement le supérieur du commandant militaire du Cameroun55. En 1958, il devint général de corps d’armée et chef d’état-major des forces d’outre-mer. Il fut promu général d’armée puis officia comme inspecteur général de l’armée, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1965. Il décéda le 15 juin 1994.

Né le 18 février 1905 à Sillé-le-Guillaume, Max Louis Briand était un général de division français ayant servi au Cameroun pendant la lutte d’indépendance qui opposa l’armée coloniale française aux forces nationalistes de l’UPC. Son affectation dans l’un des centres névralgiques de la lutte contre-insurrectionnelle n’était pas fortuite. Il arriva dans un contexte où un groupe d’Officiers des Affaires Africaines avaient « balisé le terrain et insufflé un état d’esprit socio-administratif, favorable au passage à l’acte »56. Surtout, il avait une expérience de terrain, ayant combattu en Algérie et en Indochine. Il disposait ainsi d’un bagage indispensable qui constituait un atout aux méthodes de répression des mouvements nationalistes. Il était l’un des spécialistes de la guerre contre-insurrectionnelle. Nommé commandant des forces françaises au Cameroun, il se démarqua à travers le regroupement forcé des populations et l’usage de l’aviation pour bombarder les maquis. Pour des opérations aériennes de répression, les avions partaient de Koutaba à l’Ouest-Cameroun, ainsi que des centres urbains comme Douala, où il existait des escadrons prévus à cet effet.

Général de l’armée coloniale française, Jean Marie Lamberton naquit le 3 juin 1911 à Châtellerault et décéda le 26 octobre 2004 à la Rochelle. Formé à Saint-Cyr, il fut un personnage important du dispositif contre-insurrectionnel au Cameroun. Militaire et idéologue, Lamberton joua un double rôle dans la répression du maquis. Il profita de son passage en Indochine, notamment à la direction du 2e bureau de l’état-major des forces terrestres en Extrême-Orient pour s’aguerrir aux renseignements et se familiariser aux analyses57.

En plus de la direction opérationnelle qu’il avait occupée, il s’illustra par un discours qui justifiait l’éradication violente des résistances anticoloniales. Lamberton intégra l’École Supérieure de Guerre (ESG) et par la suite dispensa des cours en qualité de formateur à l’École de l’État-major en 1953, principalement sur la guerre révolutionnaire58. Il fut affecté au Cameroun en 1950 et diriga le 2e bataillon de tirailleurs du Cameroun (BTC2). Il prit la direction entre 1959 et 1960 du commandement des troupes engagées contre les nationalistes camerounais. Il associa les pratiques contre-insurrectionnelles empruntées à la guerre d’Indochine et les pratiques britanniques en Malaisie. Pour couper les nationalistes de leurs bases sociales, il mit en place des centres de regroupement59.

Le texte qu’il produit en 1960 sur les populations bamilékés, intitulé « Les Bamilékés dans le Cameroun d’aujourd’hui », témoigne de la position adoptée par les nationalistes, alors exploitée du point de vue théorique pour justifier les opérations de pacification. Il su mêler manipulation ethnique et violence dans la lutte contre l’UPC60. Ce texte apocalyptique, souligne Armand Djaleu, « a permis de rationaliser les massacres et les déplacements forcés, tout en préparant l’opinion métropolitaine à accepter l’inacceptable dans l’indifférence »61. Jean Marie Lamberton écrivait en mars 1960 que « le Cameroun s’engage sur les chemins de l’indépendance avec, dans sa chaussure, un caillou bien gênant. Ce caillou, c’est la présence d’une minorité ethnique : les Bamiléké »62.

Les grandes opérations de l’armée et les assassinats ciblés au Cameroun

Une fois affectés au Cameroun, ces officiers mirent en place des opérations qui contribuèrent à la limitation du champ d’action des nationalistes. Avant d’engager les hostilités avec une brutalité à nulle autre pareille, ils étaient d’abord tenus

D’établir des fiches de renseignements sur les divers points sensibles… villages, quartiers d’une agglomération, routes, ponts, carrefours où les troupes de maintien de l’ordre pourraient être amenées à intervenir. La fiche devait comporter tous les renseignements permettant à ces forces de bâtir une opération d’intervention avant de se trouver sur les lieux63.

Le renseignement était une étape préparatoire cruciale à la mise en place des opérations de ratissage des zones en proie à la rébellion. Il permettait d’agir avec précision pour limiter les pertes. Ainsi, sur la base des recommandations à travers la collecte des informations, les soldats français organisaient dans le pays bamiléké des opérations de ratissage64. Le renseignement était également exploité par les forces françaises pour optimiser leur présence sur le terrain et procéder à un meilleur quadrillage de la région bamiléké. Pour y parvenir, ils se servaient des forces supplétives, la garde civique.

La Garde Civique Nationale de l’Ouest (GCNO) fut créée le 6 mai 1960. Elle avait été initiée auparavant par le préfet de la Région Bamiléké Alexandre Ter-Sarkissof qui la suggéra au premier ministre dans sa lettre N° 141/CF/RBK du 4 août 1959. L’idée de la mise en place de la GCNO serait venue du fait que les forces de l’ordre étaient en majorité formées d’allogènes65. Le gouvernement choisit de créer une force nouvelle mixte dont les membres provenaient pour la plupart des groupes d’autodéfense ayant fait la preuve de leur loyalisme et de leur attachement à la paix dans leur département. Les militaires français continuaient à y jouer un rôle prépondérant. Le commandant du commando de chasse du Secteur Militaire Ouest (SMO) était le lieutenant Archimbeau66. Le plan de mobilisation du Cameroun prévoyait que « les gardes seront formés à partir de réservistes européens et africains convoqués individuellement et leurs organes mobilisateurs seront les brigades de gendarmerie des chefs-lieux de région qui détiendront à l’avance l’armement et l’équipement nécessaire »67.

Ainsi fut créée cette force supplémentaire dénommée « la Garde Civique Nationale de l’Ouest », un corps supplétif d’auxiliaires de l’armée dont le principal but était de lutter, par des moyens conventionnels ou non, contre la rébellion. Ses membres étaient communément appelés « commandos »68. D’après les dispositifs de la stratégie de mobilisation du Cameroun conçue par les autorités militaires, le rôle de la garde civique se résumait à la « garde statique des postes désignés dans le plan régional de mobilisation »69.

DschangBafangMboudaBangangtéBafoussam
Bafou Baleveng Bamendou Baloum Balessing Fonankenkeu Foréké Penka-Michel SantchouBafang Bana Badoumga La Moumée Batcha Bayon Babouantou Balembo BankaMbouda Bagam Batcham Bamougong Bangang Babeté Babadjou Balatchi BamendjoBazou Bazou-Sud Badoumga Batchingou BamenaBafoussam Bangou Bamougoum Baham
18 commandos14 commandos13 commandos8 commandos5 commandos
Ce tableau met en exergue les différentes zones d’implantation de la garde civique en région bamiléké et nous permet de relever que la garde civique était présente sur l’ensemble du pays bamiléké et que leur déploiement était fonction de l’ampleur des activités nationalistes et de la volonté des forces de maintien de l’ordre de rétablir l’autorité de l’État.
Source : ARO, 1AA 136, Ouest, terrorisme, 1960-1967.

La carte ci-dessus met en exergue le dispositif de défense constitué en majorité de la
garde civique installé pour combattre les forces nationalistes à l’ouest-Cameroun.
Source : Carte réalisée par Nana Ferdinand Marcial à partir des documents d’archives nationale de Yaoundé et régionales de l’Ouest-Cameroun à Bafoussam.

La synergie entre les militaires et la garde civique favorisa la mise en place de la stratégie de la « tache d’huile », encore appelée en anglais « oil spot strategy ». Cette stratégie s’inscrit dans la tradition contre-insurrectionnelle française consistant à contrôler solidement un espace limité, puis à étendre progressivement le contrôle aux zones voisines, comme une tache d’huile qui s’élargit. Sa mise en exécution repose sur les actions militaires, le contrôle administratif et l’encadrement des populations70. Ainsi, sous la supervision des officiers français, furent organisées dans le pays bamiléké, particulièrement dans les zones troubles, les opérations Épervier et Alpha 04. Déclenchée le 24 mars 1960 à 6h30 dans la localité de Bafang, l’opération Épervier s’acheva le 26 mars avec un bilan élogieux. Officiellement, il fut fait état de 73 rebelles tués, dont 36 en uniforme (12 en uniforme bleu, 23 en blouson et short kaki et une femme en chemisette et short kaki), ainsi que de nombreux blessés et prisonniers. On note, de surcroît, la récupération de 19 fusils de traite, de 6 fusils calibre 12 de fabrication locale et de nombreuses munitions dont 44 cartouches calibre 12. En outre, 18 maquis furent détruits, 29 postes de guet et 3 ateliers de fabrication d’armes. Furent aussi découverts trois dépôts de vivres comprenant 800 kilogrammes de riz, 900 kilogrammes de café, 600 kilogrammes de sel et 70 kilogrammes de poisson séché71.

L’opération Alpha 04 se déroula dans la subdivision de Mbouda et visait à éradiquer la rébellion dans la direction centrale de Bamenjo. Les bombardements aériens et les incendies causés par l’armée de terre durant cette opération firent de nombreuses victimes : une centaine de morts, plusieurs prisonniers parmi les rebelles et plus de 200 personnes ralliées72. Rien n’échappait à cette répression. La principale innovation des différentes opérations évoquées ci-dessus fut l’appui tactique apporté par l’aviation française, ayant pour base arrière la ville de Koutaba dans le département Bamoun. La répression axée sur les manœuvres aériennes fut déterminante. Les cartouches incendiaires furent utilisées par l’aviation pour mettre le feu sur tout ce qui pouvait servir de refuge aux « hors-la-loi ».

En plus de désorganiser les sites nationalistes, les soldats français montèrent des opérations ciblées qui aboutirent à l’élimination physique des chefs « rebelles ». Le moindre renseignement était exploité judicieusement. Ainsi, lorsque l’adjudant-chef Béchet obtint des informations sur le déplacement de Momo Paul, il organisa une opération pour lui tendre une embuscade qui aboutit à son élimination physique le 17 novembre 1960 à Bahouan en compagnie de ses gardes du corps73. D’autres opérations plus audacieuses conduites par les officiers camerounais et chapeautées par les officiers français aboutirent à l’assassinat d’André Congo et « Château dynamique »74.

NomsPseudonymesFonctions au maquisDate et lieu d’assassinat
Paul MomoCapitaine GénieCapitaine-chef du régiment N°117 novembre 1960 à Bahouan
Ndéléné JérémieChef JérémieCommandant d’armes de la direction centrale de Bamendjo24 novembre 1960 à Bamendjo
Mba Abraham
Capitaine-chef du front de BamekaArrêté le 10 octobre 1961 à Bamenda et envoyé à Mbouda pour jugement et exécution.
Martin SingapSingap de la guerreChef d’état-major de l’ALNK8 septembre 1961 à Bapa
François NgayapMallam BiabiaCommissaire politique du district de Bangangté9 mai 1963 à Bangangté
David KanaMallam DéfenseAdjoint de Singap puis commandant de l’ALNKJanvier 1965 à Santchou
François SassangZorro PowerEx-commandant du front de Bamendou et chef de régiment du Moungo6 septembre 1964 à Bamendou
Joseph Pangui PemiSans pitiéChef secteur de BamendouJanvier 1967 à Bamendou
Jean Pierre TikinouéJean Pierre le redoutable nationalCommissaire politique du district N°213 mai 1964 à Mbouda
-//-André CongoCommandant militaire du district N°2Janvier 1964 à Mbouda
Le tableau ci-dessus liste quelques chefs rebelles tombés sous les balles du dispositif monté et coordonné par les officiers français et camerounais.
Source : Carte réalisée par Nana Ferdinand Marcial à partir des documents d’archives nationale de Yaoundé et régionales de l’Ouest-Cameroun à Bafoussam.

Les opérations montées minutieusement par les forces armées, épaulées par la gendarmerie et les forces supplétives, contre les responsables locaux de la lutte armée de l’UPC atteignirent leurs objectifs, car les principaux chefs de l’Armée de Libération nationale du Kamerun (ALNK) furent tués ou neutralisés. Les civils n’étaient pas épargnés dans cette entreprise de musèlement et de répression dans le sang du nationalisme camerounais. Pris entre deux feux, le nombre de pertes en vies humaines, tant chez les civils que chez les combattants, divise de plus en plus les historiens. Les témoignages de certains acteurs n’apportent point d’éclairage, mais entretiennent le flou. Selon l’historienne Meredith Terretta, qui a travaillé sur la base des archives britanniques, il y eut entre 61 300 et 76 300 victimes entre 1956 et 1964. Le général Max Briand qui supervisait la pacification avança plutôt un chiffre restreint en 1960 : 20 000 morts. Ce chiffre, certainement minoré, est loin de ce qu’avançaient les journalistes. André Blanchet, journaliste au Monde se référant à un officier français au 1er janvier 1960, évoquait 120 000 morts. La Revue Réalité se voulut nuancée et situa, entre décembre 1959 et juillet 1961, le nombre de victimes entre 20 000 et 155 00075.

Conclusion

Installés au Cameroun à partir de 1916, à la suite de la défaite des forces locales allemandes, les Français anticipèrent les potentiels problèmes sécuritaires et mirent en place des stratégies pouvant leur permettre de pallier toutes éventualités. Contournant les dispositions de la tutelle qui interdisaient le maintien permanent de troupes, les stratèges français innovèrent en la matière et adoptèrent progressivement un plan de mobilisation intérieure au Cameroun. Ce dispositif, qui était appelé à muter et à s’adapter aux différents défis, avait deux objectifs : contrer toute attaque extérieure et permettre à la France de contenir toute velléité autonomiste en interne. Ce plan constitua le soubassement de la stratégie française en matière sécuritaire au Cameroun. Dès le départ, au sein de ce dispositif, la France mit sur pied des stratégies et des démarches pour mobiliser le personnel militaire venu de la métropole. Constitué d’officiers, de sous-officiers et de militaires du rang, ce personnel se joignit aux forces supplétives recrutées sur place pour les encadrer.

À partir de 1956, l’embrasement du Cameroun suite à la vaste opération insurrectionnelle entreprise par les forces progressistes incarnées par l’Union des Populations du Cameroun à travers ses structures paramilitaires, poussa les stratèges français à changer de paradigme et à se tourner vers la répression dans le sang. En effet, depuis les évènements de mai 1945, la France avait compris qu’il n’était plus possible de résoudre pacifiquement ses différends avec les mouvements de revendication au Cameroun. Les revendications étaient désormais structurées et les leaders de plus en plus formés et aguerris. La stratégie de départ fut abandonnée au profit d’une démarche structurée, pensée et orientée vers des objectifs clairement établis. En fait, la similitude entre les opérations menées par les nationalistes camerounais et les combattants algériens et vietnamiens orienta la France vers l’adoption d’une méthode contre-insurrectionnelle dite doctrine de la guerre révolutionnaire. Du point de vue capacitaire, la France décida d’y déployer les militaires ayant l’expérience de ces conflits. Ainsi défilèrent au Cameroun durant cette période des soldats ayant séjourné en Algérie et en Indochine. Ceux-ci, en plus de l’avantage de l’expérience engrangée durant leurs services, avaient à l’esprit le désir de se venger de la défaite cuisante enregistrée contre le Viêt-Minh dans la cuvette de Diên Biên Phu.

La mobilisation de ce personnel, qui représentait le cinquième des forces déployées dans l’ensemble du territoire, permit à la France d’étouffer, avec l’apport de l’armée camerounaise, les différents maquis, de monter des opérations d’envergures menant les nationalistes à la déroute et de procéder à des assassinats ciblés contre les chefs rebelles. Le recours à ces militaires aguerris par les guerres d’Indochine et d’Algérie et formés dans les plus grandes académies militaires françaises, notamment celles de Saint-Cyr et Saint Maixent, fut un atout majeur dans la lutte contre-insurrectionnelle au Cameroun. Mais, au-delà de leur contribution opérationnelle, ils furent aussi à l’avant-garde de la formation de la jeune armée nationale camerounaise.

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1Exclus du champ politique et interdits de toutes activités, les partisans de l’UPC, créée le 10 avril 1948, sont qualifiés de maquisards, rebelles, terroristes ou encore de hors-la-loi. Ils s’engagent sur les sentiers de la lutte armée en décembre 1956 après avoir épuisé tous les moyens politiques en leur possession. L’UPC n’y va pas en rang dispersé, elle se dota des structures paramilitaires et procéda à un maillage du territoire en différents secteurs militaires (CNO, SNDK, ALNK). Sur le terrain, les répercussions sont ressenties par les troupes engagées par la France. En effet, l’idée de la conquête du pouvoir par la voie des armes n’était pas au programme de ce parti politique. Son secrétaire Ruben Um Nyobe l’avait clairement signifié en 1952 lors d’un congrès. Il confirma également lors de la Proclamation commune du 22 avril 1955, « la volonté de l’UPC d’accéder à l’indépendance sans que soit versée une seule goutte de sang ». Toutefois, il fallut attendre la « rencontre nationale » de l’UPC organisée à Makaï, les 2 et 3 décembre 1956, pour que l’ordre soit enfin donné de recruter les hommes indispensables à la mise en place de la première structure paramilitaire, le Comité National d’Organisation (CNO).

2BAYART Jean François, L’État au Cameroun, Paris, Presse de la Fondation nationale des sciences politiques, 1979, 352 p., p.19.

3KOUÉKAM Demonster-Ferdinand, « Rites de résolution de conflits et lutte contre-insurrectionnelle au Cameroun », Anthropologie et société, vol. 48, n°2, 2024, p. 1.

4WANYAKA BONGUEN Virginie, « La coopération militaire entre le Cameroun et la France : de l’assistance à la quête d’un partenariat technique (1959-2005) », thèse de doctorat Ph.D en histoire, Université de Yaoundé I, 2008, 462 p., p. 164.

5L’Union des Populations du Cameroun, soutenue par les syndicats, les groupes de pression et les mobilisations populaires, réclamait le départ de la France à travers son programme politique qui prévoyait la réunification des deux parties du Cameroun, la fin des accords de tutelle et l’indépendance immédiate. Le rayonnement, l’aura et les multiples accrochages politiques des upécistes avec l’administration, débouchèrent sur les évènements de mai 1955 qui entraînèrent le blocage politique né de l’exclusion de l’UPC et de ses organes annexes par le décret du président du Conseil Edgar Faure du 13 juillet 1955. En plus de l’UPC, ce décret interdisait également toute activité de la Jeunesse démocratique camerounaise (JDC) et de l’Union démocratique des Femmes camerounaises (UDEFEC). Cf. ANY 1AC35 (B), UPC dissolution 1955.

6KENGNE FODOUOP (dir), Le Cameroun. Autopsie d’une exception plurielle en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2010, 378 p., pp.103-129.

7La lutte armée est déclenchée dans la Sanaga-Maritime le 18 décembre 1956.

8BACZKO Adam (dir), « Pour une approche sociologique des guerres civiles », Revue française de science politique, vol. 67, pp. 309-327.

9JEANGÈNE Jean Baptiste (dir), Le réveil stratégique : essai sur la guerre stratégique, Paris, Ed. du Seuil, 2024, 233 p et DAVID Charles Philippe (dir), La guerre et la paix. Approches et enjeux de la sécurité et de la stratégie, 4ème édition, Paris, Presses de Sciences Po, 2020, 568 p.

10Archives Régionales de l’Ouest (ARO), Note secrète d’information sur le nouveau plan de mobilisation du Cameroun, p. 1.

11KENFACK NANFACK Cyril, « La question du maintien de l’ordre public et les groupes d’auto-défense dans l’ancienne région bamiléké (1955-1971) », Thèse de Doctorat en histoire, Université de Dschang, 2021, 449 p., p.2.

12Le Cameroun ne faisait pas partie de l’Afrique-Équatoriale Française, mais jouissait d’un statut à part. Selon un extrait du compte rendu de réunion du Codac du 13 avril 1953 à Dalaba selon le décret du 5 juillet 1951, le Cameroun était intégré dans la zone de défense AEF-Cameroun. Dans le souci de juxtaposer à chaque échelon militaire un échelon civil correspondant, il subordonnait l’administration du Cameroun à des organes de commandement civil siégeant à Brazzaville

13Service Historique de la Défense (SHD), 6H35, Rapport annuel du commandement supérieur des forces armées de la zone de défense AEF-Cameroun, fascicule n°34/40, 1956, p.3.

14SHD, 6H35, Rapport annuel du commandement supérieur des forces armées de la zone de défense AEF-Cameroun, fascicule n°34/40, 1956, p.2.

15FRÉMEAUX Jacques, L’Afrique à l’ombre des épées : 1830-1930. 2 : officiers administrateurs et troupes coloniales, vol.2, Paris, Service historique de l’Armée de terre, 1995, p. 44-48.

16Par souci d’occuper efficacement l’espace pour mieux coordonner la lutte nationaliste, les upécistes après la création de l’ALNK avaient divisé les zones en proie à la lutte armée en directions centrales. Il existait au total quatre directions centrales en pays bamiléké calquées sur l’organisation administrative notamment, les directions centrales de « Douala-ville », de « Bana-Batcha », de « Bamendjo » et de « Bangang ». Ces directions étaient des organes militaires locaux qui dépendaient des instances nationales. L’ALNK avait un Etat-major dirigé par Martin Singap, des directions centrales, des secteurs et des groupes. En plus de ce dispositif, on notait également un bureau de l’unité, une sûreté de police et des tribunaux.

17ARO, 1 AA 136, terrorisme éradication 1960- 1967.

18SHD, Vincennes, GR14H57, L’inspecteur de la France d’outre-mer M. Massa, Rapport sur les forces terrestres au Cameroun, 25 juillet 1956.

19NOUMBOU NOUMOWE Lionel, « Les Officiers des Affaires Africaines au Cameroun : un corps de renseignement spécial au cœur du pouvoir colonial (1954-1960) », Outre-Mers, n° 418, 2023, pp.199-217.

20RAMONDY Karine (dir), La France au Cameroun (1945-1971). Rapport de la commission « Recherche » sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, Paris, Hermann éditions, 2025, 1034 p.

21D’ANDURAIN Julie, Les troupes coloniales. Une histoire politique et militaire, Paris, Passés/Composés, 2024, 400 p.

22BAREY Morgane, Enseigner la guerre. Former les chefs 1918-1945, Edition Perrin et le ministère des Armées, 2024, 368 p et BAREY Morgane, « A rude école ». La formation initiale des officiers français à l’épreuve de la Seconde Guerre mondiale », Thèse de Doctorat en histoire, Université de Paris –Saclay, 2021, 875 p.

23VALTAUD Alain, « La condition militaire en France de 1945 à nos jours », Revue de Défense Nationale, n° 808, mars 2018, pp. 20-28.

24NOUMBOU NOUMOWE Lionel, « Les Officiers des Affaires Africaines au Cameroun : un corps de renseignement spécial au cœur du pouvoir colonial (1954-1960) », Outre-Mers, n° 418, 2023, pp.199-217.

25Cf. KENNE Faustin Magellan, « Les grandes figures de l’insurrection armée en pays bamiléké et leurs activités de 1955 à 1971 », Thèse de Doctorat en histoire, Université de Yaoundé I, 2006, 462 p., DELTOMBE Thomas (dir), DOMERGUE Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p et KOUÉKAM Demonster-Ferdinand, « Les forces supplétives dans la lutte contre-insurrectionnelle et antinationaliste au Cameroun (1957-1971), Thèse de Doctorat en Histoire, Université de Douala, 2020, 500 p.

26Cf. NANA Ferdinand Marcial, « Tactique et stratégies dans la pacification du pays bamiléké en insurrection armée (1959-1971) : Le rôle méconnu des forces supplétives, adjuvants indispensables aux victoires retentissantes de l’armée camerounaise », Actes du IIe Colloque d’histoire militaire « armée camerounaise : 60 ans de dévouement au service de la Nation, de l’Unité nationale et de la défense de l’intégrité du Cameroun, Dschang, Éditions Premières Lignes, 2024, pp. 381-427 et KOUÉKAM Démonster-Ferdinand, « L’utilisation des formations supplétives dans la lutte contre-insurrectionnelle au Cameroun. Le cas de la Garde civique nationale camerounaise (1955-1973) », Revue d’Histoire Contemporaine de l’Afrique, Varia en ligne. URL : https://oap.unige.ch/journals/article/view/variakouekam . Mise en ligne juillet 2023. NANA Ferdinand Marcial, Tactique et stratégies dans la pacification du pays bamiléké en insurrection armée (19959-1971) : Le rôle méconnu des forces supplétives, adjuvants indispensables aux victoires retentissantes de l’armée camerounaise », Actes du IIe Colloque d’histoire militaire « armée camerounaise : 60 ans de dévouement au service de la Nation, de l’Unité nationale et de la défense de l’intégrité du Cameroun, Dschang, Éditions Premières Lignes, 2024, pp. 381-427.

27France Observateur du 28 juillet 1960, cité dans un tract de l’UPC affiché dans plusieurs carrefours de Bafoussam dans la nuit du 25 au 26 aout 1960. Bien vouloir se référer à ARO, Bulletin de renseignements de la sureté de Bafoussam a/s affiche terroriste du 27 aout 1960, p.3.

28RAMONDY Karine, La France au Cameroun (1945-1971). Rapport de la commission « Recherche » sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, Paris, Hermann éditions, 2025, 1034 p., p. 456.

29SHD, Rapport annuel des subordonnées, 1956, Rapport annuel du colonel Whitehouse commandant militaire du Cameroun, p. 7 et KOUÉKAM Démonster-Ferdinand, « Les forces supplétives dans la lutte contre-insurrectionnelle et antinationaliste au Cameroun (1957-1971), Thèse de Doctorat en Histoire, Université de Douala, 2020, 500 p.

30DELTOMBE Thomas (dir), DOMERGUE Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p., p. 248.

31SHD, 6H35, Rapport 1957 du Commandant du Crest de Villeneuve, p.28.

32SHD, Rapport confidentiel du Chef d’escadron Teuliere, commandant la compagnie de gendarmerie du Cameroun, n° 437/4 du 19 novembre 1956, p.2.

33ARO, Copie de l’ordre du jour de la réunion du 23 janvier 1959 portant sur le fonctionnement d’un dispositif de protection contre les activités du terrorisme dans les Régions Bamiléké et Mungo, p. 5.

34Il s’agit d’un euphémisme pour désigner les différentes forces supplétives constituées des personnes locales mobilisées pour lutter contre les nationalistes.

35MBEMBE Achille, « Pouvoir des morts et langage des vivants. Les errances de la mémoire nationaliste au Cameroun », in BAYART Jean François (dir), Le politique par le bas en Afrique noire. Question de méthode, Politique Africaine, 1981, p.201.

36KOUÉKAM Demonster-Ferdinand, « Les forces supplétives dans la lutte contre-insurrectionnelle et antinationaliste au Cameroun (1957-1971), Thèse de Doctorat en Histoire, Université de Douala, 2020, pp. 4-5.

37NOUMBOU NOUMOWE Lionel, « Les Officiers des Affaires Africaines au Cameroun : un corps de renseignement spécial au cœur du pouvoir colonial (1954-1960) », Outre-Mers, n° 418, 2023, pp.199-217.

38DELTOMBE Thomas (dir), DOMERGUE Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p., p. 235.

39VENNES Thomas, « L’officier, la colonie et l’indigène : conceptions du maintien de l’ordre à travers le manuel tactique du groupe de l’AOF (1910) », In Patrick Dramé et De Boris Lukic, Commandement colonial, résistances et décolonisation. Une histoire de l’Afrique contemporaine, http://hdl.handle.net/11143/19144

40BENNOUNE Mahfoud, « La doctrine contrerévolutionnaire de la France et la paysannerie algérienne : les camps de regroupement (1954-1962) », Sud/Nord, Vol. 14, N°1, 2001, p. 51-60.

41BENNOUNE Mahfoud, « La doctrine contrerévolutionnaire de la France et la paysannerie algérienne : les camps de regroupement (1954-1962) », Sud/Nord, Vol. 14, N°1, 2001, p. 51-60.

42Cette notion renvoi aux militaires de manière générale ayant reçu une solide formation visant à renforcer leurs capacités sur le terrain opérationnel. Selon les circonstances, ils étaient issus des centres de formation, mais étaient aussi des vétérans de précédentes guerres contre-insurrectionnelles.

43KANGUELIEU TCHOUAKÉ Mesmin, La rébellion armée à l’ouest Cameroun (1955-1971), Contribution à la connaissance du nationalisme camerounais, Yaoundé, Éditions Saint-Siro, 2003, 157 p., p.155.

44En pays bassa où la répression dura de 1956 à 1958, Pierre Mesmer créa la Zone de Pacification du Cameroun en 1957. Placée sous les ordres du lieutenant-colonel Lamberton, elle avait pour mission de soustraire la masse de la population aux pressions physiques et morales des chefs de l’organisation rebelle, d’isoler les formations paramilitaires de la rébellion, de favoriser le processus de leur désagrégation pour aboutir à leur élimination. Des méthodes utilisées en Algérie furent réactualisées pour « traquer » les nationalistes camerounais, transformant ainsi les zones troubles en une « zone interdite, ouverte en permanence au feu de toutes les armes : infanterie, forces aériennes… ». Pour atteindre les objectifs, le dispositif militaire en pays bassa était constitué de six compagnies d’infanterie et sept pelotons de la garde camerounaise placés sous les ordres du colonel du Crest de Villeneuve. Bien vouloir se référer à KENGNE FODOUOP (dir), Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2010, 378 p., p. 108 et BENNOUNE Mahfoud, « La doctrine contrerévolutionnaire de la France et la paysannerie algérienne : les camps de regroupement (1954-1962) », Sud/Nord, Vol. 14, N°1, 2001, p. 51-60.

45FOTSO (dir), La lutte nationaliste au Cameroun : 1940-1971, Paris, L’Harmattan, 2010, 400 p., p. 169.

46DELTOMBE Thomas (dir), Domergue Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p., pp. 404-405.

47Nouvelle expression édition spéciale du mercredi 26 décembre 2002. P. 18.

48ATEBA EYENE Charles, Le général Pierre Semengue : toute une vie dans les Armées, Yaoundé, Éditions CLE, 2002, 285 p., p. 86.

49NOUMBOU NOUMOWE Lionel, « De la milice coloniale à l’armée camerounaise : constellation d’unités et mosaïque militaire, 1914-1972. Approche sociologique et prosopographique », Thèse de Doctorat Ph.D en histoire, Université de Lorraine, 2023, 761 p., p.496.

50DELTOMBE Thomas (dir), DOMERGUE Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p., pp. 12-13.

51Officier supérieur de l’armée française, il naquit en 1908 dans les Hautes-Alpes. D’abord normalien, puis instituteur, il fut cadre de réserve de l’armée. Il entra à Saint-Maixent et en ressortit en 1934 comme sous-lieutenant. En Chine, il fit face à la lutte contre la contrebande de l’opium, les pirates et les bandits chinois. Il fut appelé en Algérie par Salan pour vaincre le nationalisme. Devenu Capitaine, il accéda au poste d’adjoint du commandant Dupuy au 2e bataillon colonial de commandos parachutistes. Il participa en 1951 sur invitation de l’armée américaine à l’opération Ratkiller contre les maquis communistes en Corée du Sud. Il fut nommé responsable dans le renseignement extérieur français au service Action du SDECE en 1953. Devenu lieutenant-colonel, il fut chargé par le général Massu des opérations de police dans le cadre du dispositif de protection urbaine en 1957. Il mit en place des stratégies qui lui permirent de venir à bout des éléments du FLN et de remporter la bataille d’Alger. Partisan de la méthode forte, il se retrouva sur la ligne Morice à la frontière tunisienne à la tête du commandement du 3e régiment de parachutistes coloniaux. En juillet 1961, il fut affecté en métropole. Avant de se retirer de l’armée, le colonel Roger Trinquier consigna ses pensées dans un ouvrage devenu célèbre intitulé La guerre moderne.

52Né à Chalon-sur-Saône le 22 août 1906, il fut formé à Saint-Cyr de la promotion « Maroc et Syrie » de 1925 à 1927 et devint officier de l’armée coloniale française. Il fut envoyé au Sénégal, au Levant et au Maroc. Après un bref séjour en cellule à Clermont-Ferrand pour avoir porté assistance à deux agents des Forces françaises libres, il fut réintégré dans l’armée coloniale et envoyé en mission en Tunisie et en Mauritanie. Gravissant les échelons, il devint chef du 4e bureau de l’état-major du général Salan à Dakar et rejoint Alger. Après la Deuxième Guerre mondiale, il fut placé à la tête du bataillon autonome de Côte-d’Ivoire où il participa au maintien de l’ordre en AOF. Il est rappelé en métropole en janvier 1950 pour servir dans la Section d’études et d’information des troupes coloniales chargée de préparer les jeunes officiers à servir en outre-mer. En 1951, Charles Lacheroy débarqua en Indochine. Cette ultime étape dans l’armée coloniale française lui permit d’élaborer la doctrine de la guerre révolutionnaire.

53MICHEL Jean-Paul (dir) BROUILLET SEEFRIED Monique (dir), Le général Dio. Le connétable de Leclerc, 1940-1946, Paris, Bernard Giovanangeli Editeur/Fondation Marechal Leclerc de Hauteclocque, 2022, 525 p., pp. 36-50.

54SHD, Vincennes, GR14YD1759, Dossier de carrière du général Louis Dio : citation prononcée par Jules Mocch, 13 janvier 1951, sous dérogation.

55RAMONDY Karine, La France au Cameroun (1945-1971). Rapport de la commission « Recherche » sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, 2025, Paris, Hermann éditions, 1034 p., p. 465.

56NOUMBOU NOUMOWE Lionel, « De la milice coloniale à l’armée camerounaise : constellation d’unités et mosaïque militaire, 1914-1972. Approche sociologique et prosopographique », Thèse de Doctorat Ph.D en histoire, Université de Lorraine, 2023, 761 p., p.503.

57SHD, Vincennes, GR14YD2484, Dossier de carrière du général Jean Lamberton, Etat de services, sous dérogation.

58RAMONDY Karine, La France au Cameroun (1945-1971). Rapport de la commission « Recherche » sur le rôle et l’engagement de la France dans la lutte contre les mouvements indépendantistes et d’opposition au Cameroun de 1945 à 1971, 2025, Paris, Hermann éditions, 1034 p., p.467.

59https://survie.org/IMG/doc/Massacre_enpays_Bamiléké.doc, consulté le 8 juin 2025.

60DELTOMBE Thomas, « La guerre du Cameroun, un demi-siècle de censure et d’oubli », Visioncarto, 2 mars 2025, consulté le 8 juillet 2025.

61DJALEU Armand, « Les Bamiléké dans le Cameroun d’aujourd’hui » : Le texte historique du colonel français Jean Lamberton », Actu Cameroun, 2 novembre 2021, consulté le 8 juillet 2025.

62Le colonel Jean Lamberton, Revue de la Défense Nationale, Paris, 16ème année, mars 1960, pp : 161-177.

63ARO, Lettre du haut-commissaire de la République Française au Cameroun, Roland Pré à M. Borne, chef de la Région Bamiléké, du 16 juin 1955.

64KENNE Faustin Magellan, « Les grands chefs de l’insurrection armée en pays bamiléké et leurs activités de 1955 à 1971 », Thèse de doctorat Ph.D en histoire, université de Yaoundé, 2007, 462 p., p.260 et NOUMBISSIÉ TCHOUAKÉ Maginot, « Mouvements d’oppositions et de répressions dans l’Ouest-Cameroun (1922-1970) », Thèse de Doctorat en Histoire de l’Afrique, Université de Paris 1. Panthéon-Sorbonne, 2005, 583 p., p. 451.

65Lettre N° 141/CF/RBK du chef de la Région Bamiléké à monsieur le premier ministre du 4 août 1959.

66ATEBA EYENE Charles, Le général Pierre Semengue : Toute une vie dans les Armées, Yaoundé, Editions CLE, 2002, 285 p., pp. 85-87.

67ARO, Note secrète d’information sur le nouveau plan de mobilisation du Cameroun, p. 3.

68L’expression garde civique est récurrente dans la tradition orale à l’Ouest-Cameroun. Dans l’imagerie populaire, les populations utilisaient le vocable « commando » pour désigner ceux qui étaient affectés à cette tâche. Cette force qui avait pour principale mission de combattre la rébellion avait un caractère multifonctionnel. Parmi ses prérogatives, on peut souligner : combattre les maquisards par les armes, donner à la population l’éducation civique, mener une campagne de désintoxication par des conférences et causeries organisées, ouvrir des écoles fermées à cause des troubles, assurer les soins de santé à une population abandonnée dans les zones de maquis, protéger les hommes et leurs biens, empêcher les relations entre maquisards et populations.

69ARO, Note secrète d’information sur le nouveau plan de mobilisation du Cameroun, p. 3.

70Pour plus de précisions sur l’application de cette stratégie dans la guerre du Cameroun, bien vouloir se référer à DELTOMBE Thomas (dir), DOMERGUE Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p, MBEMBE Achille, La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun (1920-1960), Paris, Karthala, 1996, 438 p, JOSEPH Richard, Le mouvement nationaliste au Cameroun, Paris, Karthala, 1986, 412 p et TERRETTA Meredith, “The fabrication of the postcolonial state of Cameroon. Village Nationalism and the UPC’s fight for nation, 1948-1971”, These de Doctorat en histoire, University of Wisconsin, Madison, 2004, 414 p.

71KENNE Faustin Magellan, « Les grands chefs de l’insurrection armée en pays bamiléké et leurs activités de 1955 à 1971 », Thèse de doctorat Ph.D en histoire, université de Yaoundé, 2007, 462 p., pp. 261-266.

72KENNE Faustin Magellan, « Les grands chefs de l’insurrection armée en pays bamiléké et leurs activités de 1955 à 1971 », Thèse de doctorat Ph.D en histoire, université de Yaoundé, 2007, 462 p., p. 261.

73DELTOMBE Thomas (dir), DOMERGUE Manuel (dir) et TATSITSA Jacob (dir), Kamerun! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, Paris, La Découverte, 2011, 744 p., p. 430.

74ATEBA EYENE Charles, Le général Pierre Semengue : toute une vie dans les Armées, Yaoundé, Éditions CLÉ, 2002, 285 p., p. 88. Pour la précision Château Dynamique était le nom de combattant que Joseph Ngandié avait choisi lors de sa prestation de serment. Ce dernier était un combattant très réputé par son courage et sa bravoure dans la direction centrale de Bana-Batcha. À 25 ans, il était à la tête de la direction de l’armée upéciste dans l’arrondissement de Bangangté, baptisée « Accra-ville ».

75SERVENAY David, «  Cameroun 1955- 1962 : la guerre cachée de la France-Afrique, http://osi.bbouakké:free.fr/? Cameroun 1955-1962-la-guerre. Publié le dimanche 2 janvier 2011.

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